dimanche 9 août 2020

Vieilles lectures pour cet été (II) : "Tuta blu" de Tommaso Di Ciaula

Vieilles lectures pour cet été (II) :  
"Tuta blu" de Tommaso Di Ciaula
Dans la préface au livre de Tommaso Di Ciaula,  "Tuta blu" (bleu de travail) (1) édité en  1982 chez Actes Sud, le traducteur Jean Guichard  indique que Di Ciaula est "un personnage contradictoire qui se dessine donc peu à peu. il dit "nous: les ouvriers", expression d'une conscience de classe très aiguë et d'un sens profond de la solidarité ouvrière, mais, loin de tout ouvriérisme, il dit aussi que les ouvriers sont des cons aliénés par la voiture et le football ; il dit sa nostalgie de la campagne, sa tristesse déchirante de la voir disparaître, mais il ne prêche pas pour autant le retour à la terre. II ne prêche rien, d'ailleurs, il regrette que les ouvriers ne participent pas plus, et de façon moins simiesque, à la lutte politique, mais il explique quelques pages plus loin avec autant de conviction qu'il n'a rien à foutre de cette politique où tout le monde putasse avec n'importe qui pourvu que ça rapporte des voix". 
Grace à ce bon vieux marque page qu'on avait oublié ou parce qu'on avait envie de noter quelques lignes on rapporte ici un passage sur les "prolétarisés" contre les "privilèges bourgeois".
Extrait

   Spécialistes du mouvement ouvrier, partis de gauche, tonnes de livres sur le mouvement ouvrier qui finalement sont de l'ostrogoth incompréhensible précisément pour les ouvriers. Conférences, débats, tables rondes, etc. Les résultats ? Les résultats sont que les ouvriers sont plus dans la merde qu'avant. La vérité, c'est que tous s'en foutent de la vie réelle que mène l'ouvrier, chacun pense à ses affaires et nous sommes leurs rampes de lancement.

Il est maintenant temps de parler clair, tous doivent parler clair, il y en a assez des langages à double sens, celui qui a un langage difficile, qu'il aille se faire foutre, quel qu'il soit : député, président, docteur, avocat, spécialiste, communiste, socialiste, syndicaliste..., se méfier des langages hermétiques et bourgeois, à mort les bavardages, nous voulons des faits. Nous voulons de vrais ouvriers, ceux qui l'ont dans le cul du matin au soir directement à la production, ceux-là et seulement ceux-là peuvent parler des problèmes de la classe ouvrière, parce que celui qui n'éprouve pas la dureté de la pioche et du marteau ne pourra jamais se rendre compte des problèmes réels des travailleurs, même si on le tue.

Ils ont le droit de parler de leurs problèmes, tous, même les sans licence, les sans diplôme et autres conneries, qu'ils s'expriment tous même avec leurs gros mots, leurs erreurs, leurs horreurs, en dialecte, mais tous doivent faire entendre leur voix, surtout quand on discute de leurs problèmes. Tandis qu'aujourd'hui ce qui se produit, c'est que celui qui veut parler de ses problèmes, s'il n'est pas cultivé il n'écrit pas, il a peur, il a honte, il est intimidé, tandis que celui qui est cultivé et qui écrit bien se sent le droit d'écrire, même au nom des autres.

 

Note
 
(1) Titre en italien : Tuta blu. Ire, ricordi e sogni di un operaio del Sud.

samedi 1 août 2020

Vieilles lectures pour cet été (I) : Le point de vue d'Henri Lefebvre sur les situationnistes

Vieilles lectures pour cet été (I)

Le point de vue d'Henri Lefebvre sur les situationnistes

L’été surtout celui-ci, on a plus de temps pour faire un peu de rangement et on trouve derrière cette étagère ou s’est accumulé des vieux papiers, des vieux bouquins qu’on pensait avoir égarés.

Le premier extrait souligné en son temps témoigne d’un intérêt d’une autre époque. Il exprime le point de vue d’Henri Lefebvre sur ses anciens amis, les situationnistes. On le trouvera dans le livre Le temps des méprises publié en 1975 aux éditions Stock. Il s’agit d’un long entretien, d'une conservation et on y découvrira un H.Lefebvre étonnant...


« Je crois qu'il y a eu là une authentique avant-garde ; par la suite, le mouvementent situationniste est devenu à la fois efficace et dépérissant. La richesse du début de cette invention de situations s'est perdue et fixer ; ils sont devenus spécialistes de l'injure et aussi du mot d'ordre immédiatement efficace, par exemple les graffiti dans le genre : « Ne travaillez plus, jouissez. », C'était bien dans la ligne des débuts, mais, à mon avis, c'est appauvri par rapport à l'idée de l'invention, de la création de situations nouvelles, idée utopique mais pas tellement, puisque, effectivement, nous avons vécu ou créé une situation nouvelle, celle de l'effervescence dans l'amitié, celle de la micro-société subversive et révolutionnaire en plein cœur d'une société qui, d'ailleurs, l'ignorait. C'est uniquement là-dessus que je veux insister aujourd'hui. Les livres publiés par mes ex-amis ne manquent pas d'intérêt, mais celui de Vaneigem, Traité de savoir-vivre, fonde un nouvel élitisme soi-disant de gauche... L'élitisme ? Pourquoi pas ! Subversif ? Révolutionnaire ? Quelle ironie ! Comment ? Par quelles médiations ? L'élitisme uni à l'autogestion ! C'est du Stirner proudhonisé. Marx a dit de façon assez cocasse que les mouvements de gauche et les marxistes français échouaient toujours dans le stirnerianisme proudhonisé. Je sais que ce danger me guette. Je l'évite. Chez Vaneigem, il consiste en un mélange d'individualisme et d'autogestion conçus à la manière proudhonienne comme une autosuffisance à la base, en négligeant les problèmes globaux, et notamment les problèmes de l'État. Les livres de Vaneigem n'en sont pas moins intéressants. Quant au livre de Debord sur la « société du spectacle », il ne me paraît ni plus ni moins important que ceux de Mc-Luhan. Il caractérise la société contemporaine par un de ses traits sociologiques, c'est-à-dire la mise en images du spectacle. Le livre de Debord se présente comme une série de thèses. Ses petits copains et lui ont lancé des mots d'ordre antisociologiques avec lesquels je ne suis pas d'accord. Je n'aime pas tellement la sociologie en tant que science spécialisée et qui ne veut voir que sous l'angle de sa spécialisation les problèmes globaux, qui donc les occulte ; je trouve que tous les sociologues font du sociologisme. La Société du spectacle est un livre imprégné de sociologisme. Le politique, l'étatique n'y apparaissent pas. C'est encore une manière de rejeter dans l'ombre les problèmes de l'État. Je pense que ce mouvement situationniste s'est appauvri à partir de la confuse richesse des débuts. Il en est mort. Il n'empêche pas la vie quotidienne de rester un concept théorique et critique.

J'ai oublié de dire que mes ex-amis situationnistes s'étaient beaucoup agités à propos de cette revue Arguments, à la mort de laquelle j'avais d'ailleurs contribué. Dans une réunion, j'avais expliqué (Axelos, Duvignaud et Morin étaient là) que la revue Arguments avait fait son temps, qu'elle avait donné tout ce qu'elle pouvait donner ; alors mes amis situationnistes, encore mes amis, se sont agités et ont tenté une manœuvre qui consistait à remplacer Arguments par l'Internationale situationniste, leur revue.

Je montre l'ambiance ; c'est le côté détestable du parisianisme, de ces chapelles qui se livrent des combats, des luttes à mort. » p.160-161


jeudi 23 juillet 2020

PARUTION - Reprint du JOURNAL COMBATE (EN PORTUGAIS)

Reprint du Journal COMBATE
1974-1978

[EN PORTUGAIS]




Nous venons de recevoir les premiers exemplaires de l'ouvrage à paraitre fin août 2020.

Il s'agit d'une édition complète en reprint de la totalité des numéros du
Journal COMBATE édité de 1974 à 1978. (51 numéros).

Août 2020
Ouvrage en portugais, relié (cartonnage)
21*29,7 - 560 pages.
Il sera vendu 39 Euros.
Le tirage sera limité.

N'hésitez pas à nous contacter si vous désirez réserver un exemplaire.


Voir également


Pour en savoir plus sur le journal Combate Voir la brochure

Quand le peuple est populaire - Vosstanie Éditions


mercredi 24 juin 2020

#1 Quand on refuse la lutte des classes - LETTRE CIRCULAIRE



MARX ET ENGELS À AUGUST BEBEL, WILHELM LIEBKNECHT, WILHELM BRACKE ET ALII À LEIPZIG
(LETTRE CIRCULAIRE)
(BROUILLON)
Londres, 17-18 septembre 1879.

In Friedrich Engels et Karl Marx
Correspondance, Tome 13 – 1875-1880, Éditions Sociales 2020. p.357



lundi 22 juin 2020

A paraître : Le vent en poupe – Henry Chazé / Henri Simon : Correspondances Tome 2

Le vent en poupe

Henry Chazé / Henri Simon : Correspondances Tome 2

Correspondance 2 – 1963-1968

Les années ICO

La correspondance échangée par Henri Simon et Henry Chazé de 1955 à 1984 accompagnait, dans un premier volume, ces deux militants d’un « communisme antiparti », une forme politique originale qu’on a pu appeler aussi « communisme de conseils ». Une génération les sépare. Henry Chazé, né en 1904, vit à partir des années cinquante près de Grasse, survivant avec sa compagne grâce à un petit élevage de poulets et quelques oliviers. Mais les années

soixante que couvre ce deuxième volume vont être plus agitées. Tout près, à Cannes, de jeunes communistes du parti « officiel » en sont exclus et rencontrent avec intérêt le vieux libertaire – mais bientôt ils monteront à Paris pour fonder le parti trotskyste qui deviendra la LCR. La France ne dort pas : de grandes grèves l’agitent en 1963. Chazé reprend contact avec d’anciens militants d’avant guerre : Schönberg qui a émigré au Pérou, Lanneret en Californie, Chirik au Venezuela, Lain Diez de son pays natal le Chili, donnent des nouvelles du monde. En entretenant ces liens Chazé cherche une pensée ouverte, non dogmatique, « synthèse » de l’anarchisme et du communisme. Henri Simon, qui travaille toujours à Paris tout en animant la revue et le groupe Informations Correspondance Ouvrières (ICO), noue des liens d’amitié avec les anarchistes de Noir et Rouge. Il rencontre la fille de Schönberg, qui a épousé le physicien Daniel Saint-James, proche du futur prix Nobel de physique Pierre-Gilles de Gennes, mais aussi du groupe communiste de conseils dont ils font partie et dont plusieurs membres participent, autour de Maximilien Rubel, à l’édition des Œuvres de Marx dans la « Bibliothèque de la Pléiade ».

Les enfants Simon grandissent et commencent à s’intéresser aux activités politiques. Le nombre des abonnés d’ICO s’accroît, et ce groupe attire de plus jeunes adhérents, qui perturbent un peu les certitudes des plus anciens. Dans le premier volume de cette correspondance qui embrasse vie quotidienne et préoccupations politiques, on protestait contre la guerre d’Algérie. Ici on s’agite, dans les universités dont les effectifs explosent, mais pas seulement, contre la guerre au Vietnam.

On s’approche de Mai 68.

Éditions ACRATIE 400 pages (16 X 24) – 25 euros

Cet ouvrage fait suite à

«Vous faites l’histoire !» – Henry Chazé / Henri Simon - Correspondance 1 1955-1962 De SouB à ICO

lundi 15 juin 2020

L'introduction du concept de praxis, chez Marx - Matériaux pour une émission (28)

L'introduction du concept de praxis, chez Marx

Matériaux pour une émission (28)

La praxis est bien le concept par quoi Marx pense l'être de l'homme, mais elle ne saurait être alors une formule plus raffinée pour dire l'existence humaine. Ce qui, à cet égard, risque d'égarer, c'est que l'on a tendance, sous l'influence de préjugés métaphysiques mal critiqués, à concevoir la praxis en termes d'activité intentionnelle émanant de la subjectivité consciente de soi; elle devient alors une catégorie anthropologique, empruntée à l'ancienne métaphysique du « sujet » qui définissait l'homme par la conscience de soi, la représentation et le vouloir, même si maintenant le maniement de notions plus sophistiquées, telles que l' « intentionnalité », la négativité du cogito préréflexif, et autres, donne l'illusion d'une transformation capitale. Quand cessera-t-on de confondre Marx et Feuerbach ?

En réalité, l'introduction du concept de praxis, chez Marx, fait exploser toute cette métaphysique de la subjectivité. Elle oblige à fonder le sens sur des processus qui s'exercent en deçà de la représentation, des visées intentionnelles, et des projets néantisants, bref en deçà des opérations de la conscience de soi. Justement parce que la praxis ne s'identifie pas à l'intentionnalité de l'existence humaine, il faut dire de la praxis qu'elle produit l'homme autant qu'elle est le mode de l'autoproduction de l'homme lui-même. De sorte que la praxis est moins ce que fait l'homme et le comment de ce faire, que ce qui fait l'homme se faisant. La praxis est l'être en tant qu'il produit l'homme producteur.

Les déficiences des commentaires éthico-anthropologiques - ou existentialistes – devaient inévitablement susciter la riposte des doctrinaires de la scientificité, pressés, eux, d'expulser du marxisme, à la faveur d'une critique de l'humanisme moralisant, la problématique de l'homme. Or celle-ci, loin d'être éliminée par la critique de l'idéalisme humaniste, est tout à l'inverse relancée grâce à cette critique, qui a donc ici valeur de catharsis spéculative. Que la praxis pointe vers cette expérience originaire où l'être se manifeste comme vie et production, cela n'empêche pas que le phénomène de la production reste indissociable, chez Marx, de l'appropriation par l'homme de sa vérité dans la prise de conscience de ses projets révolutionnaires. Appropriation qui suppose que l'homme soit autre chose que l'un des effets d'une combinatoire de structures! Aussi la même pensée qui, chez Marx, conduit à définir l'être comme vie, comme praxis, devient exhortation adressée aux hommes pour qu'ils règlent sur la conscience la praxis qui ordonnera le monde désaliéné : « Le communisme, explique Marx, se distingue de tous les mouvements qui l'ont précédé jusqu'ici en ce qu'il bouleverse la base de tous les rapports de production et d'échange antérieurs et que, pour la première fois, il traite consciencieusement (mit Bewusstsein) toutes les conditions préalables comme des créations des hommes qui nous ont précédés jusqu'ici, qu'il dépouille celles-ci de leur caractère naturel et les soumet à la puissance des individus unis » (Idéologie allemande). Le but n'est donc nullement de disqualifier la revendication valorielle impliquée dans la réflexion sur la destination de l'homme en tant qu'il est engagé dans la praxis sociale; il s'agit au contraire de comprendre que l'homme est en train de s'inventer dans l'historicité de la praxis où il se dépasse, en opposition avec tout a priorisme essentialiste et toute normativité moralisante.


In Jean Granier, Penser la praxis, Paris, PUF, « Philosophie d'aujourd'hui », 1980. p.136-137


Note.

Titre Vosstanie.

Ceci est l'avant-dernier texte de notre sélection sur la Conscience de classe (Cdc).
Cette sélection alimente la redaction d'une brochure à paraitre l'année prochaine.