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En ce moment diffusion du son du 1er Août 2017 : Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?

vendredi 22 septembre 2017

La sortie, c’est par où ? À propos de la "sortie" de l’économie et du capitalisme.



 La sortie, c’est par où ?
À propos de la sortie de l’économie et du capitalisme.


Dans Snowpiercer, le Transperceneige réalisé par Bong Joon-ho, sorti en 2013, et inspiré de la bande dessinée de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, il est question d’un train lancé autour de la terre à très vive allure.

Aucune existence n’est possible hors du train, et son arrêt est impossible, car le niveau de température extérieure n’autorise que la mort immédiate. Les conditions climatiques terrestres sont la conséquence du délire humain et les survivants sont confrontés à l'intérieur du train, à une gestion totalitaire de la division sociale.

Ce train qui roule sur de vétustes rails, manque à chaque boucle de terminer sa course folle dans le prochain précipice. Tous sont tôt ou tard finalement condamnés.

S’en suivra le souhait de ceux de l'arrière (c'est-à-dire d’en bas) de rejoindre la tête du train et ses wagons luxueux pour peut-être prendre le contrôle de ce dernier. Cela est-il possible ? Le train ne risque-t-il pas de dérailler, et finalement d'aboutir à la mort de tous ? Est-ce que cette initiative de ceux de l’arrière pour la conquête de la tête du train changera fondamentalement quelque chose à la vitesse du train à son économie interne ?

Et « dehors » ? Peut-être que le froid n’est pas si mortel ?

Il est tout à fait possible d’établir des comparaisons entre le train de ce film et le capitalisme, et d'y voir peut-être une forme de dénonciation ou les classes sont explicitement présentées et mises en « scène ».

La critique écologiste n’est pas très loin ainsi qu'une « vision » idéologique que l'on a eu pour habitude de qualifier de « décroissantiste » [1] ceci selon notre interprétation et qui nous semble presque évidente.

Au-delà de la problématique dramatique et donc de la chute possible du train / capital, qu’est-il possible d’entrevoir ? Quel « possible » peut-on projeter dans des conditions de catastrophe ?

De ces premières interrogations s’en dégagent alors d’autres - peut-on ou doit-on « sortir » du capitalisme. Mais comment peut-on / doit-on sortir de ce train ? et la méthode utilisée pour « sortir » du train dans le film est-elle à proprement parler quelque chose qui relève du « sortir » ?

Mais, finalement, notre véritable questionnement ne tourne-t-il pas autour de la notion de la « sortie » où du « sortir » ? C’est à dire de la « sortie du capitalisme » ou de « sortie de l’économie » mais est-ce simplement concevable ? Ou possible ? Car enfin est-il possible de sortir du capitalisme et du monde marchand ? Ceci dans l’acception littérale de la proposition.

On ne fera pas de grande démonstration pour expliquer ici que, finalement, il est plus aisé de sortir d'un train que de sortir du capitalisme. Bien sûr le Transperceneige n'est pas n'importe quel train, il est le seul qui roule dans le film, et pour s'en rendre compte, il suffit de le regarder et de suivre notre propos ou d'accepter nos présupposés.

Par ici la sortie !
Dans le train.

Le train file, non comme une métaphore mais comme une comparaison, celle du capitalisme. [2] Sa logique interne est celle du capital. Monter dans un train a priori est une chose facile, on y entre en fonction du départ, et peut-être que finalement tout se joue au moment de l'arrivée, où le train s'arrête, car parfois la sortie de la gare est à l'avant. On aura peut-être préféré le milieu du train au cas où, quelquefois, on ne sait jamais...

S'il est très aisé d'identifier la population qui se trouve en queue de train comme le prolétariat, il en est tout autant de comprendre la traversée de toutes les rames pour rejoindre l'avant. La tête, devant, forcément.

Ce qui s'impose à cette population sans espoir, c'est ce combat vain et orchestré [3] ceci jusque dans sa quête de l'avant. Elle se révèle encore plus effroyable pour ceux qui sont parés de cette si fine et belle critique du capitalisme. Car enfin quelle idée de vouloir prendre la tête d'un engin incontrôlable ou rien n'est possible pas même son arrêt ?

L'espoir du but probablement. Mais cet objectif n'est pas sans un chemin, construit de solidarités de trahisons et de combats. Il s'agit de quelque chose qui nous indique que nous ne sommes pas morts à « l'arrière » sans rien faire à attendre de crever de toute façon. Il est question aussi d'exister peut-être encore un peu.

Dans ce faux fléchage sur la nécessité (vaine) de prendre les leviers d'une machine folle qui finira d'ailleurs tôt ou tard par dérailler, se dégagent d'autres pistes. Sont-elles tout aussi fausses ?

Regarder par la fenêtre d'un train.

Dehors c'est de l'autre côté de la vitre. Peut-être n'est-il pas moins compliqué de le faire que dans la cage d'acier de Max Weber ? Bien qu'il n'ait jamais clairement spécifié si celle-ci comportait quelques ouvertures.

Dans cet éternel retour de boucle glaciale, impossible de mettre son nez dehors c'est la mort immédiate, certaine.

Que faire alors ? Si la quête de l'avant est vaine que reste-t-il comme solution ? Peut-on avoir une initiative ?

Une « voie » pour de la sortie ?

Pendant leur traversé du train et les différents affrontements avec des hordes lourdement armées au service de l'avant, le héros du film et ses complices font la connaissance d'un personnage ne parlant pas la même langue que la leur. Drogué à une substance tout aussi étrange qu'il est étranger, il est l'un de ceux qui a compris que peut-être, dehors le froid n'est pas si neptunien. Mais contrairement aux autres, il ne pense pas que la sortie se trouve devant, tout droit ou dans le contrôle d'un train qui finalement se trouve être sans véritable pilote, sinon un superviseur qui se charge d'alimenter la « bête » à vapeur.

Ce personnage aussi lucide que suicidaire n'entrevoit pas de « sortie » à proprement parler sinon de faire exploser la porte avant du train au risque de le faire dérailler, et que tous périssent. On ne peut dénier à ce personnage d'entrevoir un peu cet espoir nihiliste pour les autres. À quoi bon continuer à bord ? Et pour quel monde clos ? Fût-il finalement à demi respirable.

Peut-on faire un parallèle politico-philosophique sur cette « sortie » dans le film, même si elle est un peu plus « suicidaire » dans la démarche et plus heureuse au final, avec ce que nous propose l'idéologie de la Décroissance, du pas de côté [4] de la « sortie de l'économie » ou du capitalisme ?

S'il s'agit de regarder « dehors », et d’interpréter les signes du/des possible(s) en dehors du train / capital qui fonce, et de rechercher la voie possible de cette « sortie », c'est qu'il faut comprendre alors qu'il y a là un « dehors » qui d'une certaine manière ne serait pas impacté par le « dedans », ou que le dedans ne serait pas lié au dehors.

C'est bien la notion de « sortie » qui pose un problème. Ce dehors, cette sortie n'est pas sans avoir de relation avec ce qui nous semble être un Au-delà. Une sorte d'arrière-monde.

Que cette option soit une sorte de « religion » qui permette à des individus de faire communautés nous semble assez simple. Elle est l'opium ou de cette étrange drogue qui permet d'imaginer peut-être.

Mais que nie-t-elle en dernière instance ? Une forme d'objectivité du capitalisme peut-être. Comme totalité concrète (un tout) qui va jusqu'à générer les notions de « dehors » et de « dedans » de « l'entrée » et de « sortie ». Il s’agit plus exactement d’un anti-monisme ou d’une conception dualiste du réel.

La « sortie » est-elle alors une nouvelle porte d'un paradis sur terre ?

La possibilité de la « sortie » dans ces circonstances, mobilise plutôt un « travail » sur les représentations qu'il faudrait déconstruire.

Le capitalisme n'est-il qu'une représentation ? C'est ce que sous-tend la notion de « sortie ».

À moins que cette démarche cognitive ne soit qu'un nouvel avatar d'un subjectivisme plutôt paradoxal, notamment pour certains courants qui se réclament de la « sortie », car ils entretiennent pour s’en convaincre une sorte de marotte performative et théorique par une forme de gnose des écritures marxiennes ou proudhoniennes en y cherchant les signes d'une parousie légitimant la « sortie », et qui peut très bien se transformer finalement et voilà le retournement en « retrait ».

Ne « sort-on » d'un endroit que par un acte de volonté ? Ne nous arrive-t-il pas quelquefois d'en être même éjecté ? Pour être mis « en dehors » et de quoi finalement ?

Comme si le « dehors » n'était pas lié au dedans. Est-ce à dire que l'on en vient à nier la réalité objective ?

Que nous dit la notion de « sortie du capitalisme » de ceux qui l'utilisent ? Au-delà du fait que pour eux un autre monde est possible à côté de celui que nous vivons, où qu'une voie d'accès (issue de ces rails) à un monde est possible par une forme de retrait [5].

Que des îlots, des communautés tranquilles et joyeuses et où il fera bon rentrer en enjambant les cadavres sont possibles, souhaitables ?



Il s'agit bien d'une forme de négation ou « d'oubli » du réel existant. S'il s'agit d'éviter le monde (on y reviendra) c'est qu'il s'agit finalement à notre avis d'éviter un type d'affrontement. [6]

Peut-être est-ce d'une étude psychosociologique dont on aurait besoin également ici pour démontrer plus longuement la forme de confort idéologique qu'entretient cette dénégation dont il est question dans ce type de parti pris.

Mais politiquement c'est finalement la conflictualité et la perspective des classes et de leurs affrontements qui sont niées voire même combattues au profit d'un séparatisme radical et inter-classiste. La négation des classes est bien la matrice politique de cette démarche qui s'ornemente attributs hérités d'un prétendu marxisme hétérodoxe mais aussi d'un néo-anarchisme, dont l'ontologie pessimiste s'inspire de doctrines antiprogressistes [7] et élitaires de par leur fascination pour l'esthétique de la theôría contre la praxis de la classe en lutte. La lutte des classes y est vue comme fantasme, et est systématiquement refoulée du corpus de ce marxisme indéterministe. Il en va de même de l'histoire de l'anarchisme « ouvrier » qui est littéralement passée à la trappe au profit d'une conception radicalement idéaliste, celui la « servitude » qui ne serait que « volontaire ».[8]

Mais que faut-il vivre pour en arriver à nier la polarisation posée par l'exploitation [9] et donc ses conséquences, c'est-à-dire les luttes ?

L'histoire du réformisme radical est trop long pour que nous en fassions sa fastidieuse et fatigante chronologie. Quant à sa généalogie, elle doit d'abord questionner le luxe des positions de classe de ses contempteurs, sectateurs, pour aboutir à un constat plutôt banal en ce qui concerne l'option politique :

Elle peut se qualifier « d'alternativisme » et n'est pas bien nouvelle, car il a toujours été question d'une certainement manière d’aménager à la marge le capitalisme. Il s'agit bien souvent mais pas que, des pourfendeurs du « libéralisme » qui s’accommodent du « bon côté » du marché, trop souvent pour la défense d'intérêts de classe. Quand ils ne vont pas jusqu'à penser comme certains Décroissants, qu'il suffit de nier la loi de la valeur pour qu'elle n'existe pas, ou qu'il suffit d'en avoir une juste compréhension pour la faire disparaître, ou bien encore de construire un autre paradigme en attendant qu'elle ne s'effondre d'elle-même dans la prochaine crise des crises, vous savez la prochaine, celle qui permettra la grande « explication » des textes de Marx sur le fétichisme de la marchandise.

Ce que certains nomment Utopie concrète [10] n'est rien d'autre qu'un avatar du socialisme utopique, sans poésie, qui n'a même plus le charme de la nouveauté tant l'appel à l'imaginaire ou à l'érotisme, a épuisé le stock d'impératifs au renouvellement sensuel, pour virer à un pragmatisme névrotique.
      
« Pourquoi et comment sortir du capitalisme ? Quelles sont les alternatives d’ores et déjà présentes ? Peut-on, doit-on réinventer les socialismes par des réalisations concrètes ? Avec quels outils, quelles formes d’action, quelles institutions ? Telles sont les vastes questions, solidaires les unes des autres, auxquelles répond ce livre original et magistral, synthèse d’une enquête internationale et collective de plusieurs années sur les théories les plus actuelles de l’émancipation ainsi que sur de nombreux projets vivants de transformation radicale, ou plus graduelle, déjà observables dans les domaines sociaux, économiques et politiques. » [11]

L'émancipation se fait-elle en « sortant du capitalisme » ou en détruisant ce qui en fait sa matrice : la loi de la valeur. ? Quelle marge de manœuvre nous autorise sa dynamique ? Le socialisme « s'invente » -t-il ? n'est-il qu'invention ? Existe-t-il vraiment des projets « vivants » de transformation radicale ? Ne sont-ils pas condamnés aussi longtemps qu'ils s'inscrivent dans le cadre du « réel » marchand ? Ne reste-t-il pas dans ce genre d'inventaire qu'un triste appel au réformisme et au vieux débat, toujours hélas d'actualité entre réforme et révolution ? Et finalement cette injonction tyrannique du concret n'est-elle pas le dernier déguisement d'un nouvel arrière-monde ? Qui nous invite comme toujours à renoncer à la radicalité par l'épuisement ou le retrait, la fragmentation, et à ajourner la problématique Révolutionnaire ?

Dépassement et totalité.

Si certains veulent « sortir » du capitalisme et le proposent par le « dépassement », on se demande alors s'il s'agit de se véhiculer. On sait déjà qu'il s'agit de ne plus utiliser le train, de là à utiliser un vélo sans pédale ! Surtout si l'on doit l'entendre comme une course contre la montre ou un effondrement...

Le dépassement « marxien » des contradictions dialectiques n'a rien à voir avec le retrait politico- communautaire, ou il s'agit d'inventer son localisme et un entre-soi puritain, ou l'éthique devient morale, par L'Appel au retrait ou la « sortie » comme prescription « médicale ».

La « réalisation » de la philosophie chez Marx n'est pas une affaire de petits groupes en retrait, ou une affaire de « virus dans le système » ou d’exemplarité (même s’il bon d’être cohérent avec soi-même) mais d'une nécessité consciente de la majorité du prolétariat organisé.

Il ne s'agit pas de « rentrer en relation » avec le réel par un retour aux « sources » d'un communisme imaginaire et primitif ou s'inspirant des sociétés traditionnelles où la « terre » se voit parée de toutes les vertus « authentiques » du travail (manuel) réconcilié avec lui-même. Où il s'agirait d’exhumer sous le travail l'activité, et de jouer la carte de l'artisanat de proximité contre l'industrie. De nier l'historicité pour le mythe, un âge d'or, ou un retour aux « communaux » par exemple.

Le dépassement ne sera pas plus urbain. Il en finira avec le « dehors » et le « dedans ». Il n'y aura plus à « sortir » où à « rentrer » ou à faire rentrer. Il est la négation et la liquidation des « espaces séparés » et des catégories du monde marchand comme du prolétariat.

La compréhension, du fait qu'il n'y pas à « sortir de » ou à se « retirer vers », car la chose est impossible, nous impose de renouer alors avec la notion de totalité. Notre monde est total, il forme un tout indivisible. La chose s'affirme encore plus chaque jour, car il n'existe pas un lieu un espace qui ne soit annexé par la nécessité de vendre sa force de travail pour survivre, même s'il ne nous est pas interdit de lutter contre ce que certains peuvent définir comme son « esprit » et que nous définissons comme son ordre concret.

Notre propos n'est pas de dissuader un certain type d'initiatives, car enfin on a les illusions que l'on a envie, ou que l'on peut avoir selon son extraction sociale, son lieu de vie, son histoire.

Mais pour prendre l'assaut du ciel, il y a des fondamentaux comme le fait de comprendre la loi de la gravitation sous peine de se fracasser et de se ramasser éternellement sur le premier nid-de- poule alors qu'il s’agit au moins dans un premier temps de franchir ne serait-ce que la première colline du jardin bio-autogéré.[12]

Penser la « sortie », c'est se condamner à une sortie sans fin ; parce qu'il n'y pas de « sortie » puisqu'il n’y a pas d’Au-delà, même si l’on peut théoriquement concevoir un monde débarrassé de la nécessité d’être une marchandise, un esclave salarié ou de se faire auto-exploiter.

Si renouer avec l'esprit utopique reste une nécessité psychique peut-être n'y a-t-il rien de pire que les utopies dites « réalistes » qui se terminent bien souvent comme le lit de Procuste [13]. Il va sans dire qu'il y a même une forme de paradoxe à parler d'Utopies réalisables. C'est un peu comme si l'on se proposait de réaliser un fantasme. Or l'on sait ce qu'il en est de la réalisation de son fantasme.

Est-ce à dire que le « désir » du communisme est un fantasme ? C'est fort possible. Il en va de même de la « nécessité historique » d'une certaine manière, si cela est compris comme obligation. Car il n'y a rien d'inscrit, d’inéluctable dans la perspective communiste.

Elle ne pourra se nourrir du désespoir, de la peur ou d'une réconciliation, sinon d'une forme de raison. Et même si l’analyse objective du capital peut nous permettre de comprendre que tant que le capitalisme existera il y aura des résistances, des luttes, cela n'implique pas l’inscription obligatoire de l’optique communiste révolutionnaire à l'agenda du prolétariat organisé ou pas.

Notre démarche première consiste surtout à refuser les mythologies, l'esprit religieux pour nous permettre de retrouver le chemin de l'historique et de la conscience nécessaire qu'implique de vouloir transformer nos conditions d’existence.

Dans le calendrier du prolétaire lambda qui n'est pas fait que de jours fériés, et qui n'est pas payé à être un fonctionnaire de la révolution ou de vivre pour la « cause » aussi libertaire soit-elle, il reste tout à fait concevable d'entrevoir le « retrait ». Sous des formes qui peuvent paraître totalement dépolitisées au premier abord. Qu'il soit « volontaire », parce que lié à une fatigue du monde, cela est bien compréhensible, ou qu'il soit lié à l'atomisation dans nos sociétés contemporaines nous le comprenons véritablement. Du défaitisme au dégoût jusqu'à la désillusion quoi de plus normal ? Mais que celui-ci se fasse apologétique nous paraît alors d'une autre teneur, une autre démarche. Elle est quant à elle bien politique.

Que certains retraits soient imposés et non idéologiques, c'est peut-être l’objet qui nous intéresse le plus, car il nous touche le plus souvent parce qu’il est lié à une forme de précarité et de pauvreté. La “nécessité” n'est pas joyeuse, l'aigreur et la frustration y sont plutôt présentes. La vertu y est obligatoire et moins festive que les poses intellectualistes de pseudo-anachorètes.

Il existe un tas de nouveaux pères du désert en milieu radical qui pensent avoir inventé l'eau chaude en milieu thermal. Qu'ils s'arrosent sans fin de vieilles eaux théoriques, usées et tièdes au milieu des ruines pourraient ne pas nous poser de problèmes.

Mais que d'autres viennent recueillir sur les murs décrépis de l’obéissance, la triste condensation d'un nouvel avant-gardisme, c'est peut-être qu'il faut fuir impérativement ceux qui nous proposent encore et toujours la direction vers LA « sortie ».

À ce compte-là, il est certain que comme prolétaires nous lutterons toujours pour une forme de « retrait » et un certain éloge de la fuite de tous les univers néo-avant-gardistes, il en va de même de la toxicité des impératifs catégoriques.

Il est possible que cette affaire soit quantique, que l'aventure du combat de classe contre le capital n'ait pas de direction aussi tracée que cela, sinon celle que nous lui imprimerons collectivement. Ce qui est certain, c'est que tant que nous ne mènerons pas cette lutte totale, aucune ligne d'horizon ne se dégagera, et elle renverra systématiquement alors la perspective communiste au niveau du débat scolastique. Ce qui semble en arranger beaucoup puisque le métier de gourou, de prophète semble avoir un bel avenir.

Que nous ouvre comme perspectives Snowpiercer, le Transperceneige [14] ? Même si le film se termine sur une tonalité plutôt convenue et ouverte.

Qu'il ne sert à rien de prendre le contrôle de quelque chose qui ne peut être contrôlé. Car la logique est vampirique ou cannibale. Que la « sortie » ne se trouve pas devant, à l'avant ou au niveau d'une porte latérale.

L'espoir n'ouvre aucune porte de sortie de train. Il se révèle même aussi fort ambiguë, car que n'est-on pas prêt à faire pour gagner le « dehors » par la « sortie » ce nouvel Au-Delà. Se sacrifier et sacrifier les Autres peut-être ? Quant au désespoir quand il est lié à la catastrophe, à la chute, à l’effondrement, il ne donne accès qu'à des désillusions et à de fausses solutions fussent-elles collectives, quand elles ne proposent pas uniquement de se « révolutionner » intérieurement par la pensée magique.

Il n'y a que la vie et les rencontres, les échanges, qui nous permettent de rompre avec les notions de dehors et de dedans, d'espoir et de désespoir, d'optimisme et de pessimisme. Si le chemin n'est pas tout, il n'est pas rien. Les chemins explosent les frontières et décloisonnent. Mais faire d'un chemin le but, et faire passer une éthique pour une praxis révolutionnaire, c'est liquider la dimension historique du capital et des forces mobilisées par sa logique. Cela n'impose aucune obligation bien évidemment quant à l'activité des acteurs de la transformation ou du statu quo social. Mais l'auto-activité reste la base du combat pour la transformation du monde unitaire contre des mondes séparés, fétichisés, et qu'on nous vend comme impérativement divisés jusque dans ces utopies progressistes ou réactionnaires.

Vosstanie - Août 2017 (version modifiée le 15/09)
 

NOTES

[1] C'est à dire l'idéologie de la décroissance. Subir la simplicité forcée (Pastiche d'une parution)
[2] Voir aussi Train to Busan de Yeon Sang-ho.
[3] Entre l'avant et l'arrière, ou le haut et le bas selon son référentiel. On y verra aussi comment on achète la paix par la guerre grâce au chef de « l'arrière » ou simplement en se faisant acheter. Toutes les comparaisons avec les partis et les syndicats ou toutes les officines de la générosité organisée militairement sont bien sûr à faire. 
[4] Voir aussi ce sympathique film de Gébé, L'An 01. Que l'on doit critiquer et contextualiser pour éviter de faire balbutier l'histoire. 
[5] Des ordres religieux aux communautés anarchistes ou hippies, il n'y a pas grand-chose d'original. [6] Le pédagogisme évangélisateur reste une méthode très utilisée dans ces sphères. Il s'agit d'aller propager la « bonne nouvelle » jusqu'aux sociaux-démocrates et même les mouvements les plus conservateurs.
[7] Si nous avons une critique de la technique et à l’industrie nous n’en faisons pas le deus ex machina de la critique du capital car nous ne prenons pas la partie pour le tout. Pensée réifiée et commerce de la pensée s’articulent se nourrissent, elles sont désastreuses. Voir les dérives possibles de l’anti-progressisme qui vire par sa critique de la modernité à des visions réactionnaires du monde : Conversation sur les spécialistes radicaux des penseurs radicaux https://vosstanie.blogspot.fr/2014/02/conversation-sur-les-specialistes.html 
[8] Voir Claude Morilhat, Pouvoir, servitude et idéologie, Le temps des cerises, 2013.
[9] Tout en cherchant bizarrement un panel « d'oppressions » toutes plus ou moins spécifiques à articuler
[10] Voir par exemple l'ouvrage : Erik Olin WRIGHT Utopies réelles, La Découverte, 2017. Un paroxysme dans le genre de catalogue. Mais aussi Utopies réalistes de Rutger Bregman Seuil 2017.
[13] Voir Diodore de Sicile, La bibliothèque historique.
[14] Voir aussi notre émission : Séries, cinéma, idéologies et luttes des classes Autour du cinéma populaire, des blockbusters, des séries et du cinéma dit militant et politique. https://vosstanie.blogspot.fr/2014/12/emission-de-la-web-radio-vosstanie-du.html



Autogestion ouvrière et marché capitaliste (6)

Autogestion ouvrière et marché capitaliste
Extrait de : Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985) 
Traduction modifiée 2017.

Quand les travailleurs d'une entreprise commencent à gérer la production, un des premiers obstacles auxquels ils sont confrontés touche à l’approvisionnement en matières premières. La question s’aggrave quand les matériaux sont importés. L'expérience a montré qu’ils subissent immédiatement le boycott des capitalistes, qui ne leur fournissent pas les matériaux nécessaires.

En plus de cela il existe le problème du manque d'argent pour les acquérir. Quand cela arrive, les travailleurs sont forcés de faire appel à l'État pour tenter d’obtenir des fonds. C’est la première étape vers la perte d’autonomie conquise par l'action d'occupation de l'entreprise.

En se servant de cette nécessité de l’argent, le gouvernement ou les propriétaires du capital, vont chercher à encadrer et contrôler les ouvriers en leur imposant des restrictions, des buts et des objectifs.

Un autre problème non moins difficile à résoudre est celui de la distribution des produits de ces entreprises autogérées. De très nombreuses fois elles n’arrivent pas être aussi compétitives que les entreprises capitalistes du marché.

S’il existe une situation révolutionnaire généralisée dans le pays, il est possible d'établir un système d'échange direct entre les usines en autogestion et entre l'industrie et l'agriculture.

Mais si les luttes sont isolées, cela n’est possible qu’au moyen du marché capitaliste. La pression qu'il exerce force l’usine à revêtir des formes capitalistes de gestion, pour restaurer la rentabilité et la compétitivité nécessaires.

A ce moment-là s’imposent les critères capitalistes fondés sur les indices de productivité et d’efficacité.

Le retour de ces critères aboutit par engendrer l'apathie entre les travailleurs, et donc la bureaucratisation des comités d'usine est inévitable. Quand les comités d’usine bureaucratisés ne disparaissent pas, ils deviennent les nouveaux managers du capital. C’est ce qui est arrivé au Portugal par exemple, avec diverses entreprises industrielles et agricoles qui se mirent en autogestion après la chute du régime salazariste en 1974.

En août 1975, on estimait à 308 environ le nombre d’entreprises en autogestion dans le secteur urbain. Dans le sud, région des latifundiaires, de vastes espaces ont été occupés et collectivisés par des salariés agricoles, donnant naissance aux Unités Collectives de Production (UCP).

Dans tous les cas ce fut une solution trouvée par les travailleurs pour éviter le chômage. A cette époque de nombreuses entreprises fermaient parce que déficitaires, ou parce que le patron s’enfuyait à l’étranger avec l’argent par peur du “communisme”.

Ces pratiques autogestionnaires auraient été une grande menace pour le capitalisme portugais si elles ne s’étaient pas limitées à des secteurs relativement périphériques de l'économie. Elles se sont produites principalement dans l'industrie textile, graphique, l'hôtellerie et le tourisme. Les initiatives qui ont émergé dans l’agriculture sont restées isolées du reste du pays et n'ont pas eu d'autre choix que de faire appel à l'État.

La liaison entre les différents secteurs de l’économie était fondamentale pour créer une réelle autonomie de ces entreprises dépendantes du capitalisme portugais, cela aurait permis l’expansion vers d’autres niveaux de la société et bien plus, par-delà les frontières portugaises.

Cependant, comme le capitalisme portugais se réorganisait avec le reflux du mouvement révolutionnaire, la situation de ces entreprises était devenue de plus en plus difficile. La dépendance qu’elles avaient vis-à-vis des institutions capitalistes correspondait à la fragilité du mouvement qui s’était généralisé mais pas unifié, au point de créer un réseau de relations sociales fondé sur des critères de lutte prolétariens qui pouvaient être imposés pour la réorganisation globale de la société dans une perspective socialiste.

L'expérience portugaise, parce que contemporaine, est d'une grande importance. Elle nous permet de voir que l'un des plus grands obstacles du processus révolutionnaire est aujourd'hui le marché capitaliste.

Lorsque les luttes restent isolées, les expériences autogestionnaires finissent par être encerclées de tous les côtés ; par le marché de capitaux, le crédit, de produits finis et aussi par le marché des moyens de production (machines, semences, engrais, etc.).

L’internationalisme des luttes se pose dans ce contexte comme un impératif pratique et non comme un slogan que l’on lance au moment des grandes dates commémoratives. L'internationalisation de la révolution n’est pas une nécessité à long terme, mais une question de survie immédiate.

L’autogestion comme expression de l’autonomie de la classe ouvrière face au capitalisme ne peut être vue comme une particularité de telle ou telle usine. Elle ne peut être réduite non plus à une solution provisoire pour des temps de crise.

Autogérer ne signifie pas seulement gérer d’une manière différente un capital productif afin que son produit soit distribué de manière plus équitable entre les travailleurs.

Les pratiques autogestionnaires doivent profondément modifier les relations de travail et détruire la logique de valorisation du capital.

Ce n’est pas un but à atteindre dans la société capitaliste. L'autogestion est un moyen de lutte à travers lequel les travailleurs prennent conscience qu'ils sont capables de gérer la production, de créer de nouvelles formes d'organisation du travail, et de mettre la démocratie ouvrière en pratique.

Il est nécessaire de distinguer le mouvement des travailleurs des commissions qui en surgissent mais qui se bureaucratisent à chaque fois que le cours de la lutte n’est pas ascendant. C’est la vivacité du mouvement autonome conjugué à la désagrégation des centres de pouvoir - deux aspects d’un même phénomène qui peuvent permettre la survie des pratiques autogestionnaires.


L'Autonomie ouvrière: Une pratique de classe
La lutte Autonome
Les institutions Autonomes
La dynamique du processus
Luttes revendicatives et révolution
La transformation des relations sociales dans la lutte en de nouvelles relations sociales de production.
Autogestion ouvrière et marché capitaliste.
La légalisation de la lutte
Autogestion et technologie.
Autonomie ouvrière et partis politiques
Autonomie ouvrière et syndicats
Autonomie et socialisme


Vosstanie propose une traduction d'un ouvrage de Lúcia Barreto Bruno édité en 1985 au Brésil. Elle sera le support d'une émission de la Web Radio Vosstanie et d'un débat sur la question posée. Il va de soi que nous ne sommes pas en accord avec certains propos, approches du livre (ambiguës sur la question de la "gestion" et "d'auto-gestion" ou de qui a à "gérer") qui a donc 30 ans. Ils posent néanmoins en creux de nombreuses questions, critiques (à faire), de manière très stimulante, dans un débat complexe. Il s'agit donc d'un écrit qui nous permettra de dégager pas mal de perspectives.


O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.

VOIR AUSSI LA VERSION AUDIO DE:
 Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? 
 (Le son de Radio Vosstanie du 1/08/17)
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A suivre une émission de la Web Radio Vosstanie pour un :
Débat critique / réflexions sur le texte.
et la publication de la brochure.

lundi 18 septembre 2017

Point de vue image de classe (19) - Ça ne vous est jamais arrivé ?

Point de vue image de classe (19)
 Ça ne vous est jamais arrivé ?


Ça ne vous est jamais arrivé en vous réveillant ou au boulot de vous dire qu'on a pas envie de “changer le monde” avec certaines personnes ? Des “gens” que l'on peut côtoyer au quotidien ou même certains militants. Pas avec eux ! Qu’on n’a pas envie de le penser, de le faire de le vivre avec eux. Que ça ne changerait rien.

On a beau se projeter, que tout serait reconfiguré par l’opération de la sainte révolution, la connerie en moins mais rien à faire ça ne marche pas, on y arrive pas.

On se pensait un passe-muraille et puis finalement il ne reste sur les étales que des dissertations sur les faïençages possibles.

On croyait en la perfectibilité humaine et puis les discussions commencent ou se terminent toutes sur des questions de contre-pouvoir, de dispositifs anti, de parades contre la bêtise, et les différentes formes d'autoritarismes à l’intérieur des luttes ou des cercles en rotation sur eux-mêmes.

On cesse peut-être alors de “croire” pour se coltiner vraiment le réel. Ce fameux bon réel qu’on dit rationnel et qui finalement se déploie d’une manière trop “réactionnaire” à notre goût.

On l'ausculte alors, on en fait l’anatomie, on en devient le physiologiste pour oublier trop souvent ce qui faisait le fondement de sa révolte.

La défense de vérités théoriques prend alors le pas sur la tension de la vivre. Jusqu’à en oublier ce que le quotidien peut dégager de profondeurs et de nuances.

Exister peut devenir simplement difficile, on se raccroche alors à des absolus mais cela n'empêche pourtant pas de plier les genoux comme une gymnastique obligatoire.

Avec le dressage quotidien, on trouve des tas d'aménagements, des belles justifications à n’en plus finir.

Pourtant chaque journée à sa piqûre de rappel... de rage.

Il n’est pas rare que cette lueur qu’on avait dans les yeux, et qui était capable d’éclairer toutes les pénombres intérieures disparaisse pour quelque temps.

Une de ces lueurs qui ressemble à un feu qui se consume dans la nuit sans personnes autour.

On s’habitue à tout.

Notre horizon a-t-il été asséché par la critique quasi exclusive (même si elle reste fondamentale) de l’économie politique pour se caricaturer elle-même ? et sombrer dans une forme d’économisme vulgaire ou exclusif.

Où sont donc passés les matériaux qui fondaient et attisaient notre engagement ? Ce dernier était alimenté à minima par cette volonté de construire immédiatement de nouvelles relations sociales, ou la bienveillance et l’échange auraient remplacé la concurrence, l’entraide la démerde voir même le cynisme.

Peut-être qu’à trop attendre on s’impatiente et que l'on piétine. Il n'y à la rien de plus idéal pour que les injonctions aux génuflexions cadencées et quotidiennes se fassent sans se poser trop de questions, et donne la possibilité à la porte du pessimisme et de la soumission de se refermer pour un temps trop long. 
  
Il s’agit donc de cesser de se bercer d’illusions tout en restant disponible (ce qui n'est vraiment pas facile) pour reprendre le mouvement vers le possible et une forme de poésie de l’existence. C'est à dire de critiquer dans un premier temps et au plus vite le racket militant et sa pratique sclérosée. Une gageure ?

vendredi 8 septembre 2017

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (Le son de Radio Vosstanie du 1/08/17)

Son de Radio Vosstanie !

du 1 août 2017

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
(O que é Autonomia Operária)

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93 minutes


Nous proposons un son (version audio de la brochure) avant la publication au format pdf/papier*. Suivra également mais plus tard une émission dont l'objet sera un commentaire critique du texte de Lúcia Bruno. Lucia Bruno interviendra / participera à cette émission ou l'on discutera de sa préface inédite, 30 ans après la première publication de l'ouvrage.

Si sur certains aspects le propos doit être critiqué car il semble même dépassé, il reste riche en débats et questionnements. Il repose quelques fondamentaux concernant l'utilisation abusive du mot Autonomie tout en restant accessible.


* Traduction (Vosstanie) du portugais du brésil de : O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p. Titre que l'on pouvait traduire littéralement par: Ce qu'est l'autonomie ouvrière.


Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?
-
L'Autonomie ouvrière: Une pratique de classe
La lutte Autonome
Les institutions Autonomes
La dynamique du processus
Luttes revendicatives et révolution
La transformation des relations sociales dans la lutte en de nouvelles relations sociales de production.
Autogestion ouvrière et marché capitaliste.
La légalisation de la lutte
Autogestion et technologie.
Autonomie ouvrière et partis politiques
Autonomie ouvrière et syndicats
Autonomie et socialisme



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- NOTE -

Pelegas : Vient de “Pelego” : Le terme a été popularisé dans les années 1930 au Brésil . Dirigeant syndical - corporatiste proche du gouvernement Getúlio Vargas - est passé dans le langage courant comme traître et allié du gouvernement et des patrons .



VOIR
 L'introduction et la première partie.
 Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?


Transcription de l'introduction au son.

Un son comme on a l'habitude de la faire depuis quelques temps qui donne la possibilité d'accéder à un texte d'une manière différente.

Celui-ci à pour titre : Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? il est tiré d'un ouvrage traduit du portugais du brésil par nos soins, et a été rédigé au début des années 80 par Lúcia Bruno.

Littéralement on pouvait le traduire par: Ce qu'est l'autonomie ouvrière, mais on a préféré ce titre qui relève de notre seul choix....comme en forme de Que sais-je ? en quelque sorte.

Alors pourquoi ce texte ? Malgré ce qui nous semble être certaines limites, ou même des problématiques peut-être obsolètes, et dont on discutera d'ailleurs dans une prochaine émission avec l'auteur elle-même.

On fera cette émission d'ici quelques semaines, ou on rentrera à ce moment là dans le coeur du texte pour souligner surtout et aussi ce qui fait sa force.

Car ce texte est riche, dense même, et simple d’accès, il ouvre de multiples d’interrogations, de possibles débats. C'est ce qui a motivé notre traduction, et ce son.

On publiera le texte d'une manière ou d'une autre, avec une introduction de Lúcia Bruno et probablement aussi avec notre propre critique qui sera mise en relation avec la situation du capitalisme dans notre réalité actuelle.

On a aussi voulu édité ce texte, et faire ce son parce que l'on entend beaucoup le mot Autonomie....

On décortiquera aussi ce terme dans la prochaine émission.
Car il est devenu un mot valise dont on ne sait plus trop de quoi au juste il s'agit d’être Autonome ?

On peut certainement l'entendre comme l'inverse d'hétéronomie bien sûr, L'hétéronomie étant le fait de vivre selon des règles qui lui nous sont imposées, selon une "loi" subie.

Mais est-ce que cela est suffisant....?

Ce qui est certain dans ce son, c'est que s'exprime Notre conception de l'Autonomie...qui au delà d'être ouvrière est Prolétaire. Mais surtout dont la finalité la perspective est le communisme.

Et n'a rien à voir avec:

L'Autonomie désirante et flottante...

L'Autonomie intellectualiste et léniniste ou L'Opéraïsme stalino-armé et manipulé.

Ce que Miguel Amoros en (2005) dans son texte Que fut l'autonomie ouvrière ? a qualifié de conception "retardataire et spectaculaire liée à la décomposition du bolchevisme"

Bien sûr il en va de même de:

L'Autonomie fourre tout "des luttes"...et de sa fameuse convergence des moi-je et des débats merdiques de ce que l'on a appelé les thématiques de l'extrême gauche de la saloperie et qui permet d'ailleurs mêmes aux freaks nationaux socialistes et à l'Indigente Nouvelle Droite de s'en réclamer, tant ce mot n'est jamais développé conceptuellement mais surtout pratiquement.

On a envie de conclure en laissant la parole à Benjamin Peret au travers de certains de ces mots extraits de : Toute une vie (1950).  


Il serait inutile de parler de la vérité si l’on ne lui avait
tant craché au visage
que son regard en étoile polaire obstinée à marquer le la
s’est aujourd’hui effacé comme une ville rasée par les
barbares que déjà la brousse envahit
Ils l’ont même livrée à tous les appétits de la troupe
Je nomme ici la tourbe de la steppe comme la pègre en
costume de gratte-ciel et le fouille-merde à cervelle d’eau
bénite
le chevalier des menottes
le rampant à moustaches d’épaulettes
la valise bourrée de clefs qui ne vont sur aucune serrure
et son chien l’aveugle hypnotisé par un bocal à cornichons
Tu as toujours cherché à dégager ses traits en arc-en-ciel sur
les champs de boutons d’or
des ecchymoses qui transformaient un nez en groin à hostie
la plage des lèvres découvrant le lamé des dents en corps de
garde infesté de râteliers d’armes
et écrasaient d’une bouffissure canaille le regard d’horizon
en jardin après la pluie de printemps
C’est cela André qui nous rassemble en grains d’un même épi
que ne courbe aucun équinoxe à rage de rat prisonnier dans
son égout
et ne brûle nul solstice en lance-flammes dévorant un paysage
à ramage d’oiseaux libres
répercuté par les mille échos des eaux en yeux de fée
puisque la vérité sauvage au regard d’évidence qui fait
tressaillir les ventres à gousset
ne chante que les hymnes en rafales chassant les monastères
de nuages contre les montagnes qui les éventrent
les chants en poings dressés des éternels rebelles avides de
vent toujours neuf
pour qui la liberté vit en avalanche ravageant les nids de
vipères de la terre et du ciel
ceux qui crient de tous leurs poumons ensevelissant les
Pompéi