Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)
Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

samedi 3 décembre 2016

Vous reprendrez bien un peu de souffrance ?

Vous reprendrez bien un peu de souffrance ?




"La source de tout opportunisme*, c’est justement de partir des effets et non des causes, des parties et non du tout, des symptômes et non de la chose même."



György Lukács dans Histoire et Conscience de Classe. éd de Minuit. p.99






Le déploiement du langage "politique" [1] interpelle à deux niveaux, celui de ses intentions explicites et implicites. L’énonciation peut être littérale, stratégique mais aussi s'exprimer comme comme inconscient de classe. Les niveaux s'interpénètrent le plus souvent joyeusement.



Si les mots de la politique le plus souvent politiciennes, mais pas que, peuvent être dits parfois de “bois”, c‘est à dire relativement rigides, ils n’en conservent pas pour autant certaines de leurs caractéristiques premières, comme la polysémie par exemple ou une certaine souplesse qui leurs donnent la capacité de s'assembler avec d’autres “matériaux” en dépit de la typologie syntaxique.



Cela impose la nécessaire analyse des champs sémantiques, de la plasticité des mots, et de leurs agencements et usages par les managers du capital et leurs larbins, pour comprendre ce qu’impliquent leurs performativités, le plus souvent accompagnées de coups de matraques.



Comme l’utilisation des procédés rhétoriques par exemple, plus particulièrement de la figure de la redondance qui se trouve être, depuis quelques temps, le summum de l'analyse du “social”, et des soi-disant nouveaux symptômes de ce début de siècle.



Dont le but confine à une sorte de phénoménologie au mieux compassionnelle, et typique de ce qui caractérise la bonne “conscience” de gauche et dont les prétentions actuelles sont uniquement sociétales [2]. Mais à ce sujet peut-être serait-il nécessaire d’en dire plus sur le double langage ? Plus certainement sur cette capacité historique de la gauche du capital à dédoubler ou à travestir les “maux”.





Travail, souffrance et merde 
 



"Travail de merde", "souffrance au travail" il faut croire que répéter des mots proches (Travail/merde) (Souffrance/travail) et interchangeables, presque identiques ! doit relever d’une forme d’auto-persuasion dont on ne sait quelle forme de vérité l’on tente de nous asséner.



Il ne s’agit pourtant que de truismes qui s'apparentent à une forme de méthode Coué de l'introspection, de l’analyse. Un type d’approche qui mène sur un étonnant chemin philosophico-cognitif par le biais de termes synonymes, et n'aboutit in fine qu’à une sorte de questionnement fermé, par le truchement d’une proposition de synthèse merdique, c’est à dire la rumination sur de fausses antinomies à résoudre. Il n’y a en effet rien d’antinomique dans souffrance et travail, boulot et de merde.



Pour s'auto-convaincre de quoi finalement ? D’évidences que nous vivons déjà au quotidien ? [3] Que le travail c’est forcément de “la merde” et de la “souffrance” ? non ! Mais que le travail “pourrait” ne pas être merdique et même doux aux pays des capitalistes, qui pourraient être bien plus sympas quand même.



On ne s'étendra pas ici sur le commerce journalistique et de ces vérités banales et circulaires, qui bondissent de journaux en fils twitter “Santé Travail”, en lien facebook “Burn-Out” pour terminer dans une chronique fait-divers du Parisien, et dont la conclusion sera une invitation à vous rapprocher d’un néo-coach le plus proche de chez vous, votre psychiatre, ou une boîte d’anti-dépresseurs.



Alors, "ça va mieux en le disant" et en le redisant paraît-il ? On y reviendra.



90% (Au minimum!) de l'activité "Travail" effectuée dans un monde capitaliste est ou inutile ou nocive, toxique (ici on pense aux collègues...) quand à la “souffrance” qu'elle génère quand on connaît l'étymologie même du mot Travail cela peut renvoyer le reste du débat dont il est question ici à une simple dissertation sur le plaisir masochiste.



Toujours est-il qu’au delà des figures de styles, des fausses antinomies, le plus choquant n'est pas l'utilisation abusive de l’ouvrage de Pierre Fontanier (sur les Tropes), mais que le cœur, même des questions ou des réponses soient toujours minimisés, évacués, ou simplement niés. Parce que c'est de cela qu’il s’agit en dernière instance.




Minimiser et nier 
 



Vous “souffrez”, vous êtes harassé et surchargé ? Vous travaillez dans la perspective d’objectifs “intenables” et individualisés ou tributaires d’une chaîne infernale de coresponsabilités (ou auto-flicage) C’est peut-être que votre “boulot” est mal “réparti “? Ou que vous n’êtes simplement pas assez bien “formé” ? Ou que vous ne savez simplement pas dire NON ! Et si tous prenaient leur “part” du “mauvais” labeur ? il pourrait ainsi l’être moins, de “merde” ce travail, dans un monde décidément un peu trop “néo-libéral” qui sécrète décidément trop de “micro boulots” de chiottes, répétitifs et sans buts.



En Résumé: Il pourrait y avoir moins de souffrance dans le monde du travail (de merde) si le monde était moins “libéral” et un peu plus “de gauche de gauche”. 
 


Car voyons ! La responsabilité incombe au “nouveau” management pas assez “humain”, trop rigide, à la “dérégulation du marché du travail” [4] et de l’Europe. etc….et du tournant de la rigueur de 1983, et de l’idéologie néolibérale, et des thinks-tanks acquis au “libéralisme” et de la “trahison ” de la “fausse gauche” etc...



S’il ne s’agit pas de nier qu’il existe des “techniques” d'administration de la force de travail et des offensives idéologiques, il faut quand même souligner que l’argumentaire débouche décidément trop systématiquement sur le sempiternel crypto-keynésianisme propre à la gauche du capital, et sur le mensonge du compromis utopique capital-travail ou du “gagnant gagnant” ou de “l’effort”. Ou de celui qui se sort les “doigts du cul” pour “la boîte” (version plus droitade) la défense de sa "conscience professionnelle", ou le service de la “communauté nationale” ou du consommateur/client/usager genre défense du “service public” retournée en ce moment comme arme au service de la rigueur budgétaire et des “sacrifices” au nom de la défense/sauvetage du “modèle sociale français”. (version plus subtile du droitarisme). Sous entendu le travail pour  « L'intérêt général» payé au lance pierre c'est pas du "travail" c'est un sacerdoce, une vocation, un plaisir qu'on assume pour les autres sans moufeter.



On ne poursuivra pas ici le développement du roman photo de l’époque mythico-productiviste où les boulots n’étaient pas de merde ou l’on se faisait des bonnes bouffes avec le patron.



L’argumentaire du point de vue du capital, vient ici occulter, en inversant causes et conséquences, et même nier, le fait que le travail soit soumis aux catégories immanentes au capitalisme. Même si les individus font l’histoire, ils l'a font tout de même dans des formes qu’ils ne choisissent que très rarement.



Qu’il s’agisse de diminuer les effets catastrophiques de la pénibilité ou de la précarité, on aura évidemment rien contre, mais pourquoi ne pas ou plus parler de capital à valoriser et de capitalisme ? Et donc de ne pas mettre les mots les plus justes au cœur de cette “souffrance”, et des “boulots de merde” ? A savoir ce qui est en fait indissociable des rapports de production capitalistes, mais surtout la logique qui soutient celle-ci, à savoir l’extraction de la survaleur (anciennement plus-value !). Au delà de “l’avarice” et de “l’envie” que bien souvent l’on naturalise comme pseudo catégorie économique pour justifier l'éternité de la quête du profit.



Ce qu’évite ou nie également le fait de ne pas parler de capitalisme, c’est la manière dont la survaleur et le profit sont redistribués, ou pas ! et donc on occulte ainsi ce que représente par exemple les faux-frais du capital dans la logique de la reproduction, crise etc...et donc la création des boulots improductifs, de sous-fifres et larbins divers dans l'industrie du luxe par exemple  (dépenses somptuaires, parasitisme, rente).



Ce qu’imprime également la logique du capitalisme c’est la productivité, et forcément l’exploitation du travail par son intensité liée à la guerre de tous contre tous, au chaos de la production marchande. Qui va se nicher dans ce qui est le plus “rentable “ mais pas forcément le plus utile. Bien qu’une relation unisse la valeur d’échange à celle de l’usage dans le monde de la marchandise.



Car le travail est une marchandise, de cela non plus il n’est jamais question puisqu’il ne s’agit que d’humaniser un aspect du travail son coté négatif en quelque sorte, mais qui ne pourra jamais être épanouissant sans liquider ses deux aspects unitaires, c’est à dire étroitement liés puisque le travail est une marchandise (bis repetita), à savoir que son utilité même factice (mais concrète) et merdique est aussi la possibilité qui donne à un individu de survivre et de reproduire sa force de travail (ou de crever lentement.).



En résumé: L'utilité “rêvée” ou ce “mauvais côté” dont on veut se débarrasser dans les boulots (de merde) et sans souffrances et que l’on voudrait voir disparaître n’existe simplement pas. Sous le travail aliéne du monde marchand, il n’y a pas de joyeuse activité libérée ou à libérer. L’essence du travail c’est la séparation d'avec son “ produit ” et l’exploitation.[5]



Sauf d’un point de vue de la critique du “néo-libéralisme” ! et de ses catégories et de son “projet”.



D’un point de vue de la critique de l’économie politique (anti-capitaliste) elles sont inséparables.



Sous le travail aliéné et merdique, source de souffrances, il y a aussi une ambivalente socialisation produite par le travail même de merde, et qui s’oppose à l’expulsion, à sa propre dé-valorisation et est même la condition de sa survie. C’est ce qui rend difficile toute critique radicale pratique du travail sauf à être rentier, à prendre des poses ou être un prof de fac décroissant. (Quand à faire nécessité vertu nous l'avouons très nettement c'est une attitude religieuse que nous n'aimons que très peu. On ne ressortira pas donc pas non plus ici le speech bidon de la sur-consommation)



“A bas le travail” cela ne mange pas de pain, et même si l’on peut souscrire à ce slogan il reste réducteur. Sauf à déblayer ce que propose la morale du travail comme dressage ou comme nœud essentiel de reproduction de la société capitaliste, ce qui implique une critique radicale de la marchandise.



Vouloir liquider la souffrance ou la “merdicité” du travail sans liquider le travail (et son aliénation) et le capitalisme, sous couvert de valoriser les aspects les plus sociaux ou les plus “utiles”, c’est ne pas poursuivre le chemin de la critique jusqu’au bout de sa radicalité et tutoyer au mieux le plus plat des proudhonnismes.



Mais d'où parlent donc ceux qui font profession “d’humaniser” le travail ? Que les journalistes et autres spécialistes / militants [6] se saisissent d’une marchandise presque inépuisable voilà les premiers servies dans cette juteuse affaire. Ils produisent d’ailleurs une très bonne matière première à destination d’autres officines commerciales comme les coachs, et autres psychologues de la “souffrance au travail” qui alimentent eux mêmes la chaîne de la boucle du recyclage des éléments de langages balancés à la figure des prochains chômeurs par les DRH.



Petite digression : La question de l'opposition au travail (que certains veulent libérer dans le monde marchand) par rapport à l'activité, pose le débat de l'objectivation, c'est à dire sur le devenir-objet de l'activité, que Marx concevait comme positif et que Lukács interprétait sans avoir la totalité des éléments comme synonyme de réification. La seule condition du travail aliéné ne réside t-elle que dans le type de rapports qui s'institue avec le produit objectif ? C'est à dire la séparation des moyens de production, l'aliénation du produit ?  Et cette problématique ne pose t-elle pas l'activité comme une nécessité anthropologique ? La propriété collective des moyens de production semble esquisser une piste de réflexion aussi fertile qu'énorme, comme : faut il « produire » et quoi ? Sous quelles modalités ? Mais celle-ci ne semble pas fournir de pistes sérieuses sur le fait que certaines « activités » ne seront pas pénibles ou alors cette pénibilité sera « égalitairement » redistribuées pour qu'elle cesse de peser sur les mêmes. C'est la totalité des critères « l'utile » par exemple qui seront repensés. Mais cessons ici de faire bouillir les batteries de casseroles de l'histoire...





Digérer et évacuer




Les capitalistes, managers de la force de travail et autres serviteurs idéologiques de la bourgeoisie et de ses intérêts, ont aussi cette très bonne capacité à ingurgiter “les plaintes” par le biais du mouvement de fond liée à la judiciarisation (gouvernance ?) comme forme de “privatisation du droit” qui ouvre donc concomitamment un marché de la reconnaissance. [7]



La reconnaissance, comme forme ultime de l’éclatement, absorption, évacuation de la conflictualité de classe déjà bien mis à mal par tout un tas de dispositifs de contrôles, chantages, ceci au delà de la pression exercée par le capital.



Que les espaces d’écoutes, d’entraides se mettent en place, ou que les individus soient aidés individuellement et pragmatiquement pour éviter des drames personnels, on n'aura rien à dire à ce sujet.



Mais cela nous force finalement à nous interroger sur le niveau du combat collectif de classe qui se trouve encore une fois dissous par d’individualisation des problèmes, et qui se trouve ramené à des logiques d'inadaptabilités personnelles ou de psychologisations des solutions, et n’interrogent pas le niveau systémique ce qui permet donc une fois de plus d’élever le degré de tolérance de ce qu’il devient de plus en plus est difficile de “refuser” [8]



Qui posera le curseur ?



Finalement l'agencement des dispositifs aussi bien pratiques qu’idéologiques peuvent aisément se résumer à : ok ok tu souffres, ton boulot est de chiotte, d’accord ….mais maintenant ferme ta gueule.





*

NOTES



* Nous soulignons que le mot “opportunisme” utilisé ici par György Lukács doit être compris comme comme “ réformisme”. Même si finalement il y a aussi de l’opportunisme ( comme calcul, pragmatisme) compris comme opportunité dans le réformisme.



[1] Et par certains aspects la langue sociologique dont la dimension “policière” est toujours sous-évaluée. La sociologie est-elle le pendant de l’enquête ouvrière ?



[2] On ne dit pas ici qu’il ne faut pas se préoccuper de certains sujets, mais ne pas les mettre en perspectives dans une dimension égalitaire économique et sociale et de remise en cause du monde marchand n’est pas la caractéristique de l’optique révolutionnaire.



[3] On ne parle pas ici des individus qui se sentent bien dans leur aliénation et qui le font savoir en se vautrant dans la fange, à longueurs de satisfecits sondagiers.



[4] Lu dans l’introduction du livre  ! Du cireur au trader, enquête sur l’utilité et la nuisance sociales des métiers. Julien BRYGO, Olivier CYRAN éd. La Découverte. (On y trouvera rien sur la capitalisme pas même le mot ! ou peut-être l’expression de la bonne conscience radicale-opportuniste dont fait état Lukács)



[6] Le militant est souvent coupable de son confort. Il imagine bien des fois le travail comme le sien généralisé. Surtout quand il est plaisant et n’est pas confronté à des impératifs moindre de production et de productivité. Pourquoi pas...Mais les choses se corsent quand il s’agit d’aborder la question “productive” et la fin de la division des tâches.



[7] Que l’on pourrait d’ailleurs analyser plus longuement. Voir à ce sujet la littérature abondante et les conclusions problématiques auxquelles mènent la philosophie d'Axel Honneth.

'

[8] Dans le cadre économique actuelle, qui plus est à un moment où la bourgeoisie attaque frontalement le code du travail.

mardi 29 novembre 2016

La foire à la peste est ouverte !

La foire à la peste est ouverte !



Galilée
“Tu vois, moi, Sagredo, j’ai confiance en l’homme, cela veut dire que j’ai confiance en sa raison. Sans cette confiance, mais je n’aurais pas la force de me lever le matin de mon lit.

Sagredo
Et bien moi, je vais te le dire, je n’ai pas confiance. 40 années passées parmi les hommes m'ont toujours fait constater qu’ils ne sont pas accessibles à la raison. Montre-leur la queue rouge d’une comète, donne-leur une sourde angoisse, ils sauteront par la fenêtre et se fracasseront les jambes. Mais dis-leur quelque chose de raisonnable, fournis-leur 36 preuves et ils te riront au nez.

Galilée 
C’est une erreur complète et une calomnie. Je ne comprends pas comment, croyant une chose pareille, tu peux aimer la science. Il n’y a que les morts que les arguments ne fassent pas bouger.”


La Vie de Galilée, de Bertolt Brecht




La grande foire à la “peste” est ouverte ! Patriotisme, nation, identités réifiées. On ne sait plus trop exactement s’il s’agit d’une braderie générale ou d’une “politique de la demande”. Rien à redire des étals, elles sont parfaitement achalandées de toutes les guirlandes idéologiques du ressentiment et des vieux vins rances issues des fonds de cuves du rejet de l’Autre.

Tous sont venus prendre part au petit commerce de la peur, de l’incertitude et des émotions.

Entre la camelote raciste et les bibelots xénophobes quelques stands de la gauche-ridicule proposent une longue canne en plastique pour une pêche aux canards tricolores, d’autres un petit tour dans des antiques et sales trains aux fantômes sadiques. “Freddy Krueger” président !

En embuscades quelques rabatteurs déguisés de bruns et ou de rouges proposent des tickets de réduction pour les voitures tamponneuses identitaires tout en indiquant que ceux-ci sont valables pour toutes les attractions à “sensations”. Montagnes religieuses & chutes vertigineuses garanties...

Les kermesses du mensonge sont toujours à leurs apogées quand tombe la nuit. Néons et éclairages s’entremêlent alors d’odeurs grasses et de saccharose rouge sang de la pomme d’amour de la haine en commun.

On aura presque autant rigolé qu’eu une putain de flippe en ayant failli vomir en sortant de la grande caravelle qui se balance violemment de gauche à droite en feignant toujours le tour complet. L'illusion d’une traversée en restant bien au sec. Quant au vent rien à faire il reste toujours aussi mauvais et pour cause, il ne souffle pas. La “pureté” de la pestilence et des miasmes seront donc garanties 100% stagnants.

Mais c’est l’heure de partir et on y reviendra ou pas.

Le problème c’est qu’on a plus une thune.

Tout est parti dans la machine à pince aux promesses.

Combien de temps faudra t-il pour percer à jour l’arnaque de ce plan foireux ?

De ceux qui s’amusent et s’engraissent des frayeurs enfantines, des angoisses sourdes et sombres, et le font toujours avec un goût de revenez-y.

Car en bons marketeurs ils entremêlent toujours l’abjecte à la sidération, le rire à la fascination morbide. Pour mieux vendre ce désir de fausse unité aux foules désagrégées par l’exploitation, et aux innombrables formes de misères.

Dont les ciments sont la réclusion et l’expulsion, le rejet par la “norme” ou la défense d’un confort précaire.

Le poker pour se “refaire”, comme une attente mystique d’un salut par la providence de sa petite démerde personnelle ou celle de l’attente mythique de l'homme droit dans “ses bottes”.

Face à la déréalisation qui semble totale nous est-il encore possible d’être confiant à l’heure du post-factuel ? Il n’est pas simple de dépasser le dégoût, et de constater le caractère répétitif et névrotique des “signes” du temps.

Si le rationalisme reste notre meilleure arme face au déchaînement du commerce des émotions qui polarise une dynamique d'évacuation de la domination de classe et de l’exploitation c’est aussi parce que nous ne sommes plus en capacité de structurer une vision globale. Aurions-nous évacué toute dimension totale et même utopique de nos engagements ?

Il en va de même de la dimension éthique, non comprise comme morale mais comme comme possibilité. Non comme praxis de l’alternative (1) mais comme historicité de la lutte et de la résistance collective. Non comme la somme des frustrations et des rancœurs des sectes spécialisées, mais comme abolition et dépassement.

Il s’agit d’une piste qui nous donnera peut-être la force de nous lever le matin de notre lit pour éviter de finir un soir par nous jeter sous les roues du wagon scénique de la foire aux fantômes.



Note

(1) La fameuse “utopie concrète” récupérée à toutes les sauces nationales-démocrates et éclatées.

jeudi 24 novembre 2016

L'antisémitisme contre la conscience de classe - (Extrait) de Günther Anders - Matériaux pour une émission (13)

L'antisémitisme contre la conscience de classe *
Matériaux pour une émission (13)

 
"L'un des principes de la politique du Führer national-socialiste était de faire disparaître toute trace de conscience de classe. Ils y sont arrivés, avec un succès effrayant, parce qu'aux millions de malheureux, victimes du "sys­tème", prolétaires au chômage et petits-bour­geois prolétarisés, ils ont offert un groupe d'hommes par rapport auxquels ils — je veux dire les prolétaires — pouvaient, non, devaient se sentir supérieurs, un groupe que, pour se défouler de la haine accumulée, ils pouvaient, non: devaient détester, un groupe qu'à leur tour, ils pouvaient, non: devaient traiter comme des victimes. Dans la langue de la poli­tique, "pouvoir" signifie toujours "devoir" ou "être obligé de". Dans mon livre Die molussische Katakombe [La Catacombe de Molussie], le principe de la dictature s'énonce ainsi: "si tu veux un esclave fidèle, offre lui un sous-esclave !" Plus encore : du fait que l'on accor­dait aux malheureux l'étiquette "d'aryens" refusée aux Juifs, ils s'en trouvaient carrément anoblis. Comme leur prétendue appartenance à la "race des seigneurs" leur donnait l'air d'être des seigneurs, ils oubliaient qu'ils n'étaient toujours que des esclaves. Pour leur procurer le sentiment d'être nobles, on avait besoin d'un repoussoir, de sous-hommes, c'est-à-dire de nous. Si nous n'avions pas existé, Hitler nous aurait inventés. C'est pour­quoi son antisémitisme n'était pas un attribut du national-socialisme parmi d'autres, mais le moyen de gagner le combat contre la con­science de classe et la lutte des classes. "

Extrait de : Et si je suis désespéré que voulez-vous que j'y fasse ? Günther Anders, Editions ALLIA 2001.


* Titre Vosstanie. 

Bien sûr ceci est valable pour tous les racismes ! « rassembler » en excluant. Diviser pour régner. Séparer pour exterminer.

mercredi 23 novembre 2016

Mais, au fond, qu'est-ce que la conscience de classe? * (Paul Mattick) - Matériaux pour une émission (12)

Mais, au fond, qu'est-ce que la conscience de classe? *


« Les réformistes n'avaient aucun principe à «trahir». Ils restaient ce qu'ils avaient toujours été, mais ils étaient maintenant contraints de sauver le système où leur pratique chérie pouvait se poursuivre. Il leur fallait réduire la révolution à une pure réforme pour être accord avec leur conviction profonde et, incidemment, pour assurer leur existence politique. La seule chose dont on peut s'étonner, c’est qu'il y ait eu tant d'ouvriers socialistes pour penser que les réformes ne seraient qu'une étape sur la voie de la révolution sociale, ou pour adopter cette idéologie. Au moment où l'occasion leur donnée de réaliser leur « mission historique », ils ne la saisissaient pas, préférant le « chemin facile » de la réforme sociale et de liquidation de la Révolution. Répétons une fois de plus qu'il n’y a pas là confirmation de la proposition de Kautsky et Lénine su l'incapacité de la classe ouvrière d'élever sa conscience de classe au-delà du trade-unionisme car la classe ouvrière allemande avec sa forte éducation socialiste était parfaitement apte à concevoir une révolution sociale pour renverser le capitalisme. D'ailleurs, ce n'était pas la « conscience révolutionnaire » que les intellectuels de la classe moyenne injectaient dans la classe ouvrière, mais leurs propres idées réformistes et opportunistes. Ils minaient ainsi la conscience révolutionnaire qui aurait pu y germer. Le révisionnisme marxiste, n'est pas né dans la classe ouvrière, c'est un produit de sa direction, pour laquelle syndicalisme et parlementarisme étaient des moyens suffisants pour réaliser un développement social progressiste. Tout simplement, il transformait une pratique historiquement restreinte du mouvement ouvrier en théorie du socialisme et, en monopolisant l'idéologie, il se montra capable d'influencer les ouvriers.



Pourtant, les ouvriers ne se montrèrent que trop enclins à partager les convictions réformistes de leurs dirigeants. Lénine y voyait une preuve suffisante de leur incapacité congénitale de développer une conscience révolutionnaire, ce qui les condamnait à suivre la direction réformiste. La solution était donc simplement de remplacer les dirigeants réformistes par des dirigeants révolution­naires qui ne « trahiraient » pas le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière. C'était donc une question de « direction correcte », c'est-à-dire de lutte entre intellectuels pour conquérir les esprits des ouvriers, de compétition entre idéologies pour obtenir le ralliement du prolétariat. C'est donc le caractère du parti qui est l'élément décisif dans le processus révolutionnaire même si le parti doit gagner la confiance des masses, leur faire reconnaître intuitivement qu'il représente leurs intérêts, intérêts qu'elles sont, par elles-mêmes, incapables d'exprimer sous forme d'action politique effective.



Simultanément, la différence entre classe et parti était vue comme une expression de leur identité, car le parti compense l'absence de conscience politique du prolétariat moins éduqué. Contrairement à la théorie marxienne pour qui ce sont les conditions matérielles et les relations sociales qui sont responsables de la montée d'une conscience révolutionnaire dans le prolétariat, la conception social-démocrate — réformiste ou révolutionnaire — estimait que c'étaient justement ces conditions qui empêchaient les ouvriers de reconnaître leurs propres intérêts de classes, de trouver la voie et les moyens de les faire triompher. Selon cette conception, les ouvriers sont bien capables de se révolter, mais pas de transformer leur colère en action révolutionnaire victorieuse et en changements sociaux significatifs. Là, ils ont besoin de l'aide des intellectuels de la classe moyenne qui font leur la cause des ouvriers, même si, ou parce que, les intellectuels ne partagent les privations de la classe ouvrière, ces privations qui, du point de vue marxien, transformeront les ouvriers en révolutionnaires. Cette notion élitiste sous-entend, cela va de soi, que, quoique les idées aient leur source dans les conditions sociales matérielles, elles n'en sont pas moins l'élément irremplaçable et dominant dans le processus de transformation sociale. Mais, en tant qu'idées, elles sont le privilège de ce groupe social qui, étant donné la division du travail, répond à ces exigences.



Mais, au fond, qu'est-ce que la conscience de classe? Si c'est reconnaître la position de chacun dans la société, elle est immédiate: le bourgeois sait qu'il appartient à la classe dominante, l'ouvrier que sa place est parmi les dominés et les groupes sociaux qui sont entre les deux ne se comptent ni dans l'une, ni dans l'autre des deux classes fondamentales. Il n'y a aucun problème aussi longtemps que les différentes classes adhèrent à une idéologie unique, c'est-à-dire à l'idée que les relations de classe existantes sont naturelles et dureront toujours, car elles sont l'expression d'une caractéristique fondamentale de la condition humaine. Or, bien entendu, les intérêts matériels des diverses classes divergent, ce qui conduit à des frictions sociales et à un conflit avec l'idéologie commune. Progressivement, on vient à reconnaître que cette idéologie est celle de la classe dominante, qu'elle défend l'arrangement social existant, qu'elle doit être rejetée lorsqu'elle prétend être l'expression de l'inévitable destinée de la société humaine. L'idéologie dominante doit donc disparaître avec l'extension de la conscience de classe dans la sphère de l'idéologie. Les différences d'intérêt matériel se traduisent en différences idéologiques et, de là, en théories politiques qui reposent sur les contradictions sociales concrètes. Ces théories politiques peuvent être tout à fait rudimentaires par comparaison à la complexité des problèmes sociaux, mais, néanmoins, elles représentent un changement par rapport à la conscience de classe pure et simple: elles débouchent sur la compréhension que les arrangements sociaux peuvent être différents de ce qu'ils sont. On est alors sur la route qui mène de la conscience de classe pure à la conscience révolutionnaire, celle qui voit que l'idéologie dominante ne règne que par la confiance mise en elle, et qui s'attache à découvrir moyens et chemins pour changer les conditions existantes. Si tel n'était pas le cas, alors aucun mouvement ouvrier ne pourrait naître et le développement social ne serait pas caractérisé par la lutte de classes.

De même que l'idéologie dominante ne suffit pas pour main­tenir les relations sociales existantes, mais que celles-ci doivent être aussi étayées par les forces matérielles de l'appareil d'État, de même une contre-idéologie n'est qu'une contre-idéologie si elle ne peut produire des forces matérielles plus puissantes que celles correspondant à l'idéologie dominante. S'il n'en est pas ainsi, la qualité de la contre-idéologie — qu'elle soit essentiellement intuitive ou qu'elle repose sur des considérations scientifiques — n'a aucune espèce d'importance, et pas plus les intellectuels que les ouvriers ne peuvent changer les relations sociales existantes. Les révolutionnaires peuvent être, ou ne pas être, autorisés à exposer leurs vues, selon la mentalité qui règne dans la classe dominante, mais quelles que soient les conditions, ils ne peuvent déloger cette classe par de simples moyens idéologiques. De ce point de vue, la classe dominante a tous les avantages puisqu'elle détient les moyens de production et les forces de l'État, ce qui lui permet de contrôler les instruments de diffusion et de perpétuation de sa propre idéologie. Comme cet état de fait persiste jusqu'au renversement réel du système social considéré, les révolutions doivent toujours se déclencher avec une préparation idéologique insuffisante. Bref, la contre-idéologie ne peut triompher que par une révolution qui met les moyens de production et le pouvoir politique aux mains des révolutionnaires. Tant que ce n'est pas accompli, la conscience de classe révolutionnaire reste toujours moins efficace que l'idéologie dominante. »

Extrait de Marxisme, dernier refuge de la bourgeoisie ? Paul Mattick, Éditions Entremonde 416 p. 2011.

* Titre de l'extrait Vosstanie.



lundi 21 novembre 2016

Du point de vue prolétarien - Matériaux pour une émission (11)

Du point de vue prolétarien.


Quelles sont les conditions de possibilité d'une connaissance de la réification? Quelle perspective peut déchirer le voile mystificateur de la "choséité"? A partir de quel point de vue peut-on découvrir le noyau social et humain derrière les formes réifiées de l'univers mar­chand?

Autour de cette problématique, Lukács avance quelques éléments pour une sociologie marxiste de la connaissance, qui, malgré leur caractère fragmentaire et non systématisé, pré­sentent le plus grand intérêt méthodologique. Son hypothèse fondamentale est "l'intime interaction entre la méthode scientifique qui naît de l'être social d'une classe, de ses nécessités et de ses besoins de maîtriser conceptuellement cet être, et l'être même de la classe (18)".

Par rapport à la réification, cela signifie que les différentes classes sociales ont une démarche cognitive distincte, et une capacité de compréhension différente du phénomène, de sa genèse et de sa structure. La capacité ou incapacité d'un économiste à dépasser l'immédiateté, la forme réifiée des rapports socio-économiques, ne découle pas de ses qualités individuelles, mais du point de vue de classe ("l'être social") auquel se rattache son interprétation de la réalité.


Pour Lukács, une science qui se situe du point de vue de la bourgeoisie ne peut pas percer à jour les formes réifiées; les limites de la pensée bourgeoise se situent déjà au niveau de sa problé­matique, des questions qu'elle pose ou refuse de poser. Les questions sur la naissance et la dispa­rition des formes capitalistes et du rapport marchand tendent à s'éclipser de l'horizon intel­lectuel qui correspond à l'être social de la bour­geoisie, dans la mesure où pour celle-ci "le monde réifié apparaît [... ] comme le seul monde pos­sible (19)". La pensée bourgeoise se heurte ainsi à une barrière infranchissable, par son refus d'envi­sager l'historicité de l'ordre des choses existant, considéré comme immuable et régi par des "lois naturelles". La conscience de classe de la bour­geoisie, qui est liée à la situation objective de la classe, tend à l'occultation de la réalité "dès l'instant où surgissent des problèmes dont la solution renvoie au-delà du capitalisme (20 )".

Cela ne signifie nullement qu'il faudrait faire tabula rasa de la pensée bourgeoise, de l'ignorer comme une "erreur", dépourvue de valeur cogni­tive, ou de la rejeter comme une "idéologie préscientifique". Malgré son caractère unilatéral, la science produite par les grands penseurs origi­naux de la bourgeoisie (qu'il faut distinguer des épigones, éclectiques et apologistes) est, d'après Lukács, "un moment nécessaire dans l'édifice méthodologique de la connaissance sociale (21)", D'autre part, la pensée bourgeoise peut atteindre une vision claire de problèmes particuliers, de certaines connexions de faits économiques, sans pour autant pouvoir dépasser certaines limites précises dans la compréhension de la totalité du mouvement social et historique (22).

Paradoxalement, Lukács n'essaye pas de découvrir les racines sociales du courant néo-romantique, et ne pose pas la question du point de vue de classe des sociologues allemands dont il s'inspire: Tönnies, Simmel, Weber, etc. Il y a dans Histoire et conscience de classe une référence intéressante au romantisme anticapitaliste (le terme n'apparaît pas encore), à propos de Sismondi et de Carlyle: les deux sont décrits comme auteurs d'une analyse du capitalisme et de la bourgeoisie d'un point de vue "féodal et réactionnaire", mais en même temps éclairant et critique.

L'oeuvre de Sismondi constitue aux yeux de Lukács la première reconnaissance de la vraie problématique du capitalisme — malgré ses buts réactionnaires. Quant à Carlyle, il est pour lui un des auteurs qui ont décrit, de la façon la plus vigoureuse, "l'inhumanité, l'essence tyran­ nique et destructrice de toute humanité inhérente au capitalisme", même si son opposition de l'"organicité" du passé à la réification moderne a — comme chez les romantiques en général — un caractère "nettement réactionnaire"(23).

Lukács n'essaye pas de rattacher les sociolo­gues allemands du tournant du siècle à ce courant (il le fera plus tard, mais de façon très schémati­que et négative, dans la Destruction de la raison, (1953); au contraire, il se contente de classer Simmel sommairement sous l'enseigne "pensée bourgeoise"; il reconnaît, néanmoins, qu'il appartient à une catégorie à part: celle des penseurs qui ne veulent pas nier ou camoufler le phéno­mène de la réification, "qui ont même vu plus ou moins clairement ses conséquences humaines désastreuses", mais qui ne vont pas au-delà de la simple description, qui restent au niveau des formes extérieures d'apparition (par exemple l'ar­gent), et surtout, qui envisagent la réification comme un fait intemporel, comme le fait par exemple Simmel dans la Philosophie de l'argent (1900), livre que Lukács juge "très pénétrant et intéressant dans les détails (24)". Après sa dé­monstration vigoureuse de l'impossibilité de saisir, du point de vue de la bourgeoisie, le phénomène de la réification (et encore moins de le critiquer comme inhumain) comment Lukács explique-t-il l'apparition d'une pensée "bourgeoise" comme celle de Simmel ? En réalité, la problématique de Simmel est étroitement liée au courant anticapi­taliste romantique, qui exprime les aspirations, critiques et conceptions de couches précapitalistes, (non bourgeoises) comme par exemple le mandarinat universitaire allemand traditionnel, menacées par le développement vertigineux du capitalisme industriel en Allemagne. L'incapacité ou le refus d'analyser les bases socio-historiques de la science sociale allemande du tournant du siècle — c'est-à-dire d'une des principales source de sa propre pensée — est une des limitations) plus évidentes de la sociologie de la connaissance esquissée par Lukács dans Histoire et conscience de classe. A ce propos, le silence sur Max Weber est caractéristique: la justesse, la pertinence et l'intérêt de certaines de ses analyses du capitalisme, de la réification ou de l'État moderne sont, soulignés à plusieurs reprises par Lukács, sans qu'il essaye de poser la question du point de vue de classe du maître de Heidelberg. Ce silence résulte, à notre avis, du modèle dychotomique utilisé par Lukács, qui tend à considérer la bourgeoisie et le prolétariat comme les seules classes capables de développer un point de vue globalisant (totalisateur) sur la réalité sociale, modèle à l'intérieur duquel la science de Max Weber, avec ses étranges convergences avec le marxisme, est rigoureusement "inclassable" (25).

On sait que dans la Destruction de la raison (1953) — un ouvrage marqué par l'empreinte du stalinisme —, Lukács va condamner Max Weber, Simmel, Tönnies, Dilthey, etc., au purgatoire des penseurs "irrationalistes", involontairement pré­curseurs du fascisme. Par contre, en 1966, dans une conversation avec Abendroth, Kofler et Holz, le vieux Lukács "poststalinien" affirmera: "au­jourd'hui il ne me déplait pas d'avoir appris les premiers éléments de la science sociale chez Simmel et Max Weber, plutôt que chez Kautsky. Et je ne sais pas si l'on ne pourrait pas dire que pour mon évolution cela a été une circonstance favorable (26)." En effet, comme il le reconnaît lui-même, implicitement la contribution de la sociologie allemande critique du début du siècle a été mise à profit par Lukács pour combattre le courant néo-positiviste, évolutionniste et teinté d'économisme, qui dominait la doctrine officielle de la IIe Internationale, et pour façonner sa propre interprétation historiciste-révolutionnaire du marxisme.

 Si, du point de vue de la bourgeoisie, on ne peut pas déchirer le voile de la réification et si les penseurs comme Simmel restent au niveau de la surface, de quel point de vue de classe la com­préhension authentique de la réalité sociale capi­taliste et la dissolution des formes réifiées est-elle possible? Dans Histoire et conscience de classe Lukács attribue au point de vue du prolétariat la possibilité objective d'accéder à la compréhension de la totalité sociale et à la connaissance du substrat réel derrière les multiples figures de la réification. Pourquoi ce privilège épistémologique pour la perspective prolétarienne? Précisément parce que dans le prolétariat la réification atteint son paroxysme, sa forme la plus complète et la plus radicale: contrairement au capitaliste, qui a l'illusion d'une activité autonome, l'ouvrier est explicitement réduit à l'état de pure marchandise, à une pure quantité, à un pur objet du processus de production. Cependant, il tend à résister à cette réification totale, tout d'abord dans la mesure où il ressent les différences quantitatives du temps de travail — simple chiffre calculable pour le capitaliste — comme des "catégories décisives et quantitatives de toute son existence physique, mentale, morale, etc. (27)." Lukács ne développe pas cette remarque, mais elle permet précisément de comprendre pourquoi la revendication de la journée de travail de 8 heures a eu une place tellement importante dans la genèse du mouvement ouvrier organisé moderne. A partir de cette première résistance à la quantification et "chosification" de sa force de travail, c'est sa propre condition de marchandise (et, par la suite, selon Lukács, l'ensemble du système réifié) qui se trouve mise en question par le travailleur: "En se manifestant, l'objectivité spéciale de cette sorte de marchandise qui, sous une enveloppe réifiée, est une relation entre hommes, sous une croûte quantitative, un noyau qualitatif vivant, permet de dévoiler le caractère fétichiste de toute mar­chandise, caractère fondé sur la force de travail comme marchandise (28)." La reconnaissance que les formes d'objectivité sociale ne sont pas des choses mais des relations entre hommes aboutit à leur complète dissolution en processus: la "choséité" (Dinghaftigkeit) du capital se dissout dans le mouvement de sa production et reproduc­tion par le prolétariat; qui apparaît maintenant comme le véritable sujet de ce processus (29). Nous ne pouvons pas, dans le cadre de cet essai, examiner les diverses implications et problè­mes soulevés par cette thèse de Lukács; nous nous limiterons à remarquer qu'elle pourrait faci­lement conduire à un réductionnisme socio­logique, par exemple en identifiant la connais­sance objective de la réification avec la conscience de classe empiriquement donnée du proléta­riat. Lukács essaie d'échapper à ce danger en sou­lignant que le point de vue du prolétariat offre seulement la possibilité objective d'une con­naissance plus adéquate de la société capitaliste et de ses formes réifiées(30). Le zugerechnetes Bewusstsein, la conscience de classe "adjugée", ou, pour employer le terme proposé par Lucien Goldmann, la conscience possible du prolétariat, qui dissout la pétrification réifiée, n'est pas l'ensemble des pensées empiriquement vérifiable dans la classe ouvrière à un moment donné, mais l'expression rationnelle adéquate des intérêts objectifs de la classe (31). En d'autres termes: le privilège épistémologique (le terme n'est pas de Lukács) attribué au prolétariat par rapport aux autres classes sociales ne signifie nullement que toute connaissance qui se situe dans le camp du mouvement ouvrier est plus adéquate — sinon comment expliquer que Simmel et Weber étaient à certains égards préférables à Kautsky? —, mais uniquement que le point de vue prolétarien ouvre la possibilité d'une connaissance qualitativement supérieure.


Extrait de Marxisme et romantisme révolutionnaire (essais sur Lukács et Rosa Luxemburg) de Michael Löwy. Editions le Sycomore 1979.

NOTES


(18)HCC, p. 135.

(19) HCC, p. 140,

(20) HCC, p. 77.

(21) HCC p. 205.

(22) HCC, p. 261.

(23) HCC, pp. 57, 173, 235, 260.

(24) HCC p.123.

(25) HCC, p.83 Pour une esquisse d'analyse de la vision de Max Weber et de ses liens complexes avec l'anticapitalisme romantique, voir notre ouvrage Pour une sociologie des intellectuels...pp.44-51.

(26) Conversazioni con Lukacs, di Wolfgang Abendroth, Hans Heinz, Leo Kofler, De Donato Editore. 1968. p 122.

(27) HCC, pp. 207-208.

(28 ) HCC. p. 211.

(29 HCC. p. 224; Geschichte und Klassenbewusstsein, p. 366.

(30) Sur la différence entre le concept de possibilité objective chez Max Weber et chez Lukács, voir Arato, op. cit., pp. 62-63.




jeudi 17 novembre 2016

Cette "conscience" qu'on prétend éveiller - Matériaux pour une émission (10)

Cette "conscience" qu'on prétend éveiller *

Le récit socialiste du sujet “conscient” et de sa “mission”

Matériaux pour une émission (10)


Le sujet de l'histoire est conscient de son mandat; au contraire de la classe ennemie qui va, inconsciente, à la ruine, il connaît son « rôle » historique. Le dernier coup d’épaule qui entraînera la chute du système maudit exige que le sujet ait «pleine conscience» du grand récit dont il va jouer le dernier acte, conscience du fait qu’il « dépend de son seul effort» de faire advenir le bonheur dans le monde (601). Le « salut» de tous, lui redit-on, ne dépend que de lui. La conscience, conscience de la domination subie et conscience de sa force historique, conscience que l’heure de la délivrance va « sonner », le libère de sa « passivité », car « cet état social ne croulera définitivement que lorsque ceux qui le supportent auront pris conscience qu’il ne se maintient que par leur passivité à le supporter (602) ». Seule l’ignorance, l’inertie perpétuent le mal social. La prise de conscience lui garantit la victoire, elle lui promet que «l’avenir lui appartient».

Dans la topique du sujet de l'histoire, c’est surtout le récit socialiste du mandat au prolétariat d’émanciper l’humanité qui est revenu en des variations infinies pendant plus d’un siècle: « Il dépend du seul effort de la classe ouvrière de faire pour tous une vie plus douce et plus belle (603) » La transformation de la société dépend de la prise de conscience du prolétariat, «le prolétariat qui est, en ce XXe  siècle, la classe la plus nombreuse et la seule qui peut affranchir l’humanité (604)  ». Mais, dans ce récit, la masse prolétarienne n’est pas encore venue à la conscience de son «rôle ». Il s’agit donc de donner à cette classe, opprimée et passive mais qui a mission d'agir, d’émanciper tous les êtres humains, la conscience de cette mission. L’affaire du parti est de « réveiller» la conscience des masses, de «faire la lumière » dans leurs cerveaux, de mobiliser « l'armée des prolétaires et des déshérités qui, ayant conscience de sa force et de son rôle dans la société, devra un jour marcher à l'assaut des privilèges (605) ». « La besogne quotidienne des socialistes est de préparer [les prolétaires] à la mission historique qu'ils ont à accomplir (606) » Les masses salariées — si elles forment le prolétariat en droit et en potentiel — n’incarnent pas vraiment le prolétariat, lequel ne saurait être amorphe et mystifié, c’est le militant finalement qui assumera le mandat tombé des mains des masses: j'y reviens plus bas. Le fameux slogan de Jules Guesde, répété pendant trente ans, résumait ce thème: «PLACE AU PROLÉTARIAT CONSCIENT ET ORGANISÉ (607) »

Cette conscience qu'on prétend éveiller dans la classe exploitée n’est pas une volonté héroïque et libre car revoici la logique déterministe: elle est le « reflet» des contradictions du capitalisme et de l’imminence de son effondrement. Si la conscience, comme on le constate, grandit dans les masses, c’est que la lutte finale approche. « Rôle » dit bien ceci: la pièce est déjà écrite, il reste à la jouer.

À ces propositions vient s'articuler l'idée que le sujet (ou le militant qui l'incarne), désintéressé, ne convoite pas le pouvoir pour lui-même et ne cherche dans l'accomplissement de sa mission que le bien commun de l'humanité. Comme la phraséologie socialiste le figera, il «n’a d’autre but que —». L’histoire lui tend un miroir avantageux, comment ne pas admirer un homme « n'ayant pour but que les services à rendre à l'humanité sans nul espoir de récompense personnelle (608) »? Plein d'amour pour l'humanité, il n’a personnellement à attendre des puissants et des ignorants que les outrages, la persécution, « son unique profil, c’est la haine aveugle des imbéciles (609) ». Il se sacrifie pourtant pour l'affranchissement de ces esclaves qui l'injurient. Il rêve d'une société de justice et de fraternité, on le hait et ceci, au fond, est juste. Il veut venger les faibles et apporter le bonheur aux hommes, les scélérats et les sots le haïssent, quoi de plus normal ? L’insulte, la calomnie, c'est le sort de ceux, qui, dans une société égoïste, «désirent ardemment le bien de l'humanité». Vers 1848, la réminiscence du Christ, mort entre deux voleurs pour le salut des hommes, est explicite (610). On traite le socialiste en criminel, il lui reste l'ironie amère «dites-nous si c’est criminel de vouloir le travail pour tous (611)! », «si c'est être des malfaiteurs que de vouloir la fin de la misère, de l'ignorance, des guerres (612) ».

L'agent de l'histoire est dévoué, courageux, désintéressé (face à l’adversaire cupide et dépravé), conscient (au milieu de l’ignorance répandue par les séides de la réaction), impavide devant les persécutions, devant les menaces. Ces persécutions sont son honneur. Plus les dominants l’insultent, le calomnient et le combattent, plus il est confirmé dans le fait qu’il suit la juste voie. Même pour plus tard, après la victoire, il ne prétend à aucune récompense, il « aspir[e] au bonheur pour tous les hommes », mais il ne rêve que de se fondre dans une société égalitaire (613). « Les Égaux ne reconnaissent point de maître. Toute domination leur est odieuse. Donc nous ne voulons point être rois», assurent les babouvistes de 1840. De même, plus tard, le prolétariat n'allait exercer sa dictature qu’en vue, dès que possible, de « s’abolir lui- même en tant que classe » et se fondre dans un bienveillant et immuable Arbeitsstaat.

La mission du sujet entraîne deux corrélats topiques: le consentement au martyre et la certitude de vaincre. Pour voir « ne fût—ce qu'un jour seulement avant de mourir» une société égalitaire, il assure être prêt à donner sa vie (614). Le sujet de l'histoire est légitimé par sa vision de l'avenir, elle le possède littéralement; elle le rend invulnérable et il est guidé par elle dans les tribulations. Ce sont des matérialistes proclamés (très condescendants à l’égard des vieilles barbes idéalistes de 1848) qui rediront aux leurs la métamorphose spirituelle qu’ils ont subie: « Les hommes qui ont compris, qui ont senti toute la beauté de cet âge d’or, de cet Eden dont l'éclat illumine notre avenir, ne peuvent pas ne pas consacrer toutes les forces de leur être à en hâter l’avènement.»

Peu à peu, au tournant du XX‘ siècle, le mandat historique de «préparer la révolution» glisse des mains de la masse prolétarienne pour devenir la mission du seul Parti, évolution qui préfigure le léninisme. Le militant est, certes, un « apôtre » qui doit-chercher à éveiller dans les masses les idées révolutionnaires, mais il doit se rendre à l’évidence: les masses ne répondent pas, en leur majorité, à l’appel de l’histoire. Elles demeurent assoupies dans leur «torpeur» résignée. La conscience leur fait défaut et aussi, ajoute-t-on, la «virilité». Ce sont les révolutionnaires conscients qui sont alors appelés à jouer le rôle d’accoucheurs du grand renouveau social et il convient de leur faire sentir leur supériorité sur les «masses amorphes» pour lesquelles ils se dévouent sans compter (617) . La propagande des partis passe ainsi à la dévolution du «rôle historique » au seul parti « de classe » (618) . J’ai étudié ce glissement, cette dévolution de tâche au Parti dans mon essai La propagande socialiste, au chapitre V. Dès le romantisme encore un coup, le grand rôle historique est non le fait des masses déshéritées au nom desquelles on agit, mais d’une «poignée d’hommes ardents et convaincus », une poignée d’élus conscients des lois de l’histoire; le blanquisme des « minorités agissantes » sera la traduction tactique et barricadière de cette vision (619).

Le militant révolutionnaire, ré-incarnation du sujet de l’histoire, est conscient de la grandeur de sa tâche, d’autant plus conscient qu'il s’auto-représente désormais en contraste avec les masses, veules et inconscientes. Ce n’est donc plus la condition économique qui fait le prolétaire, c’est la «conscience ». Les militants «ardents», « convaincus », forment une « élite » de «vaillants», une avant garde de «hardis pionniers » de l’Idée, «l’élite consciente du mouvement ouvrier» qui, le grand soir venu, entraînera cette arrière-garde désorganisée que sont les masses (620). La complaisance avec laquelle le socialisme fait l’éloge de ces «sentinelles avancées » qui ont «pris en mains» la cause des masses entretient un orgueil d’autant moins suspect qu’il est légitimé par l'esprit de sacrifice (« une poignée d'hommes prêts du jour au lendemain à sacrifier leur existence pour briser le pouvoir de la bourgeoisie (621) ») et par l'énergie investie, la résolution «virile », contrastée à «la veulerie et la bestialité des masses » (622)  et à la dégénérescence jouisseuse des ennemis de classe. « Nous sommes révolutionnaires, écrit le doctrinaire anarchiste Élisée Reclus, parce que nous voulons la justice et que partout nous voyons l’injustice régner autour de nous. [...] Contre l'injustice, nous faisons appel à la Révolution (623)  »

Il y a un immense bénéfice psychologique à avoir tout sacrifié pour se ranger avec abnégation du côté des «combattants du droit, [des] assoiffés de justice et de solidarité entre les humains 624  », puisqu’on se voit reconnaître la perfection morale de ceux qui « n’ont d’autre soucis que le bien être humain (625) ». Le militant a choisi le bon camp, des ennemis innombrables mais moralement disqualifiés l‘assaillent; impavide il lutte, il vainc ou succombe. «Nous ferons la guerre à toutes les injustices, à toutes les turpitudes, à toutes les palinodies, les yeux toujours fixés sur cet idéal de bonheur que nous entrevoyons (626). » Le militant, incarnation finale du sujet historique, est habité d’une foi qui fait de lui un «combattant du droit» héroïque mais surtout désintéressé. «Il croit en l’Avenir, en la transformation de l’ordre capitaliste. Le scepticisme décourageant qui ronge l’âme bourgeoise ne l’atteint pas. Il veut vivre et lutter pour voir la joie du monde (627). » Le militant peut être vaincu — il n’importe puisque l’histoire lui garantit la victoire de son idéal. « Si nous succombons, écrit le vieux leader allemand August Bebel dans son grand ouvrage féministe Die Frau, nous tomberons avec la conscience d'avoir fait notre devoir d’homme et avec la certitude que notre but sera atteint, quels que puissent jamais être les efforts des puissants, hostiles aux progrès de l'Humanité (628). »

Le discours révolutionnaire institue ainsi un sujet d'une abnégation totale, un être au service d’une cause telle que sa gloire est de se nier soi-même, immunisé contre toute accusation d'égoïsme, dévoué, trop dévoué (fatalement un jour imbu de l'arrogance de se sentir meilleur): «Nous faisons cette révolution au nom de la solidarité humaine, au nom de la liberté violée, de la conscience opprimée, de la raison proscrite, de la justice bannie, au nom de l'autonomie et des droits imprescriptibles de l’homme jusqu'ici niés et méconnus (629) »

S'il est issu, comme il arrive fréquemment, de la classe privilégiée, le militant demande au moins que les déshérités l'accueillent et l'entendent, au nom du sacrifice de son confort qu'il a fait par amour de l'humanité. «Écoutez-moi, demande un fouriériste aux ouvriers, car j'ai eu ma place marquée au banquet des élus, et je l'ai quittée volontairement par dégoût des convives et parce que je n'ai pas osé être heureux en face des souffrances de mes frères (630 ). »

La représentation du sujet est ainsi une sorte de poupée russe, il y a l'humanité, sujet de l'histoire; puis on trouve le prolétaire, mandaté pour y jouer le dernier rôle, puis on aperçoit le militant, avant-garde consciente - et même dans cette avant-garde, il ne faut peut être compter que sur ceux qui suivent la ligne, ceux qui «acceptent la thèse du collectivisme intégral», c'est-à-dire «les véritables socialistes (631) ». La logique des discours de lutte est fatalement élitiste.

Plus encore que dans la propagande socialiste, le sentiment de supériorité morale de l’anarchiste, conscient et résolu, éclate dans son discours. L’ignorance des masses « moutonnières » qui se laissent tondre, la foule stupide, la jobardise du « brave ouvrier votard », le « troupeau veule » des socialistes parlementaires lui inspirent un mépris universel qui ne cherche pas à se dissimuler. Minorité décidée, l’anarchie, en dépit des persécutions, sait qu'elle possède la vérité. Les persécutions au contraire garantissent que celui qui fait profession d’anarchisme est vraiment habité par l'esprit de révolte. L’anarchiste se consacre à la propagande, à l’ « éducation » car il «importe de grossir l’avant garde » qui « prépare la route à l'immense armée », mais il n'attend vraiment le salut que des seules « minorités agissantes » qui entraîneront, le jour venu, la masse indécise. « Les changements sociaux, pose Jean Grave, ne peuvent être le fait que de minorités agissantes en avance sur la moyenne (632) » Compte-il vraiment d'ailleurs sur une révolution « entreprise par une masse qui non seulement ne possède ni idéal ni héroïsme, mais encore a une mentalité capitaliste (632) » ? Nullement, il peut s'en passer. « Que restera-t-il à mettre en ligne de bataille au jour venu ? Une petite masse consciente, intelligente, énergique (634). » Il est fortifiant de se savoir une poignée d’individus « qui portent au cœur la haine du présent douloureux et l'amour du consolant avenir (635)». L’anarchiste est un déclassé, un en-dehors, un révolté, un réfractaire, un homme libre parmi les ilotes — et c'est sa gloire. On n'est pas révolutionnaire parce qu’on a la carte d'un parti prétendu tel, entre deux piteuses campagnes électorales, on l’est par tempérament: chez les compagnons, la révolution, des affaire d'en avoir ou pas.


Extrait de Le marxisme dans les grands récits. Essai d’analyse du discours  de Marc Angenot.  Presses de l'Université Laval. 2005. p. 275-280

NOTES

* Titre et sous-titre Vosstanie

601. Le combat (Allier), 10 février 1907, p. 1.
602. Jean Grave, Réformes, révolution, Paris: Stock, 1910, p. 85.
603. Éditorial de P. Constans, Le Combat (SFIO, Allier), 10 février 1907, p. 1.
604. Le socialiste, 24 novembre 1907, p. 1.
605. La bataille (Belgique), 8 décembre 1889, p.1.
606. Ch. Vérecque, La défense (Troyes), 22 mai 1908, p.1.
607. L’égalité, 12 février 1889, p. 1.
608. Adolphe Alhaiza, Historique de l'école sociétaire fondée par Charles Fourier. Suivi d'un résumé de la doctrine fouriériste, Paris: la Rénovation, 1894, p. 7.
609. Étienne Cabet, Système de fraternité, Paris: «Le Populaire», 1849, p.180.
610. Louis Blanc, Le catéchisme des socialistes, Paris: «Nouveau monde», 1849, p. 50.
611. Blavet, Renaissance (anar), 14 janvier 1896, p. 1.
612. Faure, Libertaire, 22 novembre 1895, p. 1.
613. V.-Adolphe Bonthoux, L’évangile socialiste. Volume I: la question économique, Paris Giard & Brière, 1912, p.18.
614. Brissac, Question sociale, avril 1892, p,153.
615. André Girard, Anarchistes et bandits, Paris: Temps nouveaux, 1914, p.22.
616. Parti ouvrier, 5 février 1889, p.l.
617. Frédéric Stackelberg, Vers  la société communiste, Nice: Au Droit du peuple, 1909, p. 15.
618. Almanach du Parti ouvrier 1892, p. 17.
619. Jean journet, Cri de délivrance. Intronisation du système harmonien sur le globe, Paris: Charpentier, 1846, p. 5.
620. Germinal (Amiens, anarchiste), le juin 1907, p. 1.
621. H. Galiment, Le Prolétariat (possibiliste), 11 octobre 1890, p. 1.
622. Grégorieff, La Cité (Toulouse, SFIO), 3 février 1907, p.1.
623. Almanach de la Révolution 1903, p.9.
624. Jean Allemane, Le Parti ouvrier (possibiliste), 2 janvier 1890, p.1.
625. Procès des anarchistes de Vienne, St-Etienne: Ménard, 1890, p. 1.
626. Le defi, 3 février 1884, p. 1.
627. Tribune socialiste (Bayonne), 23 août 1908, p. 1.
628. August[e] Bebel, La femme dans le passé, le présent et l'avenir, Paris: Carré, 1891. Traduit de l’allemand, p. 373.
629. Le Travailleur socialiste (Bordeaux, socialiste-révolutionnaire), n“° 1, 1890, p.1.
630. A. Toussenel, Travail et  fainéantise programme démocratique, Paris: Bureau du «Travail affranchi», 1849, .p 1.
631. Sixte quentin, Comment nous sommes socialistes (Encyclopédie socialiste, Vol.6), Paris: Quillet, 1913, p. 38.
632. jean Grave, Réformes, révolution, Paris: Stock, 1910, p.86.
635. Temps nouveaux, 2 septembre 1911, p. 2.
634. Ibid.
635. S. Faure, Libertaire, 16 novembre 1895, p.1.