mardi 31 décembre 2019

VOSSTANIE chez NUIT NOIRE [2] sur Radio Libertaire [En Téléchargement]

VOSSTANIE 
chez NUIT NOIRE 
  - 2 -
sur Radio Libertaire

LE SON A TELECHARGER

Émission enregistrée fin septembre 2019
Diffusée le 23 décembre 2019

  On traite avec le compagnon Davou 
de la parution de:
QUAND LE PEUPLE EST POPULAIRE
Le Portugal, Les éditions Agone, Raquel Varela 
et le populisme chic de la petite bourgeoisie intello de gauche.
 Vosstanie Éditions




jeudi 12 décembre 2019

AUTONOMIE OUVRIÈRE & SYNDICAT

AUTONOMIE OUVRIÈRE
SYNDICAT
Le syndicat, tel que nous le connaissons aujourd'hui, n’est plus l'organisation des travailleurs en lutte contre l'exploitation. Dans le monde contemporain, il est devenu la grande institution de l’encadrement des travailleurs dans la dynamique du capitalisme.

Il s’agit d’une fonction structurelle qui ne peut être confondue avec le fait que certaines directions syndicales soient plus ou moins combatives, ou plus ou moins pelegas [1].

Quand le capitalisme est entré dans sa phase monopoliste, la planification de l'économie est devenue une exigence pratique.

Les capitalistes ont créé leurs organes de planification des aspects de la production et de la circulation des produits. Vint ensuite la nécessité de planifier la répartition de la main-d’œuvre, et son niveau de salaire. Ces organismes sont les syndicats d'aujourd'hui.

Le syndicat est souvent compris comme l'organisation des travailleurs pour la défense de leurs salaires. Alors que les classes capitalistes cherchent à augmenter le taux d'exploitation des travailleurs, les syndicats cherchent souvent à le réduire avec des augmentations de salaire.

Lorsque cela se produit, nous pouvons dire qu’en terme de plus-value absolue (augmentation des heures de travail, réduction des salaires) le syndicat est en train de défendre les travailleurs.

Mais en termes de plus-value relative (modernisation des machines, augmentation de l'intensité du travail), les syndicats finissent toujours par céder aux intérêts du capital. Si la reproduction du capital est basée sur l'augmentation permanente de la productivité, sur le passage constant de la plus-value absolue vers la plus-value relative, nous avons que les buts ultimes des syndicats coïncident avec ceux du capitalisme.

Note

[1] Vient de Pelego : Le terme a été popularisé dans les années 1930 au Brésil . Dirigeant syndical - corporatiste proche du gouvernement Getúlio Vargas - est passé dans le langage courant comme traître et allié du gouvernement et des patrons. Un « jaune ».

EXTRAIT DE 
QU'EST-CE QUE 
L'AUTONOMIE OUVRIÈRE ?
Version PDF et Audio à Télécharger  



dimanche 8 décembre 2019

On ne va pas (se) mentir - A propos d’une grève

On ne va pas (se) mentir
À propos d’une grève


“Les années passaient. L’aller et retour des saisons emportait la vie brève des animaux, et le temps vint où les jours d’avant le Soulèvement ne leur dirent plus rien. Seuls la jument Douce, le vieil âne atrabilaire Benjamin, le corbeau apprivoisé Moïse et certains cochons se souvenaient encore”.
George Orwell, La Ferme des animaux.


En fonction de nos situations, on fera grève ou pas.

...On sera sincère, cela ne sera pas pour défendre la retraite, car on n'est même pas sûr d’arriver jusqu’à cet Eldorado.

Avoir quelque chose pour survivre “dignement” comme on dit chez les curés, on n’y compte pas.

Mais comment peut-on imaginer ne vivre qu’à moitié ?

Si on s’y pointe, si on en est, c’est parce qu'on en a marre de se lever, de répéter les mêmes choses chaque matin.

De faire les mêmes longs trajets inutiles, d’avoir des rapports de merde avec des collègues, des clients, des “gens”, et finalement avec nos ami(es), nos amours.

D’être soumis aux cadences du boulot, aux injonctions des petits chefs, des patrons, à la logique mortifère de l'accumulation des “richesses” et la tristesse des lieux fonctionnels et communs.

Quand chaque matin, la lumière de l’aube pointe à l’horizon, on se demande comment il peut être simplement concevable d’envisager, au-delà de la nécessité et du rapport de force, c’est-à-dire du “salaire” de continuer à aller hanter le grand dépotoir, mouroir du capital ?

Comment se fait-il que nous en soyons à vouloir, ou à désirer à être invités à négocier sur la longueur d’une laisse déjà si courte ?

À passer la majorité de notre existence à suffoquer dans les couloirs noirs de la marchandise ? De se plier à ce dressage quotidien, de le proposer comme modèle aménageable, de le souhaiter comme perspective ?

Comment se fait-il que perdre sa vie à la gagner comme on disait il fut un temps qui paraît bien lointain, ne soit plus LA question.

Ce monde se rêve en bio, en vert et en frontières bordées de cadavres. Il ne songe qu'à approfondir la supercherie de l’aliénation démocratique.

Nous ne voulons plus de gouvernements et d'États, pas plus de cette gouvernance des prothèses qui permet aux nouvelles hiérarchies tribales ou néo féodales d'imposer un calendrier de la peur comme consolation des “petits”.

En conséquence on nous ne verra pas derrière les partis, les syndicats ou même à côté d’autres pantins du capital : les pleurnicheurs gauchistes.

Car il n'y aura jamais rien "d’équitable" à se vendre. C’est de cela dont il est toujours  question.

Car le temps payé ne revient plus...

Vosstanie le 29/11/2019

mercredi 27 novembre 2019

Paquetage et conscience de sac - Point de vue image de classe (28)

 Paquetage et conscience de sac

Je fais très régulièrement une critique économique et politique de ma bibliothèque.

Les petits ouvrages côtoient les gros, les vieux, les fatigués, les épuisés...

Il y a ceux qui sont au pied d’une porte et ceux qui se trouvent sur la table de mes nuits.

Je m’étrangle presque chaque soir de rires sur le communisme livresque, et l’anarchisme bibliophile qui a pu un temps nourrir le feu de ma révolte.

Il s’agissait alors de constituer un genre de paquetage pour une randonnée dont je pensais connaître parfaitement la destination.

Avec le temps, il m’a fallu revoir quelques paramètres notamment ma manière d'apprécier les distances, me départir du rythme de mes pérégrinations surtout quand je traverse les marécages idéologiques de l’époque.

Se tenir debout et continuer à avancer nécessitent donc d’évaluer ses interactions dans un milieu hostile.

C’est une invitation constante à réviser son barda et à se faire par moment rémouleur plus que colporteur.

L’endurance m’incite donc régulièrement à me délester d'éléments qui au fil du temps se sont transformés en briques inutiles.

S'alléger ne signifie pas pour autant que l’on augmente son allure surtout quand l’on tente à différentes étapes de son périple, de vous inviter à partager des sables mouvants.

Pour s’en extraire, on balance ce qui reste du fond de son sac qui s’est déjà bien pris dans la vase.

Après l’avoir gratté sous le soleil, on garde quand même quelques petites choses pour s'équilibrer et se garder de trop pencher en cas de gros vent.

S’éviter de retomber dans les prochains fossés creusés par quelques hurluberlus héméralopes oblige à bien plus d’acuité politico-visuelle qu’à des compétences topo-psychiatriques.

Il s’agit donc de conserver dans sa besace, le plus vital et de réévaluer ce qu’un temps, on pensait être le superflu.

Pour cela il faut peut-être concevoir d'abandonner certaines choses comme trop détachés de la vie et se refuser à faire de différence entre aucune des minutes de soi-même.

Je demande bien souvent quel livre serait toujours dans ma poche, si je devais atteindre ma destination.

lundi 25 novembre 2019

Dans la rubrique ce que n'est pas le communisme (3)

Dans la rubrique ce que n'est pas le communisme (3)

Karl Marx soulignait dès 1843 dans sa lettre à Arnold Ruge qu’il n'était pas question de “dresser des plans définitifs pour l'éternité” [1] et que sa tâche relevait de “la critique radicale de tout l'ordre existant” [2]. Il faut souligner que ses affirmations (anti-utopiques) de ce qu'était son communisme contre les robinsonnades lui étaient rendus possibles par ce que l’on pourrait appeler de notre point de vue une téléologie empirique c’est-à-dire, comme il le dira après dans les Manuscrits 1844: “le mouvement entier de l'histoire ”[3].

Si Marx s’est toujours refusé à faire “bouillir les marmites du futur” c’est qu’il s'agissait de prendre comme point de départ l'état des choses où elles sont et non de “leur opposer un système tout fait “ [4].

Ainsi il précisera en 1845 dans L’idéologie allemande “Le communisme n'est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes “[5].

Mais est-ce à dire que le prolétariat n’a pas idéal [6] ? Comme l’affirmait G.Lukács dans Histoire et conscience de classe ? N’était-ce pas l’argument typique du politicien ?

Étrangement utopisme (même concret) et réalisme (même hégélianisé) se rejoignent pour administrer ici et maintenant ou plus tard et ailleurs les affaires convenues d’avance de la cité exemplaire ou en construction, qui par un plan précis une casuistique ou un parti. Avec ses avant-gardes bien sûr ou ses éléments les plus volontaires ou convaincus de leurs missions.

La constitution en classe et la négativité du réel, la contradiction portent-elles en elles-mêmes une potentialité, une perspective ? Ceci en dehors du fait de toujours s'écouler vers le long fleuve héraclitéen ?

Que peuvent bien poser les actes, les luttes sans perspectives, mêmes nécessaires, sans le souffle d’un idéal ?

Si l'approche critique héritée de Marx reste un antidote au prêchi, prêcha et au jésuitisme politique ceci au bénéfice d’une théorie des besoins, de l’ici-bas contre les sociétés idylliques, les arrières-mondes mêmes socialistes, il nous semble que sa conception immanente, développée plus tard "scientifiquement" dans la théorie de la plus-value se dissout sans une définition nécessaire et négative de ce que n’est pas le communisme. Surtout contre les lectures économistes, catastrophistes, marxistes, étatistes, autoritaires et nostalgiques du capitalisme d’État ou même redistributives de “marchandises” auxquelles ne sont d’ailleurs pas étrangers certains écrits des compères Marx-Engels [7].

Il reste bien évidemment à comprendre ce que signifient certaines pratiques qui apparaissent dans le cours des luttes et qui peuvent passer pour les prodromes des nouvelles relations sociales de production.

Mais le communisme a-t-il besoin d'augures ou de prophéties ? Sauf à faire de l’espoir un pilier du possible ou de baser son combat sur un pari marxien…

Ainsi depuis quelques années il est de bon goût de se repaître aux sources d’un communisme dit premier pour alimenter une dialectique du “mouvement réel” totalement consumée par le socialisme réellement existant et le désenchantement. D'appeler à la rescousse “les sciences” de l’Humain comme une tentative supplémentaire de naturalisation de ce que pourrait / pouvait être ce communisme. Cette approche (en dehors de l'érudition et de la connaissance toujours nécessaire) devra finalement être également critiquée comme construction topique consolante. C'est-a-dire qu'il ne s'agit pas non plus de décongeler les gamelles du passé, parce que la tâche est également à la critique radicale de l'ordre qui a existé.

Vosstanie le 19/11/2019



NOTES

1. K. Marx et F. Engels, Correspondance, t. I, p. 299 : Lettre de K. Marx à A. Ruge, septembre 1843.
2. Idem.
3. K. Marx, Manuscrits de 1844, Troisième manuscrit.
4. K. Marx et F. Engels, op. cit., Correspondance, t. I, Lettre de K. Marx à A. Ruge.
5. K. Marx - F. Engels, L'idéologie allemande.
6. G. Lukács, Histoire et conscience de classe, Éditions de Minuit p. 220.
7. Que peut-on penser par exemple actuellement de: “Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives“ tiré du Manifeste du Parti communiste (1848) ?

jeudi 21 novembre 2019

La conscience comme appropriation et hominisation du besoin - Matériaux pour une émission (27)

La conscience comme appropriation et hominisation du besoin
Matériaux pour une émission (27)
 



   Marx transporte dans le domaine de la psychologie sociale les conclusions auxquelles il était arrivé dans la critique des conditions de l'autonomie de la conscience à l'égard de l'instinct.
   Il existe, en effet, des instincts sociaux comme il existe des instincts naturels et ces instincts sociaux s'appellent les besoins. Ces besoins, dont l'origine est surtout économique, ne satisfont que l'individu, que la subjectivité [1] : la conscience est d'abord une réaction à l'égard de la brutalité du monde social comme elle l'est à l'égard du monde sensible [2].
  Semblablement, le caractère limité des apparences subjectives doit être dépassé au profit de la prise de conscience de l'objectivité rationnelle de la société, c'est-à-dire des rapports humains [3]. Et, parlant de l'homme, Marx déclare sans ambiguïté : « chacun de ses rapports humains avec le monde : voir, entendre, flairer, goûter, toucher, penser, regarder, sentir, vouloir, agir, aimer, bref tous les organes de son individualité, qui sont immédiats dans leur forme d'organes communs sont dans leur rapport objectif ou dans leur comportement vis-à-vis · de l'objet, l'appropriation de cet objet, l'appropriation de la réalité humaine ; la façon dont ils se comportent vis-à-vis de l'objet est la manifestation de la réalité humaine. Cette manifestation est aussi multiple que les déterminations et les activités humaines, l'activité et la souffrance humaine, car les souffrances prises au sens humain sont une jouissance propre de l'homme » [4].
   La description de cette fameuse « appropriation de la réalité humaine » est un approfondissement remarquable des thèses soutenues par Marx dans sa thèse de doctorat sur Démocrite et Épicure. Les insuffisances d'Épicure, Marx fait comme s'il les reconnaissait nettement comme telles : et il montre, d'une part, comment la prise de conscience des rapports d'homme à homme permet ce que nous appellerions volontiers une véritable spiritualisation des sens ; et, d'autre part, comment se réalise progressivement pour l'homme, dans sa vie concrète, l'avènement de la conscience rationnelle.
   La spiritualisation des sens se réalise en corrélation avec la perception d'autrui. Nous nous contenterons d'indiquer, ici, le thème fondamental de Marx sans entrer dans le détail : lorsque l'objet des sens est non plus l'immédiateté des phénomènes purement subjectifs, mais un rapport d'homme à homme, la conscience « ne se perd pas dans son objet » [5] mais reconnaît dans ces rapports effectifs une « objectivation d'elle même » [6] : elle n'est plus étonnée, elle n'est plus étrangère, elle n'est plus aliénée : elle se retrouve chez elle. Ainsi « l'oeil est devenu humain quand son objet est devenu un objet social humain » [7]. Bref, « ce n'est pas seulement par la pensée, mais par tous les sens que l'homme est affirmé dans le monde objectif » [8] . La première tâche que nous ayons à accomplir est de retrouver l'acte, ou la série d'actes, par lesquels nous avons pu, nous-mêmes, ou grâce aux générations antérieures, passer de la représentation immédiate à la rationalité de l'objet social ; et, dans ces conditions, « on le voit, ce n'est que dans l'état social que le subjectivisme et l'objectivisme, le spiritualisme et le matérialisme, l'activité et la passivité perdent leur opposition et par suite leur existence » [9], texte qui est en parfait accord avec celui de la Sainte Famille où Marx déclare dépassée et définitivement -- l'époque où l'on opposait matérialisme et spiritualisme [10], et la raison en est claire : le propre de l'homme est, sous le naturalisme apparent de la sensibilité ou des formes d'organisation sociale, de reconnaître le produit de sa propre activité : le communisme traite sciemment toutes les présuppositions naturelles comme des créations des hommes passés [11]. Histoire et industrie sont « le livre ouvert des forces de l'être humain » [12] et le sens même de tout le marxisme est dégagé dans le passage de l'utilité subjective que représentent ces forces à la connexion rationnelle qu'elles ont, dans leur genèse, avec l'être même de l'homme : « une psychologie pour laquelle ce livre... est fermé ne peut pas devenir une science réelle et substantielle » [13]. Ainsi, nature et société n'ont de sens que pour l'homme parce que, en définitive, le dynamisme de la conscience est là pour saisir dans toute la clarté nécessaire du progrès rationnel de la connaissance le passage de l'immédiat à l'objectif, du matérialisme grossier au rationalisme critique et cette formule de Marx prend alors la plénitude de son sens : « l'histoire est la transformation de la nature en homme » [14].
   Rien n'illustre mieux l'idée de ce progrès rationnel que la page de l'Idéologie allemande où Marx décrit les degrés de la conscience [15]. Ces degrés sont au nombre de quatre : en premier lieu, conscience sensible qui saisit le caractère immédiat de ses sensations ; puis opposition à la nature ; ensuite conscience grégaire qui partage sans personnalité les vues de la communauté sociale à laquelle elle appartient, enfin émancipation de la conscience, que favorise d'ailleurs, dans une certaine mesure, la division du travail (à condition que le travail, bien entendu, comme il arrive malheureusement chez le prolétaire, ne fasse pas retomber le sujet conscient dans l'aliénation effective d'une tâche avilissante).
   Ainsi, fondé sur son originalité, l'approfondissement de la conscience chez Marx rend possible l'avènement d'une méthode rationnelle, non point dogmatique, mais critique. Voilà ce que l'étude des textes qui s'y rapportent permet de conclure. Que l'on nous permette de souligner une distinction : montrer l'existence chez Marx d'une méthode d'analyse rationnelle ce n'est pas du tout en faire un idéaliste, au sens kantien du terme. Autre chose est affirmer la possibilité qu'a l'esprit humain de saisir des rapports rationnels par une connaissance vérifiable et progressive ; autre chose, déclarer que la conscience est à l'origine de la matière. Notre thèse se ramène donc à ceci seulement: en prenant nettement position contre un matérialisme naturaliste (comme celui de Démocrite) et en montrant d'une part l'originalité de la conscience humaine, et d'autre part le progrès rationnel dont elle porte en elle-même le dynamisme, Marx, contrairement à ce que certains de ses interprètes et même de ses fidèles pensent, a donné un fondement théorique suffisant à sa méthode d'analyse et cette méthode est le discernement critique.

Extrait de La conscience chez Marx, ANDRÉ FIOLE-DECOURT, Esprit Nouvelle série, No. 145 (5/6) (MAI-JUIN 1948), pp. 852-869.

NOTES
[1 ] Économie politique et philosophie, p. 29.
[2]. Idéologie allemande, 1 le partie, p. 164 sq.
[3]. Économie politique et philosophie. p. 29.
[4]. Ibid
[5]. Ibid., p. 31.
[6]. Ibid.
[7]. Ibid., p. 30.
[8]. Ibid., p. 32.
[9]. Ibid., pp. 33-34.
[10]. Sainte-Famille : Marx : Oeuvres philosophiques, t. II, p. 167.
[11]. Idéologie allemande, ire partie, p. 231. .
[12]. Economie politique et philosophie, p. 34.
[13]. Ibid., p. 35.
[14]. Ibid., p. 77.
[15]. Ibid., p. 159.

mercredi 20 novembre 2019

Revue Front noir [1963-1967] : surréalisme et socialisme de conseils (Parution)

Front noir [1963-1967]
surréalisme et socialisme de conseils 
Louis Janover & Maxime Morel


La revue Front noir (1963-1967) fut créée par Louis Janover, avec un groupe d’amis, après qu’il a quitté le groupe surréaliste. Cette revue fait entendre une note différente de celle des autres avant-gardes de ce temps (lettrisme, situationnisme) en cherchant à concilier les prises de position politiques radicales et une expression poétique et artistique sans concession.
— Le positionnement politique est celui du socialisme de conseils, théorisé en France par Maximilien Rubel, qui s’appuie sur la pensée de Marx pour critiquer tous les marxismes.
— L’expression poétique entend répondre aux exigences qui furent celles des surréalistes aux débuts de leur mouvement (indépendance, spontanéité).

L’ouvrage comprend :
— une étude de Maxime Morel présentant l’histoire et les orientations de la revue.
— un choix de textes de la revue et des brochures qui ont suivi. Sont reprises aussi les illustrations de Gaétan Langlais et Le Maréchal.
— une postface de Louis Janover, qui fut au cœur de cette expérience.

Non lieu, 2018, - 248 pages. / 22 Euros



lundi 11 novembre 2019

Les «aides» des éléments les plus «conscients» - Matériaux pour une émission (26)

  Les «aides» des éléments 
les plus «conscients» ou le
« socialisme des intellectuels » 
Il est donc nécessaire de rappeler et préciser derechef la signification exacte du « socialisme des intellectuels » : un système idéologique né au XIXe siècle voulant éliminer l'exploitation de l'homme par l'homme, c'est-à-dire le pouvoir des capitalistes propriétaires des moyens de production, pour y substituer la classe ouvrière, porteuse du progrès social, dont l'avènement devait préluder à une société libre de producteurs. Cela au moyen de la conquête du pouvoir politique d'État par le parti regroupant les éléments les plus conscients du prolétariat industriel, son avant-garde. Les intellectuels devaient aider cette dernière à mener cette délicate mission. En fait, cette «aide» n'était pas désintéressée et dissimulait l'ambition propre des «travailleurs intellectuels » à se substituer aux anciens possédants, pour faire perdurer le régime d'exploitation en leur faveur. Telle a été l'analyse de Jan Waclav Makhaïski du socialisme et de ceux que nous avons désignés en tant que « capitalistes du savoir », utilisant leurs compétences pour assumer des fonctions de direction et de gestion, dans la société actuelle, comme un capital dont ils touchent des dividendes toute leur vie et qu'ils peuvent en outre transmettre héréditairement. La société capitaliste se dissocie, par voie de conséquence, entre deux pôles antagonistes du travail : les tâches complexes et intellectuelles sont concentrées dans les cerveaux d'un petit nombre, tandis qu'à l'opposé, elles sont simplifiées à l'extrême, manuelles, dépossédées de toute initiative. Soit d'un côté, le commandement de ceux qui « savent », de l'autre, l'obéissance mécanique des « ignorants ». Il ne s'agit donc pas seulement des intellectuels germanopratins, des « pétitionnaires » professionnels, ayant souvent couvert, emportés par leur élan de « bonnes âmes », les pires crimes au nom du bonheur de l'humanité, mais de tous ceux qui se mettent au service du pouvoir, quel qu'il soit, du moment que « leurs connaissances et capacités particulières » soient reconnues et appréciées. Rappelons la définition qu'en donne Georges Sorel « Les intellectuels ne sont pas, comme on le dit souvent, les hommes qui pensent ce sont les gens qui font profession de penser et qui prélèvent un salaire aristocratique en raison de la noblesse de cette profession 1». En plus d'un revenu substantiel, ils bénéficient d'un statut social d'« intouchables », puisqu'ils œuvrent pour le bien commun, en affichant une nette prédilection pour le sacro-saint « service public ». Il faut bien évidemment distinguer l'activité intellectuelle, dont tout un chacun est capable, de sa pratique séparée, c'est-à-dire de sa professionnalisation dans le cadre économique, social et politique.

Les diplômes et les formations spécifiques remplacent les charges nobiliaires et vénales d'antan. Le capitaliste du savoir, devenu « capitaliste de l'avoir », serait-il synonyme d'être intelligent?

Cela se saurait, hélas, car sorti de son créneau, où il a déjà parfois atteint son « seuil d'incompétence », il bannit toute curiosité et n'a que sa suffisance bardée de certitudes pour comprendre la vie réelle des hommes. Quant à son idéal politique, il aspire au contrôle social généralisé, incarné par l'État, et au mieux par le socialisme d’État, avoué ou non, pourvu qu'il soit le garant de ses mérites et situations acquises. L'analyse makhaïévskienne visait donc dans le mille et dans le tas — de cette nouvelle classe ascendante et dominante des travailleurs intellectuels, qu'ils soient décideurs, gérants, directeurs de ceci ou de cela, voire énarques, « X », etc., — soit les élites dirigeantes — ainsi que l'ensemble de ceux qui se chargent d'appliquer leurs décisions et de faire fonctionner le système.



[…]



En 1978, nous constations un « développement des sciences dites humaines qui forment une profusion de « travailleurs sociaux », dont la vocation est de pallier les défaillances du système : des bataillons de sociologues, psychologues, urbanistes et autres spécialistes du conditionnements ». Nous pouvons désormais corriger cette dernière estimation il ne s'agit plus de « bataillons », ni même de régiments, mais de divisions entières, d'une véritable armée de travailleurs intellectuels, chargés de colmater les brèches du système des « facilitateurs » d'avant l'heure en quelque sorte.

Note 1. G.Sorel, Réflexions sur la violence, Paris, 1908.
Extrait: Avant propos de Alexandre Skirda à Le socialisme des intellectuels - Jan Waclav Makhaïski, Les éditions de PARIS - MAX CHALEIL, 2001.


samedi 2 novembre 2019

jeudi 31 octobre 2019

ANTON PANNEKOEK : Marxisme et darwinisme,Traduction de Philippe BOURRINET (Parution)

ANTON PANNEKOEK
Marxisme et darwinisme
2e édition 1914, Verlag der Leipziger Buchdruckerei Aktiengesellschaft
Leipzig

Traduction de l’allemand, édition et notes (octobre 2019) : Philippe BOURRINET


Sur le site du traducteur


lundi 7 octobre 2019

PARUTION Vosstanie Editions - QUAND LE PEUPLE EST POPULAIRE

PARUTION 


Quand le peuple est populaire
 Le Portugal, Les éditions Agone, Raquel Varela et le populisme chic de la petite bourgeoisie intello de gauche.

VOSSTANIE ÉDITIONS, 2019, 66p. 

PRIX LIBRE ou  UNE BIÈRE ou Commander 3 Euros

 Pour réserver un exemplaire : nous contacter 


 



dimanche 6 octobre 2019

«Vous faites l’histoire !» – Henry Chazé / Henri Simon - Correspondance 1 1955-1962 De SouB à ICO [Parution]

«Vous faites l’histoire !»

Henry Chazé / Henri Simon

Correspondance 1
 1955-1962 
De SouB à ICO

On ne connaît guère en France le communisme des conseils ouvriers, forme d’organisation motrice des révolutions russes (les soviets de 1905 et de 1917) et allemande, des grandes grèves anglaises ou italiennes de la même période… Henry Chazé (1904-1984) et Henri Simon (né en 1922) ont rencontré les conseils, dans les années 1930 pour le premier, dans les années 1950 pour le plus jeune. C’est au sein du groupe Socialisme ou Barbarie, fondé par les transfuges du trotskysme Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, qu’ils se sont connus, et ont évolué ensemble vers le conseillisme théorisé par le Néerlandais Anton Pannekoek.

Chazé, membre oppositionnel du Parti communiste, exclu en 1932, un temps proche des trotskystes, interné par le régime de Vichy à Fresnes pour communisme, fut déporté en camp de concentration en Allemagne. Après guerre, il se retire dans les Alpes-Maritimes pour raisons de santé. Henri Simon quitte la CGT dès 1954, lance dans la compagnie d’assurances qui l’emploie une grève des em- ployés et un « conseil des assurances ».

C’est en 1955 que les deux hommes entament une correspondance suivie, jusqu’à la mort de Chazé en 1984 – correspondance dont nous publions ici la première partie, jusqu’en 1962. La vie du groupe Socialisme ou Barbarie y est largement commentée, jusqu’à la rupture qui en 1958 donnera naissance à Informations et Liaison Ouvrières (ILO), puis à Informations Correspondance Ouvrières (ICO). Dans la tradition des grands échanges épistolaires, malmenée aujourd’hui par Internet, on voit les deux personnages dans une vie certes pleine de politique, mais jamais séparée des préoccupations quotidiennes, tout en nous faisant traverser les moments importants de cette séquence qui va du début de la guerre d’Algérie, en passant par l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, aux prémices de Mai 68. Les plus jeunes découvriront une période ô combien agitée et souvent déformée, les plus anciens se replongeront dans un passé peut-être oublié. Toujours fidèles à leurs idéaux et combats de jeunesse (jusqu’à sa mort, pour Chazé ; Simon, lui, continue d’animer la revue ICO, devenue Échanges et Mouvement), ils remettent au goût du jour une grille d’analyse marxiste, radicalement antiléniniste, dont beaucoup s’aperçoivent maintenant qu’elle permet de comprendre le monde mieux que les visions ultraréactionnaires ou postmodernes qui l’ont pour un temps supplantée à la fin du siècle dernier.

ÉDITIONS ACRATIE 2019, 348p. 20 Euros

jeudi 12 septembre 2019

PRÉFACE à Quand le peuple est populaire - Vosstanie Éditions

PRÉFACE 
à 
Quand le peuple est populaire

A paraitre en octobre 2019


Le grand problème pour moi, est à l'intérieur de la classe
ouvrière. C'est le problème central, le problème de la
réorganisation au sein de la classe ouvrière [1].

João Bernardo

Ce n’est pas tant de sommes savantes des défaites circonscrites dans les espaces nationaux dont nous avons besoin, que de critiques impitoyables de nos échecs.
Il s’agira donc de démolir les fétiches, les faussaires, les marchands, et les autorités diverses qu’on nous intime de suivre ou de révérer.
On veut nous faire prendre une partie pour le tout, l’aliénation pour de la résistance, la soumission et le contrôle pour le nec plus ultra de la modernité.
Pour y parer une de nos tâches fut de comprendre comment celles et ceux qui n’ont que leurs forces de travail à vendre pour survivre ont surgi dans l’histoire. Pour autant expliquer pourquoi le prolétariat émerge et s’affirme n’indique pas de prérogative ou de qualité particulière au-delà de la contradiction.
C’est pourquoi nos aspirations et nos pratiques sont marquées du sceau de l’ambivalence.
Nous ne croyons en aucune justice immanente ou en une « vérité » à révéler par un écrit plus particulièrement lumineux.
Quant à la négativité du réel, nous n’avons pas d’autre choix que de lui donner de la profondeur et du sens.
Contre la résolution des immondes antinomies et les synthèses de l’abjecte, il nous a toujours semblé nécessaire d’acter l’abolition du monde, sans concession aucune avec ce que nous sommes.
Si par moment notre point de vue de classe peut passer pour de l’ouvriérisme c’est que l’on se trompe à notre sujet et sur notre démarche.
Car nous ne nous complaisons pas dans cette place / rôle que nous impose la dictature de la marchandise.
Ainsi nous tentons quotidiennement d’éviter de nous délecter de l’assignation ou de l’essentialisation de ce que nous sommes: des prolétaires.
Nous n'aspirons pas plus à être ou faire partie de ce peuple si cajolé par les petit-bourgeois du socialisme (national) des intellectuels ou les propagandistes du fantasmatique « pays réel ».
Nous ne sommes ni bons ni mauvais.
L’idiotie et la bêtise n'épargne aucune classe.
Si par moment nous mettons en gras la stupidité et la petitesse des exploités c’est que nous sommes féroces avec nous-mêmes et que nous n'idéalisons pas ce que nous vivons, pensons, ceci contrairement aux promoteurs de la décence commune qui se proposent en utilisant la flagornerie de nous raconter et nous vendre des historiettes populaires et consolantes sous toutes les déclinaisons possibles.
Nous ne souhaitons aucune popularité au(x) peuple(s) et même aux prolétaires, sinon leurs définitives disparitions.
Quand le peuple est populaire c’est que le supraclassisme n’est jamais loin. C’est qu’on tente en unifiant d'éteindre le brasier de la guerre des classes.
C’est qu’on délimite les luttes dans l'espace national et local alors que c’est la totalité du monde qui doit brûler.
Quand le peuple est populaire c’est que qu’on s'apprête à le racketter une nouvelle fois, qu’on lui prépare une nouvelle facture ou une laborieuse feuille de route.
Quand le peuple est populaire c’est qu’on lui vend son auto-hallucination comme une émancipation.
Quand le peuple est populaire c’est qu’on lui propose un « partage équitable » sur la base du mode actuel de production et un idéal de « justice » dans des rapports juridiques qui ont leur origine dans la société basée sur l’exploitation.
Quand le peuple est populaire c’est qu’on tente de lui faire oublier qu’il doit en finir avec ce qui fait sa condition première, celle d’être un exploité.
C’est pourquoi nous ne sommes pas le peuple.
Vosstanie
Note

1. In Pratique, idéologie et autonomie des travailleurs, REVUE RUPTURA (Brésil) 2009-2011 ?.
TEXTE AU FORMAT PDF

dimanche 1 septembre 2019

Quand le Peuple est V@chement Populaire

Quand le Peuple est V@chement Populaire 
Ou à propos d'une notule d’un cireur de pompes 

https://www.mediafire.com/download/br373q47045j47b



 A abolição da religião esportiva, enquanto felicidade ilusória dos homens, é a exigência da sua felicidade real. O apelo para que abandonem as ilusões a respeito da sua condição é o apelo para abandonarem uma condição que precisa de ilusões.

Texte à paraitre dans:

Quand le "peuple" est populaire / Vosstanie Éditions
Le Portugal, Les éditions Agone, Raquel Varela 
et le populisme chic de la petite-bourgeoisie intello de gauche. 

mercredi 28 août 2019

Conscience de classe, une définition - Matériaux pour une émission (25)

Conscience de classe 
Dans le cadre de notre réflexion sur la conscience de classe nous proposons un:

Extrait de  
Dicionário do Pensamento Marxista (Tom Bottomore) 
Zahar Édition électronique 2013.

https://www.mediafire.com/file/u66370jn3qppd9k/Conscience_de_classe_une_definition_Vosstanie_25.pdf/file


Traduction Vosstanie 08/2019

lundi 19 août 2019

Marx/Bakounine de Maurício Tragtenberg

Marx/Bakounine

Maurício Tragtenberg (1929-1998) 
Article publié à l'origine dans Nova Escrita Ensaio. Marx Hoje Ano V, nº 11/12. São Paulo: Editora Ensaio, pp. 279-299. (1983). Il a été republié dans Marxismo e Autogestão Ano 03, num. 05, jan./jun. 2016.
Traduction du Portugais du Brésil par Vosstanie 08/2019.

Texte au format PDF - 29 pages


"Il est nécessaire de situer, dans un premier temps, que le débat entre Marx/Bakounine n'a pas uniquement signifié la fin de la Première Internationale, mais qu'aujourd’hui il reste à l'ordre du jour, dans la mesure où le système capitaliste demeure dans la majeure partie du monde et l'État comme un élément redistributeur de la plus-value sous forme de surtravail, de taux de profit et de rente de la terre."

Ce texte sera disponible en version papier dans Fragments I

dimanche 4 août 2019

La démocratie des conseils / Cajo Brendel


La démocratie des conseils - Cajo Brendel
Juin 2019 - 58p.


A l'heure où le mouvement social remet en avant la démocratie directe, le mandat impératif, les assemblées, la méfiance envers les représentants, revoici une forme d'organisation qui fut fondamentale dans les révolutions russes et allemande, dans les tentatives révolutionnaires en Italie des années 1920, mais est restée méconnue en France: celle du communisme de conseils. Elle s'inscrit dans l'histoire de la lutte de classe, du mouvement de protestation contre l'exploitation de l'homme par l'homme.
Les conseils, ce furent notamment les assemblées de travailleurs à Petrograd (avant leur récupération par les bolcheviks) ou à Turin en 1920, en Angleterre en 1916-1917, en Hongrie en 1956, celles des marins révoltés en Allemagne en 1918 ou à Cronstadt en 1921.
Certains diront que les conseils peuvent apparaître comme dépassés parce qu'ils correspondent à l'organisation de la production du deuxième âge du capitalisme, aux grandes concentrations ouvrières qui semblent avoir disparu de notre horizon, après les fermetures d'usines des industries européennes. Mais qu'on observe les milliers d'ouvriers des usines d'électroniques ou de textile, en Chine ou au Bangladesh : on ne peut pas dire que les masses de salariés exploités ne soient plus là ; les usines se sont modifiées et déplacées.
- « Les communistes de conseils ont [pensé] que le vrai problème n'est pas de changer la propriété des moyens de production, de les transférer des mains des capitalistes aux mains de l'État, mais de changer la société de façon qu'il n'y ait plus de vente de la force de travail, ni à des capitalistes privés, ni à l'État » (p. 34).
- « Le rôle des sociaux-démocrates [des partis de gauche] se distingue très clairement de leur façon d'agir, de leur propagande. La social-démocratie n'est que 1'aile gauche et progressiste des entrepreneurs » (p. 36).
- « On combat le capitalisme, non parce qu'on rêve d'une autre société idéale, meilleure, mais parce qu'on est exploité, parce qu'on est dans la nécessité de vendre sa force de travail » (p. 38).

Curieusement, c'est aux Pays-Bas qu'ont été théorisés ces conseils. Cajo Brendel, dont nous présentons ici un article et des entretiens qui tentent de cerner les conseils à partir de l'expérience ouvrière, appartient à la deuxième génération de ces théoriciens, après l'astronome Anton Pannekoek et l'ouvrier métallurgiste devenu enseignant Henk Canne Meijer.

jeudi 18 juillet 2019

Dans la rubrique ce que n'est pas le communisme (2)

Dans la rubrique  
ce que n'est pas le communisme (2)
La commune comme esprit de clocher


Il a peu nous fûmes confrontés à un slogan ou une accroche d’un texte que nous serions tentés de retourner en une question :
“L’autonomie, au sens révolutionnaire, est la volonté et la capacité d’une communauté de s’organiser et de s’autogouverner sur un territoire restreint, la commune, qui, fédérée à d’autres communes, forme la commune des communes”... ?
Outre le fait que le sens “d’autonomie” n’est pas vraiment explicité ou que nous l'interprétons  comme une forme de séparatisme issu de la bonne volonté, c'est à dire de ceux qui “veulent” s’organiser, il reste tout à fait discutable et même nécessaire de combattre cette mode du “restreint” ou du petit espace, donc des petites ambitions des révolutionnaires.
Car le “restreint” n’est que le pendant de l’efficacité ou du gérable.

On sait d’expérience ce qu’il en est de ceux qui nous vendent la fameuse efficacité, on pourra donc l'étendre aux amateurs du restreint.

L’humanité serait dans le petit. Le restreint serait-il plus auto-gérable et donc en conformité avec ce qui est de l'ordre d'une échelle dite humaine ? Le problème de  l'échelle de cette humanité c'est qu'elle est issue d'un type de bois façonné au XIXe siècle et extrait du moyen-âge.

Qui sait de nos jours ou peut bien commencer l'humanité. Pourquoi pas au niveau de l'individu ? De la région ou de l’Europe ? Surtout à une époque de la démocratie de marché numérique.

Cette fumeuse communauté socialiste de clocher n’est que l’antinomie du centralisme et de la nation ou de sa pré-structuration, la contre-réponse réaliste aux injonctions bourgeoises sur la possibilité d'une autre société.

Par exemple si la séparation ville/campagne devra être critiquée cela ne sera pas pour retrouver la ville dans la campagne ou la campagne dans la ville, mais pour envisager la négation et de la ville et de la campagne. Pour quel espace ? Espérons déjà qu’il ne sera pas restreint….

Si le mot commune reste une référence et on pense alors immédiatement à la Commune de Paris, il nous semble que le problème de la dimension même de ce qu'impose une société débarrassée de la marchandise, est qu’elle se devra de composer avec la nécessité de la libre association, mais aussi avec l'explosion des formes de communautés volontaires et ce n’est pas le plus léger des paradoxes. Ceci sous peine de sombrer dans le pire des tribalismes fussent-ils affinitaires ou de ceux qui n’ont que la “volonté” de s'organiser.

Cette “échelle”, même si elle fait référence à cette mode du glocal n’a pour ambition que d’intersectionaliser les sécessionnismes particuliers ou souvent flottent des drapeaux de nations en gestations ou dont le caractère ethnique et traditionnel est ouvertement revendiqué par les gauchistes romantiques - et qui se retrouvent à faire les porte-étendards “des racines” et du pire des “traditions” sous prétexte d'un localisme totalement relativisé.

Le bolchevisme stalinien avait réussi à proposer le socialisme dans un seul pays. Les anarchistes à la traîne et sans imagination, l’idéologie communaliste/municipaliste c'est-à-dire l'anarchisme sur “territoire restreint” et entourés de marchandises, de théocraties ou de narco-États ou encore également le socialisme par le retrait c'est à dire par l'exemple (le sien) contre les philistins, mais pour le “peuple”, les "gens". On s’amuse comme on peut pour éviter de s'intéresser un peu à ce que pouvait être là perspective de la Première Internationale.

Il est trop facile de dire que le communisme sera planétaire ou ne sera pas. Mais il en finira avec le “restreint” et les nations, le centralisme. Il en fera de même avec le  fédéralisme planifié et bureaucratique des néo-gestionnaires et abolira toutes les entités administratives bourgeoises comme la commune et liquidera toutes les communautés restreintes. Il sera dicté moins par la volonté que par la nécessité consciente parce que nous n'avons pas le luxe (comme prolétaires) de nous retirer du monde.

Vosstanie le 18/07/2019

Lire également

Dans la rubrique ce que n'est pas le communisme (1)

mardi 2 juillet 2019

Un site pour Vosstanie Éditions (Nouveau Site)

Nous ouvrons un nouveau site pour Vosstanie Éditions.
On y trouvera certains ouvrages en version PDF


mardi 25 juin 2019

La réalité de la conscience - Matériaux pour une émission (24)

La réalité de la conscience*

Fétichisée la catégorie de « réalité » a d'immenses inconvénients. Elle détruit les spécificités et les différences. A l'abri de ce concept, et de l'abus du qualificatif « concret », on aligne le réel humain sur la nature, ou le réel de la nature sur celui de l'homme. Des confusions naissent, propices aux excès philosophiques. En dialectisant le concept, on peut esquisser une réponse aux questions concernant la réalité de la conscience.
La conscience ne semble ni « réelle » à la manière d'une substance ou d'une chose, ni « irréelle » à l'instar d'un reflet, ou d'un épi-phénomène, doublure accidentelle de la chose. Les consciences sociales naissent, croissent, dépérissent et meurent comme les consciences individuelles (dont elles ne peuvent se séparer). L'existence et la conscience sociales (comme toute existence et toute conscience) ont quelque chose de transitoire. Elles surgissent et vont vers autre chose ou quelque chose d'autre. Toute conscience s'illumine ou s'éteint, se transforme ou demeure (jamais longtemps, même lorsqu'elle est incarnée dans une œuvre). Elle naît d'un problème lorsque l'accompli — le « réel» au sens étroit – ne se suffit plus. En ce sens, elle nie le « réel » d'une négation concrète et spécifique. Elle surgit avec une possibilité de la question pratique posée au réel par le possible, et réciproquement. Apparence ou apparition, elle se change en acte, c'est-à-dire en « réalité » pour autant qu'elle résout le problème posé. Une de ses conditions, c'est donc l'ébranlement de la « réalité » accomplie et structurée. Dans la solidité et la substantialité du « réel » qui se suffit et se satisfait, la conscience s'endort. Elle « est » et par conséquent n'est plus conscience. Nous ne disons pas : « Toute conscience est conscience de quelque chose », mais : « Toute conscience est conscience d'un possible » ; ce qui fait son acuité, sa chance et son malheur. Sans possibilité, pas de conscience et d'ailleurs pas de vie. La présence implique le possible dans l'actuel et le présent ne va pas sans la lumière et l'horizon du futur. Jamais la conscience ne peut s'établir dans le réel, le stable, le satisfait . et pourtant elle cherche dans le réel ou plutôt la réalisation, la stabilité, la satisfaction.

La conscience naît des problèmes, contradictions et conflits, options et choix à la fois nécessaires et libres. Il faut choisir entre tels possibles, c'est la nécessité. Il faut risquer, parier sur l'aléatoire, jouer : c'est la liberté. La conscience se présente donc une « réalité » spécifique, mais non donnée, non immédiate conscience. La conscience de soi naît en l'autre, de l'autre, par l'autre. Elle « est » et cependant n'est pas. Elle « est » acte et rapport non substance ; elle « est » confrontation entre les données des problèmes, exigence de solution et acuité de l'attente, perspective et choix entre les possibles (et les impossibles). Elle naît dans l'acte et de l'acte, de l’œuvre et dans l’œuvre. Productrice, elle se produit; elle résout des problèmes qui s'inscrivent dans ce qu'elle crée. Elle est son œuvre, et cependant s'enfuit aussitôt de l’œuvre accomplie et finie. Elle nie et dépasse, mais ne se définit pas par la seule négativité absolue.

Pleinement réelle à sa manière (mais non point comme une « région » descriptible séparément du « réel »), la conscience a des conditions nécessaires et non suffisantes dans d'autres réalités (biologiques et physiologiques, économiques et historiques). Elle ne se réduit pas à ces conditions « réelles ». Dès que l'on calque la notion de réalité sur la substance ou la chose, on s'enferme dans un dilemme. Ou bien la conscience échappe à la catégorie de « réalité », ce qui se traduit caricaturalement dans les théories qui la déréalisent et la réduisent au pur reflet, ou à la pure négativité ; ou bien elle se conçoit elle-même comme chose et substance et se découpe en processus (historiques, psychologiques, sociologiques) ou en états et en représentations (individuelles ou collectives).

Extrait de : Critique de la vie quotidienne II, Fondements d'une sociologie de la quotidienneté - Henri Lefebvre, L'Arche éditeur, 1961. p.199-200.

*  Titre Vosstanie.

mardi 18 juin 2019

Dans la rubrique ce que n'est pas le communisme (1)

Dans la rubrique 
ce que n'est pas le communisme (1)


De la gauche dite “radicale” en passant par l'extrême gauche jusqu’aux anarchistes il y a comme un consensus sur un mot d’ordre qui pose un sacré problème ou plutôt une ligne de fracture qui touche à la critique de l’économie politique et dont les conséquences ne sont pas des moindres au niveau de la philosophie de la praxis. C'est la question du slogan de la “redistribution des richesses”.
Toute cette gauche du capital s’imagine sous le drapeau national de la “justice sociale” qu'il s'agit de partager les parts d'un gâteau pourri. En cela, elle enfourche (malgré elle ?) les litanies assénées par les capitalistes qui nous font savoir régulièrement que le “gâteau” n’est pas assez gros pour être redistribué équitablement, tout en indiquant qu’il pourrait l’être à condition de fournir plus d’efforts, c’est-à-dire d’accroître le niveau d’exploitation général.
Les dissertations sur la taille de la part de ce gâteau ne semblent pas être remises en questions ou bien explorées dans les ingrédients mêmes qui le compose et qui sont toujours avariés.
Tout cela laisse entendre que la gauche du capital s'imagine que la taxation (verte) du pillage des ressources planétaires, des ventes d'armes, de l'industrie, du luxe et des mafias, de la finance “régulée” (sans paradis fiscaux !), des produits polluants, que de toutes les taxes donc elle pourra en tirer une juste ponction pour compenser “l’injuste” ou le misérable ou pour équilibrer sa répartition des “richesses” à “redistribuer”.
Pour s’en convaincre s’il faut encore et encore questionner de quelles “richesses” on nous parle, on se doit aussi une nouvelle fois de dire comment elles sont ‘générées’.
Elles le sont par l’exploitation, la domination, le contrôle, la répression, les meurtres, par la misère et la pénurie organisée, faussement structurées par le chaos de la production capitaliste et la division internationale du travail.
Tant que nous ne sortirons pas de cette approche, de ce slogan erroné, il reste certain que nous n’aborderons jamais correctement la résolution de la question sociale sans parler ici de ce que ne peut pas être le communisme.
Il n’est jamais également abordé dans cette approche les critiques des hiérarchies, du travail, de la séparation d’avec les moyens de production, de la spécialisation, du militarisme et de l'enfermement sous toutes ses formes (religieux, frontières, identités et autres espèces de prisons).
On peut effectivement rêver de taxer sans fin les “riches” et le capital pour compenser nos dégradations de nos vies, mais encore faut-il que cela soit possible.
D’ailleurs ne sous-consommons-nous déjà pas en séries des d'ersatz frelatés dans des conditions insupportables ?
Tout ceci, n’est-il que la conséquence de notre impossibilité à mettre en actes nos combats parce que l’horizon ne fait que s’affirmer de plus en plus sous les signes des théories de la catastrophe et de la peur ? 
La gauche du capital ne pourra jamais nous proposer autre chose que de nous mettre sous sa lugubre et vieille banderole, c’est-à-dire celle de la marchandise, autrement dit celle de l’aliénation généralisée dont elle tire un certain profit (il en va de même sous sa forme tiers-mondiste) mais cela, il semble que certains fassent semblant de l’oublier régulièrement pour tenter de gratter des miettes des miettes des miettes des miettes….