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dimanche 19 mars 2023

Contre les Partis & les Syndicats ! - Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
de Lúcia Bruno
 O que é Autonomia Operária
 (1985)
Vosstanie Editions 
Livre format 11*17 de 115p 

Traduction du Portugais (Brésil)


Voir aussi 

La version audio du texte

& 

Pour la critique du texte
Notre émission / discussion, débat 



EXTRAIT
"Ce qui définit l'autonomie ouvrière comme pratique sociale, c'est sa capacité à créer des relations sociales d'un nouveau genre, qui se structurent en antagonismes ouverts avec les relations sociales existantes dans la société capitaliste. Dans quel sens ?

Dans le sens ou l'autonomie ouvrière s'exprime par la pratique de l'action directe contre le capital, sur les lieux de production — épine dorsale du capitalisme. Cette action directe unifie le pouvoir de décision et d'exécution, élimine la division entre travail manuel et intellectuel, abolit la séparation entre dirigeants et dirigés, et fait cesser la représentation par la délégation de pouvoir.

Sur le terrain de l'autonomie ouvrière, le travailleur ne se fait pas représenter. Il se représente.

Il s'agit d'un processus de lutte dans lequel la classe ouvrière s'organise et se dirige, en se différenciant des classes dominantes, de leurs institutions, des pratiques et de l’idéologie d'intégration et d'exploitation. C'est une pratique qui unifie tous les fronts de lutte : économique, politique et idéologique, en ayant comme objectif final le socialisme."

mercredi 2 janvier 2019

EN TELECHARGEMENT PDF du LIVRE - Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? de Lúcia Bruno

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
de Lúcia Bruno
 O que é Autonomia Operária
 (1985)

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FORMAT PAPIER - 11*17 de 115p
Vosstanie Editions

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EXTRAIT
"Ce qui définit l'autonomie ouvrière comme pratique sociale, c'est sa capacité à créer des relations sociales d'un nouveau genre, qui se structurent en antagonismes ouverts avec les relations sociales existantes dans la société capitaliste. Dans quel sens ?

Dans le sens ou l'autonomie ouvrière s'exprime par la pratique de l'action directe contre le capital, sur les lieux de production — épine dorsale du capitalisme. Cette action directe unifie le pouvoir de décision et d'exécution, élimine la division entre travail manuel et intellectuel, abolit la séparation entre dirigeants et dirigés, et fait cesser la représentation par la délégation de pouvoir.

Sur le terrain de l'autonomie ouvrière, le travailleur ne se fait pas représenter. Il se représente.

Il s'agit d'un processus de lutte dans lequel la classe ouvrière s'organise et se dirige, en se différenciant des classes dominantes, de leurs institutions, des pratiques et de l’idéologie d'intégration et d'exploitation. C'est une pratique qui unifie tous les fronts de lutte : économique, politique et idéologique, en ayant comme objectif final le socialisme."

lundi 18 juin 2018

Vient de paraître ! (Vosstanie Editions) : Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
de Lúcia Bruno
 O que é Autonomia Operária
 (1985)

 Vient de paraître







Vosstanie Editions 
Livre format 11*17 de 115p 
- Bibliographie
Prix 8 €

Traduction du Portugais (Brésil)


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EXTRAIT
"Ce qui définit l'autonomie ouvrière comme pratique sociale, c'est sa capacité à créer des relations sociales d'un nouveau genre, qui se structurent en antagonismes ouverts avec les relations sociales existantes dans la société capitaliste. Dans quel sens ?

Dans le sens ou l'autonomie ouvrière s'exprime par la pratique de l'action directe contre le capital, sur les lieux de production — épine dorsale du capitalisme. Cette action directe unifie le pouvoir de décision et d'exécution, élimine la division entre travail manuel et intellectuel, abolit la séparation entre dirigeants et dirigés, et fait cesser la représentation par la délégation de pouvoir.

Sur le terrain de l'autonomie ouvrière, le travailleur ne se fait pas représenter. Il se représente.

Il s'agit d'un processus de lutte dans lequel la classe ouvrière s'organise et se dirige, en se différenciant des classes dominantes, de leurs institutions, des pratiques et de l’idéologie d'intégration et d'exploitation. C'est une pratique qui unifie tous les fronts de lutte : économique, politique et idéologique, en ayant comme objectif final le socialisme."

mercredi 3 janvier 2018

LES CONSEILS EN ALLEMAGNE 1918-1919 par Claudie WEILL

LES CONSEILS EN ALLEMAGNE
1918-1919

par Claudie WEILL


Note Vosstanie. Nous initions par ce premier texte un 


Le laboratoire macro-social d'expériences que fut l'Allemagne des Conseils d'octobre 1918 au printemps 1919 n'a pas fait l'objet d'études approfondies en France. On a privilégié l'épopée révolutionnaire, c'est-à-dire la description du processus dans ses différentes phases, en mettant l'accent sur les forces organisées — partis et syndicats (1) — qui se sont affrontées ou bien l'analyse théorique d'auteurs tels que Pannekoek et Korsch, sans interroger les réalités sur lesquelles elle se fondait. En Allemagne, en revanche, et singulièrement en R.F.A., la redécouverte d'Arthur Rosenberg (3) a incité les historiens à examiner la période des conseils sous un nouveau jour en donnant la priorité à l'étude de leur fonctionnement concret. On y dispose d'un grand nombre de monographies régionales, souvent accompagnées de documents — Bade, Wurtemberg, Brème, Bavière, Hambourg, Ruhr, Basse-Saxe (4) — et sectorielles — politique, économie, armée (5) — qui ont permis des réflexions de synthèse. Elles insistent toutefois sur les chances perdues de la démocratie, qui auraient pu éviter la catastrophe de 1933, plutôt que sur la diffusion du pouvoir dans une multitude d'organes, synonyme de démocratie directe (6). 

En Allemagne comme en Russie, l'Ancien régime s'est effondré pour avoir échoué dans cette guerre qu'il avait conçue comme une entreprise de sauvetage. Avec la vacance du pouvoir, l'anarchie en quelque sorte, les masses font aussi tomber le carcan de la servitude volontaire et les individus qui les composent prennent en charge leur propre destinée pour instaurer, à travers les conseils, une forme de démocratie directe qui, dans un cas comme dans l'autre, se révèle éphémère : les observateurs contemporains lucides se sont rendu compte que les soviets ont très rapidement perdu le pouvoir (7) tandis que les conseils allemands ont dans leur grande majorité perçu celui qu'ils incarnaient au moment où ils n'avaient déjà plus les moyens de l'exercer. Évoquer dans cet échec la résistance des anciennes structures ou le blocage des mentalités ne suffit pas. Il faut aussi interroger les faits.


L'émergence des conseils


La première question est celle de savoir d'où vient cette forme d'organisation étrangère à la tradition du mouvement ouvrier allemand. La révolution russe de 1905 avait déclenché un débat sur la grève de masse qui s'ancrait dans la réalité politique allemande. L'intérêt pour l'expérience des soviets était demeuré très limité (8). En 1917, en revanche, alors que les informations en provenance de Russie sont parcimonieuses, le modèle des soviets fait immédiatement tache d'huile. Mais il s'agit plutôt de l'adaptation d'une idée que d'une imitation fidèle : on ne sait rien, ou presque rien, à quelque niveau que ce soit, du fonctionnement réel des soviets. Ce qu'on retient, c'est la volonté de paix dont est porteuse la révolution russe. Le premier conseil ouvrier d'Allemagne qui apparaît à Leipzig en avril 1917 est le comité de grève qui revendique avant tout la paix. La même aspiration déclenche les mutineries de 1917 dans la flotte de la Baltique, également influencées par la révolution russe. Mais c'est surtout lors de la grande grève de janvier 1918, à Berlin principalement, que la structure du conseil ouvrier et ses revendications spécifiques apparaissent avec le plus de netteté. Les 400 000 ouvriers en grève se dotent d'un conseil ouvrier dont le slogan : « la paix, la liberté, du pain » se retrouve dans le programme en sept points qui n'a rien de socialiste, présenté par Richard Müller, délégué révolutionnaire (9).

L'inspiration du modèle russe est donc essentiellement spontanée et ne doit pas grand-chose aux organisations. Les prises de position militantes n'interviennent que durant l'été 1918 : « Les soviets sont l'un des phénomènes les plus importants de notre époque » déclare Kautsky, tandis que les dirigeants spartakistes voient dans le système des conseils la dictature du prolétariat (10). A la même époque, le mot d'ordre « tout le pouvoir aux Conseils d'ouvriers et de soldats » apparaît dans les tracts spartakistes (11) mais pas dans leur publications. Ce n'est qu'en octobre, lors de la réunion commune à Gotha des spartakistes et des communistes de Brème, que référence est nommément faite à l'expérience russe tandis qu'est lancé un appel à la constitution de conseils ouvriers et de soldats en Allemagne (12). Les délégués révolutionnaires, organisation syndicale d'opposition qui s'implante pendant la guerre essentiellement dans la métallurgie et surtout à Berlin où elle jouit d'appuis solides et où elle avait animé la grève de janvier 1918, se prononcent également pour la République des conseils sur le modèle russe (13). Avec l'intervention des organisations, la revendication des conseils acquiert un caractère plus politique. Mais il est difficile de faire la part de l'imitation spontanée et de l'influence des mots d'ordre dans le surgissement de ces institutions au début de novembre 1918.

Ce sont les ports qui donnent le signal de la révolte à l'annonce à Wilhelmshaven d'une ultime intervention contre la flotte anglaise. Lorsque cinq navires dont une partie de l'équipage a été arrêtée lors des manifestations de Wilhelmshaven arrivent à Kiel, la révolte est déclenchée pour la libération des mutins de 1917 et des jours précédents (14). La révolution se répand à l'intérieur du pays selon un scénario similaire à Hanovre, à Cologne, dans la Ruhr etc. : des soldats et des marins arrivent dans une ville, neutralisent la garde de la gare, occupent des bâtiments publics, libèrent les prisonniers politiques et parfois les prisonniers de guerre, font élire un conseil de soldats (15). Ailleurs, la nouvelle de la révolution à Kiel incite les ouvriers à prendre l'initiative. A Brunswick, l'influence des délégués révolutionnaires se conjugue à celle des spartakistes (16). A Stuttgart, un conseil ouvrier secret se constitue dans la nuit du 30 au 31 octobre et la révolution éclate dès le 4 novembre pour répondre à un mot d'ordre spartakiste, décommandé entre temps (17). A Munich enfin, le déclencheur de la prise de pouvoir prévue par Kurt Eisner est plutôt la capitulation de l'Autriche frontalière que la révolte de Kiel (18). En Allemagne centrale, la prédominance des social-démocrates indépendants (U.S.P.D.) contribue à la spécificité du mouvement (19) tandis que, dans la Ruhr, le déroulement des événements sera influencé par l'existence et le développement d'une organisation syndicaliste révolutionnaire (20). A Berlin, spartakistes et délégués révolutionnaires sont assez bien implantés, mais ce sont les social-démocrates majoritaires (S.P.D. ou M.S.P.), ceux-là mêmes qui en août 1914 ont conclu l'Union sacrée, qui sont appelés à participer au gouvernement dès la fin octobre avant de proclamer la République le 9 novembre (21). Berlin tient une place à part en tant que siège du gouvernement central, mais ailleurs le mouvement des conseils varie dans ses structures et ses prérogatives selon qu'il s'implante dans la capitale d'un État (Munich, Stuttgart, Karlsruhe, Darmstadt, Brunswick...) où la révolution connaît un premier aboutissement avec la chute des dynasties, dans une ville-État (Brème, Hambourg) ou dans une ville de province où l'interlocuteur des conseils est la municipalité ; dans une ville de garnison, siège d'un commandement général (l'exemple le mieux étudié est celui de Munster (22) ou dans une ville où les soldats sont de passage, déserteurs ou permissionnaires.


 Typologie et composition sociale 

Si les traditions du mouvement ouvrier ont une incidence sur la forme adoptée par les conseils, elles sont infléchies par les profonds bouleversements qu'apporte la guerre dans la composition de la classe ouvrière : la reconversion de l'industrie pour les besoins de la guerre, les déplacements de population lors de la création des usines champignons dont l'exemple le plus frappant est celui de l'industrie chimique dans la province de Saxe, les femmes et les jeunes entrant massivement dans la production industrielle du fait du départ des hommes pour le front contribuent à accentuer partout les différences de classes (23). Les jeunes en particulier qui ne sont passés par aucune organisation ou qui se sont regroupés dans les Jeunesses socialistes animées par Karl Liebknecht fourniront les contingents les plus radicaux du mouvement. Cependant, cette nouvelle classe ouvrière sera faiblement représentée dans les institutions. Les élections aux conseils ouvriers dont Eberhard Kolb a dressé une typologie en quatre rubriques en témoignent :

1. Le conseil ouvrier est un comité dont les membres sont désignés paritairement par les partis socialistes ou à la suite de négociations avec les syndicats. C'est alors souvent le M.S.P. qui prend les devants pour éviter d'être débordé par la révolution et de perdre le contrôle des masses dont il tire sa légitimité. Ces conseils ouvriers sont alors confirmés par acclamation lors d'un grand meeting convoqué par les partis.

2. Dans les grandes villes où la gauche (U.S.P. de gauche dont font partie des spartakistes et les délégués révolutionnaires) est mieux implantée, les élections ont lieu dans les entreprises. Toutefois, là aussi, la composition de l'électorat est matière à débats : faut-il faire voter l'ensemble des travailleurs d'une entreprise ou seulement ceux qui font partie d'une organisation ?, c'est-à-dire la classe en soi ou la classe pour soi, la carte du parti ou du syndicat servant de billet d'entrée dans le « prolétariat légitime » dont sont forcément exclus les non organisés qui ont participé au mouvement (à moins que les partis ne suscitent les adhésions aux abords immédiats des bureaux de vote). Le nombre des délégués variant selon la taille des entreprises, plusieurs petites entreprises sont appelées à se réunir pour élire des représentants communs. Ceux-ci constituent alors le Grand conseil ouvrier ou l'Assemblée générale des conseils ouvriers qui élit à son tour un Comité exécutif (ou comité d'action) de cinq à vingt membres. Cette forme vient souvent remplacer au lendemain du 9 novembre le conseil ouvrier surgi spontanément.

3. Mais ces élections peuvent aussi avoir lieu sur une autre base, là où le S.P.D. est majoritaire : elles se déroulent par quartier, selon les lieux d'habitation, l'électorat étant alors défini selon des critères sociaux semblables à ceux qui ont été adoptés pour l'assemblée constituante dans la Russie des soviets.

4. Dans les communes rurales ou les petites villes, un comité est généralement élu après le 9 novembre lors d'un grand meeting, la plupart du temps sur proposition des dirigeants locaux des partis et/ou du syndicat (24). Dans l'ensemble, constate Peter von Oertzen, les conseils ouvriers élus paritairement se considèrent davantage comme les représentants de leurs organisations que de leurs mandants (25). La structure régionale et nationale des Conseils, bien qu'en principe préalable au premier congrès qui se tient à Berlin du 16 au 20 décembre 1918, ne se fera que très lentement et même pas du tout (26) : la volonté politique du gouvernement, du S.P.D. et du Haut commandement de l'armée d'y faire obstacle constitue le frein essentiel. Le Congrès élit toutefois un Conseil central (Zentalrat) — pour remplacer le Conseil exécutif berlinois élargi qui en faisait office jusqu'alors — composé exclusivement de social-démocrates majoritaires, les indépendants ayant refusé d'en faire partie. Mais faute d'une délimitation nette de ses prérogatives et victime des empiétements constants du Conseil des commissaires du peuple qu'ont également déserté les indépendants, le Conseil central est condamné à l'impuissance (27).

La composition des conseils de soldats, souvent antérieurs aux conseils ouvriers, n'est pas étrangère à cette évolution. Comme le souligne Ulrich Kluge, la typologie n'est alors pas fonction des configurations locales entre les différentes composantes du mouvement ouvrier, mais des relations entre la troupe, la hiérarchie intermédiaire et les officiers. Il distingue deux modèles pour l'armée de l'arrière (le problème se pose différemment pour les soldats du front) : 1. La désignation par les mutins dans leurs formations d'origine ou dans les unités où ils propagent la révolution, là où le commandement a disparu. Parmi eux, les militants socialistes sont rares. 2. Les élections sur une base homogène (compagnie, escadron, etc.). ou hétérogène là où l'édifice de l'armée s'est effondré. La liaison se fait alors immédiatement avec les ouvriers grévistes (28).

Sur le front, si un conseil où la hiérarchie est représentée se crée au Grand quartier général, les tentatives de coordination se heurtent à des difficultés dues pour une grande part à la résistance du Haut commandement. A l'Ouest, en vue de la réunion des conseils du front à Bad Ems le 1er décembre, un conseil de soldats d'au moins trois membres doit se constituer dans chaque compagnie. Sur le front de l'Est, les conseils n'apparaissent qu'après le 9 novembre. Comme pour les conseils ouvriers, la coordination est laborieuse, d'autant plus que les conseils sont inégalement répartis selon les corps d'armée dont le Commandement général est habilité à être le siège d'un Conseil central. Des conflits de compétences se produisent d'ailleurs sur le front de l'Est entre Kovno et Grodno, dans la marine entre la côte et Berlin. L'exemple le plus achevé de coordination est celui du VIIe Corps d'armée dont le Conseil central siège à Munster, la composition des conseils devant correspondre aux structures de l'armée (unités, garnisons, commandement général) (29).

A l'échelon local, la coordination entre le conseil ouvrier et le conseil de soldats peut varier : soit la fusion est organique, soit la composition paritaire du comité exécutif inclut les soldats comme partie contractante, le conseil de soldats conservant alors une certaine autonomie comme le prouve l'exemple de Berlin.

Si le terme de conseil ouvrier implique — partiellement à tort — une certaine homogénéité sociale de l'organisation qu'il désigne, la composition sociale des conseils de soldats est naturellement hétérogène comme le démontrent les études de cas de Gunther Mai concernant le Wurtemberg. Il chiffre à 370 membres le conseil ouvrier du Grand Stuttgart où l'industrie métallurgique s'était considérablement développée pendant la guerre (30). Élus dans les entreprises, ces délégués n'ont pas tous exercé leur mandat. Sur 345 membres pour lesquels il dispose de données, il dénombre 174 salariés (50,4%), 87 cadres (25,2%), 40 travailleurs sans autre précision que leur appartenance à une entreprise (11,6%), 33 permanents d'organisations (9,6%) et 11 indépendants (3,2%). Pour les 134 cas recensés, l'âge moyen est de 39,4 ans, le plus jeune ayant 21 ans et le plus âgé 65, les plus jeunes délégués étant les métallurgistes. Le conseil comporte 19 femmes. Un tiers des délégués est originaire de la région de Stuttgart, un autre tiers du Wurtemberg. Les délégués issus des classes moyennes (1/4) ne sont pas une spécificité des États du Sud jusqu'alors moins industrialisés. Pour les 75 cas connus, 36 délégués sont membres du S.P.D., 32 de l'U.S.P.D. incluant Spartakus, un est membre d'une organisation communiste locale, 2 du D.D.P. (Parti démocrate allemand), 4 du Zentrum (Parti catholique) et 29 sont des syndicalistes. Parmi les permanents des partis, on compte 13 S.P.D., 3 U.S.P./Spartakus et 2 Zentrum, tandis que 11 membres sont permanents du syndicat des métallurgistes et 3 du syndicat du textile. Le comité exécutif comporte 10 S.P.D., 4 U.S.P./Spartakus et un travailleur intellectuel, également S.P.D.

Les données dont dispose Gunther Mai sur les conseils de soldats ne comprennent pas l'importante garnison de Ludwigsburg, ni la totalité des membres des autres conseils (31). Il estime donc que son échantillon de 614 représente 30 à 40 % de l'ensemble des conseils de soldats du Wurtemberg. A part le premier de Stuttgart qui ne fonctionne que pendant huit jours, ils ont tous été élus à bulletin secret. Selon les grades, sur 584 délégués, on compte 11 officiers, 285 sous-officiers, 268 hommes de troupe et 20 employés militaires : la confiance est donc massivement accordée au corps de commandement intermédiaire en raison de ses compétences. L'âge moyen pour 391 cas est de 32,1 ans, il baisse de novembre à janvier pour atteindre alors 23,4 et remonte à 31,6 entre février et juin 1919. Il y a donc au départ une forte représentation d'hommes mûrs, nombreux dans l'armée à l'arrière, la baisse de janvier étant due à la démobilisation des classes les plus âgées. Si les hommes mariés prédominent au début, il n'y en a presque plus en janvier contre 20 % de février à juin. La répartition selon les confessions correspond aux proportions habituelles au Wurtemberg. Sur un échantillon de 444, il y a : 1. 241 ouvriers salariés ou artisans dépendants (54,3 %), 2. 107 employés (24,1 %), 3. 35 « commerçants », catégorie floue qui peut comporter patrons et employés (7,9 %) et 4. 61 indépendants (13,7 %). Les agriculteurs, répartis entre les catégories 1,2 et 4 sont au nombre de 31 (7 %), c'est-à-dire sous-représentés par rapport à leur proportion dans la population du Wurtemberg, alors que le commerce et les services sont sur-représentés. Dans l'ensemble, 40 à 50 % des délégués appartiennent aux classes moyennes. Si l'on fait intervenir la profession des parents, on constate une tendance au déclassement. Cependant, les conseils de soldats sont relativement proches du mouvement ouvrier, même s'ils ne s'identifient pas avec lui. En fait, leur adhésion aux objectifs du S.P.D. leur sert à tracer la ligne de démarcation par rapport à la gauche, comme l'avait déjà constaté Arthur Rosenberg. On dénombre ainsi 42 S.P.D., 10 U.S.P., 7 Spartakus ou K.P.D. (Parti communiste fondé à la Saint-Sylvestre, en partie par une scission de l'U.S.P.), 1 Zentrum et un membre du Parti bourgeois qui deviendra le D.N.V.P. (Parti national populaire allemand).

Comme le souligne Gunther Mai, la révolte des soldats n'a pas pour seule origine la lassitude de la guerre, l'autoritarisme du commandement, les inégalités de traitement entre troupe et officiers. L'amertume des classes moyennes dont le statut social s'effrite pendant la guerre nourrit aussi un mécontement croissant équivalent ou supérieur à celui des ouvriers.

Dans plusieurs villes, les « bourgeois » (le terme de Bürger désignant à la fois le bourgeois et le citoyen est ici source d’ambiguïté) constituent des conseils et/ ou demandent à être représentés au conseil d'ouvriers et de soldats ; en Bade, par exemple, ils obtiennent gain de cause (32) et dans le cas contraire, ils adoptent un mode de fonctionnement calqué sur celui du conseil d'ouvriers et de soldats. Avec la création du Conseil de bourgeois du Reich à Berlin début janvier 1919, les tendances libérales de gauche initiales cèdent le pas au conservatisme (33).

Les conseils de fonctionnaires peuvent se constituer selon le même modèle, comme c'est le cas à Brunswick (34). Mais en Bade et en Bavière, voulant acquérir dans le sillage du mouvement des droits au même titre que les autres catégories, les employés des transports ou les fonctionnaires communaux, par exemple, demandent à être représentés au conseil d'ouvriers et de soldats (35).

Bien que l'Université soit en règle générale un « bastion de la réaction », les partis socialistes favorisent dans bien des cas la création de conseils de travailleurs intellectuels qui témoignent alors des divisions au sein de l'intelligentsia. En Bade deux conseils, celui des travailleurs intellectuels de tendance corporatiste et celui pour l'art et la culture plus positif à l'égard du nouveau régime sont représentés par un délégué chacun au conseil d'ouvriers et de soldats de Karlsruhe (36). A Stuttgart, le conseil des travailleurs intellectuels fournit l'élément bourgeois du conseil d'ouvriers et de soldats avec cinq délégués au comité d'action (37). A Munich, la première République des conseils parvient à mobiliser les intellectuels et les artistes révolutionnaires (38).

Les réactions de la paysannerie, plus diversifiée dans les États du Sud, y sont aussi mieux connues : en Bavière, la Ligue paysanne (Bauernbund) où la gauche prédomine est dès le départ associée aux conseils. L'association paysanne chrétienne en revanche, qui n'acquiert sur eux aucune influence, décide de les boycotter. Mais les conseils paysans, hostiles à la socialisation de l'agriculture, abandonnent la République des conseils (39). En Bade, les conseils de paysans sont la poursuite sous une autre dénomination d'organisations préexistantes qui souhaitent être représentées dans les conseils d'ouvriers et de soldats ou se constituent en opposition par rapport à eux (40). Structurés comme au Wurtemberg selon les divisions administratives (commune, arrondissement, État), ils se dotent très tôt d'un Conseil paysan du Land qui proteste, contrairement à ce qui se passe au Wurtemberg (41), lorsque les conseils d'ouvriers et de soldats cherchent à susciter la création de conseils de paysans.

Mais une fois leurs objectifs atteints, c'est-à-dire la démocratisation au sens large et approximatif, ces conseils venus se greffer sur le mouvement (42) évoluent rapidement en s'opposant à lui.


Les tâches des conseils 

Si la passation de pouvoir entre l'Empire et la République s'est faite pratiquement sans effusion de sang, les nouveaux organes se sont immédiatement sentis investis d'une mission dans trois domaines prioritaires.
Déjà pendant la guerre, les restrictions imposées à l'approvisionnement des grandes villes avaient entraîné des mesures administratives et militaires de livraisons forcées. La pénurie des denrées alimentaires joue d'ailleurs un rôle important dans la lassitude de la guerre : les grèves de janvier 1918 en témoignent. L'une des premières tâches que se sont imposées les conseils a donc été de tenter de pourvoir aux besoins alimentaires. Pour les sous-commissions ad hoc des conseils qui se créent avec leur consolidation, il s'agit de lutter contre le marché noir, de débusquer les réserves, de procurer du matériel de chauffage et des vêtements ou même d'empêcher les médecins de prescrire abusivement certaines denrées à titre thérapeutique, par exemple le lait (43). Les perquisitions de dépôts civils et militaires doivent permettre également une répartition plus équitable. Avec la démobilisation qui concerne également l'économie devant opérer sa reconversion pour la période de paix, les conseils doivent faire face à l'accueil des soldats revenant du front — de passage ou de retour au pays —, soldats auxquels il faut procurer logement et emploi : le nombre de chômeurs croît avec la démobilisation ; des conseils de chômeurs demandant une représentation au conseil d'ouvriers et de soldats font leur apparition ; le départ des prisonniers de guerre ne suffit pas à libérer les emplois nécessaires pour ceux qui rentrent. Les conseils créent alors des bureaux de travail ou s'associent à ceux qu'ont instaurés les municipalités. La reconversion s'accomplit d'ailleurs souvent aux dépens des femmes (44).

Il est question, pour éponger au plus vite les problèmes de logement, par exemple de ne pas autoriser un propriétaire à occuper plus de six pièces, d'utiliser les châteaux ou tout bâtiment vide pour y faire des logements ouvriers (45). Mais aussi bien l'accueil des soldats du front que les réquisitions pour l'approvisionnement et l'incertitude de la situation générale sont propices à l'exercice de la délinquance, aux pillages dont les proportions ont d'ailleurs été considérablement gonflées par la propagande hostile aux conseils. Ainsi, l'un de leurs soucis essentiels, souci de respectabilité et gage de leur bonne foi, est le maintien de l'ordre. C'est dans ce domaine qu'ils se heurtent aux plus fortes résistances : les unités rentrant du front par exemple s'empressent de contester leur légitimité, arrachent ça et là les drapeaux rouges hissés sur les bâtiments publics et les conseils doivent avoir recours, comme à Brème, à la ruse d'une réception officielle pour désamorcer les potentialités de guerre civile (46). Les conseils cherchent donc dès les premiers jours à se doter d'unités de protection et à en exclure les éléments peu sûrs qui risquent de les compromettre, plus particulièrement les conseils de gauche, cible de toutes les calomnies (47). Dans certains cas, comme à Brunswick, le conseil crée une véritable garde rouge (48). Mais la plupart du temps, la gauche, cherchant à consolider les acquis de la révolution, craint de les voir compromis par des formations où des éléments bourgeois parviennent à se faire incorporer : le conseil d'ouvriers et de soldats ne réussit alors pas à imposer sa volonté aux milices, sauf au Wurtemberg où la collaboration avec le corps des officiers se passe sans heurts (49). Et surtout, à partir de mars 1919, les milices de citoyens remplacent les milices populaires jugées « spartakistes » et donc considérées comme hostiles au gouvernement. Pour endiguer cette évolution et s'opposer au recrutement des corps francs, la gauche avait revendiqué l'armement du prolétariat.

Outre les tâches immédiates qu'ils s'attribuent — ravitaillement, démobilisation, maintien de l'ordre —, dans d'autres domaines, les conseils tentent des avancées dont l'aboutissement présupposerait qu'ils exercent leurs prérogatives durablement. Mais la perception qu'ils ont d'eux-mêmes est l'obstacle majeur à une action en profondeur. Préoccupés d'assurer la démocratisation de l'Allemagne — ce dont témoigne l'acte symbolique préalable que constitue la libération des prisonniers politiques — ils se conçoivent comme des organes de transition dont la raison d'être disparaît avec la convocation d'assemblées élues au suffrage universel. C'est pourquoi le congrès des conseils vote massivement pour une date rapprochée (le 19 janvier) des élections à l'assemblée nationale, signant ainsi leur arrêt de mort. Pour les social-démocrates majoritaires qui gouvernent l'Allemagne et la Prusse, les conseils sont incompatibles avec les « principes démocratiques », ceux de la démocratie bourgeoise et parlementaire auxquels ils sont fermement attachés et au nom desquels ils saperont l'action du Conseil central des conseils (50). Cette évolution est particulièrement sensible dans les rapports des conseils avec l'administration. Ils collaborent avec les assemblées municipales — ou avec leurs députations dans les grandes villes — sauf dans les rares cas où elles sont dissoutes ou empêchées de siéger. Après s'être assuré que les fonctionnaires de l'administration acceptent le nouveau régime — ils demandent parfois à être dégagés du serment qu'ils ont prêté au souverain (51) — les conseils sont censés exercer le contrôle de leur activité : prendre connaissance de la correspondance, se livrer à un examen détaillé des affaires en cours, contresigner les documents émanant des administrations, participer aux séances importantes des assemblées (52). Mais cette activité de contrôle est sans cesse entravée ; la gestion financière des conseils est passée au peigne fin, on leur refuse les sommes destinées à payer les indemnités des conseillers ou des miliciens, les crédits de fonctionnement : ainsi le refus des banques de verser les fonds nécessaires à la République des conseils de Brème a contribué à hâter sa chute (53). Très vite, dès novembre-décembre, les conseils sur le terrain se rendent compte du pouvoir de l'administration dans la vie quotidienne, du fait que l'auto-administration locale, pendant de la démocratie parlementaire, doit être conquise autrement que par le bulletin de vote. Par ailleurs, ils se sentent mal à l'aise dans leur fonction de contrôle, persuadés qu'ils manquent des connaissances nécessaires à une bonne gestion et prêts à faire confiance aux « spécialistes ». Ceci explique aussi pourquoi le personnel judiciaire dans son ensemble reste en place. Dans les conflits entre conseils et fonctionnaires, le gouvernement défend ses fonctionnaires contre les « attaques injustifiées » des conseils (54). Ces derniers sont alors confrontés à un dilemme entre la prise de conscience de la nécessité d'une démocratisation immédiate et leur fidélité à la direction du S.P.D. qui les considère comme illégitimes. Ils n'ont alors d'autre alternative que la résignation ou la radicalisation.

Même si les entraves au fonctionnement des conseils se produisent également ailleurs, la Prusse est le terrain privilégié de l'émiettement de leur pouvoir. La volonté de démocratisation passe donc aussi par le souhait de briser la suprématie de cette entité hybride, pilier du Reich de Bismarck. L'hostilité à Berlin, manifeste dans les États du Sud, est également perceptible à Hambourg (55). En Rhénanie-Westphalie, les tendances séparatistes émanant des milieux industriels sont désavouées par les conseils, même si le souci de faire contre-poids à Berlin est par essence démocratique (56). Mais c'est en Bavière que les projets fédéralistes de Kurt Eisner, encouragé par les anarchistes Erich Mühsam et Gustav Landauer (57), rencontrent le plus d'écho : la Prusse devrait être scindée selon ses composantes qui rejoindraient alors les États-Unis d'Allemagne dont l'Autriche allemande (où des conseils se sont également créés) (58) serait l'une des républiques autonomes. Kurt Eisner présente le projet à la réunion des ministres présidents des États allemands le 25 novembre à Berlin et entame des négociations avec les autres États du Sud (Bade, Hesse, Wurtemberg) devant se doter de constitutions exemplaires et constituer le noyau du renouveau démocratique d'une Allemagne fondée sur le système des conseils qui ne serait plus soumise au diktat de Berlin (59).

Les conseils se rendent vite compte que la démocratisation générale à laquelle ils aspirent passe avant tout par celle de l'armée. Les premiers jours, l'accent est mis sur les signes extérieurs de la discrimination : le port des insignes (cocardes, fourragères, sabres) que les soldats veulent supprimer, le salut dont ils souhaitent être dispensés en dehors du service, l'intendance : ils revendiquent l'identité de traitement avec les officiers et donc la suppression des mess (60). Mais à l'arrière, les conseils de soldats destituent également des supérieurs particulièrement détestés, traduisant l'aspiration à une armée populaire où les chefs seraient élus et disposeraient donc de la confiance de leurs troupes. Les milices populaires, bien qu'assumant des tâches de police, préfigurent ce que devrait être cette nouvelle armée. Les projets débattus au gouvernement envisagent la création d'une armée populaire de volontaires où chaque section disposerait d'un conseil de confiance de cinq membres qui serait consulté sur les questions économiques, sociales, disciplinaires, élirait ses chefs intermédiaires qui à leur tour éliraient leurs supérieurs dont la destitution incomberait uniquement au Conseil des commissaires du peuple. Mais ces dispositions ne concernent que la milice populaire, qui comptera tout au plus 600 hommes en février 1919, la configuration de l'armée de paix restant du ressort de l'Assemblée nationale (61). En Bavière, au Wurtemberg, en Saxe — en dehors de la Prusse en règle générale — sont élaborées des politiques militaires à moyen et long termes qui témoignent de l'activité constructive des conseils en collaboration avec les ministères compétents (62). Les décisions prises à Berlin saperont ces projets. La confrontation se produit autour du programme adopté par le congrès des conseils, connu sous le nom de « Points de Hambourg » : « 1. Le commandement de l'armée et de la marine est exercé par les Commissaires du peuple sous contrôle du Conseil exécutif [le conseil central n'est pas encore élu] ; 2. Suppression de tous les insignes de rang et interdiction de porter les armes en dehors du service ; 3. Responsabilité des conseils de soldats pour la fiabilité des troupes et le maintien de la discipline, suppression des rapports hiérarchiques en dehors du service ; 4. Suppression des attributs d'uniforme par les Conseils de soldats et non par des personnes isolées ; 5. Droit d'élire les chefs pour les conseils de soldats ; 6. Les officiers des autorités militaires administratives et les employés ayant rang d'officiers doivent rester en place dans l'intérêt de la démobilisation, mais ils doivent proclamer leur loyauté envers les nouveaux pouvoirs ; 7. Suppression accélérée de l'armée permanente et création d'une milice populaire » (63).

La critique du Haut commandement porte sur un point essentiel : l'élection des chefs, susceptible — estime-t-il à tort — d'introduire le chaos dans la démobilisation. Le changement de personnel à la tête du ministère de la Guerre de Prusse et l'arrêté du 19 janvier contribuent à enterrer définitivement les projets de démocratisation de l'armée, laissant le champ libre aux corps francs (64).

Une autre décision du congrès des conseils, celle de procéder immédiatement à la socialisation des « industries mûres », se heurte aux mêmes résistances, suscite de vastes luttes mais ne pourra être totalement enterrée : la loi sur les conseils d'entreprises de janvier 1920 présentée comme modèle spécifique à l'Allemagne a été conquise de haute lutte et reste très en deçà des aspirations des conseils (65). Comme pour l'armée, c'est l'autoritarisme dans la gestion des entreprises que les ouvriers mettent en cause et là encore, c'est de démocratisation qu'il s'agit comme en témoigne le renvoi de quelques chefs détestés. Le Conseil des commissaires du peuple est plutôt favorable à la socialisation mais il est confronté à la résistance des « spécialistes » de l'administration et la commission scientifique de socialisation qu'il désigne, en butte à toutes les entraves, sera contrainte de démissionner en février 1919 sans avoir rien accompli (66). Dès décembre pour les conseils ouvriers, les conseils d'entreprises sont la condition sine qua non de la socialisation de l'économie. Le mouvement dont les foyers principaux sont Berlin, la Ruhr et l'Allemagne centrale s'articule autour des points suivants : 1. Lutte contre la hiérarchie traditionnelle, l'« absolutisme d'entreprise » ; 2. Contrôle ouvrier des conditions de travail (sécurité), des salaires, de l'embauche et des licenciements ; 3. Droit de regard illimité sur tous les documents de l'entreprise ; 4. Participation aux bénéfices, répartition plus équitable des revenus entre patrons et salariés (67). Si à Berlin, ce sont les spartakistes — d'abord favorables uniquement à la nationalisation — et les délégués révolutionnaires qui lancent le débat, dans la Ruhr et en Allemagne centrale le mouvement naît en janvier dans les mines avec la décision du conseil d'ouvriers et de soldats d'Essen de procéder à la socialisation, confirmée par tous les conseils du bassin industriel qui nomment un commissaire du peuple à la socialisation, Ruben, assisté de la « Commission des neuf pour préparer la socialisation dans la zone industrielle de Rhénanie-Westphalie », composée de trois membres de chacun des partis socialistes (S.P.D., U.S.P., K.P.D.) (68). La commission intervient contre les destitutions arbitraires de directions d'entreprises, mais son rôle essentiel est de veiller à la bonne marche des élections aux conseils d'entreprise devant comprendre 7 ouvriers et 6 employés (3 techniques et 3 commerciaux) destinés à collaborer avec la direction (69). Dès lors, « la socialisation, c'est remettre la propriété des mines... à la collectivité représentée par l'Etat et confier la gestion de l'extraction aux conseils ouvriers » (70). Les conseils d'entreprise doivent à leur tour être coordonnés, les tâches étant réparties selon les niveaux : les conseils centraux sont chargés de contrôler les organisations patronales et de préparer la socialisation. En Allemagne centrale, le mouvement démarre à Halle où le conseil d'arrondissement d'ouvriers et de soldats cherche à contrôler l'Office supérieur des mines et fait procéder à l'élection de conseils d'entreprises sur le modèle d'Essen pour maintenir la production et accélérer la socialisation. Comme la commission des neuf, le conseil d'arrondissement joue le rôle de médiateur avec les directions récalcitrantes. Agitant la menace de grève en accord avec les Berlinois, ces deux organisations se rendent à Weimar pour obtenir du gouvernement la reconnaissance des conseils d'entreprise. Les concessions gouvernementales étant trop minces, la grève éclate en effet, mais dans la Ruhr, elle est déclenchée par la décision du gouvernement de faire intervenir les corps francs et l'arrestation du conseil général de soldats de Münster (71). Huit jours plus tard, en Allemagne centrale, la grève est presque générale et isole gouvernement et Assemblée nationale à Weimar du reste du monde. Le S.P.D. joue alors sur plusieurs tableaux : il dépose une résolution sur la socialisation à l'Assemblée nationale, le gouvernement fait intervenir la troupe tandis qu'il négocie avec les grévistes sans élargir considérablement ses concessions (72). La grève cesse alors qu'elle vient de commencer à Berlin : la coordination souhaitée entre les trois foyers qui aurait pu donner une tout autre ampleur au mouvement échoue. En même temps qu'il se radicalise — des grèves bien plus suivies que celle de février éclatent dans la Ruhr en mars et avril — le mouvement des conseils se transforme comme à Berlin en organisation parallèle aux syndicats (73).

Les interrogations sur le devenir des conseils ouvriers, une fois leur première tâche accomplie : assurer la démocratie parlementaire, sont le fondement à la fois du mouvement de socialisation et des tentatives théoriques pour élaborer un système des conseils. Celles-ci se multiplient dès lors, comme en témoigne le deuxième congrès des conseils qui se tient sans grand retentissement en avril 1919. Les délégués révolutionnaires autour de E. Däumig et de Richard Müllier ont créé un organe, der Arbeiterrat (le conseil ouvrier), où ils exposent leurs conceptions ; le communiste J. Marchlewski-Karski qui remplace Ruben fin janvier à la tête de la Commission des neuf dresse le bilan de son expérience, l'analyse de Karl Korsch se fonde sur celle de Berlin et même le S.P.D. compte dans le conseil central ou autour de lui des partisans d'un système des conseils (Sinzheimer et Max Cohen) (74). L'abondante élaboration théorique a, certes, pour source la conscience grandissante des carences du parlementarisme pur et simple. Mais on peut aussi se demander si elle n'était pas destinée à compenser un échec : ce sont davantage les brèches apparues dans le cours des événements que l'on a cherché à combler, plutôt que le bilan des accomplissements qui a servi de tremplin. Les rares expériences de républiques des conseils — ainsi Brême et Munich — ont d'ailleurs été écrasées par la force armée en dépit des manifestations extérieures de solidarité réduites à l'impuissance.

Invoquer la faiblesse ou la trahison des partis, comme le fait l'historiographie d'inspiration léniniste, ne fournit pas une explication satisfaisante, une fois admis que le S.P.D. majoritaire, dans sa crainte de perdre le contrôle des masses, a tout fait pour les domestiquer et que les spartakistes puis les communistes ont été débordés par une base qu'ils n'ont pas pu et sans doute pas voulu contrôler : le rôle du parti n'était-il pas, selon la tradition marxiste orthodoxe revendiquée par Rosa Luxemburg, de donner un sens au mouvement spontané du prolétariat qui ne se décrète ni par conséquent ne s'endigue ?

La volonté d'unité à la base du mouvement ouvrier allemand qui avait été favorable au S.P.D. alors que l'U.S.P.D. était le véritable héritier du parti d'avant-guerre avec son langage révolutionnaire, son attentisme et ses divisions, a fait naître l'utopie d'un mouvement réconcilié sur l'élaboration d'un modèle de société dont les contours, cependant, restaient à définir. L'audience croissante de l'U.S.P.D. dans les années 1919-1920 témoigne d'une prise de conscience : en misant sur le « bon vieux parti qui a fait ses preuves », les militants s'étaient trompé de fidélité. Mais le poids des traditions, de la confiance accordée à ce parti qui, plus qu'un contre-pouvoir, avait été une contre-société encadrant les ouvriers dans leur vie quotidienne, conforta le fétichisme de l'organisation, cet objet de fierté du S.P.D. face à tous les autres partis de la IIe Internationale. La discipline de parti — celle là même qui avait incité le groupe parlementaire social-démocrate à voter en bloc les crédits de guerre le 4 août 1914 — explique aussi en partie l'adhésion aux objectifs du S.P.D. et constitue une des sources du freinage que les conseils ont imposé à leur propre activité. Leur mode d'élection avec l'intervention massive des partis et des syndicats déniant toute représentativité aux non-organisés, l'âge moyen relativement élevé des conseillers, le petit nombre de femmes sont aussi révélateurs des mentalités des acteurs eux-mêmes : confiance accordée aux gens d'expérience, y compris aux « spécialistes » de l'administration, défiance envers leur propre capacité à assumer un rôle actif dans la démocratisation. On retrouve, mutatis mutandis, dans la composition des conseils d'ouvriers et de soldats, les critères de la démocratie représentative traditionnelle (75). Comme pour celle-ci, le développement d'un système qui se serait dégagé des contraintes et des habitudes acquises eût exigé un apprentissage que seule la durée pouvait assurer : c'est ce qu'avaient perçu, sans être en mesure de le formuler immédiatement ou d'en convaincre les protagonistes, les partisans d'un report des élections à l'Assemblée nationale.


NOTES


[1] C'est notamment le cas de G. BADIA qui me confirmait, lors d'une conversation récente, son opinion selon laquelle le rôle des conseils est négligeable dans la révolution allemande ; la place restreinte qu'il leur accorde dans Les Spartakistes 1918 : l'Allemagne en révolution, Paris, Julliard, 1966, 298 p., résulte donc d'une option méthodologique fondée sur sa conception du processus révolutionnaire. Quant à P. BROUÉ, Révolution en Allemagne 1917-1923, Paris, Éditions de Minuit, 1971, 988 p., il attendait d'un accès aux archives la possibilité de réaliser son projet d'histoire sociale de la révolution allemande : elles étaient pourtant partiellement accessibles à l'Ouest.

[2] Voir notamment Pannekoek et les conseils ouvriers, textes choisis, traduits et présentés par S. BRICANNIER, Paris, E.D.I., 1969, 301 p.

[3] A. ROSENBERG, Entstehung der Weimarer Republik, réédition, Francfort/Main, E.V.A., 1961.

[4] Ces études régionales s'inscrivent dans les divisions administratives actuelles ; cf. P. BRANDT et R. RORUP (Hg.), Arbeiter-, Soldaten- und Volksräte in Baden 1918/19, Diisseldorf, Droste Verlag, 1980 ; E. KOLB et K. SCHÔNHOVEN (Hg.), Régionale und lokale Rateorganisationen in Wüttemberg 1918/19, Diisseldorf, Droste Verlag, 1976, LXXVI-504p. ; P. KUCKUCK (Hg.), Révolution und Raterepublik in Bremen, Francfort/M., Suhrkamp, 1966 ; K. BOSL (Hg.), Bayern im Umbruch. Die Révolution von 1918, ihre Voraussetzungen, ihr Verlauf und ihre Folgen, Munich/Vienne, R. Oldenbourg, 1969, 603 p., et plus récemment le catalogue de l'exposition : R. HERZ, D. HALBRODT, Révolution und Fotografie. Miinchen 1918/19, Berlin/Munich, Verlag Dirk Nishen, 1988, 326 p. ; F. BOLL, Massenbewegungen in Niedersachsen 1906-1920, Bonn, Verlag Neue Gesellschaft, 1981, 353 p. ; R.A. COMFORT, Revolutionary Hamburg. Labor politics in the early Weimar Republic, Stanford, Stanford University Press, 1966, 226 p. ainsi que H. LAUFENBERG, « La révolution à Hambourg » in D. AUTHIER et J. BARROT (dir.), La gauche communiste en Allemagne 1918-1921, Paris, Payot, 1976, p. 245-275 ; R. RORUP (Hg.), Arbeiter- und Soldatenrëte im rheinisch-westfälischen Industriegebiet. Studien zur Geschichte der Revolution 1918/19, Wuppertal, Peter Hammer Verlag, 1975, 403 p.

[5] E. KOLB, Die Arbeiterrëte in der deutschen Innenpolitik 1918-1919, Düsseldorf, Droste Verlag, 1962, 432 p. ; P. von OERTZEN, Betriebsrate in der Novemberrevolution. Eine politikwissenschaftliche Untersuchung über Ideengehalt und Struktur der betrieblichen und wirtschaftlichen Arbeiterräte in der deutschen Révolution 1918/19, Düsseldorf, Droste Verlag, 1963, 377 p. (réédition en 1976) ; U. KLUGE, Soldatenrëte und Révolution. Studien zur Militärpolitik in Deutschland 1918/19, Gôttingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 1975, 518 p.

[6] La bibliographie est considérable ; c'est pourquoi, même si j'ai consulté de nombreux autres ouvrages, je me contente de citer ceux qui m'ont réellement servi à élaborer cette tentative de synthèse et concernent spécifiquement le problème des conseils, ce qui n'est pas le cas des ouvrages publiés en R.D.A. Même si des travaux ont été effectués antérieurement, tel celui de W. TORMIN, Zwischen Rëtediktatur und sozialer Demokratie. Die Geschichte der Rëtebewegung in der deutschen Révolution 1918-1919, Düsseldorf, Droste Verlagk, 1954, la floraison des études sur les conseils en R.F.A. a coïncidé avec l'apparition du courant politique qui s'est exprimé dans le S.D.S. exclu du S.P.D., l'opposition extra-parlementaire puis la nouvelle gauche, sans que les historiens en fassent nécessairement partie, certains de leurs travaux donnant lieu à controverses et polémiques. Son déclin à partir de l'arrivée des nouveaux mouvements sociaux sur le devant de la scène s'est bien évidemment accompagné d'un ralentissement de la production historique : même s'il ne disposait pas encore de tous les éléments du dossier, D. LEHNERT dressait déjà un bilan en 1979, « Rätealltag und Regionalismus in der deutschen Révolution 1918/19 », Jahrbuch Arbeiterbewegung 1982, p. 73-109. 
[7] Sur les conseils en Russie, voir l'ouvrage très stimulant de M. FERRO, Des soviets au communisme bureaucratique. Les mécanismes d'une subversion, Paris, Gallimard/Julliard, 1980, 264 p.

[8] Cl. WEILL, « La révolution russe de 1905 et le mouvement ouvrier allemand » in F.-X. COQUIN et C. GERVAIS-FFRANCELLE (dir.), 1905. La première révolution russe, Paris, Publications de la Sorbonne/Institut d'études slaves, 1984, p. 437-449.

[9] Cf. P. LÔSCHE, Der Bolschewismus im Urteil der deutschen Sozialdemokratie, Berlin, Colloquium Verlag, 1967, p. 93, 114-115 ; cf. aussi G.D. FELDMAN, E. KOLB, R. RORUP, « Die Massenbewegungen der Arbeiterschaft in Deutschland am Ende des Ersten Weltkrieges (1917-1920) », PolMsche Vierteljahresschrift, août 1972, p. 93-94.

[10] P. LOSCHE, Der Bolschewismus..., op. cit., p. 148.

[11] lb., p. 156-157.

[12] lb., p. 187 ainsi que E. KOLB, Die Arbeiterräte..., op. cit., p. 52.

[13] P. LÔSCHE, Der Bolschewismus..., op. cit., p. 188.

[14] U. KLUGE, Soldatenräte..., op. cit., p. 32-37 ainsi que du même auteur in R. RORUP (Hg.), Arbeiter-und Soldatenräte..., op. cit., p. 39-41.

[15] R. RÛRUP, ib, p. 21, U. KLUGE, ib., p. 46 ainsi que F. BOLL, Die Massenbewegungen..., op. cit., p. 254.

[16] lb., p. 258-263.

[17] E. KOLB et K. SCHÔNHOVEN (Hg.), Régionale und lokale Rateorganisationen..., op. cit., p. XLVII-LII.

[18] F. WlESEMANN, « Kurt Eisner. Studie zu einer politischen Biographie », in K. BOSL (Hg.), Bayem..., op. cit., p. 406 sq ; H. HlLLMAYR, « München und die Révolution von 1918/19. Ein Beitrag zur Strukturanalyse von Miinchen am Ende des Ersten Weltkrieges und seiner Funktion bei Entstehung und Ablauf der Révolution », ib., p. 471.

[19] E. KOLB, Die Arbeiterräte..., op. cit., p. 93 ; P. von OERTZEN, Betriebrsräte..., op. cit., p. 133.

[20] I. STEINISCH, «Linksradikalismus und Ratebewegung im westlichen Ruhrgebiet. Die revolutionâren Auseinandersetzungen in Mülheim an der Ruhr » in R. RÛRUP (Hg.), Arbeiter..., op. cit., p. 155-237.

[21] Cf. G. BADIA, Les Spartakistes..., op. cit.

[22] U. KLUGE, « Der Generalsoldatenrat in Munster und das Problem der bewaffneten Macht im rheinisch-westfalischen Industriegebiet » in R. RORUP (Hg.), Arbeiter-..., op. cit., p. 315-392.

[23] G. FELDMAN, E. KOLB, R. RÜRUP, « Die Massenbewegungen... », art. cit., p. 86.

[24] La classification est ébauchée dans E. KOLB, Die Arbeiterräte..., op. cit., p. 91 et complétée in G. FELDMAN, E. KOLB, R. RÛRUP, « Die Massenbewegungen... », art. cit., p. 95.

[25] P. VON OERTZEN, Betriebsrëte..., op. cit., p. 77.

[26] EKOLB, Die Arbeiterräte..., op. cit., p. 99-113 et U. KLUGE, Soldatenräte..., op. cit., p. 145-159.

[27] E. KOLB avec la collaboration de R. RÜRUP (Hg.), Der Zentralrat der deutschen Republik, 19.12.1918-8.4.1919, vom ersten zum zweiten Raterkongress, Leyde, E.J. Brill, 1968, LXXVII, 830 p. ; sur la composition du conseil central, cf. E. KOLB, « Zur Sozialbiographie einer Führungsgruppe der S.P.D. am Anfang der Weimarer Republik : Die Mitglieder des "Zentralrats" 1918/19 » in Otto Brenner Stiftung, Herkunft und Mandat, Francfort/M., E.V.A., 1976, p. 97-109.

[28] U. KLUGE, Soldatenräte, op. cit., p. 108-109.

[29] lb., p. 145-159.

[30] G. MAI, « Die Sozialstruktur der württembergischen Arbeiter- und Bauernrate 1918/1919 », Internationale wissenschaftliche Korrespondenz zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung (IWK), septembre 1979, p. 375-404.

[31] G. MAI, « Die Sozialstruktur der wurttembergischen Soldatenrate 1918/1919 », IWK, mars 1978, p. 3-28.

[32] P. BRANDT et R. RORUP (Hg.), Arbeiter-..., op. cit., p. LXXXI-LXXXII.

[33] Cf. par exemple H.-U. KNIES, « Arbeiterbewegung und Révolution im Wuppertal. Entwicklung und Tâtigkeit der Arbeiter- und Soldatenrate in Elberfeld und Barmen », in R. RÜRUP (Hg.), Arbeiter-..., op. cit., p. 130-131 ou I. MARSSOLEK, « Sozialdemokratie und Révolution im östlichen Ruhrgebiet. Dortmund unter der Herrschaft des Arbeiter- und Soldatenrates », ib., p. 258.

[34] F. BOLL, Massenbewegungen..., op. cit., p. 265.

[35] En Bade, cf. P. BRANDT et R. RÛRUP (Hg.), Arbeiter-..., op. cit., p. LXIX : en Bavière, cf. G. KALMER, « Beamtenschaft und Révolution. Eine sozialgeschichtliche Studie über Voraussetzungen und Wirklichkeit des Problems », in K. BOSL (Hg.), Bayern..., op. cit., p. 202-261.

[36] P. BRANDT et R. RÜRUP (Hg.), Arbeiter-..., op. cit., p. LXXXII-LXXXIII.

[37] G. MAI, «Die Sozialstruktur... » [1979], art. cit., p. 388.

[38] U. LlNSE, « Die Anarchisten und die Münchener November-Revolurion » in K. BOSL (Hg.), Bayern..., op. cit., p. 58-60.

[39] H. HlLLMAYR, « Munchen... », art. cit., p. 476, 482 sq.

[40] P. BRANDT et R. RÜRUP (Hg.), Arbeiter-..., op. cit., p. LXXX-LXXXI.

[41] G. MAI, « Die Sozialstruktur... » [1979], art. cit., p. 392-393.

[42] H. LAUFENBERG énumère aussi les conseils qui se créent parmi les différentes catégories à Hambourg et souhaitent s'intégrer dans le Conseil d'ouvriers et de soldats, « La révolution... », art. cit., p. 253.

[43] H.-U. KNIES, « Arbeiterbewegung... », art. cit., p. 97 sq, 116-117, I. STEINISCH, « Linksradikalismus... », art. cit., p. 180 ; E. KOLB, Die Arbeiterräte..., op. cit., p. 402 ; U. KLUGE, Soldatenräte..., op. cit.. p. 12, 118-119 ; Stenographischer Bericht über die Verhandlungen des Kongresses der Arbeiter, Bauern- und Soldatenrate vom 25. Februar bis 8. März 1919 in München, reprint, Berlin, s.d., p. 146-150.

[44] Cf. R. RÜRUP (Hg.), Arbeiter-..., op. cit., p. 21 ; H.-U. KNIES, ib., p. 115-118 ; G. FELDMAN, E. KOLB, R. RÜRUP, « Die Massenbewegungen... », art. cit., p. 89-90 ; E. KOLB, Die Arbeiterräte..., op. cit., p. 319.

[45] Compte rendu sténographique du congrès des conseils à Munich..., op. cit., p. 163.

[46] Témoignage de Josef MILLER in P. KUCKUCK (Hg.), Révolution..., op. cit., p. 149-150.

[47] Cf. par exemple pour la Ruhr H.-U. KNIES, « Arbeiterbewegung... », art. cit., p. 119 ; I. MARSSOLEK, « Sozialdemokratie... », art. cit., p. 255 ; U. KLUGE, «Der Generalsoldatenrat... », art. cit., p. 335-352.

[48] E. KOLB, Die Arbeiterräte..., op. cit., p. 294.

[49] R. RÜRUP (Hg.), Arbeiter-..., op. cit., p. LXVII-LXIX.

[50] E. KOLB, R. RÜRUP (Hg.), Der Zentralerat..., op. cit. ; E. KOLB, Die Arbeiterräte..., op. cit., p. 362-363 ; R. RÜRUP, Probleme der Révolution, op. cit., p. 34-35.

[51] Voir par exemple G. KALMER, « Beamtenschaft... », art. cit., p. 201-202 ; I. STEINISCH, « Linksradikalismus... », art. cit., p. 183.

[52] E. KOLB, Die Arbeiterräte..., op. cit., p. 262-270.

[53] P. KUCKUCK (Hg.), Revolution..., op. cit., p. 28-30.

[54] R. RÜRUP, Probleme..., op. cit., p. 35-40.

[55] H. LAUFENBERG, « La révolution... », art. cit., p. 259 ; P. BRANDT et R. RÜRUP (Hg.), Arbeiter-..., op. cit., p. LIV.

[56] 1. STEINISCH, « Linksradikalismus... », art. cit., p. 183 ; L MARSSOLEK, « Sozialdemokratie... », art. cit., p. 251, 260.

[57] U. LlNSE, «Die Anarchisten... », art. cit., p. 53-55.

[58] Cf. O. BAUER, Die österreichische Révolution, Vienne, Volksbuchhandlung, 1923, 294 p.

[59] WlESEMANN, « Kurt Eisner... », art. cit., p. 410-415 ; W. BENZ, « Bayern und seine sùddeutsche Nachbarstaaten. Ansätze einer gemeinsamen Verfassungspolitik im November und Dezember 1918 » in K. BOSL (Hg.), Bayern..., op. cit., p. 505 sq.

[60] I. STEINISCH, « Linksradikalismus... », art. cit., p. 176 ; E. KOLB et K. SCHÖNHOVEN (Hg.), Regionale und lokale Räteorganisationen..., op. cit., p. 314.

[61] R. RÜRUP, Probleme..., op. cit. ; U. KLUGE, Soldatenräte..., op. cit., p. 326 sq. ; art. cit., p. 316-317, 352-353.

[62] Cf. par exemple E. KOLB et K. SCHÖNHOVEN (Hg.), Regionale und lokale Räteorganisationen..., op. cit., p. LXX. 0

[63] KLUGE, Soldatenräte..., op. cit., p. 250 sq.

[64] U. KLUGE, «Der Generalsoldatenrat... », art. cit., p. 371-372.

[65] C'est à l'ensemble de ce processus qu'est consacré l'ouvrage de P. von OERTZEN, Betriebsräte..., op. cit. ; cf. aussi G. FELDMAN, E. KOLB, R. RÛRUP, « Die Massenbewegungen... », art. cit., p. 101.

[66] E. KOLB, Die Arbeiterräte..., op. cit., p. 176-177; P. von OERTZEN, Betriebsräte..., op. cit., p. 238-248.

[67] Ib., p. 83, 139-140.

[68] R. RÜRUP (Hg.), Arbeiter-..., op. cit., p. 24-25 ; I. STEINISCH, « Linksradikalismus... », art. cit., p. 206-207 ; I. MARSSOLEK, « Sozialdemokratie... », art. cit., p. 280-282 ; U. KLUGE, « Der Generalsoldatenrat... », art. cit., p. 373.
 
[69] Cité d'après F. BOLL, Massenbewegungen..., op. cit., p. 286.

[70] P. von OERTZEN, Betriebsräte, op. cit., p. 131.

[71] 1. STEINISCH, « Linksradikalismus... », art. cit., p. 208-213 ; I. MARSSOLEK, « Sozialdemokratie... », art. cit., p. 282-289, 292 sq.

[72] Sur le mouvement en Allemagne centrale, cf. P. von OERTZEN, Betriebsträte..., op. cit., p. 133-153.

[73] Ib.

[74] lb. 245-246, 260, 303-305 notamment.

[75] On trouve un certain nombre de biographies dans J. DROZ (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international : Allemagne, Paris, Éditions Ouvrières, 1990.


  
Extrait de Le Mouvement social n°152 Juillet - septembre 1990.

mercredi 20 décembre 2017

Débat sur le texte: Qu'est-ce que l'Autonomie ouvrière ? - Émission de Radio Vosstanie (En ligne)

Émission de Radio Vosstanie !

du 10 décembre 2017 à 14h
(en diffusion en ce moment)

TELECHARGER L’ÉMISSION 
142 minutes


Discussion, débat et commentaires du texte de
Lucia Bruno


Qu'est-ce que l'autonomie ouvrière ?


Contre-capital & Vosstanie !


Le texte format papier sera disponible format livre en février 2018
Son du texte dont il est question en téléchargement




https://entremonde.net/mario-tronti


Voir aussi

https://agone.org/memoiressociales/anneesderevesetdeplomb/

Alessandro Stella 
Années de rêves et de plomb
Des grèves à la lutte armée en Italie (1968-1980)


http://www.lyber-eclat.net/livres/la-horde-dor/

Nanni Balestrini / Primo Moroni
La horde d’or. Italie 1968-1977
La grande vague révolutionnaire et créative, politique et existentielle
Éditions de L’Éclat

vendredi 20 octobre 2017

LE SOCIALISME SAUVAGE de CHARLES REEVE (A Paraître)

LE SOCIALISME SAUVAGE
 CHARLES REEVE 



ESSAI SUR L’AUTO-ORGANISATION ET LA DÉMOCRATIE DIRECTE  DANS LES LUTTES DE 1789 À NOS JOURS

"Désastre généralisé et crise de la représentation nous incitent à penser au présent le vieux principe de la démocratie directe qui prit forme en 1789, traversa les époques révolutionnaires pour se retrouver à nouveau dans les mouvements de contestation. Le principe d’autogouvernement s’y est toujours heurté aux  principes autoritaires de représentation permanente. Les soviets des révolutions russes et les conseils de la révolution allemande des années 1920 ont été deux expressions puissantes de cette promesse pour l’avenir, et se trouvent au cœur des réflexions développées dans ce livre. Car si le dénouement de la révolution russe a glacé pour un siècle le mouvement ouvrier, liant l’idée de socialisme à celle du totalitarisme de parti unique, l’expérience, courte mais riche, de la révolution allemande s’est révélée proche des mouvements contemporains, de Mai 68 au mouvement assembléiste du 15M en Espagne, en passant par Occupy aux États-Unis et par les Printemps arabes. Les courants spontanés, autonomes et émancipateurs des mouvements sociaux ont toujours été rejetés par les chefs du socialisme avantgardiste et qualifiés de « sauvages », car leur échappant. Même s’il n’est pas stricto sensu une histoire du mouvement socialiste, ce livre en revisite des grands moments. Il les étudie et les discute à travers le prisme de conceptions hérétiques et « sauvages », et garde à l’esprit la perspective de l’émancipation, encore et toujours."

A paraitre aux éditions L'Echapéee 320p. en Février - Mars 2018 


note Vosstanie. 
Une occasion de débattre de l'ouvrage pendant une émission ?



Sur
Charles Reeve.
Pour un itinéraire bio-bibliographique.

 Emission du 25/01/2014 

Cadernos de Circunstância
 Cadernos de Circunstância 67-70 


La conception putschiste
de la révolution sociale.
Le rôle de l'armée ou la conception bourgeoise de la révolution.

  Emission du 6 septembre 2014

vendredi 22 septembre 2017

Autogestion ouvrière et marché capitaliste (6)

Autogestion ouvrière et marché capitaliste
Extrait de : Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985) 
Traduction modifiée 2017.

Quand les travailleurs d'une entreprise commencent à gérer la production, un des premiers obstacles auxquels ils sont confrontés touche à l’approvisionnement en matières premières. La question s’aggrave quand les matériaux sont importés. L'expérience a montré qu’ils subissent immédiatement le boycott des capitalistes, qui ne leur fournissent pas les matériaux nécessaires.

En plus de cela il existe le problème du manque d'argent pour les acquérir. Quand cela arrive, les travailleurs sont forcés de faire appel à l'État pour tenter d’obtenir des fonds. C’est la première étape vers la perte d’autonomie conquise par l'action d'occupation de l'entreprise.

En se servant de cette nécessité de l’argent, le gouvernement ou les propriétaires du capital, vont chercher à encadrer et contrôler les ouvriers en leur imposant des restrictions, des buts et des objectifs.

Un autre problème non moins difficile à résoudre est celui de la distribution des produits de ces entreprises autogérées. De très nombreuses fois elles n’arrivent pas être aussi compétitives que les entreprises capitalistes du marché.

S’il existe une situation révolutionnaire généralisée dans le pays, il est possible d'établir un système d'échange direct entre les usines en autogestion et entre l'industrie et l'agriculture.

Mais si les luttes sont isolées, cela n’est possible qu’au moyen du marché capitaliste. La pression qu'il exerce force l’usine à revêtir des formes capitalistes de gestion, pour restaurer la rentabilité et la compétitivité nécessaires.

A ce moment-là s’imposent les critères capitalistes fondés sur les indices de productivité et d’efficacité.

Le retour de ces critères aboutit par engendrer l'apathie entre les travailleurs, et donc la bureaucratisation des comités d'usine est inévitable. Quand les comités d’usine bureaucratisés ne disparaissent pas, ils deviennent les nouveaux managers du capital. C’est ce qui est arrivé au Portugal par exemple, avec diverses entreprises industrielles et agricoles qui se mirent en autogestion après la chute du régime salazariste en 1974.

En août 1975, on estimait à 308 environ le nombre d’entreprises en autogestion dans le secteur urbain. Dans le sud, région des latifundiaires, de vastes espaces ont été occupés et collectivisés par des salariés agricoles, donnant naissance aux Unités Collectives de Production (UCP).

Dans tous les cas ce fut une solution trouvée par les travailleurs pour éviter le chômage. A cette époque de nombreuses entreprises fermaient parce que déficitaires, ou parce que le patron s’enfuyait à l’étranger avec l’argent par peur du “communisme”.

Ces pratiques autogestionnaires auraient été une grande menace pour le capitalisme portugais si elles ne s’étaient pas limitées à des secteurs relativement périphériques de l'économie. Elles se sont produites principalement dans l'industrie textile, graphique, l'hôtellerie et le tourisme. Les initiatives qui ont émergé dans l’agriculture sont restées isolées du reste du pays et n'ont pas eu d'autre choix que de faire appel à l'État.

La liaison entre les différents secteurs de l’économie était fondamentale pour créer une réelle autonomie de ces entreprises dépendantes du capitalisme portugais, cela aurait permis l’expansion vers d’autres niveaux de la société et bien plus, par-delà les frontières portugaises.

Cependant, comme le capitalisme portugais se réorganisait avec le reflux du mouvement révolutionnaire, la situation de ces entreprises était devenue de plus en plus difficile. La dépendance qu’elles avaient vis-à-vis des institutions capitalistes correspondait à la fragilité du mouvement qui s’était généralisé mais pas unifié, au point de créer un réseau de relations sociales fondé sur des critères de lutte prolétariens qui pouvaient être imposés pour la réorganisation globale de la société dans une perspective socialiste.

L'expérience portugaise, parce que contemporaine, est d'une grande importance. Elle nous permet de voir que l'un des plus grands obstacles du processus révolutionnaire est aujourd'hui le marché capitaliste.

Lorsque les luttes restent isolées, les expériences autogestionnaires finissent par être encerclées de tous les côtés ; par le marché de capitaux, le crédit, de produits finis et aussi par le marché des moyens de production (machines, semences, engrais, etc.).

L’internationalisme des luttes se pose dans ce contexte comme un impératif pratique et non comme un slogan que l’on lance au moment des grandes dates commémoratives. L'internationalisation de la révolution n’est pas une nécessité à long terme, mais une question de survie immédiate.

L’autogestion comme expression de l’autonomie de la classe ouvrière face au capitalisme ne peut être vue comme une particularité de telle ou telle usine. Elle ne peut être réduite non plus à une solution provisoire pour des temps de crise.

Autogérer ne signifie pas seulement gérer d’une manière différente un capital productif afin que son produit soit distribué de manière plus équitable entre les travailleurs.

Les pratiques autogestionnaires doivent profondément modifier les relations de travail et détruire la logique de valorisation du capital.

Ce n’est pas un but à atteindre dans la société capitaliste. L'autogestion est un moyen de lutte à travers lequel les travailleurs prennent conscience qu'ils sont capables de gérer la production, de créer de nouvelles formes d'organisation du travail, et de mettre la démocratie ouvrière en pratique.

Il est nécessaire de distinguer le mouvement des travailleurs des commissions qui en surgissent mais qui se bureaucratisent à chaque fois que le cours de la lutte n’est pas ascendant. C’est la vivacité du mouvement autonome conjugué à la désagrégation des centres de pouvoir - deux aspects d’un même phénomène qui peuvent permettre la survie des pratiques autogestionnaires.


L'Autonomie ouvrière: Une pratique de classe
La lutte Autonome
Les institutions Autonomes
La dynamique du processus
Luttes revendicatives et révolution
La transformation des relations sociales dans la lutte en de nouvelles relations sociales de production.
Autogestion ouvrière et marché capitaliste.
La légalisation de la lutte
Autogestion et technologie.
Autonomie ouvrière et partis politiques
Autonomie ouvrière et syndicats
Autonomie et socialisme


Vosstanie propose une traduction d'un ouvrage de Lúcia Barreto Bruno édité en 1985 au Brésil. Elle sera le support d'une émission de la Web Radio Vosstanie et d'un débat sur la question posée. Il va de soi que nous ne sommes pas en accord avec certains propos, approches du livre (ambiguës sur la question de la "gestion" et "d'auto-gestion" ou de qui a à "gérer") qui a donc 30 ans. Ils posent néanmoins en creux de nombreuses questions, critiques (à faire), de manière très stimulante, dans un débat complexe. Il s'agit donc d'un écrit qui nous permettra de dégager pas mal de perspectives.


O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.

VOIR AUSSI LA VERSION AUDIO DE:
 Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? 
 (Le son de Radio Vosstanie du 1/08/17)
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Voir aussi notre émission
et la publication de la brochure.