...VOSSTANIE...

...VOSSTANIE...
En ce moment diffusion du son du 1er Août 2017 : Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?

dimanche 15 octobre 2017

Introduction à l'histoire du MOUVEMENT LIBERTAIRE AU PORTUGAL (A paraître )

Introduction à l'histoire du 
MOUVEMENT LIBERTAIRE 
AU PORTUGAL


CARLOS DA FONSECA

 


 La première édition de cette brochure est parue au CIRA 
[Centre International de Recherches sur l'Anarchisme] en 1973.


TABLE

1. Sources d'inspiration

(Proudhon, Reclus et Kropotkine, Le syndicalisme révolutionnaire).

2. La Première Internationale ; La traversée du désert.

3. L'expansion de l'idéal libertaire.

4. Le terrorisme révolutionnaire.

5. L'orientation syndicaliste.

6. Congrès et conférences anarchistes.

Petit répertoire de la presse anarchiste portugaise [1886-1932]

Editions ArqOperaria / Vosstanie 2017 - 44p.

EDITIONS PDF EN TELEGARGEMENT
+ FORMAT BROCHURE
(Le 23 octobre)



EXTRAIT




“Considérant que la propriété individuelle, la matière première et les instruments de travail, dans l'organisation sociale actuelle, sont l'origine de la misère des travailleurs;
que l'état politique indispensable au maintien de la propriété individuelle, est la cause du despotisme, du privilège, de la division des classes, de la décomposition et de la corruption sociale;

que, en conséquence, la classe laborieuse, pour atteindre un meilleur avenir et réaliser son émancipation, doit éliminer l’État et la propriété individuelle;

que l'émancipation de la classe laborieuse ne consiste pas à usurper la ploutocratie, mais à la détruire, quelle qu'elle soit…

Le groupe communiste-anarchiste de Lisbonne se constitue indépendamment de tout parti politique, pour répandre et développer ses théories, prêcher la révolution et la liquidation sociale, comme moyen indispensable à l'émancipation des classes laborieuses. En conséquence le groupe communiste-anarchiste repousse :

1) - la légalité des moyens d'action tels que les agitations électorales ou les mystifications parlementaires;

2 ) - la légalité imposée par l’État ou la religion, à la constitution de la famille
3) - la soumission à toute autorité personnelle ou législative, absolue, mandataire
ou paternelle;

4) - le sentiment patriotique ou national, l'égoïsme de race, de religions et de langues.

Comme moyens d'action le groupe communiste-anarchiste accepte ceux que prescrivent les revendications de la personnalité individuelle et les conditions de la société :
1) – la pratique de la solidarité avec tous les groupes et tous les individus qui veulent, comme nous, détruire le système social contemporain;

2) –l'abstention du suffrage, la désertion de la caserne, la grève violente, la propagande illégale sur le terrain des faits, et tous les autres moyens qui peuvent hâter la décomposition politique et économique des états;

3) – la vigilance attentive pour profiter de toute désorganisation des pouvoirs publics et procéder à la liquidation sociale.

Et, en prévision de l'organisation future, le groupe inscrit sur sa bannière, les mots
Communisme-anarchisme”

Grupo Comunista-Anarquista de Lisbonne : Revoltado n°1, 1887
 

mardi 3 octobre 2017

La sortie, c’est par où ? À propos de la "sortie" de l’économie et du capitalisme.



 La sortie, c’est par où ?
À propos de la sortie de l’économie et du capitalisme.


Dans Snowpiercer, le Transperceneige réalisé par Bong Joon-ho, sorti en 2013, et inspiré de la bande dessinée de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, il est question d’un train lancé autour de la terre à très vive allure.

Aucune existence n’est possible hors du train, et son arrêt est impossible, car le niveau de température extérieure n’autorise que la mort immédiate. Les conditions climatiques terrestres sont la conséquence du délire humain et les survivants sont confrontés à l'intérieur du train, à une gestion totalitaire de la division sociale.

Ce train qui roule sur de vétustes rails, manque à chaque boucle de terminer sa course folle dans le prochain précipice. Tous sont tôt ou tard finalement condamnés.

S’en suivra le souhait de ceux de l'arrière (c'est-à-dire d’en bas) de rejoindre la tête du train et ses wagons luxueux pour peut-être prendre le contrôle de ce dernier. Cela est-il possible ? Le train ne risque-t-il pas de dérailler, et finalement d'aboutir à la mort de tous ? Est-ce que cette initiative de ceux de l’arrière pour la conquête de la tête du train changera fondamentalement quelque chose à la vitesse du train à son économie interne ?

Et « dehors » ? Peut-être que le froid n’est pas si mortel ?

Il est tout à fait possible d’établir des comparaisons entre le train de ce film et le capitalisme, et d'y voir peut-être une forme de dénonciation ou les classes sont explicitement présentées et mises en « scène ».

La critique écologiste n’est pas très loin ainsi qu'une « vision » idéologique que l'on a eu pour habitude de qualifier de « décroissantiste » [1] ceci selon notre interprétation et qui nous semble presque évidente.

Au-delà de la problématique dramatique et donc de la chute possible du train / capital, qu’est-il possible d’entrevoir ? Quel « possible » peut-on projeter dans des conditions de catastrophe ?

De ces premières interrogations s’en dégagent alors d’autres - peut-on ou doit-on « sortir » du capitalisme. Mais comment peut-on / doit-on sortir de ce train ? et la méthode utilisée pour « sortir » du train dans le film est-elle à proprement parler quelque chose qui relève du « sortir » ?

Mais, finalement, notre véritable questionnement ne tourne-t-il pas autour de la notion de la « sortie » où du « sortir » ? C’est à dire de la « sortie du capitalisme » ou de « sortie de l’économie » mais est-ce simplement concevable ? Ou possible ? Car enfin est-il possible de sortir du capitalisme et du monde marchand ? Ceci dans l’acception littérale de la proposition.

On ne fera pas de grande démonstration pour expliquer ici que, finalement, il est plus aisé de sortir d'un train que de sortir du capitalisme. Bien sûr le Transperceneige n'est pas n'importe quel train, il est le seul qui roule dans le film, et pour s'en rendre compte, il suffit de le regarder et de suivre notre propos ou d'accepter nos présupposés.

Par ici la sortie !
Dans le train.

Le train file, non comme une métaphore mais comme une comparaison, celle du capitalisme. [2] Sa logique interne est celle du capital. Monter dans un train a priori est une chose facile, on y entre en fonction du départ, et peut-être que finalement tout se joue au moment de l'arrivée, où le train s'arrête, car parfois la sortie de la gare est à l'avant. On aura peut-être préféré le milieu du train au cas où, quelquefois, on ne sait jamais...

S'il est très aisé d'identifier la population qui se trouve en queue de train comme le prolétariat, il en est tout autant de comprendre la traversée de toutes les rames pour rejoindre l'avant. La tête, devant, forcément.

Ce qui s'impose à cette population sans espoir, c'est ce combat vain et orchestré [3] ceci jusque dans sa quête de l'avant. Elle se révèle encore plus effroyable pour ceux qui sont parés de cette si fine et belle critique du capitalisme. Car enfin quelle idée de vouloir prendre la tête d'un engin incontrôlable ou rien n'est possible pas même son arrêt ?

L'espoir du but probablement. Mais cet objectif n'est pas sans un chemin, construit de solidarités de trahisons et de combats. Il s'agit de quelque chose qui nous indique que nous ne sommes pas morts à « l'arrière » sans rien faire à attendre de crever de toute façon. Il est question aussi d'exister peut-être encore un peu.

Dans ce faux fléchage sur la nécessité (vaine) de prendre les leviers d'une machine folle qui finira d'ailleurs tôt ou tard par dérailler, se dégagent d'autres pistes. Sont-elles tout aussi fausses ?

Regarder par la fenêtre d'un train.

Dehors c'est de l'autre côté de la vitre. Peut-être n'est-il pas moins compliqué de le faire que dans la cage d'acier de Max Weber ? Bien qu'il n'ait jamais clairement spécifié si celle-ci comportait quelques ouvertures.

Dans cet éternel retour de boucle glaciale, impossible de mettre son nez dehors c'est la mort immédiate, certaine.

Que faire alors ? Si la quête de l'avant est vaine que reste-t-il comme solution ? Peut-on avoir une initiative ?

Une « voie » pour de la sortie ?

Pendant leur traversé du train et les différents affrontements avec des hordes lourdement armées au service de l'avant, le héros du film et ses complices font la connaissance d'un personnage ne parlant pas la même langue que la leur. Drogué à une substance tout aussi étrange qu'il est étranger, il est l'un de ceux qui a compris que peut-être, dehors le froid n'est pas si neptunien. Mais contrairement aux autres, il ne pense pas que la sortie se trouve devant, tout droit ou dans le contrôle d'un train qui finalement se trouve être sans véritable pilote, sinon un superviseur qui se charge d'alimenter la « bête » à vapeur.

Ce personnage aussi lucide que suicidaire n'entrevoit pas de « sortie » à proprement parler sinon de faire exploser la porte avant du train au risque de le faire dérailler, et que tous périssent. On ne peut dénier à ce personnage d'entrevoir un peu cet espoir nihiliste pour les autres. À quoi bon continuer à bord ? Et pour quel monde clos ? Fût-il finalement à demi respirable.

Peut-on faire un parallèle politico-philosophique sur cette « sortie » dans le film, même si elle est un peu plus « suicidaire » dans la démarche et plus heureuse au final, avec ce que nous propose l'idéologie de la Décroissance, du pas de côté [4] de la « sortie de l'économie » ou du capitalisme ?

S'il s'agit de regarder « dehors », et d’interpréter les signes du/des possible(s) en dehors du train / capital qui fonce, et de rechercher la voie possible de cette « sortie », c'est qu'il faut comprendre alors qu'il y a là un « dehors » qui d'une certaine manière ne serait pas impacté par le « dedans », ou que le dedans ne serait pas lié au dehors.

C'est bien la notion de « sortie » qui pose un problème. Ce dehors, cette sortie n'est pas sans avoir de relation avec ce qui nous semble être un Au-delà. Une sorte d'arrière-monde.

Que cette option soit une sorte de « religion » qui permette à des individus de faire communautés nous semble assez simple. Elle est l'opium ou de cette étrange drogue qui permet d'imaginer peut-être.

Mais que nie-t-elle en dernière instance ? Une forme d'objectivité du capitalisme peut-être. Comme totalité concrète (un tout) qui va jusqu'à générer les notions de « dehors » et de « dedans » de « l'entrée » et de « sortie ». Il s’agit plus exactement d’un anti-monisme ou d’une conception dualiste du réel.

La « sortie » est-elle alors une nouvelle porte d'un paradis sur terre ?

La possibilité de la « sortie » dans ces circonstances, mobilise plutôt un « travail » sur les représentations qu'il faudrait déconstruire.

Le capitalisme n'est-il qu'une représentation ? C'est ce que sous-tend la notion de « sortie ».

À moins que cette démarche cognitive ne soit qu'un nouvel avatar d'un subjectivisme plutôt paradoxal, notamment pour certains courants qui se réclament de la « sortie », car ils entretiennent pour s’en convaincre une sorte de marotte performative et théorique par une forme de gnose des écritures marxiennes ou proudhoniennes en y cherchant les signes d'une parousie légitimant la « sortie », et qui peut très bien se transformer finalement et voilà le retournement en « retrait ».

Ne « sort-on » d'un endroit que par un acte de volonté ? Ne nous arrive-t-il pas quelquefois d'en être même éjecté ? Pour être mis « en dehors » et de quoi finalement ?

Comme si le « dehors » n'était pas lié au dedans. Est-ce à dire que l'on en vient à nier la réalité objective ?

Que nous dit la notion de « sortie du capitalisme » de ceux qui l'utilisent ? Au-delà du fait que pour eux un autre monde est possible à côté de celui que nous vivons, où qu'une voie d'accès (issue de ces rails) à un monde est possible par une forme de retrait [5].

Que des îlots, des communautés tranquilles et joyeuses et où il fera bon rentrer en enjambant les cadavres sont possibles, souhaitables ?



Il s'agit bien d'une forme de négation ou « d'oubli » du réel existant. S'il s'agit d'éviter le monde (on y reviendra) c'est qu'il s'agit finalement à notre avis d'éviter un type d'affrontement. [6]

Peut-être est-ce d'une étude psychosociologique dont on aurait besoin également ici pour démontrer plus longuement la forme de confort idéologique qu'entretient cette dénégation dont il est question dans ce type de parti pris.

Mais politiquement c'est finalement la conflictualité et la perspective des classes et de leurs affrontements qui sont niées voire même combattues au profit d'un séparatisme radical et inter-classiste. La négation des classes est bien la matrice politique de cette démarche qui s'ornemente attributs hérités d'un prétendu marxisme hétérodoxe mais aussi d'un néo-anarchisme, dont l'ontologie pessimiste s'inspire de doctrines antiprogressistes [7] et élitaires de par leur fascination pour l'esthétique de la theôría contre la praxis de la classe en lutte. La lutte des classes y est vue comme fantasme, et est systématiquement refoulée du corpus de ce marxisme indéterministe. Il en va de même de l'histoire de l'anarchisme « ouvrier » qui est littéralement passée à la trappe au profit d'une conception radicalement idéaliste, celui la « servitude » qui ne serait que « volontaire ».[8]

Mais que faut-il vivre pour en arriver à nier la polarisation posée par l'exploitation [9] et donc ses conséquences, c'est-à-dire les luttes ?

L'histoire du réformisme radical est trop long pour que nous en fassions sa fastidieuse et fatigante chronologie. Quant à sa généalogie, elle doit d'abord questionner le luxe des positions de classe de ses contempteurs, sectateurs, pour aboutir à un constat plutôt banal en ce qui concerne l'option politique :

Elle peut se qualifier « d'alternativisme » et n'est pas bien nouvelle, car il a toujours été question d'une certainement manière d’aménager à la marge le capitalisme. Il s'agit bien souvent mais pas que, des pourfendeurs du « libéralisme » qui s’accommodent du « bon côté » du marché, trop souvent pour la défense d'intérêts de classe. Quand ils ne vont pas jusqu'à penser comme certains Décroissants, qu'il suffit de nier la loi de la valeur pour qu'elle n'existe pas, ou qu'il suffit d'en avoir une juste compréhension pour la faire disparaître, ou bien encore de construire un autre paradigme en attendant qu'elle ne s'effondre d'elle-même dans la prochaine crise des crises, vous savez la prochaine, celle qui permettra la grande « explication » des textes de Marx sur le fétichisme de la marchandise.

Ce que certains nomment Utopie concrète [10] n'est rien d'autre qu'un avatar du socialisme utopique, sans poésie, qui n'a même plus le charme de la nouveauté tant l'appel à l'imaginaire ou à l'érotisme, a épuisé le stock d'impératifs au renouvellement sensuel, pour virer à un pragmatisme névrotique.
      
« Pourquoi et comment sortir du capitalisme ? Quelles sont les alternatives d’ores et déjà présentes ? Peut-on, doit-on réinventer les socialismes par des réalisations concrètes ? Avec quels outils, quelles formes d’action, quelles institutions ? Telles sont les vastes questions, solidaires les unes des autres, auxquelles répond ce livre original et magistral, synthèse d’une enquête internationale et collective de plusieurs années sur les théories les plus actuelles de l’émancipation ainsi que sur de nombreux projets vivants de transformation radicale, ou plus graduelle, déjà observables dans les domaines sociaux, économiques et politiques. » [11]

L'émancipation se fait-elle en « sortant du capitalisme » ou en détruisant ce qui en fait sa matrice : la loi de la valeur. ? Quelle marge de manœuvre nous autorise sa dynamique ? Le socialisme « s'invente » -t-il ? n'est-il qu'invention ? Existe-t-il vraiment des projets « vivants » de transformation radicale ? Ne sont-ils pas condamnés aussi longtemps qu'ils s'inscrivent dans le cadre du « réel » marchand ? Ne reste-t-il pas dans ce genre d'inventaire qu'un triste appel au réformisme et au vieux débat, toujours hélas d'actualité entre réforme et révolution ? Et finalement cette injonction tyrannique du concret n'est-elle pas le dernier déguisement d'un nouvel arrière-monde ? Qui nous invite comme toujours à renoncer à la radicalité par l'épuisement ou le retrait, la fragmentation, et à ajourner la problématique Révolutionnaire ?

Dépassement et totalité.

Si certains veulent « sortir » du capitalisme et le proposent par le « dépassement », on se demande alors s'il s'agit de se véhiculer. On sait déjà qu'il s'agit de ne plus utiliser le train, de là à utiliser un vélo sans pédale ! Surtout si l'on doit l'entendre comme une course contre la montre ou un effondrement...

Le dépassement « marxien » des contradictions dialectiques n'a rien à voir avec le retrait politico- communautaire, ou il s'agit d'inventer son localisme et un entre-soi puritain, ou l'éthique devient morale, par L'Appel au retrait ou la « sortie » comme prescription « médicale ».

La « réalisation » de la philosophie chez Marx n'est pas une affaire de petits groupes en retrait, ou une affaire de « virus dans le système » ou d’exemplarité (même s’il bon d’être cohérent avec soi-même) mais d'une nécessité consciente de la majorité du prolétariat organisé.

Il ne s'agit pas de « rentrer en relation » avec le réel par un retour aux « sources » d'un communisme imaginaire et primitif ou s'inspirant des sociétés traditionnelles où la « terre » se voit parée de toutes les vertus « authentiques » du travail (manuel) réconcilié avec lui-même. Où il s'agirait d’exhumer sous le travail l'activité, et de jouer la carte de l'artisanat de proximité contre l'industrie. De nier l'historicité pour le mythe, un âge d'or, ou un retour aux « communaux » par exemple.

Le dépassement ne sera pas plus urbain. Il en finira avec le « dehors » et le « dedans ». Il n'y aura plus à « sortir » où à « rentrer » ou à faire rentrer. Il est la négation et la liquidation des « espaces séparés » et des catégories du monde marchand comme du prolétariat.

La compréhension, du fait qu'il n'y pas à « sortir de » ou à se « retirer vers », car la chose est impossible, nous impose de renouer alors avec la notion de totalité. Notre monde est total, il forme un tout indivisible. La chose s'affirme encore plus chaque jour, car il n'existe pas un lieu un espace qui ne soit annexé par la nécessité de vendre sa force de travail pour survivre, même s'il ne nous est pas interdit de lutter contre ce que certains peuvent définir comme son « esprit » et que nous définissons comme son ordre concret.

Notre propos n'est pas de dissuader un certain type d'initiatives, car enfin on a les illusions que l'on a envie, ou que l'on peut avoir selon son extraction sociale, son lieu de vie, son histoire.

Mais pour prendre l'assaut du ciel, il y a des fondamentaux comme le fait de comprendre la loi de la gravitation sous peine de se fracasser et de se ramasser éternellement sur le premier nid-de- poule alors qu'il s’agit au moins dans un premier temps de franchir ne serait-ce que la première colline du jardin bio-autogéré.[12]

Penser la « sortie », c'est se condamner à une sortie sans fin ; parce qu'il n'y pas de « sortie » puisqu'il n’y a pas d’Au-delà, même si l’on peut théoriquement concevoir un monde débarrassé de la nécessité d’être une marchandise, un esclave salarié ou de se faire auto-exploiter.

Si renouer avec l'esprit utopique reste une nécessité psychique peut-être n'y a-t-il rien de pire que les utopies dites « réalistes » qui se terminent bien souvent comme le lit de Procuste [13]. Il va sans dire qu'il y a même une forme de paradoxe à parler d'Utopies réalisables. C'est un peu comme si l'on se proposait de réaliser un fantasme. Or l'on sait ce qu'il en est de la réalisation de son fantasme.

Est-ce à dire que le « désir » du communisme est un fantasme ? C'est fort possible. Il en va de même de la « nécessité historique » d'une certaine manière, si cela est compris comme obligation. Car il n'y a rien d'inscrit, d’inéluctable dans la perspective communiste.

Elle ne pourra se nourrir du désespoir, de la peur ou d'une réconciliation, sinon d'une forme de raison. Et même si l’analyse objective du capital peut nous permettre de comprendre que tant que le capitalisme existera il y aura des résistances, des luttes, cela n'implique pas l’inscription obligatoire de l’optique communiste révolutionnaire à l'agenda du prolétariat organisé ou pas.

Notre démarche première consiste surtout à refuser les mythologies, l'esprit religieux pour nous permettre de retrouver le chemin de l'historique et de la conscience nécessaire qu'implique de vouloir transformer nos conditions d’existence.

Dans le calendrier du prolétaire lambda qui n'est pas fait que de jours fériés, et qui n'est pas payé à être un fonctionnaire de la révolution ou de vivre pour la « cause » aussi libertaire soit-elle, il reste tout à fait concevable d'entrevoir le « retrait ». Sous des formes qui peuvent paraître totalement dépolitisées au premier abord. Qu'il soit « volontaire », parce que lié à une fatigue du monde, cela est bien compréhensible, ou qu'il soit lié à l'atomisation dans nos sociétés contemporaines nous le comprenons véritablement. Du défaitisme au dégoût jusqu'à la désillusion quoi de plus normal ? Mais que celui-ci se fasse apologétique nous paraît alors d'une autre teneur, une autre démarche. Elle est quant à elle bien politique.

Que certains retraits soient imposés et non idéologiques, c'est peut-être l’objet qui nous intéresse le plus, car il nous touche le plus souvent parce qu’il est lié à une forme de précarité et de pauvreté. La “nécessité” n'est pas joyeuse, l'aigreur et la frustration y sont plutôt présentes. La vertu y est obligatoire et moins festive que les poses intellectualistes de pseudo-anachorètes.

Il existe un tas de nouveaux pères du désert en milieu radical qui pensent avoir inventé l'eau chaude en milieu thermal. Qu'ils s'arrosent sans fin de vieilles eaux théoriques, usées et tièdes au milieu des ruines pourraient ne pas nous poser de problèmes.

Mais que d'autres viennent recueillir sur les murs décrépis de l’obéissance, la triste condensation d'un nouvel avant-gardisme, c'est peut-être qu'il faut fuir impérativement ceux qui nous proposent encore et toujours la direction vers LA « sortie ».

À ce compte-là, il est certain que comme prolétaires nous lutterons toujours pour une forme de « retrait » et un certain éloge de la fuite de tous les univers néo-avant-gardistes, il en va de même de la toxicité des impératifs catégoriques.

Il est possible que cette affaire soit quantique, que l'aventure du combat de classe contre le capital n'ait pas de direction aussi tracée que cela, sinon celle que nous lui imprimerons collectivement. Ce qui est certain, c'est que tant que nous ne mènerons pas cette lutte totale, aucune ligne d'horizon ne se dégagera, et elle renverra systématiquement alors la perspective communiste au niveau du débat scolastique. Ce qui semble en arranger beaucoup puisque le métier de gourou, de prophète semble avoir un bel avenir.

Que nous ouvre comme perspectives Snowpiercer, le Transperceneige [14] ? Même si le film se termine sur une tonalité plutôt convenue et ouverte.

Qu'il ne sert à rien de prendre le contrôle de quelque chose qui ne peut être contrôlé. Car la logique est vampirique ou cannibale. Que la « sortie » ne se trouve pas devant, à l'avant ou au niveau d'une porte latérale.

L'espoir n'ouvre aucune porte de sortie de train. Il se révèle même aussi fort ambiguë, car que n'est-on pas prêt à faire pour gagner le « dehors » par la « sortie » ce nouvel Au-Delà. Se sacrifier et sacrifier les Autres peut-être ? Quant au désespoir quand il est lié à la catastrophe, à la chute, à l’effondrement, il ne donne accès qu'à des désillusions et à de fausses solutions fussent-elles collectives, quand elles ne proposent pas uniquement de se « révolutionner » intérieurement par la pensée magique.

Il n'y a que la vie et les rencontres, les échanges, qui nous permettent de rompre avec les notions de dehors et de dedans, d'espoir et de désespoir, d'optimisme et de pessimisme. Si le chemin n'est pas tout, il n'est pas rien. Les chemins explosent les frontières et décloisonnent. Mais faire d'un chemin le but, et faire passer une éthique pour une praxis révolutionnaire, c'est liquider la dimension historique du capital et des forces mobilisées par sa logique. Cela n'impose aucune obligation bien évidemment quant à l'activité des acteurs de la transformation ou du statu quo social. Mais l'auto-activité reste la base du combat pour la transformation du monde unitaire contre des mondes séparés, fétichisés, et qu'on nous vend comme impérativement divisés jusque dans ces utopies progressistes ou réactionnaires.

Vosstanie - Août 2017 (version modifiée le 15/09)
 

NOTES

[1] C'est à dire l'idéologie de la décroissance. Subir la simplicité forcée (Pastiche d'une parution)
[2] Voir aussi Train to Busan de Yeon Sang-ho.
[3] Entre l'avant et l'arrière, ou le haut et le bas selon son référentiel. On y verra aussi comment on achète la paix par la guerre grâce au chef de « l'arrière » ou simplement en se faisant acheter. Toutes les comparaisons avec les partis et les syndicats ou toutes les officines de la générosité organisée militairement sont bien sûr à faire. 
[4] Voir aussi ce sympathique film de Gébé, L'An 01. Que l'on doit critiquer et contextualiser pour éviter de faire balbutier l'histoire. 
[5] Des ordres religieux aux communautés anarchistes ou hippies, il n'y a pas grand-chose d'original. [6] Le pédagogisme évangélisateur reste une méthode très utilisée dans ces sphères. Il s'agit d'aller propager la « bonne nouvelle » jusqu'aux sociaux-démocrates et même les mouvements les plus conservateurs.
[7] Si nous avons une critique de la technique et à l’industrie nous n’en faisons pas le deus ex machina de la critique du capital car nous ne prenons pas la partie pour le tout. Pensée réifiée et commerce de la pensée s’articulent se nourrissent, elles sont désastreuses. Voir les dérives possibles de l’anti-progressisme qui vire par sa critique de la modernité à des visions réactionnaires du monde : Conversation sur les spécialistes radicaux des penseurs radicaux https://vosstanie.blogspot.fr/2014/02/conversation-sur-les-specialistes.html 
[8] Voir Claude Morilhat, Pouvoir, servitude et idéologie, Le temps des cerises, 2013.
[9] Tout en cherchant bizarrement un panel « d'oppressions » toutes plus ou moins spécifiques à articuler
[10] Voir par exemple l'ouvrage : Erik Olin WRIGHT Utopies réelles, La Découverte, 2017. Un paroxysme dans le genre de catalogue. Mais aussi Utopies réalistes de Rutger Bregman Seuil 2017.
[13] Voir Diodore de Sicile, La bibliothèque historique.
[14] Voir aussi notre émission : Séries, cinéma, idéologies et luttes des classes Autour du cinéma populaire, des blockbusters, des séries et du cinéma dit militant et politique. https://vosstanie.blogspot.fr/2014/12/emission-de-la-web-radio-vosstanie-du.html



lundi 25 septembre 2017

L'objectivation, une forme d'extériorisa­tion qui ne peut être dépassée. Matériaux pour une émission (15)

L'objectivation, une forme d'extériorisa­tion qui ne peut être dépassée.*
Matériaux pour une émission (15)

Extrait de la Postface (1967) à Histoire et conscience de classe : Essais de dialectique marxiste de György Lukács p. 398-402



Nous publions ici un document qui viendra alimenter notre émission sur la Conscience de classe. Si l'étude philosophique de ce texte reste encore en débat,  il nous parait nécessaire de réfléchir profondément et politiquement sur ce que celui-ci implique. Il est donc à la base de notre réflexion actuelle sur l'aliénation, la réification (débat et limite du concept) et la conscience de classe.

À propos de son  ouvrage Histoire et conscience de classe, György Lukács précise:

Il est impossible, dans cet aperçu nécessairement sommaire, d'exercer une critique concrète sur tel ou tel détail du livre, de montrer par exemple quelle interprétation de Hegel était positive et quelle interprétation semait la confusion. Le lecteur d'aujourd'hui, s'il est capable de critique, trouvera sûrement bien des exemples de ces deux types. Mais pour l'influence que ce livre exerça à l'époque, comme pour son éventuelle actualité, un problème, au-delà de toutes les considérations de détail, est d'une importance décisive : c'est celui de l'aliénation, qui est traitée ici, pour la première fois depuis Marx, comme la question centrale de la critique révolutionnaire du capitalisme et dont les racines, tant du point de vue de l'histoire de la théorie que de la méthode, sont ramenées à la dialectique de Hegel. Naturellement, le problème était dans l'air. Quelques années plus tard, en 1927, L’Être et le temps de Heidegger allait en faire le centre des discussions philosophiques et il l'est aujourd'hui encore, essentiellement sous l'influence de Sartre et de ses disciples comme de ses adversaires. On peut se dispenser ici de répondre à la question de philologie, posée notamment par Lucien Goldmann qui voyait dans l'ouvrage de Heidegger une réplique polémique à mon livre, bien qu'il n'y fût pas mentionné. La constatation que le problème était dans l'air suffit parfaitement aujourd'hui, surtout lorsque les fondements ontiques de ce fait sont analysés en détail — ce qui n'est pas possible ici — pour mettre à jour l'influence ultérieure, le mélange de motifs marxistes et existentialistes surtout en France, immédiatement après la deuxième guerre mondiale. Les priorités, les « influences », etc., ne sont d'ailleurs en cela pas très intéressantes. Ce qui reste important, c'est que l'aliénation de l'homme a été reconnue par les penseurs tant bourgeois que prolétariens, tant de droite que de gauche, comme un problème central de l'époque où nous vivons. Histoire et conscience de classe a ainsi eu une action profonde dans les cercles de la jeune intelligentsia ; je connais toute une série de bons communistes qui furent gagnés au mouvement par là. Sans aucun doute, la nouvelle prise en considération de ce problème hégéliano-marxiste de la part d'un communiste a été une des raisons de l'action exercée par ce livre, bien au-delà des frontières du parti.

Le problème lui-même est traité, il est aujourd'hui assez facile de le voir, dans le plus pur esprit hégélien. Avant tout, son fondement philosophique dernier est constitué par le sujet-objet identique se réalisant dans le processus historique. Il est vrai que chez Hegel lui-même le sujet-objet naît d'une manière logico-philosophique, l'esprit absolu atteignant le degré suprême dans la philosophie, avec la reprise de l'aliénation, avec le retour à soi-même de la conscience de soi, réalisant ainsi le sujet-objet iden­tique. Pour Histoire et conscience de classe, au contraire, ce processus doit être social et historique, il culmine dans le fait que le prolétariat réalise ce degré dans sa cons­cience de classe, en devenant sujet-objet identique de l'histoire. Ainsi Hegel semble être effectivement « mis sur ses pieds » ; il apparaît que la construction logico-métaphysique de La Phénoménologie de l'esprit a trouvé une réalisation ontologiquement authentique dans l'être et la conscience du prolétariat, ce qui semble à son tour donner une justification philosophique au tournant histo­rique apporté par le prolétariat : fonder par sa révolution la société sans classes, clore la « préhistoire » de l'huma­nité. Mais le sujet-objet identique est-il en vérité plus qu'une construction purement métaphysique ? Le sujet-objet identique peut-il réellement être produit par une connaissance de soi, aussi adéquate soit-elle, même si celle-ci a pour base une connaissance adéquate du monde social ? autrement dit, peut-il être produit dans une conscience de soi, aussi achevée soit-elle ? Il suffit de poser cette question précise pour y répondre par la négative. Car le contenu de la connaissance peut bien être rapporté au sujet connaissant, l'acte de connaissance n'en conserve pas moins son caractère aliéné. C'est à juste titre que, précisément dans La Phénoménologie de l'esprit, Hegel a refusé l'« intuition intellectuelle » de Schelling, réalisation mystique irrationnelle du sujet-objet identique, et a exigé une solution philosophiquement rationnelle du problème. Son solide sens de la réalité maintenait cette exigence ; sa construction universelle la plus générale culmine certes dans la perspective de sa réalisation, mais il ne montre jamais concrètement à l'intérieur de son système comment cette exigence pourrait parvenir à s'accomplir. Le prolé­tariat comme sujet-objet identique de l'histoire humaine réelle n'est donc pas une réalisation matérialiste qui sur­monte les constructions intellectuelles idéalistes, c'est bien plutôt du super-hégélianisme, c'est une construction qui vise objectivement à dépasser le maître lui-même en s'élevant encore plus au-dessus de toute réalité.

Cette prudence de Hegel a son fondement intellectuel dans le caractère téméraire de sa conception de base. Car chez Hegel, pour la première fois, apparaît le problème de l'aliénation comme question fondamentale de la position de l'homme dans le monde, envers le monde. Mais elle est en même temps chez lui, sous le terme de Entäusserung (extériorisation), la position de toute objectivité. C'est pourquoi l'aliénation, pensée jusqu'au bout, est identique avec le fait de poser l'objectivité. C'est pourquoi il faut que le sujet-objet identique, en supprimant l'aliénation, supprime aussi l'objectivité. Mais, comme l'objet, la chose n'existent chez Hegel que comme extériorisation de la conscience de soi, la reprise de ceux-ci dans le sujet serait la fin de la réalité objective, de toute réalité par conséquent. Or Histoire et conscience de classe suit Hegel dans la mesure où l'aliénation y est identifiée avec l'objec­tivation (pour reprendre la terminologie des Manuscrits économico-philosophiques de Marx). Cette grossière erreur fondamentale a certainement beaucoup contribué au succès d'Histoire et conscience de classe. Démasquer en pensée l'aliénation était dans l'air à l'époque, nous l'avons dit ; cela devint bientôt la question centrale pour la cri­tique de la civilisation qui étudiait la situation de l'homme dans le capitalisme d'aujourd'hui. Pour la critique philo­sophique bourgeoise — que l'on pense seulement à Heidegger —, il était très tentant de sublimer la critique sociale en une critique purement philosophique, de faire de l'aliénation, sociale par essence, une aliénation éter­nelle liée à la « condition humaine (1) », pour employer un terme né ultérieurement. Il est clair que le mode d'exposition d'Histoire et conscience de classe répondait tout à fait à une telle attitude, quoique le livre eût des intentions autres, et même opposées. L'aliénation identi­fiée avec l'objectivation était certes conçue comme une catégorie sociale — le socialisme devait supprimer l'aliénation — mais son existence insurmontable dans les sociétés de classes et surtout sa justification philosophique la rapprochaient de la « condition humaine ».

Cela résulte directement de la fausse identification, soulignée à maintes reprises, entre les concepts fonda­mentaux opposés. Car l'objectivation est effectivement, dans la vie sociale des hommes, une forme d'extériorisa­tion qui ne peut être dépassée. Si l'on se rend compte que, dans la praxis, surtout dans le travail même, il y a sans cesse objectivation, que toute forme d'expression humaine, par exemple le langage, objective les pensées et les senti­ments humains, etc., il devient évident que nous avons affaire ici à une forme humaine générale du commerce des hommes entre eux. En tant que telle, l'objectivation n'est évidemment ni bonne ni mauvaise : ce qui est juste est tout autant objectivation que ce qui est faux, la libération tout autant que l'asservissement. Le rapport objectivement social d'aliénation et toutes les marques subjectives de l'aliénation intérieure qui en sont la conséquence nécessaire ne surgissent que lorsque les formes objecti­vées assument dans la société des fonctions qui mettent l'essence de l'homme en opposition avec son être, qui oppriment, déforment, défigurent, etc., l'essence de l'homme par l'être social. Or cette dualité n'a pas été vue dans Histoire et conscience de classe. D'où ce qu'il y a de faux et de bancal dans sa conception fondamentale de la philosophie de l'histoire. (On notera en passant que le phénomène de la réification, étroitement apparenté à l'aliénation, sans lui être identique ni socialement ni conceptuellement, a été également employé comme son synonyme.)

Cette critique des concepts de base ne saurait être complète. Mais même si on se limite strictement aux questions centrales, il faut parler brièvement du refus de la connaissance-reflet. Ce refus avait deux sources. La première était une aversion profonde pour le fatalisme mécaniste qui recourait d'habitude à cette théorie dans le matérialisme mécanique et contre lequel mon utopisme messia­nique d'alors, la prédominance de la praxis dans ma pensée, protestaient passionnément — et là aussi ce n'était pas entièrement injustifié. Le second motif provenait encore de ce que la praxis était reconnue avoir son origine et s'ancrer dans le travail. Le travail le plus primitif, le ramassage de pierres par l'homme préhistorique, pré­suppose que la réalité immédiatement concernée est correctement reflétée. Car une visée téléologique ne peut s'accomplir avec succès sans une reproduction de la réalité pratiquement visée, aussi primitivement immédiate que soit cette reproduction. La praxis ne peut être accomplissement et critère de la théorie que parce qu'elle prend pour fondement ontologique, présupposition réelle de toute visée téléologique réelle, une reproduction tenue pour correcte de la réalité. Il ne vaut pas la peine d'entrer ici dans les détails de la polémique surgie à ce sujet, ni de revenir sur la justification d'un refus du caractère photographique du reflet dans les théories courantes.

Il n'y a, je crois, pas de contradiction à ne parler que des aspects négatifs d'Histoire et conscience de classe et à penser quand même que l'ouvrage a eu à son époque et à sa façon une certaine importance. Déjà le fait que les erreurs énumérées ici sont dues moins aux particu­larités de l'auteur qu'aux grandes tendances souvent objectivement fausses de la période, confère au livre un certain caractère représentatif. Une grande période de transition, à l'échelle de l'histoire universelle, cherchait alors son expression théorique. Quand une théorie exprimait, non certes l'essence objective de cette grande crise, mais simplement une prise de position typique face aux problèmes fondamentaux soulevés par elle, elle pouvait acquérir historiquement une certaine importance. Et je crois aujourd'hui que c'était le cas pour Histoire et cons­cience de classe.

* Le titre est de notre initiative.

(1) En français dans le texte (N. d. T.).

Extrait de la Postface (1967) à Histoire et conscience de classe : Essais de dialectique marxiste de György Lukács p. 398-402.