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mardi 6 novembre 2018

[EN TÉLÉCHARGEMENT] Pour une critique de l'Idéologie Boulangère (2e édition PDF)

Pour une critique de
l'Idéologie Boulangère
Décroissants de la brioche et une Rolls! 
 2ème édition revue et augmentée

https://www.mediafire.com/download/v8xn7cyr9l52eo6

2ème édition revue et augmentée 


ÉPIGRAPHE

La société capitaliste contemporaine lèse les intérêts de l'intelligentsia, que celle-ci soit ou non partie prenante du système et en outre l'humilie en la plaçant sous la dépendance des capitalistes. Ressentant son humiliation, l'intellectuel se rebiffe et va s'adresser aux esclaves du travail manuel, toujours prêts à se rebeller, en s'efforçant de leur prêcher la révolution, [...] lorsque le progrès bourgeois stagne. Cependant, comme il ne souffre pas pour les mêmes causes, ni de la même manière que l'ouvrier il ne propose à celui-ci que des plans de lutte tels qu'ils permettent d'éliminer immédiatement les causes de son propre mal, sans pour autant apporter quoi que ce soit au «camarade » ouvrier qui le suit, mis à part la promesse d'un meilleur avenir. Les exigences qui ont mû les ouvriers sont toujours inévitablement remises, par l'intellectuel, à plus tard, laissées de côté, pour le « futur ».
Jan Waclav Makhaïski


Mais, de même qu’il y a des besoins corporels dont tout un chacun peut et doit s’occuper par lui-même, il existe aussi des objets du savoir qu’il est indispensable que tous connaissent et qui ne ressortissent, pour cette raison, à aucune science spécialisée particulière. La faculté de penser humaine est un objet de cette espèce : la connaissance, l’entendement, la théorie qui s’y rapporte ne peuvent être abandonnées à aucune corporation.



*

« Quand la dernière solution à la mode proposée, et prônée, n'est autre que d'être un animateur à mégaphone, un boutiquier alternatif équitable ou un épicier radicalement bio et autogéré;

Quand la frugalité, l'éloge de la « simplicité volontaire » et les traités « Maussiens » sur le renoncement au quantitatif s'affichent dans de nombreuses librairies radicales, c'est que la soumission à l'ordre dominant s'annonce des plus fantastique.

L'éloge du qualitatif dans la société capitaliste n'est ni plus ni moins que le retour de l'Homo - œconomicus qui revient par la fenêtre!

L'audience des discours, leurs diffusions, n'est pas sans nous faire penser que le prochain « serrage de ceinture » sera pour le prolétariat ! Qui, c'est bien connu, ne s'achète que des écrans plasma avec ses 900 euros.

Il n'y a qu'un pas pour penser que l'idéologie qui vient est toujours l'idéologie de la classe ascendante, c'est à dire celle qui annonce la prochaine offensive contre les exploités
».

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Compil de textes Vosstanie 120p.

vendredi 8 septembre 2017

La société communiste se passera-t-elle d'ascenseurs et de motocyclettes ?

La société communiste se passera-t-elle d'ascenseurs et de motocyclettes ?

A PROPOS DE A FABRICA DE NADA de PEDRO PINHO
(L’USINE DE RIEN) - 2017




Faire part de quelques impressions sur un objet cinématographique de 177 minutes n’est pas une tâche aisée. S’il s’agit de le faire, c’est que d’une certaine manière nous ne sommes pas restés insensibles. Même si les commentaires ne sont pas forcément que positifs. Pour autant l’objet touche son objectif à savoir interroger, se questionner jusqu’au point de se faire critique de la critique du point de vue ou des idées exprimées.

D’une certaine manière une forme de comparaison s’impose presque avec un autre film, celui de Miguel Gomes (2015) - Les Mille et Une Nuits (As Mil e Uma Noites) sur fond de cette fameuse “crise”, de poésie, de bouffonnerie nihiliste et dépressive, d’interviews d’anonymes face caméra, ou les déroulements de vies nous indiquent que derrière cette inexorable désagrégation se trouve des individus brisés par le capitalisme.

La similitude, de certains procédés entre les deux films (On pense au 1er film de la trilogie de M.Gomes L'Inquiet ( O Inquieto ) questionne donc bien au-delà de l’esthétique. Car une forme du réel s’invite donc dans la fiction. Alors que la tonalité du moment serait plutôt à ce que la fiction s’invite dans un pseudo réel.

Le film, vendu par son distributeur pendant cette première diffusion aux Forum des Images à Paris le 10 juin 2017, comme une sorte de produit quasi total ou s'entrecroiserait comédie musicale (pour les fans de La La Land ?) documentaire, film d’auteur, voir politique ou “engagé” nous a laissé perplexe pour différentes raisons qui sont principalement politiques, de par son parti-pris esthétique.

La question s’était déjà posée d’une certainement manière pour le film de M. Gomes dont le discours politique ne décollait pas de l’arrière-train social-démocrate - type Bloco de Esquerda, et lui permettait de broder une métaphore aussi grosse que viriliste sur l'absence de “couilles” des politiques pour réguler le folklore local et l’économie.

Nous ne cachons pas d’être allés voir le film de Pedro Pinho pour une raison qui a la fois relevait de notre intérêt sur la situation du Portugal contemporain mais aussi parce que la bande annonce déclarait de manière assez ouverte que ce film se plaçait sous le signe d’une démarche plutôt en rupture avec celle de M.GOMES plus particulièrement sous l’angle de la critique de la valeur. (Voir la bande annonce)

Mais son argument principal est à notre avis possiblement devenu son point de faiblesse voir même un sorte de cache misère, un mauvais alibi intello d’un cinéma d’auteur épuisé.

Qui lui permet d’ailleurs de ne pas interroger la “politique” c’est à dire les politiciens comme l’escroquerie / racket du Bloco par exemple, ou même l’intervention consciente de classe.

Notre première impression en sortant de la salle aura été de se demander ce qu’il s’était passé depuis Ossos de Pedro Costa, sorti en (1997) ? ou de Os Mutantes (1998) de Teresa Villaverde voire même depuis la mort de João César Monteiro.

Que peut bien nous apprendre ce type de production qui se présente comme collective ? Est-ce le signe de la décomposition ou de transformation d’un pays ?

A notre avis ce que nous avons pu noter est surtout marqué par une forme d'extériorité qui frise d’ailleurs, pendant une certaine scène qui se veut “conviviale” le tragi-comique. (Voir plus loin)

Pour ce qui est des thématiques ou pourra dire que tout est effleuré mais que l’on reste trop longuement (à notre goût)  au niveau de l’écume. Du “plan social” à la critique du travail et de son sens, d’Avril 74 et de ses illusions, de l’anomie sociale jusqu’au nihilisme consubstantiel au capitalisme.

On s’interroge quelque peu sur cette désindustrialisation filmée explicitement et comme ligne de force du film qui ne date pas vraiment de ces dernières années. En effet la crise du textile et de la chaussure a des racines bien plus anciennes par exemple. Mais finalement ce propos même s’il a peu d’importance n’a presque plus d'intérêt puisqu’il vient alimenter la problématique de fond, celle de la “crise” du travail, de la valorisation, et de l'obsolescence de l’homme comme “capital variable”.

Le temps du A cantiga é uma arma (1) est fort loin on le constatera et on ne s’en désespère pas. Pas pour la pugnacité et la rage des chansons. Mais pour l’état d’esprit que cela accompagnait, c’est à dire un certain dogmatisme aboyeur, matrice des autoritarismes, et qui ne se revendiquait pas forcément des théories de l’Avant-garde en politique.

C’est pourquoi on accordera facilement à ce film une forme de tonalité apaisée qui ne consiste pas à asséner mais à mettre en regard des problématiques avec une certaine honnêteté même si l’on entend bien le parti pris, évidement, qui est celui de la critique de la valeur. Cette dernière étant écartelée entre un radical-mécanisme théorique mâtinée de psychanalysme et par cette vieille critique moralisante du consumérisme modernisée sous la religion de la décroissance. Qui n’a pu déboucher ces dernières années que sur une forme de militance pédago-alternativiste "critique", aux velléités crypto-intersectionnelles.

De La scène à la Cène

C’est autour de ce vieux débat sur l’autogestion qu’a lieu une scène d’un vrai ? repas qui suscite chez nous donc un vrai problème d’ordre esthétique et qui n’est rien de moins qu’éminemment politique.

En effet au milieu du film (?) a donc lieu un repas, policé entre individus manifestement “éduqués” pouvant discuter sans cris, un verre de vin à la main et sans ce regard vide que l’on connait tous après une journée de labeur. Ils échangent tranquillement des propos sur ce que peut et doit faire la classe ouvrière. L’autogestion...ou pas ? Limites et possibilités. Ceci sans ce fameux problème de la barrière de la de langue que tous comprennent par on ne sait quelle “magie”.... L’internationalisme de salon à ses secrets…la réalisation aussi.

On y aperçoit le pape du rien-de-nouveau-sous-le-soleil-critique-de-la-valeur, filmé en gros plan de profil (pour éviter le côté énième conférence probablement) avec d’autres, dont un pseudo inconnu argentin ? de son état et protagoniste du film, et dont le rôle étrange, si extérieur pourrait donner lieu à de nombreux commentaires. Se joint à cette table d’autres inconnus dont une qui l’est moins peut-être pour des familiers du pays et qui n’est autre qu’Isabel do Carmo ancienne dirigeante du PRP ( Partido Revolucionário do Proletariado ) formation d’inspiration guevariste, active un peu avant pendant et après la dite “révolution des œillets”. Senhora Doutora, Isabel Do Carmo reconvertie depuis 20 ans dans la publication de très nombreux d’ouvrages à destination des personnes en surcharge pondérale.

C’est autour de ces personnages “extérieurs” de par leurs statuts finalement si étrangers à celui de la condition ouvrière, qu’a lieu une discussion où une forme de débat aussi dérangeant qu’aliéné, sur les limites et possibilités de l’autogestion. Celui-ci a d’ailleurs toujours été longuement discuté dans le mouvement révolutionnaire même s’il fut minoritaire. Mais cette séquence vient à notre avis souligner le fossé entre la théorie et la pratique. D’un côté les “théoriciens”, pour certains ayant fricoté problématiquement avec l’avant-gardisme, des pédagogues de la radicalité critique, séminarisant professionnellement ou pas, ici et là et même Debout, de l’autre les prolétaires dont la mise en lumière oscille entre accablement et misérabilisme, bouffonnades et interrogations.

Un monde si “extérieur” ou l’on frise très clairement le moralisme (dans cette scène) et le sous-baudrillard(isme), ou les ouvriers sont encore accusés de ne vouloir que “consommer” ! on se demande toujours avec quel non-salaire… Voilà les prolétaires sans idées, pratiques, combats propres, dont les perspectives finalement ne seraient que “pragmatiques”, le prolétaire ne penserait qu’avec son bide.

A la suite est égrené le chapelet de thématiques propre au courant de la valeur, débat sur le capital fictif, crise du travail, collapsus du capitalisme, ou la vieille thèse catastrophiste de l’effondrement, c’est à dire toute la panoplie plutôt anxiogène, avec une lucide et juste critique de l’autogestion certes, mais pour finalement nous inviter à la gestion des “jardins communs” (sic) ! Autant dire ici que la proposition peut paraitre presque survivaliste.

Toujours est -il que le projet n’en reste pas moins interclassiste et romantique et il permet d’évacuer bien des débats. Surtout celui de l’affrontement de classe. Notamment grâce à quelques pirouettes mécanistes ou l'immanence du capital donne la possibilité d’évacuer les individus (et individualités) et les groupes qui n’existent plus vraiment ! et bien sûr cela est dit très doctement et tranquillement et quasi explicitement d’un point de vue qui est celui d’une certaine hauteur sans mépris mais avec tellement de distance...

On attendra donc tous les convaincus par la démonstration, dans l’arrière-pays de la région du Minho ou sont disponibles les forêts et les terres en friches, mais aussi de vieilles maisons de paysans à retaper. A moins que le feu ne s'en occupe...

Le pragmatisme pro-autogestion s’il n’est bien sûr absolument pas satisfaisant pose malgré lui quelques questions à notre avis fondamentales. Pour le cas du film, ou il s’agit d'auto-gérer une usine de fabrication d'ascenseurs, il va de soi que la concurrence, le marché se chargera toujours de régler le débat en dernière instance, aussi utopique et même pratique-réaliste soit la démarche. En revanche elle pose une vraie question et fort sérieuse à notre avis : la société communiste, libertaire - se passera-t-elle d'ascenseurs ? Question qui n'est point travaillée dans le film et les débats. Cette usine ne fabrique-t-elle vraiment rien d’utile ? est-elle vraiment “l’usine de rien” ? L’ascenseur est-il bourgeois ou capitaliste ?

Si le débat sur l’autogestion reste encore accessible on se demande quand même ce que le spectateur moyen peut bien comprendre sur celui de la critique de la valeur, ou il faut le dire, A.Jappe reste inaudible voir même incompréhensible. Les thèses en voix off qui parsèment le film n’ajoutent qu’une forme d’intellectualité plutôt factice comme un mauvais collage, dont le film pouvait clairement se passer. Mais il en perdrait alors sa particularité marchande jusqu’au point de se noyer dans le magma du cinéma pour dépressifs qu’il n’est pas interdit d'apprécier à très petite dose.

Si la fin du film se termine sur une tonalité d’espoir, et qu’elle ressemble à une forme de “choix”, elle n’est pourtant pas sans ambiguïtés.

Le personnage qui se veut central se trouve être comme “convaincu” par cet individu argentin venu d’on ne sait ou pour tisser des relations inter-autogestionnaires dans un monde de marché, ceci comme une aventure possible. Cette extériorité n’est pas sans poser quelques interrogations. On laissera ceux qui verront le film y réfléchir pour se questionner sur son rôle mais aussi sur son “projet”.

Mais ce n’est pas la seule ambiguïté dans cette toute fin de film. Alors qu’il acte pour continuer “l’aventure”, peut-être la seule alternative finalement avec celle de quitter le pays, (entre 2011 et 2013, 300.000 portugais sont allés chercher leur “salut” à l'étranger. (2)) notre protagoniste principal qui roule à moto fait le choix de laisser celle-ci bord de la route. Est-ce par conviction ? (serait-elle en panne ?) Ceci pour rejoindre l'arrêt de bus et faire le choix du commun transport avec d’autres prolétaires.

Mais ce geste, s’il se révèle à nos yeux comme écolo-décroissant, par on ne sait qu’elle illumination, ferait presque écho à une imprégnation du discours sur l'austérité. Il serait son versant intégré et puritain. Puritanisme qui traverse tous les projets d’émancipation en crise parce que dévitalisés de perspectives. C’est bien le risque quand la morale (ou de l’éthique que l’on tente d’universalisée) s’invite dans le champ du politique, et qu’elle se substitue à la pratique collective de classe ou que la transformation radicale du monde devient une histoire de comportement personnel.

Le chemin n’est pas l’horizon sauf à considérer qu’être ensemble serait suffisant. Suffisant pourquoi faire au juste ? Le mythe du commun ou de la communauté comme possible qui viendrait résoudre toute une série d’interrogations est une approche trop mystique (3). Cette forme de parade contre l’Avoir par l'Être-ensemble, côtoie trop à notre goût une forme de cette morale des liens qui libèrent et qui se change trop vite quand elle devient une thèse, en oppression du collectif. C’est la seule que puisse nous proposer les apôtres de la simplicité volontaire (forcée pour les autres) de salle à manger, et qui fantasment la communauté des bonnes volontés par leurs isolements et leur mode de vie individualiste, réellement vécu et probablement coupable.

La société communiste pourrait bien nous permettre de rouler seuls en motocyclettes ...et si cela l’était pas le cas en vaudrait-elle seulement la peine ? Le communisme ne sera pas la fausse abondance capitaliste c’est certain, pas plus la pénurie joyeuse, mais encore moins un cours de botanique autogéré dans les jardins obligatoirement communs.

Au-delà d’un fantasme d’urbains, il serait intéressant d’interroger d’une manière plus générale pourquoi l’idéologie “ambientaliste” raisonne de cette manière dans ce pays ? Qu’annonce-t-elle ? que dit-elle ?

Malgré lui ce film qui se veut “collectif” reproduit ce qui devait être politiquement critiqué. Critiqué puisqu’il s’annonçait “critique”.

Rien sur la critique de la séparation au sens large. Séparation entre “intellectuels” et “ouvriers”, séparés par cette scène du repas (qui coupe le film en deux) jusqu’au point d’y retrouver une vieille figure de l’avant-gardisme portugais des années 70. - Il en va de même du questionnement sur la séparation d’avec les moyens de production. Cette catégorie devait également être mise en débat au risque de reproduire ce que l’on combat ou dénonce.

C’est aussi le regard du réalisateur ( de ceux qui ont participé à cette œuvre, mais pas forcement...)  qui doit aussi être questionné peut-être comme inconscient de classe, tempérament de groupie, peut-être même comme une forme de fascination théoriciste "critique".

La montagne a-t-elle encore accouchée d’une souris ? c’est bien possible.


Notes.

(Version du texte révisée le 29/6/2017)


Peut-être que le problème touche à cette manière de faire rentrer la critique de l'économie politique dans la création artistique ....

(1) A Cantiga é Uma Arma (1975) Interpretação: Grupo de Ação Cultural (GAC) – Vozes na Luta Letra: José Mário Branco

(2) http://www.lexpress.fr/actualites/1/actualite/en-depit-de-la-reprise-l-exode-des-jeunes-portugais-continue_1555581.html

(3) Par extension voir aussi l'étymologie du mot religion (religio)


Voir aussi


mardi 20 octobre 2015

L'indigente Nouvelle Droite

L'indigente Nouvelle Droite
Réflexions sur les morts-vivants et le commerce de cadavres.





L'offensive menée par la Nouvelle Droite depuis 68 et dont les polémologues en chambre, portes plume journaleuses sont le plus souvent le fruit du déclassement de la petite bourgeoisie, n'ont finalement pas été d'une grande originalité. Au delà d'un travail de camouflage de concepts, ils demeurent l'aile pourrie nationale/européenne/régionale socialiste crétine la plus magnifiquement inerte de notre temps.

En petits entrepreneurs de leurs pensées, qu'ils monnaient misérablement d'allégeances dans des fanzines sur papier glacé (quel gâchis pour le papier), Ils sont toujours prompts à montrer leurs caboches de jeunes vieux sur internet pour y asséner un sous-verbiage radicalement superfétatoire, mâtiné le plus souvent d'un empirisme à faire se dissoudre le reliquat d'ossements du seigneur de La Palice.

Leurs attitudes simiesques ont tout de la récupération et du parangonnage intellectuel, démarches typiques des entreprises capitalistes et des techniques marketing.

Mais pour être plus précis, il faut souligner que la conceptualisation de cette "stratégie" historique n'est que le fruit honteux et peureux d'une infécondité congénitale propre à la Nouvelle Droite.

Produit du ressentiment et du réactif, c'est la signature d'une impossibilité créative, le propre de l'esprit réifié et peine à jouir. Un trait typique du conservatisme qu'ils tentent de déguiser en "subversion", concept qui ne dit surtout rien de la remise en cause des pouvoirs et des hiérarchies, tant ils adorent faire les toutous des Rex, chefs et individus qui moulinent du bras, ceci tout en travestissant leur servilité en machiavélisme... de bidet.

Finalement on pourrait même pousser notre analyse en affirmant la défaite historique de ce courant enfermé dans son obsession morbide des origines, son culte débile des racines, sa névrose des essences, ceci parce que rien n’émerge de clair et de franc et que nul horizon ne peut se dégager un seul instant d'un nez collé au cul de la matrice ou des effluves issues de la décomposition placentaire dont ils aiment disserter jusqu'à la nausée.

Toujours en retard d'une récupération ils furent guévaristes après la mort du faussaire communiste Guevara, tiers-mondiste après que la caravane ne soit passée, et s'encanaillent toujours de proudhonneries quand même les anarchistes intelligents hésitent à s'en revendiquer tant sa critique du capitalisme (à autogérer) fait maintenant bien rire dans les chaumières.

Les tentatives d'annexion par la Nouvelle Droite de différents courants qui se trouvent du coté, quoi que l'on en dise, d'un certain universalisme progressiste, c'est à dire d'une espérance dans une certaine perfectibilité sociale et humaine, restent toujours conditionnées à la fois par les limites intrinsèques de leur philosophie politique, et comme nous le disions aussi par la posture d'un corps (physique et doctrinal) qui s'évertue systématiquement à regarder du coté de son nombril, voire même de son anus pour savoir si, Oh ! malheur, ils n'auraient pas été déféqué. (Il suffit de voir à ce sujet les délires et l'importance qu'a pris le débat sur l’inexistante théorie de genre ou le mariage homosexuel)

Toujours conditionnée par cette compulsion de classement héritée d'un certain aristotélisme usé, la psychopathologie de l'esprit réifié ne fait qu'alimenter une conception du monde toujours ouvertement élitiste et hiérarchique ou la “nature humaine” flotterait au dessus de la sombre et indécrottable, et noire caverne humaine. Ceci aux seules fins de promouvoir une certaine défiance/haine de l'autre, ontologiquement inférieur et susceptible de souiller une pureté originaire source de toute les réconciliations communautaires et holistique, il va sans dire.

L'espace humain (la géographie / la planète) de la Nouvelle Droite se trouve alors pétrifié selon les mêmes modalités intellectuelles ou le mythe a remplacé l'histoire. Quand l'approche se fait pseudo-historienne elle fait appel, ou aux grands hommes ou à des catégories hypostasies et mono-causales. Alimentées par une métaphysique de la chute et de l'impure, toujours sauvées in fine par le "génie" national ou l'esprit de la région-nation, voire l'Europe pour ceux qui se croient les moins crétins.

Les clins d’œil de mère maquerelle de la Nouvelle droite aux courants libertaires, dans l'acception la plus large, plus que déstabilisateurs et porteurs d'une stratégie de la confusion (il ne s'agit pas ici de baisser la garde sur les ponts, passerelles et lianes), doivent plus être vus comme leur propre confusion stratégique et marquent définitivement la Nouvelle Droite du sceau de l'infertilité génétique.

Ou par exemple, l’intérêt de la Nouvelle Droite pour l'anti-utilitarisme certainement alimenté parce ce que porte en lui ce courant, à savoir une sorte de troisième voie (si chère aux Nationaux Révolutionnaires Socialistes) mais aussi sa critique de l'utilitarisme ...."marxiste". Autre obsession historique de la Nouvelle Droite.

On pourra aussi penser particulièrement ici au cas de J-C Michea comme bourricot de Troie soit disant “libertaire” (1) dissertant au nom de l’anti-utilitarisme sur l’aménagement possible d’espaces marchands dans un monde “communiste” et à ses dissertations dont les interminables scolies xénophobes s’articulent de références sibyllines ou plus franches à l’univers des néo-droitiers. 

Il en est de même pour Castoriadis ou plutôt du Castoriadisme post Socialisme ou Barbarie, ceci pour sa critique du marxisme et de la conception matérialiste de l'histoire, qui a développé à la fin de sa vie une logorrhée autour de la psychanalyse des mythes si chère aux néo-droitistes.

Si la Nouvelle Droite regarde ces dernières années du coté des Décroissants, aidée en cela par quelques regards bienveillants, c'est que ces derniers viennent alimenter des thématiques historiques de ce courant, comme une critique du “matérialisme” (compris comme critique minimale et romantique de l'argent, des banques) , un ascétisme expiatoire et sacrificiel "volontaire" propre au judéo-christianisme sécularisé, au nom d’un bricolage spiritualiste hérité de curés défroqués mais toujours religieux. Pour un dépassement de l'ici bas par un retour à l’ici et maintenant, forme achevée et paradoxale de dépolitisation. Mais aussi un néo-malthusianisme pour les Autres, qui cache mal (pour la Nouvelle Droite) son éthno-differencialisme, c'est à dire son racisme new-look.

La possible annexion de positions politiques se révèle bien facile, aidés qu'ils sont d'ailleurs par les thématiques agitées généreusement, mais sans fond, (d'un point de vue de l'économie politique qu’ils n’arrivent pas à structurer par rapport à une fin) par le discours de la re-localisation des échanges et de la dé-mondialisation, du cénobitisme hygiéniste et esthétisé, et par le culte des relations "authentiques" avec les "vrais gens". Bien sûr tous cela sent le roquefort rance, l'esprit de cloché, et la "terre qui ne ment jamais".

Les drapeaux et les frontières de l'Europe blanche gréco-romaine (pour les plus païens), revivifiés de valeurs viriles et guerrières ne sont jamais très loin, surtout à pieds, puisque vous avez banni la voiture et les technologies corruptrices de votre quotidien augmenté.

En lecteurs honteux de Marx, ils alimentent aussi leurs critiques des courants les plus pessimistes de l'hétérodoxie marxiste qui furent les plus violemment anti-marxistes au sens idéologique, et paradoxalement les plus nihilistes comme les qualifiait déjà Lukács.

Un certain regard porté par la Nouvelle Droite, par exemple du coté de la théorie critique de la valeur et ses théoriciens est, comme toujours, alimentée par les dénégations systématiques des classes et de leur conscience, des luttes prolétaires "ces racailles, barbares, narcissiques qui creusent l'abîme et qui ne souhaitent que consommer"  (pour la transformation du réel et l'abolition de la société de classes) mais aussi par un pessimisme que le courant de la critique de la valeur porte de manière immanente de par son approche catastrophiste élitiste-intellectualiste de la critique du capital.

Qui peut-être très aisément interprétée comme décadence par extension, comme un signe de décadence “civilisationnelle”. Une aubaine pour les apôtres de la restauration.

Certains "théoriciens" de la valeur s’autorisent d’ailleurs depuis quelques temps à un retour au psychanalysme freudien, dont les références vont de R-D Dufour jusqu'à Ch. Lasch, avocats de l'idéologie Œdipienne et de la famille. Du pain bénit pour les “anti-mariage pour tous”. 

Mais aussi vers des théoriciens d'une certaine ultra-gauche dont la déception et les attentes messianiques contrariées ce sont transformées en mépris et en xénophobie. Les artifices langagiers ni feront rien, entre la bêtise aristocrato-maximaliste et la pauvreté radicale psalmodiée, se cachent le plus souvent une vraie misère.

Que dire de la spirale entretenue par les petits profs de l'extrême-gauche-de-la-saloperie  "identitaire" et "religieuse" qui se vantent de vouloir ré-injecter les mots "races", "peuples" ou "nations" dans le lexique de l'émancipation ? (2)

L'abandon de l'optique prométhéenne du communisme a cédé le pas à un mécanisme théorique (3) que serait la loi de la valeur, une sorte de fatum qui, au-delà du jardinage théorique et de la traduction des signes des temps, réduit les portes de sorties au chat de l'aiguille des épiciers.

La déconnexion évidente des milieux "théoriciens" de ces courants d'avec le réel n'est certainement pas étrangère à cette petite affaire, dont se fout d'ailleurs l'ouvrier chinois en grève ou l’exploitée angolaise.

Il faudra un jour analyser plus précisément si certains marxistes “non-traditionnels” ou qui se veulent "critiques" des aliénations (mais pas des leurs !), à force d'avoir côtoyé de trop prêt leur objet d'étude, n'ont pas fusionnés avec celui-ci, au point de ne devenir que de vulgaires chroniqueurs du capitalisme, c'est à dire des économistes sous payés du business de l'éternelle parousie en cours. Plus certainement les promoteurs d'une  auto-entreprise bien comprise.

Toujours est-il que la Nouvelle Droite se trouve confrontée à une boucle qu'elle est incapable de boucler. Sa critique de la valeur ne va pas jusqu'au bout de la critique du fétichisme de la marchandise. Toujours empêtrés qu'ils sont dans une pathétique dénonciation de la "financiarisation" et de " la loi de l'argent" ou de “l'oligarchie trans-nationale” comme de vulgaires frontdegauchistes ou ce con de Georges Valois. Il leur est impossible de concevoir la dissolution de tous les fétiches surtout de ceux qu'ils agitent frénétiquement (Race, Frontières, Nations-Régions, Europe, Peuples, État, Sang, Pureté, Force, Origines etc...).

Cette impossible compréhension est le fruit du culturalisme et de l’idéalisme, déguisé en concept fumeux et déjà ringard de méta-politique. Cette stratégie aux petit pieds, reste avant tout au service de la production de demi-boucles-plus-value monnayables sur le marché des marchandises intellectuelles pour névropathes. (Mais il est toujours très difficile de nettoyer le tas de fumier sur lequel on est embourbé)

Elle accompagne surtout sa conception bourgeoise et avant-gardiste de l’activité politique pensée comme juxtaposition d'individualités, c'est à dire des vulgaires lobbyistes du moi-je. 

Cette incapacité théorico-pratique est bien sûr le signe d'une pensée-chose anti-dialectique où le mouvement du réel reste dans tout les cas bien plus révolutionnaire que toutes les abstractions fossilisées mise au service d’un petit commerce symbolique. Il est nécessaire de souligner à ce sujet que le néo-droitiste excelle dans le sous-commentaire de commentaires sans fins, aussi bien celui de l’actualité politicienne que sociétale. C’est à croire que le commerce du commentaire se révèle plus juteux qu’il n’y parait. 

La compréhension de la plasticité du réel n'est pas acceptation sans faille de celui-ci ni un opportunisme. Elle n'a pas à être mise au rencart d'une dialectique ascendante ou réconciliatrice mais doit accompagner la certitude que rien n'est posé ad vitam, que ce soit le capitalisme ou les catégories morbides qui l'accompagnent et participent de sa reproduction.

Il n'est pas tant question finalement ici de disserter sur l'indigence de la Nouvelle Droite que de réaffirmer la perspective communiste anti-hierarchique et anti-autoritaire. Celle de l'abolition de toutes les classes pour la communauté humaine Universelle, contre les récits et les médiations pré- ou pseudo-historiques

Face aux morts-vivants de la Nouvelle Droite, il est toujours possible d’utiliser quelque lance flamme théorique. Ainsi ne rien lâcher sur le concept d’Égalité, sur l’abolition de toutes les frontières pays et nations, ou patries républicaines. Combattre toutes les racisations, éthnicisations, biologisations, de la question économique et sociale. Combattre toutes les formes d’élitismes, d’aristocratismes. Les fables mythiques et téléologiques, les théories décadentistes ou de l’âge d’or.

Mais aussi par une critique réel-total du capitalisme qui ne pourra jamais être aménagé, taxé, amendé, humanisé, autogéré, ou qui devrait être moins financier, dans un seul pays ou continent La question n’est pas non plus de revenir à des formes paternalistes industrielles ou pré-capitaliste, pas plus qu’au fumeux communisme primitif.

Aussi il nous faut toujours tenir plus solidement encore l’analyse des classes, de classe, pour mieux analyser ses fractions, les recompositions de celles-ci, sans sombrer dans un sociologisme du ressentiment sans perspectives, mais qui peut nous permettre de nourrir des pratiques auto-émanciaptrices et chasser de nos rangs ceux qui s’autorisent à parler à notre place à partir de différents lieux de pouvoir. 

Et s’il arrive à la Nouvelle Droite d’utiliser des trompes-l’œil comme celui de la démocratie directe par exemple, c’est pour mieux enfoncer le clou de la démagogie des foules atomisées haineuses et son projet séparatiste qui s’accorde si merveilleusement bien avec le capitalisme. La séparation étant la condition de la reproduction du capital.

Affirmer que la destruction du monde marchand doit être totale et qu’elle doit comprendre la disparition de tous les fétiches et médiations agitées par les commerçants de la pensée pourrait suffire à clore le débat sur cette ancienne nouvelle droite.

Mais l’on ne dit finalement rien des bâtons que certains “gauchistes” “révolutionnaires”, “alter” “spécialistes radicaux” et autres “critiques du système” tendent pour qu'ils soient pris et pour qu'ils se fassent taper dessus avec un plaisir masochiste suspect. C'est peut-être finalement la question la plus importante qui doit être méditée au regard des positions que nous ne devons pas lâcher.

Notes

(1) Tout aussi "libertaire" que Michel Onfray Voir d'ailleurs le tas d'immondices qu'il a balancé ces derniers jours dans un entretient au Figaro daté du 11 septembre 2015. On nous dira que le cas Onfray est définitivement réglé depuis qu'il s'affiche ouvertement et en couverture dans la revue Eléments N°157. 

(2) Adorateurs des Chavez, Maduro, Correa et autres Bachar el-Assad. Défenseurs des éthnismes, sous couvert d'exotisme ou du "choix" d'être une "créature" voilée et "libertaire".

(3) Par extension à des explications simples et pratiques ou réactives. La défense d'un pré carré ou de niches intellectuelles qui peuvent être facilement intégrables sans trop de conséquences dans le monde universitaire. En fonction des facs l'optique sera plus culturaliste ou plus économiciste. Ainsi on ne parlera jamais de révolution.

mardi 28 février 2012

L’ « économie réelle », c’est le capitalisme ! Extrait (Palim Psao)

 Au-delà de l’anticapitalisme tronqué de la gauche et du mouvement « Occupy Wall Street

 Extrait du site Palim Psao

" La vilaine finance et le gentil capital productif

Depuis maintenant quatre ans, de Barak Obama à Nicolas Sarkozy, d’Arnaud Montebourg à Marine Le Pen, de Jean-Luc Mélenchon à François Bayrou, c’est toujours ce même discours que l’on nous tient ! A qui la faute ? Quelle est l’origine de la crise ? C’est bien sûr, nous dit-on, le vilain capital financier qui, ayant dépassé toutes les limites de la morale, est en train de faire crever le gentil capital productif (euphémisé par la douce expression d’ « économie réelle », expression très à la mode depuis quatre ans...) pourvoyeur d’emplois. La grande méchante « finance » telle une pieuvre suçant la vitalité d’une production de marchandises et de valeur considérée comme « naturelle » et transhistorique, serait à l'origine de tout. Aussi, pour peu que l’on s’oppose à ce « capitalisme de casino », on entend affirmer que « Oui, un autre capitalisme c’est possible » (comme le titrait en novembre 2011 le magazine « Marianne »), revenons à « l'économie réelle ». De Paul Jorion à Frédéric Lordon, de Stéphane Hessel à Bernard Stiegler, mais également dans n’importe quelle sage chenille processionnaire syndicale de la CGT, de la CFDT, des altermondialistes, etc., on crie ainsi toujours haro contre le « capitalisme de casino », « l’économie financière », les bourses, les grands méchants spéculateurs, les vilaines mégabanques, ces ignobles agences de notation, ces pourritures de titrisation, ces traders immoraux, etc. Et d’une seule voix, ce discours dit : Cette crise n’est pas la nôtre ! Ce n’est pas à nous de la payer ! Tout cela n'est le fait d'excès de quelques-uns. Débarrassons nous de la très vilaine « oligarchie financière » qui aurait noyauté le système politique et qui tapie dans l’ombre, tire les ficelles pour son compte car sa politique n’est qu’une « stratégie du choc » (Naomie Klein), une offensive du capital qui serait en réalité en parfaite santé. Car en vérité ces gros menteurs ont quelque part un trésor de valeur caché qu’il faudrait exproprier et redistribuer à tous les pauvres. La valeur a simplement été mal redistribuée, nous n'avons ici qu'une crise capitaliste de sous-consommation et de surproduction. Allez hop, un bon coup de rabot fiscal contre les riches qui s’en mettent plein les poches, des Etats revigorés qui doivent faire des politiques keynésiennes de relance pour construire des infrastructures et pousser les gens à consommer, la création par les Etats et les banques de capital-argent sans plus aucune substance réelle (subventions, endettement, crédit d’Etat, bulles financières), et la vie capitaliste « normale » repartira comme en l’an quarante ! On aura enfin nos salaires qui augmentent, on pourra enfin consommer « convenablement », on sera enfin à nouveau en poste dans la tranchée du travail et de la compétitivité, la production de valeur et de marchandises toujours naturalisée sera enfin au bénéfice de « l'intérêt général » et non plus pour « l'intérêt particulier » de quelques-uns, etc. Enfin la brave et saine « économie réelle » qui marche mal du seul fait des excès d'une petite oligarchie d'incapables parasites, aura retrouvé sa place. C’est ainsi, raconte cette légende urbaine contemporaine, que la croissance économique repartira comme jamais, que la formidable vie capitaliste enfin assainie de ses inutiles « parasites » fonctionnera pour l’intérêt de tous (et non de quelques-uns), que tout le monde aura enfin plein de petits emplois de fourmis et de rouages et que tout le monde pourra à nouveau retourner à sa vie d’honnête et sage travailleur."