...VOSSTANIE...

...VOSSTANIE...

mercredi 22 mars 2017

Pour une critique de l'idéologie Identitaire (Transcription de l'émission de Radio Vosstanie du 18/06/2016)

Nous reprenons le Communiqué 57 (du mois de Mars 2017) de nos camarades du GARAP ou l'on trouvera la transcription de l'émission du 18 juin 2016 de l'émission de Radio Vosstanie au format PDF :



Pour une critique de l'Idéologie Identitaire



"J'ai envie d'être plus direct, il est temps qu'on fasse de l'oseille
C'que la France ne nous donne pas on va lui prendre
J'veux pas brûler des voitures, mais en construire, puis en vendre"


Kery James, signataire de l'appel à la Marche pour la justice et la dignité du 19 mars (1)


Nous soumettons, ci-dessous, à la sagacité de nos lecteurs la retranscription de l'émission « Pour une critique de l'idéologie identitaire – Contre l'assignation, pour le dépassement & la totalité », diffusée sur Radio Vosstanie. Enregistrée en juin 2016, cette émission conserve – hélas – toutes son actualité, comme l'illustre l'organisation de la marche dite « pour la Justice et la Dignité » du dimanche 19 mars 2017.

Cette infecte procession pro-capitaliste à forts relents identitaires est non seulement cautionnée par bon nombre de débris issus du trotskysme (2), du stalinisme (3), du citoyennisme (4), des Verts (5) ou du Parti Socialiste (6) mais également par moult structures à prétentions autonomes (7), libertaires (8) et antifascistes (9) Ces dernières n'ignorent pourtant rien de la nature et des buts de cette marche. Moyennant cette manifestation commune avec des réacs patentés, il s'agira en effet notamment, pour les forces déclinantes de gauche et d'extrême-gauche (dans leur forme tant partidaire que syndicale et associative), de tenter d'effectuer une récupération politique de la légitime révolte suscitée par les récentes exactions policières à Persan (10), Aulnay-sous-Bois (11) et partout ailleurs.

À défaut de faire reculer d'un pouce les « injustices » (12) – ce qui est pourtant son objet officiel –, la manifestation du 19 mars viendra surtout acter l'avancée croissante du confusionnisme sous-fasciste à gauche, i.e. l'existence de liens de plus en plus ouvertement assumés entre les tenants d'idéologies à prétentions progressistes ou révolutionnaire et certaines franges (patronales, politiques, artistiques) outrageusement réactionnaires de la société. Cette resucée grand-guignolesque du pacte germano-soviétique ne peut évidemment espérer s'imposer qu'en annihilant toute forme d'esprit critique au sein du prolétariat – à qui la manœuvre s'adresse principalement. Les exploités se voient dès lors sommés de mettre leur cerveau en pause et de recourir à la doublepensée (13) – cette forme d'auto-aveuglement acquis permettant de concilier l'inconciliable. Quelques exemples valant parfois mieux que de longs discours, nous relevons, à toutes fins utiles, les incongruités suivantes :

Le 19 mars sera une journée de confrontation-non-violente-avec-la-police :
D'un côté, des LGBT racisé-e-s t'invitent à manifester, car « l'histoire des luttes lgbt, comme toutes les luttes des minorités, est celle de la confrontation avec l'État et ses institutions, dont l'intermédiaire premier et le plus coercitif est la police ! » (14).

Pourtant, ce même-jour, tu auras le droit de t'habiller en noir et de te masquer... uniquement, selon des « ex et futurs membres du cortège de tête », si c'est dans le but de t'insérer démocratiquement dans un black bloc poli et non-violent : « Des familles de victimes de crimes policiers, rejointes par des dizaines d'organisations politiques et de signataires individuel.le.s, ont appelé à la tenue d'une marche non-violente, invitant à ce qu'y défile un cortège révolutionnaire [...] Si les familles des victimes appellent à une marche non violente, allons-y, masqué.e.s, mais en respectant cette idée d'être « non-violent.e.s ». On est dans le même camp, agissons ensemble. [...] La séquence actuelle est différente, on aura d'autres occasions d'exprimer notre rage. » (15) Est-il utile de préciser que ce cortège-de-tête-mais-pas-enragé sera situé... à l'arrière de la manifestation (16) ?

Le 19 mars, des féministes (17) et des LGBT (18) appellent à défiler main dans la main avec des ennemis déclarés de l'égalité entre femmes et hommes et des homophobes notoires, de Houria Bouteldja (« J'en viens à préférer les bons gros machos qui s'assument. » (19) à Kery James (« Hardcore, deux pédés qui s'embrassent en plein Paris [...] Hardcore, le dévergondage des femmes dans le monde entier » (20) en passant par le frère musulman Tariq Ramadan (« Nous n'allons pas, nous, dans le même sens que ce qu'on peut voir dans la société occidentale, en disant : pour véritablement montrer que la femme est libérée, il faut qu'elle puisse devenir maçon ou camionneur. Nous on dit : ça sert à rien ça. On va pas devenir stupides au point de dire : montre ta libération, deviens camionneur, conduis un camion, putain tu vas montrer que... Travaille dans le domaine de compétence qui est le tien à partir du moment où, dans la famille, on a trouvé un équilibre. »(21), le rappeur Tunisiano membre du groupe Sniper (« J'aime pas la BAC, les travelos et les gays [...] « J'aime pas les impôts, les taxes et leur connerie de PACS » (22 ) ou encore le truculent Samy Naceri connu notamment pour avoir harcelé et menacé son ex compagne, agressé une hôtesse de l'air (23), etc.

Le 19 mars, des antifascistes et des libertaires athées (24) nous somment d'aller manifester aux côtés d'intégristes, de racistes et d'antisémites : du rappeur Médine (« Crucifions les laïcards comme à Golgotha » (25), sympathisant du facho Dieudonné, au Parti des Indigènes de la République (PIR) – dont l'admiration pour le Hamas et le Hezbollah (26) pousse certains de ses membres à faire l'apologie de crimes contre des populations civiles en Israël (27) – en passant par les culs bénis de l'Union des Démocrates Musulmans Français (28) (proches de l'Union des Démocrates et Indépendants (UDI) (29) et s'inspirant du Parti chrétien-démocrate (PCD) de la catholique intégriste Christine Boutin (30), liée à l'Opus Dei), ceux de la Islamic Human Rights Commission (IHRC) (31) ou encore l'inénarrable Mohammed Ben Yakhlef (32). Ce dernier veut notamment « créer un ou des syndicats musulmans qui pourront traduire le fruit de mutations progressives dans le monde du travail français » (33) et déplore le fait que « la diabolisation du mouvement syndical dans nos pays d'origines a laissé le champ libre aux laïcistes qui se sont approprié ces fonctions. » (34)

Que les plus affamés d'entre vous se rassurent : ils peuvent reprendre, s'ils souhaitent être vraiment rassasiés, quelques louches supplémentaires de bouillie réactionnaire :

La liste des signataires comprend également une association appelée « Jeunesse ambitieuse de Bobigny » (35). Or cette structure compte parmi ses partenaires (36) les Jeunes Musulmans de France (JMF) – ayant pris part aux processions homophobes de la Manif pour tous (37) – ainsi que les Étudiants Musulmans de France (EMF), connus pour leur opposition aux blocages des facultés (38) lors des mouvements de grève ainsi que pour leurs rapports cordiaux sur les campus avec les bourgeois tendance droite dure de l'UNI.

Le Parti Pirate est également signataire (39). Or cette organisation politique veut favoriser l'entrepreuneriat (40) et est la déclinaison française du Parti Pirate suédois (41), fondé par un patron dénommé Rickard Falkvinge qui se définit lui-même comme « ultracapitaliste » (42) !

Il va sans dire que, devant le nombre effarant de structures et de personnalités appelant à la mascarade du 19 mars 2017, le présent texte ne prétend à aucune forme d'exhaustivité. Bon nombre de sous-fascistes ont donc nécessairement échappé à nos radars. Nous en avons, toutefois, identifié largement assez pour pouvoir faire le triste constat suivant en guise de réponse aux LGBT racisé-e-s susvisé-e-s affirmant « le 19 Mars, les absents seront nos ennemis » (43) : le 19 Mars, les ennemis du prolétariat révolutionnaire seront dans la rue !


https://www.mediafire.com/download/2o1bterhqs3frc4


Notes :

[1] Cf. Cf. http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/02/17/kery-james-lutter-contre-les-violences-policieres-n-est-pas-uniquement-le-combat-des-noirs-et-des-arabes_5081371_3232.html
[2] Olivier Besancenot, Philippe Poutou et le NPA. Cf., ici, la liste des signataires de l'appel à la Marche pour la Justice et la Dignité du 19 mars: https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[3] Le PCF, le MJCF, le PCOF, l'Union prolétarienne marxiste-léniniste (section de Paris), Marie-Christine Vergiat (députée européenne Front de Gauche), Hadj Chikh Haouaria (élue PCF dans les Bouches-du-Rhône), Elsa Bardeaux (maire adjointe PCF de Villeneuve-Saint-Georges), etc., cf. la liste des signataires : https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[4] Les altercapitalistes d'ATTAC, mais également Paris Debout, Tours Debout, Nuit Debout Rennes, etc. Cf. la liste des signataires : https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[5] Cf. dans la liste des signataires (https://paris.demosphere.eu/rv/52007) : Noël Mamère, Patrick Farbiaz, Alima Boumediene-Thiery. Cette dernière, sénatrice jusqu'en 2011, a manifestement un train de vie qui correspond à sa classe sociale d'appartenance : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alima_Boumediene-Thiery#Pol.C3.A9mique.
[6] L'UNEF, cf. la liste des signataires : https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[7] Les habitants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, le comité ZAD de Rennes, cf. la liste des signataires : https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[8] Alternative Libertaire (AL), l'Organisation Communiste Libertaire (OCL), la Coordination des Groupes Anarchistes (CGA), le Comité Anarchiste Paris 7, le Groupe anarchiste Alhambra, cf. la liste des signataires : https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[9] L'Action Antifasciste Paris-Banlieue (AFA), l'Action Antifasciste NP2C, le Groupe Antifasciste Lyon et Environs, cf. la liste des signataires : https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[10] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Adama_Traor%C3%A9
[11] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Th%C3%A9o
[12] Question à 10 balles : une justice est-elle possible dans le cadre d'une société divisée en classes ?
[13] Cf. George ORWELL, 1984. À défaut, cf.https://fr.wikipedia.org/wiki/Doublepens%C3%A9e
[14] Cf. https://paris-luttes.info/appel-a-tout-o-e-o-s-les-lgbt-et-7632
[15] Cf. https://paris-luttes.info/pour-un-black-bloc-qui-n-a-plus-7725
[16] Cf. la rubrique « Rendez-vous particuliers » ici : https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[17] Collectif FéminismeS de Rennes 2, Féministes femmes racisées antispécistes (FFRA), Union nationale de la femme tunisienne, Union des femmes socialistes, Christine Delphy, etc., cf. la liste des signataires : https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[18] Cf. l'« Appel à tout-e-s les LGBT et associations à participer à la marche du 19 mars pour la Justice et la Dignité » : https://paris-luttes.info/appel-a-tout-o-e-o-s-les-lgbt-et-7632
[19] Cf. Les blancs, les juifs et nous, Paris, La Fabrique, 2015, p. 78
[20] Ideal J, morceau « Hardcore »
[21] Tariq Ramadan n'est évidemment pas plus ouvert d'esprit sur la question des droits des homosexuels, affirmant notamment : « La question de l'homosexualité doit être posée dans des termes de philosophie de vie : je pense que ce n'est pas ce que je considère comme le projet divin, je pense que c'est quelque chose qui va à l'encontre de ma foi. »
[22] Sniper & Diam's, morceau « J'aime pas »
[23] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Samy_Naceri
[24] Du moins l'espère-t-on !
[25] Médine, morceau « Don't Laïk »
[26] Selon les mots de Houria Bouteldja, porte-parole du PIR, « Le Hamas et le Hezbollah sont des mouvements de résistance qui résistent... j'affirme haut et fort que ces deux mouvements sont des mouvements de résistance ; c'est clair, net et précis. », cf.https://fr.wikipedia.org/wiki/Houria_Bouteldja#Proche-Orient. La Charte du Hamas est un document antisémite inspiré du Protocole des Sages de Sion, cf. http://iremam.cnrs.fr/legrain/voix15.htm. Quant aux « résistants » du Hezbollah libanais, ils ont été en lien avec le Front National (cf. l'ouvrage de Ras l'front, Petit manuel de combat contre le Front National, Paris, Flammarion, 2004, p. 67), ce qui donne une idée assez claire de la base sur laquelle s'organise leur « résistance » à l'État sioniste. Dans son dernier ouvrage en date, la même Bouteldja écrit : « Le pire, c'est mon regard, lorsque dans la rue, je croise un enfant portant une kippa. Cet instant furtif où je m'arrête pour le regarder. Le pire, c'est la disparition de mon indifférence vis-à-vis de vous, le possible prélude de ma ruine intérieure [...] Pour le sud, la Shoah est – si j'ose dire – moins qu'un "détail". Elle n'est même pas dans le rétroviseur. » (cf. Les blancs, les juifs et nous, Paris, La Fabrique, 2015, p. 54-55). Parmi profusion d'autres exemples, Bouteldja a aussi commis la citation suivante : « L'idéologie selon laquelle les couples mixtes, la rencontre entre deux cultures, c'est beau est vraiment pourrie. », cf. http://indigenes-republique.fr/revendiquer-un-monde-decolonial-entretien-avec-houria-bouteldja/
[27] Le 8 juin 2016, deux palestiniens ouvrent le feu sur des personnes attablées à des terrasses de café à Tel-Aviv, tuant quatre d'entre elles. Le soir même, Aya Ramadan, militante au PIR, publie le message suivant sur son compte twitter : « Dignité et fierté ! Bravo au deux Palestiniens qui ont mené l'opération de résistance à Tel-Aviv. », cf.https://www.marianne.net/politique/une-militante-du-parti-des-indigenes-de-la-republique-felicite-les-auteurs-de-lattentat
[28] Ceux-ci sont notamment des défenseurs zélés de la famille traditionnelle : « [La famille] est le socle moral et fédérateur de la société sur bien des aspects de la vie quotidienne. Malheureusement, depuis plus de cinquante ans, elle est régulièrement attaquée, maltraitée voire ridiculisée jusqu'aux plus hautes institutions de notre pays. Il est de notre devoir de sauvegarder le rôle salvateur de la famille et de la valoriser afin de bâtir une société solide basée sur l'échange, le respect et le partage. À l'heure où des chartes et circulaires douteuses fleurissent en totale contradiction avec les principes et droits internationaux, à l'heure où des élus osent proclamer publiquement que "Les enfants n'appartiennent pas à leurs parents", il est urgent de rappeler l'importance capitale de la famille [...] », cf. http://udmf.fr/social.html. L'UDMF réclame également, outre des aides ciblées au patronat, des moyens supplémentaires pour la police sévissant dans les quartiers pauvres : « Le travail sur ces volets prioritaires permettra de recréer de la mixité sociale en attirant [dans les zones ghettoïsées] davantage de classes moyennes, d'entreprise promptes à s'y installer modulo des aménagements fiscaux et des incitations financières (zone franche). Nous proposons, par exemple, de prévoir une enveloppe d'aide à la création d'entreprise dans ces zones via des crédits à taux zéro pour les jeunes de moins de 30 ans. Ces projets de création seront validés en commission et pourraient avoir comme critères la nécessité d'un retour sur investissement inférieur à 7 ans et la création d'emplois locaux. Il faudra également que les institutions jouent pleinement leurs rôles et soient dotées de moyens supplémentaires pour tirer vers le haut tous nos concitoyens (école, police, mairie, associations etc...). »
[29] Hocine Hebbali, l'unique élu que compte actuellement l'UDFM, l'est, depuis 2014, à Bobigny, dans la majorité municipale. Cette année-là, la ville a été enlevée aux staliniens par l'UDI Stéphane de Paoli, ce dernier s'appuyant notamment sur des réseaux mafieux locaux : cf.https://www.marianne.net/politique/bobigny-le-premier-adjoint-au-maire-condamne-un-stage-de-citoyennete et https://www.marianne.net/politique/comment-la-droite-confie-bobigny-des-petits-caids. Lorsque Hocine Hebbali ne peut pas assister aux conseils municipaux, il se fait représenter notamment par Selimane Abderrahmane (UDI) ou Nathalie Fiore (UDI) : cf., ici, les compte-rendus de conseils municipaux : http://www.bobigny.fr/1276/les-conseils-municipaux.htm. Tapinent ou ont tapiné pour l'UDI l'ancien ministre de la Défense Hervé Morin mais aussi le maire de Cholet Gilles Bourdouleix, qui a eu son heure de gloire en 2013 quand il a affirmé que Hitler n'avait « peut-être pas tué assez » de Tziganes. En vue de l'élection présidentielle du printemps prochain, l'UDI soutien Français Fillon, catholique intégriste mais également délinquant en col blanc.
[30] Cf. https://www.stophomophobie.com/elections-ludmf-hostile-aux-droits-lgbt-en-lice-pour-les-departementales-2015/
[31] La IHRC a notamment mené une campagne de soutien à Omar Abdel Rahman, islamiste emprisonné aux États-Unis pour son rôle dans l'attentat contre le World Trade Center de 1993, ayant coûté la vie à six personnes, cf. http://www.ihrc.org.uk/activities/alert-archive/8532-Alert-Prisoners-of-Faith-Campaign-Pack-US-Sheikh-Omar-Abdel-Rahman
[32] Cf. la liste des signataires : https://paris.demosphere.eu/rv/52007. Mohammed Ben Yakhlef est présenté comme conseiller municipal de Villeneuve-Saint-Georges (majorité municipale PCF), mais il a aussi été membre de l'association Respaix Conscience Musulmane.
[33] Cf. http://www.saphirnews.com/Pour-un-syndicalisme-d-inspiration-musulmane_a18347.html
[34] Ibid.
[35] Cf. la liste des signataires : https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[36] Cf. https://www.youtube.com/watch?v=H9clcNn0LSY
[37] Cf. http://www.lavoixdunord.fr/france-monde/gros-bataillon-de-la-region-contre-le-mariage-pour-tous-ia23686b0n955663
[38] Cf. http://www.saphirnews.com/Le-droit-de-greve-doit-aller-de-pair-avec-le-droit-individuel-a-suivre-ses-cours_a2680.html
[39] Cf. la liste des signataires : https://paris.demosphere.eu/rv/52007
[40] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_pirate_(France)#Id.C3.A9ologie
[41] Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_pirate_(Su%C3%A8de)
[42] Cf. http://www.dn.se/nyheter/politik/pp-ledaren-kallar-sig-ultrakapitalist/
[43] Cf. la conclusion de ce texte déjà cité : https://paris-luttes.info/appel-a-tout-o-e-o-s-les-lgbt-et-7632


VOIR AUSSI
Déchiquetage de l'idéologie PIRiste 
(critique du livre d'Houria Bouteldja)

jeudi 16 mars 2017

Contribution à la critique du romantisme de l'anti-travail - 1975 (Extrait)

CONTRIBUTION A LA CRITIQUE DU ROMANTISME DE L’ANTI-TRAVAIL, DE L’ANTI-CONSOMMATION ET AUTRE
Ou

La maladie infantile du nouveau mouvement révolutionnaire, considérée sous ses aspects idéologiques et pratique, non violent et violent et comment y remédier.


ANONYME (1975)
 
EXTRAIT




« Le fait indéniable de la modification 
Se reflète pour les formes de conscience 
De l’immédiateté, comme une catastrophe, 
Changement brutal, soudain, venu de l’extérieur 
Et excluant toute médiation ». Lukacs


Ce que nous voudrions montrer, dans cette dernière partie, c’est que l’attitude (« pensée » / « action ») anti-dialectique signifie non seulement fausseté, impuissance, mais déplaisir ou plaisir illusoire, à l’inverse de l’attitude dialectique ; que est finalement la tactique correcte n’est que la loi du plaisir réel.

Dans l’attitude anti-dialectique (ou schizophrénique) tout instant est vécu en dehors du temps et non comme un moment d’un processus, d’une totalité, non comme une médiation entre passé et avenir (historiques).

Qui n’a pas senti un malaise physique en tenant une réunion séparée, en parlant de trucs abstraits, surtout en présence de gens qui se foutaient de votre gueule ? J’ai eu trop souvent la même sale impression, en sortant de certaines réunions anars, que lorsque je sortais du lycée : d’avoir été coupé de la réalité et d’y être brutalement ramené.

Est-ce un hasard si la plupart des écrits conseilleux ou anti ressemblent à des dissertations sans engagement précis pour l’avenir et permettant toutes les interprétations (en particulier sur le problème de l’organisation) ? Le pouvoir lui-même raffole de plus en plus de ces réunions « informelles » où on ne décide jamais rien.

Il ne s’agit pourtant pas de nier qu’une séparation, abstraction soient provisoirement nécessaires. En pensée d’une part, car on ne peut parler de tout à la fois et cela évite les répétitions. Mais cette séparation, abstraction doivent rester un moyen vers la connaissance du tout et non une fin en soi. En actes d’autre part.

Inversement le passage à l’action concrète n’est pas un critère suffisant de vérité. L’activisme et le réformisme sont les deux manifestations symétriques de cette idéologie de la pratique : « faire quelque chose à tout prix » voilà la devise. Bref les activistes qui rejettent (concrètement) la pratique sont également bornés (cf. le « parti politique pratique » et le « parti politique théorique » (Marx).

La dialectique c’est la fluidité retrouvée et l’interaction continuelle. L’anti-groupe est précisément basé sur ces deux notions qu’il ne faut jamais séparer (la dialectique du devenir n’est rien sans la dialectique de la totalité, et réciproquement). Plus de tabous (la théorie pour l’activiste, la politique pour le syndicaliste, l’organisation pour le spontanéiste, etc.). Plus d’idées « fixes », mortes (vive ceci ou cela, à bas tel ou tel truc).

Si on prend l’exemple du couple (a fortiori du groupe), il y a sans doute deux choses « tabous » : parler de la fin du couple (« il y a eu de l’histoire mais il n’y en a plus »), de l’autre parler des relations extra-conjugales, en particulier sexuelles. Au couple s’oppose la relation vivante entre (par exemple) deux personnes qui conçoivent leur liaison comme étant transitoire et totale à la fois. La rupture n’apparaît comme une catastrophe que si le couple est conçu comme éternel. Les relations en dehors du couple ne paraissent inconcevables que si le couple est vécu sur le mode de l’isolement.

Le fait de « vivre dans le présent », de « s’intéresser à l’actualité », de disserter sur la « vie quotidienne » plutôt que sur le passé n’est pas une preuve, au contraire en un sens. Car tout dépend de la façon dont le présent est vécu, conçu: soit à la manière du journaliste englué dans l’immédiat, qui ne parle certes que du présent mais sans le comprendre, de façon purement contemplative ; soit de façon dialectique.

L’immédiateté est également le défaut congénital du « maniaque » (en particulier activiste). Le maniaque n’a pas une autre conception du temps que le journaliste. Le maniaque activiste a tout un arsenal de slogans et de recettes éternels – l’idéal – (sabotage des élections, des entreprises, appel à la grève générale par exemple) à appliquer à tout moment sous peine de trahir les « principes ». Les maniaques de l’insurrection, en particulier, sont généralement sanctionnés par l’échec, sinon par la prison et même par la mort.

Le maniaque refait toujours la même action sans tenir compte des enseignements pratiques, de la situation présente. Son temps est une succession d’instants juxtaposés – comme dans le rêve. Il se peut toutefois que par hasard son action déclenche la révolution ou y contribue.
L’impatience, si elle accorde la préférence systématique à l’offensive, risque de tout compromettre (cf. Clausewitz).

mardi 14 mars 2017

Lettre sur “l’abandon”

Lettre sur “l’abandon”

Autour de: "La progression du FN est la conséquence de l'abandon par la gauche moderne de toute critique cohérente du capital ".



Je peux bien sur te donner mon avis sur cette phrase ! Fera-t-elle pour autant avancer le “débat” je suis moins certain. Je sais qu’elle est le chapô d’un article tiré de Libération (1) et le pathétique inspirateur de X qui plus est. Tu sais ce que je pense de ce tartuffe qui vient s’exprimer, ô ironie ! dans ce journal de la gauche du capital. Tu comprendras donc qu’au niveau “cohérence” mon sourire est en coin.

Dans un premier temps ce que je peux te dire c’est qu’elle exprime un fantasme. Celui du dévoilement.

Celui du voile à déchirer pour que LA réalité dans toute sa dureté puisse mieux s’affirmer. Comme si la barbarie capitaliste ne s’affichait pas ou plus ! et que cela changerait quelque chose si on la comprenait un peu plus “rationnellement”. (je développe un petit peu plus loin ).

Je ne dis pas qu’il ne faut pas analyser le capital dans sa reproduction et ses mécanismes de brouillages, pour prendre du recul sur le jeu des idéologies et des intérêts de classe ceci pour comprendre ce qui in fine désagrège systématiquement la conscience de classe. Mais cette démarche quand elle reste contemplative zappe bien trop souvent à mon goût cette centralité de la conscience, son développement et sa structuration qui se manifeste par les luttes des classes ! et le regroupement de ceux qui, exploités, souhaitent une rupture totale avec  toutes les formes d’aliénations.

En disant cela je ne dis pas non plus que si les choses n'apparaissent pas (comme on l’affirme trop souvent et tu sais que je ne fétichise rien particulièrement) c’est que rien ne se passe, ou qu’il n’y a pas de luttes par exemple. Tu me diras on a tous un référentiel qui nous permet d’entretenir nos illusions ou nos déceptions.

Mais j’explicite simplement que des problématiques descriptives n’indiquent rien du fond ou d’objectifs. Comme les formes n’impliquent pas le fond, ou le mouvement le but si tu préfères. Elles ne dictent pas plus une praxis. A moins d’être dans une démarche qui confine à la révélation ! Et tu sais que je me passe volontiers des illuminés et des mystiques à ce sujet.

Je dois préciser avant de continuer, que ce travail de “sape” de la bourgeoisie ne doit pas être compris comme un “complot” mais comme un tout social en mouvement. Comme tendances ou contre-tendances de la reproduction du social et du capital. Les intérêts peuvent parfois être convergents ou contradictoires. Pour autant on ne peut pas éluder que la bourgeoisie est active dans la défense de ses intérêts historiques. Elle sait reproduire son monde et ses représentations (idéologies, modes de vie) c’est à dire “universaliser” son projet à coup de matraques comme en ce moment. Elle identifie donc son Être à celui de la marchandise. Mais il nous faut mettre dans la balance de l’analyse et pour être honnête jusqu’au bout le fait que certains prolétaires entrent dans la danse des “alliances stratégiques” dans ce que l’on considère comme quelque chose qui va à l’encontre de “leurs intérêts”. Notion bien complexe que certains marxistes analysent avec un tas de justifications dialectiques qui doivent être tranchées par le fameux "mouvement réel" qui se passe comme par hasard bien souvent d'eux ! Quand d'autres sous des œillères anarchistes en viennent à nier les rapports de forces, les dissymétries historiques ou le poids de la reproduction sociale qui reste extraordinaire.

Considérer que la progression des courants réactionnaires et xénophobes peut être contrecarrée par la réhabilitation d’un magistère moral et paternaliste perdu, ce que marque sans ambiguïtés l’emploie du mot “’abandon” ! et que l’on devrait imputer cela à l’absence d’une analyse “cohérente” du capitalisme par la “gauche moderne” ? N’est-ce pas la formulation typique des “professionnels” du racket politique ? Dont l’objet est clairement de nous faire abdiquer la perspective auto-organisationnelle et auto-émancipatrice ? Sous prétexte de quoi au juste ? d’efficacité ? Je te reprécise en passant ici que je ne suis pas spontanéiste pour autant et que je ne pense pas qu’il y ait de prix à payer pour se passer de cette fameuse “efficacité” mais bien un compte à solder.

Par exemple on nous vend en ce moment l’ “Insoumission” ou la “révolution” à peu de frais avec l’aide de vieilles recettes verticales re-marketées, ou la fabrication de méditations supplémentaires que l’on fait passer pour une nouvelle “forme” politique, sous prétexte d'instantanéité et de transparence feinte.

Dans cet article, en usant ici du terme de “gauche” (gauche de quoi au juste?) que l’on accole si facilement à “moderne” ! je m’étonne encore que l’on puisse penser un seul instant que la catégorie de “modernité” puisse être mise dans une boucle d’une causalité aussi simpliste qu’idéaliste. Car cette fameuse “gauche” n’a jamais eu de velléités de changements de quoi que ce soit au delà de la luttes des places, et de la gestion du statu quo pour mieux préserver ses rentes de situations. Il faut également cesser d’idéaliser le prolétariat dans ses aspirations qui seraient toutes généreuses et pures et non-contradictoires.

D’un point de vue historique le prolétariat ne se désespère pas d’être “abandonné” par les “politiques” et n’attend pas particulièrement que l’on vienne lui expliquer ce qu’est le capital, rien que pour qu’il retrouve le droit chemin  du juste vote et des “bonnes idées”. Il ne peut pas non plus crier à la “trahison” des bureaucrates et des politiciens sous peine d’entretenir LA grande spirale tautologique et mortifère. Car le prolétariat n’est rien s’il ne s’auto-organise pas contre le capitalisme. Pour la disparition de celui-ci mais pour la sienne également.

Et s’il devait y avoir dans cette accroche journalistique une critique feinte de la “modernité” cette allusion ou connivence n’en demeure pas moins surprenante ! Surtout quand la “gauche” et son “extrême” carillonne déjà depuis quelques années à l’heure de la Post-modernité, et qu’elle a déjà bien su intégrer à son profit les codes de l’“autonomisation”. (2)

Sauf à vouloir réhabiliter de vieux paradigmes comme ceux des leaders charismatiques, des chefs, ou celui de la figure de l’intellectuel comme médiateur et “pédagogue” de ce pauvre petit “peuple” étourdi, masse informe.

De mon point de vue la “critique cohérente” du capitalisme n’y fera rien. Surtout quand celle-ci se déguise en décroissance ou en alternatives chiantes, qui plus est en actes ! Ils demeurent le plus souvent et exclusivement moraux. Pour mieux abandonner la notion même de révolution. Pourquoi au juste ? Nous faire du Podemos “anarchisé” ?.

La critique première du capitalisme nous la faisons tous spontanément et quotidiennement quand nous vivons l’exploitation et le rapport salariat ou le chômage. Il en va de même pour la conflictualité de classe.

Sa seule “cohérence” ne peut-être donnée que dans la lutte frontale contre le capital. Surtout dans la manière que nous avons de nous auto-organiser pour nos propres perspectives. C’est un combat de longue haleine et pas nécessairement linéaire mais il doit être le plus clair possible. C’est peut-être ici que nous manquons de quelque chose ?

Il n’y a que la désarticulation de la classe et le capitalisme (concret) qui fait progresser les idées réactionnaires et l’identitarisme, et bien souvent celles-ci arrivent quand la classe et sa conscience d’elle-même est déjà bien enfoncée dans le marécage boueux du “peuple” et de la nation et dont le corollaire non-paradoxale est l'idéologie du chacun sa gueule.

La “critique cohérente” du capitalisme qui à elle seule permettrait à la réaction de reculer ne dit rien de ce qu’est le communisme pour certains, l’anarchisme pour d’autres et c’est peut-être cela finalement le problème. La “proposition” est-elle simplement suffisamment recevable ou à l’ordre du jour ?

“L’abandonnisme” quant à lui ne dit rien non plus sur la restructuration du capital à l’échelle mondiale que se prennent très concrètement les prolétaires dans la tronche. Il est bien plus redoutable que le “cohérentisme” expliqué…..à l’heure ou l’on trouve d’ailleurs Karl Marx en poche ou dans n’importe quelle bibliothèque municipale.

Dans un monde d’injonctions contradictoires ou l’individu est “libre” de se “vendre” comme n’importe quelle marchandise, rien de mieux que les échecs et la répression pour alimenter la matrice de la désillusion, du retrait, et permettre au marché de la crispation de se déployer le plus confortablement possible. Mais tu sais parfaitement qu’éthiquement parlant mais même stratégiquement, je ne suis pas la pour vendre des “cartes”, des passeports ou des boussoles qui indiquent déjà le nord pour le paradis libertaire.

Une critique cohérente ne mène jamais au delà d’une autre critique cohérente, et si nous nous trouvons aussi face à la résurgence de “sales idées”, (qui peuvent avoir leurs délirantes cohérences) et que “l’arme de la critique ne peut pas remplacer la critique des armes “(3) il nous faut tout de même bien constater que la cohérence théorique ne semble pas saisir “les masses” afin que celles-ci soient poussées à la “radicalité”. C’est à dire à une critique en acte et à la racine. Sauf à tout sur-interpréter, déformer ou projeter ses propres fantasmes.

A mon avis tant que nous n’arriverons pas à définir plus précisément ce qu’est ou n‘est pas le communisme, à renouer avec un peu de sens et des objectifs, on se perdra dans le marécage interprétatif et divinatoire de la “cohérence” de l’analyse du capital, qu’adore l’Augure de la radicalité de salon (4) . Qui ne vit que très rarement l’exploitation, la fatigue et pour qui l’aliéné c’est toujours l’Autre.

Il n’en reste pas moins que l’on sent bien qu’il nous manque quelque chose dans cette affaire de ratiocination. Une pointe de rêve, de folie peut-être, de démesure ou d’utopie chaude probablement. Elle pourrait faire contrepoids à l’esprit réactif et dystopique.

La totalité des outils analyses, situations, histoires, expériences sont à disposition si je puis dire. La “dureté” du capitalisme est toujours aussi incroyable pour des millions de travailleurs. La répression toujours aussi féroce. Si comprendre ce qu’est l’aliénation peut nous aider à surnager c’est bien la seule chose que cela nous permet.

Mais face à l’ennemi de classe il ne nous reste que l’auto-organisation de classe et la mise en avant de NOS perspectives révolutionnaires qui doivent aussi être la plus concrète des critiques.

Ce n’est pas tant les idées de merde du Front qu’il faut faire “reculer” que son monde qu’il faut définitivement détruire car je n’ai pas l’énergie d’un Sisyphe !

Mais je vais ouvrir ma conclusion de manière plus provocatrice: Et si le “prolétariat” souhaitait simplement qu’on lui foute la paix ?


Notes

(1) Article paru dans du journal Libération du 6 février 2017.

(2) Traduction de Empowerment au Quebec ! On peut même pousser l’affaire jusqu’à dire qu’elle tente en ce moment de dévitaliser le sens du mot Autonomie pour en faire un concept démocrateux pour apprenti intellectuel politicien.

(3) Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel. Karl Marx

(4) Quand elle n’a tout simplement pas instrumentalisé la montée des courants les plus réactionnaires pour mieux actionner son fameux anti-fascisme électoral ! et finalement appliquer les programmes les plus antisociaux et les plus rétrogrades économiquement. Défendre l’État son monde et le capitalisme.

(5) Il n’aime pas son confort moral, coupable et se charge de le faire savoir généreusement. Empêtrée qu’il est dans son analyse utilitariste (décroissantisme et productivisme sont les faces d’une même médaille).



 

jeudi 9 mars 2017

PÉTROGRAD ROUGE - La Révolution dans les usines (1917-18) - (A paraitre)


PÉTROGRAD ROUGE
La Révolution dans les usines (1917-18)
 STEPHEN SMITH


EXTRAITS :

« Tout au long de 1917, le contrôle ouvrier avait visé principalement à minimiser les conséquences de la désorganisation capitaliste de l’industrie, mais il n’était pas animé que par cela : il visait aussi à démocratiser les relations sociales à l’intérieur des entreprises et à fonder de nouvelles manières de travailler par lesquelles les travailleurs pourrait prendre un maximum d’initiatives, de responsabilités, et faire preuve de créativité. En dehors de cela, émergeait une volonté d’autogestion ouvrière, qui devint évidente après octobre. Bien que des références explicites à l’autogestion (samo-oupravlenie) fussent assez rares dans le discours des comités d’usine, le concept était au cœur de leurs pratiques. Lorsque les travailleurs évoquaient l’entreprise « démocratique », ou parlaient de prendre l’usine « en main », ils parlaient bien d’autogestion. Après octobre, bien que les comités d’usine plaidaient pour une économie planifiée, possédée par l’Etat, ils ne croyaient pas que le transfert de la propriété des entreprises, du privé vers l’Etat prolétarien, suffirait à lui seul à mettre fin à l’assujettissement et à l’oppression des travailleurs. De manière vague et incohérente, les dirigeants des comités reconnaissaient qu’à moins que ce transfert s’accompagne d’un transfert de pouvoirs au niveau de l’atelier, l’émancipation du travail restera une chimère. Au cours de l’hiver 1917-18, les comités célébrèrent dans leur discours, et surtout dans leur pratique, l’initiative directe des producteurs directs dans la transformation du processus productif. Ce qui apparaît comme une accélération de l’ « anarchisme » dans le mouvement pour le contrôle ouvrier après octobre est, dans une large part, une reconnaissance que les relations hiérarchiques de domination et d’autorité à l’intérieur des entreprises devaient être remises en cause, si les rapports de production capitalistes au sens large devaient être abolis. Cette reconnaissance, cependant, restait confuse et ne fut jamais formulée dans la perspective d’une transition vers le socialisme différente de celle de Lénine et de la majorité de la direction bolchévique. » (chap 9)

« Dans quelle mesure le contrôle ouvrier s’était-il transformé en gestion ouvrière au moment où le gouvernement nationalisa toutes les entreprises à la fin juin 1918 ? La réponse est difficile car il est impossible de tracer une nette séparation entre contrôle et autogestion. A Pétrograd, la gestion ouvrière semble avoir été confinée dans une minorité d’entreprises. L’historien soviétique M. N. Potekhine a calculé qu’au 1er avril, 40 entreprises étaient nationalisées ; 61 étaient gérées temporairement par les comités d’usine ; 270 étaient sous contrôle ouvrier et 402 étaient toujours dirigées par leurs propriétaires ; ces dernières étant, dans leur écrasante majorité, des petits ateliers 54. Par conséquent, dans les grandes usines, le contrôle ouvrier était toujours la norme. En pratique, cela signifiait que la direction officielle coexistait avec le comité d’usine, et que ses décisions étaient soumises à sa ratification ou à celle de sa commission de contrôle. Les organes de contrôle veillaient à l’exécution des diverses tâches, examinaient l’état des machines, des finances, des commandes, de la comptabilité, des combustibles et des matières premières. De plus, les comités étaient compétents en matière de licenciements, de discipline, productivité et conditions de travail 55. Dans les entreprises dont ils avaient la responsabilité complète, on considérait généralement cette situation comme provisoire, un arrangement de circonstance jusqu’à ce que le gouvernement les nationalise formellement et nomme une nouvelle direction. Les modes de gestion des entreprises officiellement nationalisées variaient grandement. Dans les anciennes entreprises d’Etat, les directions furent progressivement réorganisées. Ainsi, la nouvelle direction mise en place à l’usine Oboukhov, le 20 janvier, comprenait huit ouvriers, deux membres du personnel technique, l’ingénieur en chef et un représentant des employés 56. Dans certaines entreprises privées nationalisées, le conseil d’administration comprenait des ouvriers et des techniciens, des représentants du syndicat et du sovnarkhoze. Cependant, souvent, la commission de contrôle restait en fonction, le seul changement étant qu’un commissaire responsable devant le VSNKh avait été désigné pour superviser strictement la production. Dans quelques cas, l’ancienne direction était maintenue, mais sous le contrôle d’un commissaire du VSNKh. C’est pourquoi, dans l’ensemble, les situations variaient considérablement, bien qu’on pouvait observer depuis octobre une évolution significative dans la participation ouvrière à la direction des entreprises. » (chap. 10)

« Il est possible de comprendre le cruel dilemme auquel furent confrontés les bolchéviques en 1918. Ils avaient l’intention de créer un socialisme démocratique mais leur priorité devint la reconstruction des forces productives et particulièrement la restauration de la discipline au travail. A court terme, l’utilisation limitée des formes de contraintes, l’application en particulier des méthodes capitalistes de discipline et d’intensification du travail étaient certainement inévitables. Pour autant, la plupart des dirigeants bolchéviques ont semblé ne pas avoir réalisé les dangers que posait au socialisme démocratique l’utilisation sur le long terme de méthodes qui sapaient l’auto-activité des ouvriers dans la production. C’était une conséquence du cadre idéologique à l’intérieur duquel ils concevaient les problèmes de la construction du socialisme. Ce cadre – que, pour une bonne part, ils avaient hérité de la IIe Internationale – interprétait les forces productives d’une façon étroite et techniciste ; et concevait la productivité et l’organisation du travail engendrées par la société capitaliste comme intrinsèquement progressistes. De plus, à l’intérieur de ce cadre conceptuel, il n’y avait pas de notion d’activité autonome ouvrière dans la sphère de production comme élément constitutif de la transition au socialisme. La chose était particulièrement frappante.

» Si les bolchéviques s’étaient montrés plus critiques envers les conceptions de la IIe Internationale, ils auraient peut-être été plus conscients des dangers d’utiliser, même à titre exceptionnel, des méthodes coercitives pour rétablir les forces productives épuisées. Qu’une telle compréhension aurait pu empêcher la dégénérescence de la révolution socialiste démocratique sur le long terme, comme le suggérait Charles Bettelheim, semble cependant douteux, étant donné la persistance de la guerre, de l’isolement économique et de l’arriération culturelle. L’expérience déprimante des sociétés socialistes montre que les impératifs du développement économique et social dans les sociétés sous-développées nécessitent ce type de coercition qui, en dernière instance, entre en conflit avec l’établissement de relations sociales libres. En d’autres termes, même si le gouvernement bolchévique avait été &plus perspicace quant aux dangers que comportaient les méthodes qu’il avait été forcé d’adopter, il semble probable que les circonstances objectives auraient eu finalement le dessus pour vider le socialisme de ses composantes démocratiques. Ainsi, inconscient des risques qu’il courait, le gouvernement fut rapidement forcé de suivre un chemin qu’il n’avait jamais envisagé d’emprunter en octobre 1917. Et, dès 1921, les bolchéviques n’incarnaient plus un socialisme de liberté, mais de pénurie, dans lequel les aspirations à la libération individuelle et humaine étaient fermement subordonnées aux exigences du développement économique. » (Conclusion)
 
 
 A paraitre MI-AVRIL 2017 - 450 pages - 17 €. Éditions Les Nuits Rouges

mercredi 11 janvier 2017

Notre ennemi: Michéa

Notre ennemi: Michéa 
et sa conception du monde.

A propos de Jean-Claude Michéa sur France Culture le 11/01/2017.


Certains réveils son plus désespérants que d'autres, surtout quand en fond sonore l’infâme brouet michéiste vous est déversé à jeun, sans précautions et pratiquement à date fixe c'est à dire quand le sieur s'autorise à commettre son opuscule nécessaire à son transit d'après les fêtes, par une filiale du groupe holding Madrigall.

Quelque peu fatigué ce matin du 11/01/2017 dans les matins de France Culture, J-C Michéa  s'enorgueillit de parler aux, et des classes populaires, et étale des références intellectuelles d'une culture historique dont il n'a jamais été proche ou alors que dans ses salles de classes....

Quand ses références virent à l'archéologie des débats de la Ière et de la IIème Internationale dont les classes populaires ou son "peuple" se fout totalement, c'est pour continuer à coupler/amalgamer libéralisme économique et politique qu'il associe au bobïsme des classes supérieures mais pour mieux nous vendre son idéologie version bobo-réac, c'est à dire celle de la décroissance, idéologie doloriste, alter-capitaliste des petits-bourgeois coupables. (1)

Ceci à coup de réclame ouverte pour Podemos (on est plus à une contradiction prêt, même chez ses fans anars), un Parti, c'est à dire la forme typique de structure politique bourgeoise ! Tout en étant faussement critique du caudillo sous-chavezien (Mélenchon). Chavez n'oublions pas ! (2) Que Michéa affectionnait particulière comme promoteur d'une "valeur" propre à la common decency: le nation, le patriotisme. Ainsi Mélenchon serait sur la bonne voix mais pas la bonne voie ! S'il s'agit de la Vénézuélienne on nous permettra de douter au vu du désastre.

Dans les écuries Michéennes on y trouve toujours un nouveau fumier étonnant, aux compositions aussi originales que puantes.

L'avant-dernier avait des relents de Krisis revue théorique de la Nouvelle droite. Le dernier sollicité par le journaliste Guillaume Erner touche plutôt à la catégorie du renvois, plus précisément du vomis bien dégueu.

A la question du journaliste sur ce qu'il le distingue d'avec le fasciste Patrick Buisson et plus précisément sur le constat commun qu'ils font sur le truisme de l'atomisation par le marché (3) (on doute plus que fortement que Buisson soit anti-capitaliste même le journaliste interrogatif semblait en douter) la seule chose qu'a pu nous trouver Michéa sur ce qui le différencie, serait "sa" lecture du 3eme livre Capital de Marx (sic) dont Michéa rejette d'ailleurs le matérialisme historique ! Tout un programme, qu'il qualifie d'ailleurs de néo-marxisme, lui "l'Anarchiste Tory" (on est pas à un paradoxe prêt, cela en fait des contradictions) avec en prime une belle récupération/caution de feu Robert Kurz ! ("Théoricien" comme ils aiment à se dire dans le "milieu" de la "Valeur" mais on y reviendra). Aux oubliettes la lutte des classes Jean-Claude ?

J.C Michéa passe bien sûr à la trappe qui est Patrick Buisson ! c'est à dire un militant d'extrême droite notoire, l'inspirateur du ministère de l'Identité nationale de Sarkozy (et de l'Immigration) un ancien rédacteur en chef avec François Duprat des Cahiers européens, publication nationaliste révolutionnaire. etc...

Donc si l'on pige bien en écoutant le réac Michéa rien de plus ne l'oppose à ce dernier, pas même une certaine conception de l’Égalité ? le rejet de la xénophobie ? l'universalisme ? une critique de la nation (mais cela on le savait). On ose même ! L'Internationalisme prolétaire ? ... Qu'est-ce donc que "l'anti-capitalisme" de ce petit prof retraité de l'éduc nat que nous propose Michéa ? on en sera pas plus.

Il faut croire qu'il doit y avoir un "terrain" commun avec ce Buisson, on pense plus précisément à celui de 'l'Identité' (nationale) que n'a pas arrêté de défendre Michéa pendant l'émission, et ceci sous toutes les coutures. Dans une optique qui ne déplairait pas à un Onfray, autre apôtre du "réel" et des livres.... qui se vendent. Du "vrai" de l'enraciné avec des "vrais" hommes qui ne tolèrent pas le flottement, l'indistinction, le trouble dans le genre. 

Il faut quand même bouffer pendant la Décadence (4) !

Voila pourquoi la nouvelle critique du capitalisme version michéiste s'est maintenant faite catastrophiste, version critique de la valeur. (Voir le dernier chapitre de son livre).

Le marché de la parousie ne semble pas encore saturé semble t-il, mais en convoquant quelqu'un qui ne pourra pas répondre de sa "récupération" (Robert Kurz est décédé en 2012) sous le ciel brun de "l'Identité" nous pensons qu'il s'agit d'une nouvelle l'offensive idéologique menée par Michéa, ce proche de Serge Latouche. Ce dernier s'était déjà autorisé à convoquer Alain De Benoist au débat sur la "décroissance" sous le soleil du ni de gauche ni de droite.

Désavoué assez clairement mais tardivement par le courant de la critique de la "valeur-dissociation" Latouche fait revenir la Nouvelle Droite par la porte médiatique d'un Michéa toujours par le biais de leur maison commune, celle du Mauss (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales) et de l'anti-utilitarisme.

Il sera nécessaire d'ici quelques temps que le courant "critique de la valeur" désavoue énergiquement cette nouvelle récupération opérée par un "théoricien" proche de la Nouvelle Droite ce qu'est Michéa.

Ce que n'a jamais réussi à faire pour le moment le Lanturlu de la "critique radicale" des estrades et des places républicaines. Pourquoi ?


Notes  

(1) Le communisme ce n'est ni la pénurie ni la décroissance pas plus la fausse abondance capitaliste.


(3) La meilleur matrice des identitarismes, ce qu'est d'ailleurs incapable d'analyser le laborieux scoliaste Michéa.

(4) Titre du dernier truc machin livre d'Onfray. Décadence que vous pouvez aussi subventionner en vous abonnant à la web Tv de Michel (sans Jacky !) à 4€/ mois....la fin est proche autant prendre l'argent ou il est.


* * *


Addendum : au risque de nous répéter


On peut légitimement se poser la question de savoir s'il faut s'occuper du troll Michéa ? Dont le public est quasi exclusivement composé de cette petite bourgeoisie intellectuelle qu'il critique d'ailleurs en totale connivence avec ses représentants médiatiques.. Ce jeu de miroir bien compris et efficace, est le propre du discours de l’épicier moraliste ou du commerce “équitable”des idées. (De France Culture aux Inrocks.)

Nous prenons acte de ses déversements (livres, interviews, émissions). Ainsi on ne voit pas au nom de quoi nous ne devrions pas réagir et nous laisser vendre sa camelote frelatée. Surtout dans un rapport de force qui est largement en sa faveur. (Nous nous situons en dehors des joutes du microcosme universitaire et des jeux de réponses courtoises entre sociologues d’État, et autorisés à se répandre dans la presse bourgeoise)

Peu importe que celui-ci se revendique d'un "anarchisme tory", d'une soit disante démarche "libertaire" ou d'un certain marxisme debordisé par ses soins, et selon les moments, plus certainement d'un Orwell qu'il truste depuis plus d'une décennie, et dont il ontologise la pensée en la dé-historicisant.

Nous n'avons pas de plates-bandes à défendre car il y a autant de "libertaires" que d'individus, que "d'associations". Que celles-ci soient plus proches du réformisme ou d'un pédagogisme fonctionnarisé fait parti d'un certain folklore militant qui n'épuise que ceux qui un jour partiront vraiment à l'assaut du monde marchand.

Mais que d'autres discutent avec les "catégories" de la Révolution sociale, et le fassent pour que l’on cesse définitivement d'en parler, voilà une arnaque qu'il nous faut au moins prendre au sérieux.

Que les individus et les groupes qui se revendiquent de la pratique et de l'idéal de la transformation radicale c'est à dire révolutionnaire, se fassent les relais a-critique du discours réactionnaire Michéiste nous pose un vrai problème. (Même si cela permet à certains de remplir leurs petits commerces de librairie, et leurs maisons d'éditions)

La xénophobie de Michéa illustrées par ses "scolies" et notes de bas de page sur le "sans- papiérisme", le "sans frontièrisme", les “jeunes” de banlieues. Son "nationalisme" et son "patriotisme" travesti par une chemise Orwellienne vire à la novlangue. *Ainsi le "commun" serait la nation et l'esprit patriote ! La catégorie de “peuple” dont il nous rabâche les oreilles prend toute les tonalités de l’inter-classisme du fascisme historique, tout comme sa critique catastrophiste du “capital” qu’il pense pathétiquement pouvoir concilier avec des îlots d’espaces marchands. Troisième voie ?

Ses références à Constanzo Preve, à la revue Krisis d'Alain de Benoist, à Chavez, au propos masculinistes de Christopher Lasch ne semblent déranger personne dans le "milieu" libertaire, qui se pique pourtant de réagir au quart de tour contre les “frontistes”. N’ont-ils donc pas lu l’auteur qu’ils encensent à longueur de référence (le selon Michėa!) dans leurs propos mondains et pseudo érudits ?

On minimisera peut-être être son poids (et à juste titre) en disant qu'on a jamais vu un Michéa (ou un Onfray) dans nos grèves et luttes, ou distribuer un tract comme beaucoup d'entre nous prolétaires anonymes.

Mais en l'absence de perspectives communistes, et parce que l'idéologie dominante est toujours l'idéologie de la classe dominante, ou de celle qui vient, et parce que nous pensons que le pire des poisons est bien l'identitarisme (national, racial) de "gauche" ou pas.

Parce que les conceptions se relaient et infusent par capillarités jusqu'au plus profond de la société par différents types de relais, qui transforment et vulgarisent ce type de discours dans des moments ou les luttes offensives et collectives sont en retrait.

Ne pas les combattre, c’est permettre aux fausses communautés du capital, ses fétiches de se présenter et d’enfoncer le clou de l'exploitation et de l'aliénation, pour liquider encore plus profondément le combat de classe contre le capital sous couvert de l'intérêt supérieur de la république, de la nation (ou de la race).

Soyons francs les projets s’affirment moins (en ce moment) sous les escroqueries historiques du capitalisme à visage humain dans un seul pays ou socialisme de caserne dans un seul pays. Mais de plus en plus ouvertement sous le drapeau de la guerre des races, communautés, identités réifiées pour et par la marchandise et pour le pouvoir / plus-value.

L’identitarisme (nation, race, religion) est la meilleure porte d'entrée de toutes les problématiques et positionnements réactionnaires. Elles peuvent toutes s’y engouffrer. Mais il ne fait que masquer une nouvelle fois les intérêts historiques de la bourgeoisie et du processus infernal et immanent à l’accumulation du capital. Il s’agit du meilleur dissolvant toxique de la conscience de classe révolutionnaire. Le prolétariat à toujours été historiquement vaincu sur ce terrain. (Voir labyrinthe du fascisme)

Le seul qui lui permettra de s’auto-abolir (comme classe) demeure celui de la destruction du totalitarisme marchand et de ses fétiches. Le prolétariat ne peut jamais séparer son projet historique d’émancipation qu’est le communisme d’avec la destruction immédiatement de toutes les frontières, hiérarchies, partis, États. Pour en finir définitivement avec la séparation de sa pratique.



 - Épisodes précédents