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En ce moment : Emission EC=1 / Exercice de critique à partir de l'actualité (1)

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samedi 17 novembre 2018

[À PARAITRE] Quand le "peuple" est populaire... / Vosstanie Editions

- À PARAITRE -

 Quand le "peuple" est populaire... 



 VOSSTANIE ÉDITIONS - Février 2019 

Le Portugal, Agone, Raquel Varela et le "peuple" 

-

 "Quand j’entends parler de peuple, je me demande ce qui se trame contre le prolétariat " Karl Marx

Esthétiquement c’est comme du branché tradi ou du néo-routier, un peu comme cette mode des troquets et des comptoirs en faux formica qu'investissent les petits - bourges pour se donner des airs canailles et “peuple”.

Le «peuple» masse indistincte et informe, malléable et dominée.

jeudi 15 novembre 2018

Si je devais une fois pour toutes - Point de vue image de classe (24)

Si je devais une fois pour toutes
Point de vue image de classe (24)


On a reçu ça ce matin

*

Contre les ados qu’tu veux faire marcher
d'un nouveau pas bien cadencé

Dans ton école startup-zonzon
ou pour trimer pour ta gueule-nation

Contre ta grande guerre qu’on commémore, entre bouchers et généraux

Ta ville pourrie toute effondrée de tes placements sécurisés

Contre tes dégueulis surtaxés que tu balances sur RMC
contre tout les “assistés”

Contre tes peurs de l'Étranger
qu’tu laisses éternellement déambuler
sur tes plages clean de barbelés

Contre tes déchets qu’tu veux cacher
sous mes pieds ou bien très loin là-bas...
chez l’Étranger.

Contre mon cul qui te fait chier 
et ma couleur bien trop foncée

Moi, j’en veux pas d'ton monde de Chefs
que tu vénères à en bouffer
à toutes les heures télévisées

Perdre ma vie à t'engraisser
et puis encore recommencer

J’te jure pour ça, je vais m'bouger

Et ce jour-là tu peux me croire
ton gilet jaune, tu vas l’manger
avec une pompe emazoutée

C’est ton petit monde qui m'fait gerber

 Ton ressentiment ça fait pas un projet !

La “société” et  le “système” ils s’occuperont
de l’avaler

D’le recycler pour continuer
que t’accumules à en crever

Un jour p’tet bien il arrivera
des gens comme moi !

Qu’on appelait prolétariat!
Et ce jour là tu peux me croire

Ya pas que ta bagnole 
qu’on retournera...

                              
                             Anonyme





mardi 6 novembre 2018

[EN TÉLÉCHARGEMENT] Pour une critique de l'Idéologie Boulangère (2e édition PDF)

Pour une critique de
l'Idéologie Boulangère
Décroissants de la brioche et une Rolls! 
 2ème édition revue et augmentée

https://www.mediafire.com/download/v8xn7cyr9l52eo6

2ème édition revue et augmentée 


ÉPIGRAPHE

La société capitaliste contemporaine lèse les intérêts de l'intelligentsia, que celle-ci soit ou non partie prenante du système et en outre l'humilie en la plaçant sous la dépendance des capitalistes. Ressentant son humiliation, l'intellectuel se rebiffe et va s'adresser aux esclaves du travail manuel, toujours prêts à se rebeller, en s'efforçant de leur prêcher la révolution, [...] lorsque le progrès bourgeois stagne. Cependant, comme il ne souffre pas pour les mêmes causes, ni de la même manière que l'ouvrier il ne propose à celui-ci que des plans de lutte tels qu'ils permettent d'éliminer immédiatement les causes de son propre mal, sans pour autant apporter quoi que ce soit au «camarade » ouvrier qui le suit, mis à part la promesse d'un meilleur avenir. Les exigences qui ont mû les ouvriers sont toujours inévitablement remises, par l'intellectuel, à plus tard, laissées de côté, pour le « futur ».
Jan Waclav Makhaïski


Mais, de même qu’il y a des besoins corporels dont tout un chacun peut et doit s’occuper par lui-même, il existe aussi des objets du savoir qu’il est indispensable que tous connaissent et qui ne ressortissent, pour cette raison, à aucune science spécialisée particulière. La faculté de penser humaine est un objet de cette espèce : la connaissance, l’entendement, la théorie qui s’y rapporte ne peuvent être abandonnées à aucune corporation.



*

« Quand la dernière solution à la mode proposée, et prônée, n'est autre que d'être un animateur à mégaphone, un boutiquier alternatif équitable ou un épicier radicalement bio et autogéré;

Quand la frugalité, l'éloge de la « simplicité volontaire » et les traités « Maussiens » sur le renoncement au quantitatif s'affichent dans de nombreuses librairies radicales, c'est que la soumission à l'ordre dominant s'annonce des plus fantastique.

L'éloge du qualitatif dans la société capitaliste n'est ni plus ni moins que le retour de l'Homo - œconomicus qui revient par la fenêtre!

L'audience des discours, leurs diffusions, n'est pas sans nous faire penser que le prochain « serrage de ceinture » sera pour le prolétariat ! Qui, c'est bien connu, ne s'achète que des écrans plasma avec ses 900 euros.

Il n'y a qu'un pas pour penser que l'idéologie qui vient est toujours l'idéologie de la classe ascendante, c'est à dire celle qui annonce la prochaine offensive contre les exploités
».

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Compil de textes Vosstanie 120p.

lundi 5 novembre 2018

Le prolétariat comme objet et appendice du capital ? - Matériaux pour une émission (22)

Le prolétariat comme objet 
et appendice du capital ? *


L'analyse marxienne du rapport entre travailleurs salariés et capitalistes et de la constitution des valeurs et des formes de conscience des travailleurs ne se borne naturellement pas à l'étude de la sphère de la circulation. Bien que les travailleurs salariés soient les possesseurs d'une marchandise, donc des « sujets » dans la sphère de la circulation, pour Marx ils sont aussi, dans la sphère de la production, des « objets », des valeurs d'usage, des éléments du procès dc production. C'est cette détermination simultanée par les deux sphères qui définit le travail salarié. Nous avons noté la double détermination implicite que Marx donne de l'individu constitué dans la société capitaliste : comme sujet et comme objet d'un système de contraintes objectives. Que le travailleur soit à la fois sujet (propriétaire de marchandise) et objet (du procès de production capitaliste) représente l'extension concrète, la « matérialisation », de cette double détermination. Tout traitement adéquat de la compréhension que Marx a du développement de la conscience des travailleurs devra partir de ces deux moments, de leurs interactions et de leurs transformations historiques. (1)

(1)  De ce point de vue, mon interprétation de Marx est très différente de celle de Georges Lukács. Dans son étude sur la conscience de classe du prolétariat, Lukács part de l'idée que les travailleurs ne deviennent conscients de leur existence dans la société que lorsqu'ils sont préalablement devenus conscients d'eux-mêmes comme marchandises (voir « La réification et la conscience du prolétariat » in Histoire et conscience de classe, Minuit, 1960, p. 210 et suiv.). À la différence de Marx qui considère les travailleurs à la fois comme des objets et des sujets lorsqu'il les analyse en tant que marchandises et en tant que propriétaires de marchandise (Le Capital, livre I, p. 188), Lukács fonde la possibilité de la conscience de soi et de la subjectivité oppositionnelle ontologiquement c'est-à-dire en dehors des formes sociales. L'analyse catégorielle de Marx cherche à saisir la spécificité historique et le développement de la conscience des travailleurs par rapport à l'interaction et au développement de plusieurs dimensions sociales du capitalisme. Marx analyse les formes de conscience qui, tout en transformant la société capitaliste, restent dans son cadre, et suggère les déterminations de celles qui renvoient au- delà de cette société. Or Lukács abandonne, en ce qu'elle a d'essentiel, l'analyse catégorielle des formes déterminées de subjectivité lorsqu'il traite de la conscience du prolétariat. A partir de sa notion de « conscience de soi de la marchandise », il tente de déployer une dialectique abstraite du sujet et de l'objet, qui, d'une conscience de soi de leur existence sociale en tant qu'objets, dérive la possibilité de conscience de soi des travailleurs en tant que sujets historiques (voir « La réification et la conscience du prolétariat », p. 210 et suiv.). La différence entre ces deux approches est liée à la distinction, déjà mentionnée, entre l'analyse que Marx fait du concept hégélien de sujet-objet identique en termes de structure des rapports sociaux (le capital) et l'identification que Lukács fait de ce même concept avec le prolétariat. Alors que la théorie de Marx fonde socialement l'opposition sujet-objet, la version raffinée de la critique sociale du point de vue du « travail » qui est celle de Lukács reste inscrite dans la problématique sujet-objet. Lukács considère le capitalisme comme une forme d'« objectivité » sociale qui dissimule en son cœur les rapports humains « réels » et conçoit l'abolition du capitalisme en termes de réalisation du Sujet historique. Il affirme donc qu'en se connaissant eux-mêmes comme marchandises, les travailleurs peuvent reconnaître le « caractère fétiche de toute marchandise », ce par quoi il veut dire qu'ils peuvent reconnaître les « vrais » rapports entre les hommes, rapports enfouis sous la forme-marchandise (ibid., p. 211). Marx affirme lui aussi que le noyau de la formation sociale est voilé. Mais ce noyau structurant, c'est la marchandise elle-même comme forme de rapports, et non pas un ensemble de rapports existant « derrière » la marchandise.
  J'étudierai comment l'analyse de Marx implique aussi que le type de conscience qui renvoie au-delà du capitalisme est lié au caractère d'objet que revêt le travail humain immédiat à l'intérieur du procès de production. Cependant, la nature et les possibles conséquences de cette conscience sont différentes de celles de l'approche de Lukács. Pour Lukács, le prolétariat se réalise en tant que Sujet de l'histoire en reconnaissant et en abolissant sa détermination sociale comme objet du capitalisme ; pour Marx, le prolétariat est un objet et un appendice du capital — un objet qui est et demeure le présupposé nécessaire du capital, même lorsque ce présupposé devient de plus en plus anachronique. La possibilité que Marx cherche, c'est l'auto-abolition du prolétariat ; cette classe n'est pas le Sujet de l'histoire et ne saurait le devenir. 

* Titre Vosstanie

Extrait du livre de Moishe Postone Temps, travail et domination sociale : Une réinterprétation de la théorie critique de Marx, Mille et une Nuits, 2009. p 404-406.

mardi 30 octobre 2018

Pour une théorie de la conscience - Matériaux pour une émission (21)


Pour une théorie de la conscience *




Cette méfiance latente à l'égard de la dialectique caractérise aussi bien le « marxisme orthodoxe » de la deuxième Internationale que le marxisme communiste. La mise en évidence, au delà des divergences politiques d'ordre souvent concurrentiel, d'une parenté occulte de ces deux grandes variantes du marxisme, constitue sans doute l'apport gnoséo-sociologique majeur de l'essai de Korsch (Marxisme et Philosophie NDE). Les disciples de Kautsky et ceux de Lénine sont également hostiles à la dialectique, encore que cette tendance anti- dialectique larvée fasse appel à des « théories de couverture » différentes selon les cas. Les uns comme les autres ont tendance à utiliser le marxisme non pas « comme une véritable théorie, c'est-à-dire l'expression générale et rien d'autre, du mouvement historique réel (Marx) [1]  , mais comme une « idéologie que l'on prend toute armée à l'extérieur [2] ». Korsch, on le voit, emploie le mot « idéologie » dans son acception marxiste-mannheimienne : un système d'idées déphasé par rapport au mouvement historique réel, autrement dit la cristallisation d'une forme de fausse conscience politique. Paul Mattick a particulièrement insisté sur ce dernier point [3] . Le combat contre le dogmatisme, véritable obsession intellectuelle de Korsch, ne relève donc pas du révisionnisme mais de la désaliénation.

Avec cette notion de l’ « idéologie » que l'on prend toute armée (fix und fertig) à l'extérieur, nous sommes au cœur du problème philosophique central de l'essai de K. Korsch : celui du caractère autonome ou hétéronome de la conscience de classe [4] . L'importance proprement philosophique du concept d'autonomie n'est plus à souligner : il suffit de rappeler les noms de Kant et de Piaget. En revanche, son rôle dans la théorie de la conscience de classe est bien moins étudié. La théorie marxiste n'a jamais pris une position nette dans cette question ; aussi bien sa conception de la conscience de classe a constamment oscillé entre les principes de l'autonomie et de l'hétéronomie. Marx a certes souligné sans équivoque que la libération du prolétariat doit être l'œuvre autonome de cette classe. La théorie léninienne du parti politique — théorie contre laquelle s'est insurgée Rosa Luxembourg — constitue en revanche une concession capitale au principe de l'hétéronomie : le parti est censé diriger « de l'extérieur » la lutte de classes. Cette théorie a donc préparé le chemin du stalinisme au sein duquel la tendance simplement hétéronomique de l'idéologie léniniste finira par dégénérer en véritable aliénation politique [5].

En généralisant l'usage de catégories comme « conscience de classe », « fausse conscience », « prise de conscience » ou « conscience possible » (L. Goldmann), le marxisme a d'autre part posé le problème général d'une philosophie de la conscience (Bewusstseinsphilosophie) mais il l'a posé sans parvenir à le résoudre faute d'un appareil conceptuel exempt d'équivoque. « Le marxisme a besoin d'une théorie de la conscience », a écrit M. Merleau-Ponty [6]. En fait, cette « théorie marxiste de la conscience » existe implicitement dans les applications concrètes plus ou moins fructueuses que permet par exemple la notion de conscience de classe. Mais c'est un édifice comportant des étages sans fondations ni rez-de-chaussée. Elle nous offre des applications théoriques mais aucune définition unanimement admise. La confusion intellectuelle qui caractérise la plupart des écrits marxistes consacrés au problème de l'aliénation, est sans doute la rançon de ce désarroi conceptuel. L'une des tâches philosophiques les plus urgentes de la réflexion marxiste non-dogmatique, est probablement la mise au point d'une théorie cohérente de la conscience politique, fondée sur des définitions précises et susceptibles d'être adoptées par la totalité ou la grosse majorité des chercheurs. Dans l'état actuel de la théorie marxiste une telle entreprise théorique a tout intérêt à suivre la méthode préconisée par le logicien allemand Sigwart : partir de l'analyse critique de certains concepts déjà « opérationnels » comme celui de « conscience de classe » ou de « fausse conscience », pour aboutir par voie reductive [7] à une définition de la notion marxiste de la conscience. En attendant, ceux qui manient ces concepts sans préparation philosophique suffisante, risquent de succomber à la séduction de la conception « cognitivo-manichéenne » (scientiste) de la conscience politique : la conscience de classe est un ensemble de théories sociologiques « adéquates à l'être » ; la fausse conscience est un ensemble de théories inadéquates, autrement dit : un ensemble d'erreurs. Faisant écho à la constatation de Merleau-Ponty, K. Axelos signale que pour le marxisme courant les notions de « conscience », « connaissance » et « pensée » étaient pratiquement des concepts interchangeables [8].

On comprend que l'interprétation cognitivo-manichéenne de la conscience politique convienne particulièrement au marxisme dogmatique dont elle satisfait à la fois l'orientation scientiste et la tendance manichéenne : vérité contre erreur, esprit scientifique contre irrationalisme [9]. Mais en l'acceptant, il sacrifie obligatoirement l'autonomie de la conscience de classe : une forme de prise de conscience peut être le fruit « immédiat » de la lutte sociale ; une théorie sociologique a besoin d'être élaborée par des spécialistes, d'origine non prolétarienne en principe. Nous avons déjà vu avec Korsch, qu'un certain refus — ou à tout le moins un certain degré de réticence — devant l'importance du composant dialectique du marxisme, constituait, au delà des divergences politiques, l'un des dénominateurs communs occultes du marxisme de la IIe et de la IIIe Internationale. En posant la question du caractère autonome ou hétéronome de la conscience de classe Korsch met le doigt — non sans lucidité car nous sommes en 1930 ! — sur un autre aspect de ce qu'il appelle la « totale solidarité théorique de la nouvelle orthodoxie communiste avec l'ancienne orthodoxie sociale-démocratique » [10].

Korsch évoque « la polémique de Kautsky dans la Neue Zeit (XXI, p. 68 sq.) contre le projet d'une nouvelle rédaction du projet de Hainfeld présenté en 1901 au Congrès du parti de Vienne. Ce projet affirme que le prolétariat s'élève à la conscience de la possibilité et de la nécessité du socialisme à travers les luttes que lui impose le capitalisme. Kautsky précise fort pertinemment le sens de cette phrase en disant : « Par suite, la conscience socialiste serait le résultat nécessaire, direct, de la lutte de classe prolétarienne. » Puis il continue textuellement : « Et cela est entièrement faux... Le socialisme et la lutte de classe surgissent parallèlement et ne s'engendrent pas l'un l'autre ; ils surgissent de prémisses différentes. La conscience socialiste d'aujourd'hui ne peut surgir que sur la base d'une profonde connaissance scientifique. En effet, la science économique contemporaine est autant une condition de la production socialiste que, par exemple, la technique moderne, et malgré tout son désir le prolétariat ne peut créer ni l'une ni l'autre : toutes deux surgissent du processus social contemporain. Or le porteur de la science n'est pas le prolétariat mais les intellectuels bourgeois : c'est en effet dans le cerveau de certains individus de cette catégorie qu'est né le socialisme contemporain, c'est par eux qu'il a été communiqué aux prolétaires intellectuellement le plus développés (! ! !), qui l'introduisent ensuite dans la lutte de classe du prolétariat là où les conditions le permettent. Ainsi donc, la conscience socialiste est un élément importé du dehors dans la lutte de classe du prolétariat  (! ! !), et non quelque chose qui en surgit spontanément. »[11].

Voici un texte qui a au moins le mérite de la franchise. Or Lénine, qui s'attaque au même problème dès 1902, dans Que faire ?, abonde dans le sens de Kautsky dont il reproduit les « paroles profondément justes et significatives » [12] : mais oui, la conscience de classe n'est pas un produit « spontané » de la lutte ; elle doit être importée du dehors. Il « ne saurait être question d'une idéologie indépendante élaborée par des masses ouvrières elles-mêmes au cours de leur mouvement » (Lénine, op. cit., p. 41 ; Korsch, op. cit., p. 36, note). « L'histoire de tous les pays atteste que, livrée à ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu'à une conscience trade-unioniste, c'est-à-dire à la conviction qu'il faut s'unir en syndicats, mener la lutte contre le patronat, réclamer du gouvernement telle ou telle loi nécessaire aux ouvriers, etc. [13]. Quant à la doctrine socialiste, elle est née des théories philosophiques, historiques, économiques élaborées par les représentants instruits des classes possédantes : les intellectuels » (Lénine, op. cit., p. 33; italiques de nous).

Avec cette « critique » [14] de la conception hétéronomique de la conscience de classe, nous croyons avoir fait le tour du marxisme korschien qui nous apparaît comme un tout doté d'une remarquable cohérence. Cette cohérence dépasse celle de l'œuvre de Lukàcs et même de Marx ; il n'existe pas de problème du « jeune Korsch », à notre connaissance. C'est un marxisme historiciste [15] et dialectique que l'on est tenté de qualifier de « marxisme structuraliste » pour employer une terminologie actuelle. Il est essentiellement « pensé contre » le léninisme, dans lequel il diagnostique précocement les discrets prodromes de ce que sera — de ce que devait fatalement devenir — le stalinisme [16]. « II est bien entendu, écrit Korsch, qu'un tel matérialisme dont le point de départ est la conception métaphysique d'un être donné de façon absolue (ein absolut gegebenes Sein) ne saurait plus constituer — au défi des affirmations les plus formelles — une conception tout à fait dialectique, ni même dialectique matérialiste. Lénine et ses élèves situent la dialectique unilatéralement au niveau de l'objet de la connaissance : Nature et Histoire. Ils conçoivent donc l'acte de connaissance comme une sorte de reflet ( Widerspiegelung) et une reproduction de cette existence objective dans la conscience subjective : ce faisant, ils détruisent toute relation dialectique entre théorie et pratique » [17]. Korsch reproche aux élèves de Lénine une concession involontaire au kantisme ainsi que leur « conception abstraite d'une théorie pure qui découvre des vérités et d'une pratique pure chargée de les appliquer au réel ». Ce serait là un retour à « l'idéalisme bourgeois le plus plat » (!)... comportant obligatoirement l« abandon de la magnifique unité dialectique-matérialiste que réalise la praxis révolutionnaire (Umwälzende Praxis) chez Marx » [18]. Il est saisissant de retrouver avec Korsch les prodromes léninistes de ce que sera la « tragédie du marxisme » [19] sous le stalinisme : prépondérance déjà marquée de l'élément matérialiste au détriment de l'élément dialectique en philosophie, débuts relativement discrets d'un processus d'hétéronomisation de la conscience politique qui deviendra ultérieurement égocentrisme collectif et aliénation politique ; première apparition de la fameuse « théorie du reflet » promise à la scandaleuse fortune scientifique que l'on sait [20] ; découverte lucide d'une ébauche de conception idéaliste dans la perception léninienne de l'histoire qui aboutira logiquement à la vision historique complètement idéaliste (magico-manichéenne) qui se trouve à la base du culte de la personnalité et de son corollaire négatif, le « culte » du traître. La cohérence du marxisme korschien rend possible une perception plus nette de la cohérence intime et de la continuité historique des divers aspects du marxisme d'État ; elle fait entrevoir un lien logique là où, à première vue, on n'aperçoit guère qu'une « juxtaposition de symptômes » [21]. Il offre donc une explication entièrement historiciste du « phénomène stalinien » — l'un des plus passionnants de toute l'Histoire — sans faire le moindre appel à la catégorie aussi commode que peu scientifique de l’« accident historique » [22]. Dans cet ordre d'idées, le marxisme de Korsch ne craint pas la comparaison avec celui de Lukàcs. Ce dernier a jeté les bases d'une critique réellement historiciste du phénomène stalinien, ce qui a suffi pour entraîner sa disgrâce. Mais, à la différence de Korsch, il n'a pas osé penser cette critique implicite jusqu'à ses dernières conséquences.

                   
Extrait d’un article de Gabel Joseph. Korsch, Lukacs et le problème de la conscience de classe. In: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 21ᵉ année, N. 3, 1966. pp. 668-680.

NOTES

* Titre Vosstanie 


[1] Korsch, Marxisme et Philosophie., p. 35. 
[2] Ibid. Mais traduire « fix und fertig » (original p. 17) par « toute armée » n'est pas heureuse.  
[3] Il existe à notre connaissance deux articles de Paul Mattick consacrés à Korsch : celui déjà cité dans Survey et un autre traduit en français et publié dans les Cahiers de l'Institut de Science Economique appliquée (août 1963, S. n° 7, Suppl. n° 140, pp. 159-180 (« Karl Korsch ») suivi d'un texte inédit de Korsch. Dans les deux articles, Mattick souligne avec force que la critique de Korsch vise essentiellement la fausse conscience inhérente à l'idéologie léniniste : « ... le dogmatisme de Lénine ne pouvait fonctionner que comme la fausse conscience d'une pratique contre-révolutionnaire » (art. franc., pp. 166-167, passage souligné par nous). Cf. aussi art. angl. déjà cité, note 91-92, 96 et passim. 
[4] Cet emploi des concepts d'autonomie et de hétéronomie n'est pas de Korsch mais de nous. 
[5] Il ne saurait être question d'entreprendre ici une analyse en profondeur du problème des rapports entre les notions d'hétéronomie et d'aliénation : nous nous bornerons à observer que, du point de vue purement philologique, la différence des deux est surtout de degré.  
[6] Les Aventures de la Dialectique, Paris, Gallimard, 1955, p. 55.  
[7] Selon Sigwart et ses disciples (le logicien hongrois A. Pauler) la méthode réductive — dont notre exemple ci-dessus offre un exemple — constitue, par opposition à l'induction et à la déduction, la méthode spécifique de la philosophie.  
[8] Cf. K. Axelos, Marx, penseur de la technique, Paris, Éditions de Minuit, 1961, p. 135. 
[9] En ce qui concerne le problème de la fausse conscience, cette conception « cognitivo-manichéenne » a été défendue par Goldmann dans son exposé du Congrès de Stresa et ailleurs (Cf. L. Goldmann, « Conscience réelle et conscience possible ; conscience adéquate et fausse conscience », Actes du quatrième Congrès de Sociologie, sept. 1959, vol. IV ; et aussi Sciences humaines et Philosophie, Paris, Presses, 1958, pp. 38-39, 103-104 et passim. Dans ces textes Goldmann reste lukàcsien mais sa pensée est bien plus tributaire de La Destruction de la Raison que d'Histoire et Conscience de Classe. L'expression « cognitivo-manichéenne » est bien entendu nôtre ; ailleurs nous avons désigné, moins heureusement, la conception de Goldmann comme l'interprétation rationaliste de ce phénomène. Mais Goldmann s'est borné à formuler une théorie qui sous-tend de façon implicite la plupart des entreprises de critique idéologique du marxisme orthodoxe : au lieu de montrer une liaison structurelle (Seinsgebundenheit) entre conscience et être, on se borne à dénoncer l’erreur de l’adversaire. L'un des apports de l'essai de Korsch consiste précisément en ce qu'il montre la cohérence de cette conception avec toute la théorie marxiste orthodoxe de la conscience de classe, considérée comme un ensemble de « théories adéquates » élaborées par des intellectuels et non pas comme une prise de conscience des possibilités autonomes de la classe ouvrière surgie, pratiquement sans médiation, de la lutte politique. Cette dernière conception est celle de Lukàcs ; on comprend qu'elle ne pût pas être homologuée par le stalinisme, ni même par les héritiers idéologiques de ce dernier.  
[10] Korsch, op. cit., p. 30. 
[11] Kautsky, cité par Korsch, note p. 36 ; italiques et points d'exclamation de nous.  
[12] Que faire ? (Éditions sociales, Paris, 1900, p. 40). Il est tout à fait caractéristique que, dans le même texte, Lénine utilise le mot « idéologie » non pas dans son sens marxiste (cristallisation d'une vision faussée) mais traditionnel (ensemble des « idées » d'un mouvement politique).  
[13] Cf. le syndicalisme américain d'aujourd'hui !  
[14] En fait cette « critique » de Korsch se réduit tout simplement à une mise en évidence des analogies entre la démarche léninienne et celle de Kautsky. Pour Korsch, en 1930, « être comparé à Kautsky » équivaut à une condamnation sans appel. En 1965 notre optique est évidemment quelque peu différente ; le socialisme réformiste, qui avait pratiquement échoué devant les problèmes économiques de l'Allemagne de Weimar, a enregistré depuis quelques succès assez spectaculaires en Scandinavie et ailleurs...  
[15] A ce titre proche du marxisme dit « bourgeois » de K. Mannheim. 
[16] En 1930, Staline est déjà au pouvoir, certes, mais le stalinisme n'est pas encore constitué en idéologie. 
[17]  Cf. Korsch, op. cit., édition allemande, p. 36 sq. ; trad, française pp. 53-54. Nous avons cité ce passage dans notre article « Communisme et Dialectique », Lettres nouvelles, avril-mai 1958, p. 695. A la différence des autres passages, nous citons ici notre propre traduction, ceci, entre autre, en raison de la traduction systématique par Cl. Orsoni de Praxis par « praxis », alors que dans certains cas la traduction doit être « pratique » et dans d'autres « praxis ». Pour plus amples détails, cf. appendice. 
[18] Korsch, op. cit., ibid.  
[19] C'est le titre d'un ouvrage connu de M. Michel Collinet.  
[20] On sait que cette banalité promue au rang de pseudo-théorie (l'esprit humain reflète le monde extérieur ! !) a été fêtée comme une authentique « découverte scientifique » entre 1947-1953 ; je me souviens avoir assisté à des conférences sérieuses dans le genre « apport de la théorie du reflet à la psychopathologie », etc. 
[21] Nous avons entrevu plus haut la nature du lien logique existant entre la conception « scientiste » de la conscience politique et son interprétation hétéronomique : une science doit être élaborée par des spécialistes, elle ne saurait surgir « directement » de la lutte politique. Cette conception est corollaire de la sociologie léniniste du parti politique conçu comme « avant-garde » d'une classe et de toute la philosophie profondément anti-dialectique des « identifications en chaîne ». (Cf. R. Aron : L'opium des intellectuels, p. 134 et passim) qu'implique cette conception. Par ailleurs, entre la catégorie de l'autonomie et la pensée dialectique, il existe un autre ordre de relations : en psychologie de l'enfant l'acquisition de l'autonomie (en particulier celle de l'autonomie morale) et une certaine « maturation dialectique » de la pensée paraissent marcher de pair. Dans l'idéologisation politique nous assistons à un processus diamétralement opposé : hétéronomisation de la conscience politique et dédialectisation consécutive. Nous ne pouvons pas entreprendre une analyse approfondie de ce phénomène que nous avons étudié ailleurs. Il convenait d'en signaler l'existence car c'est là l'une des dimensions de la cohérence idéologique à la fois du marxisme d'État et de sa critique par Korsch. 
[22] Paul Mattick dit excellemment que, selon Korsch, une « critique de la politique bolchevique sur des détails était... vide de sens, puisque ce qui déterminait cette politique n'était ni une mauvaise interprétation de la situation réelle par rapport aux aspirations prolétariennes, ou même l'absence de telles aspirations, pas plus qu'une théorie fausse qu'en aurait pu corriger par voie de discussion. Tout au contraire cette politique prenait sa source directement dans les besoins concrets, spécifiques de l'État russe, de son économie, de ses intérêts nationaux, de ceux de sa nouvelle classe dirigeante... (P. Mattick, art. cit. franc., p. 108, passages soulignés par nous. Cf. aussi Korsch, op. cit., trad, franc., pp. 35, 54 (!), 59, 60 (! !) et passim.

samedi 27 octobre 2018

[ EN TELECHARGEMENT ] - Emission EC=1 / Exercice de critique à partir de l'actualité (1) - Radio Vosstanie !

On tente l'aventure d'un rendez-vous mensuel et en direct

EC=1 

 Exercice de critique à partir de l'actualité (1)

  TÉLÉCHARGEMENT
Durée 2h57 minutes
 

THÈMES DE L’ÉMISSION

De quoi Macron est-il le nom ?  Retour sur le dernier mouvement et le Collectif des usagers de la SNCF pour la grève générale illimitée  - État de l'économie mondiale - Le retour du Populaire - Peuple et Populisme ? Rubrique quand c'est dedans, c'est pas dehors (A propos de Francis Cousin) - Quelques chiffres sur le Brésil - Discussion avec Daniel sur la situation de l'entre-deux-tours de l'élection au Brésil.


Durée 2h57 minutes



Voir aussi émission 
Emission impromptue ! Du 8 mai 2017 
(Élection dont on à rien à F.....)



vendredi 12 octobre 2018

Une escroquerie en bande organisée (Un feuilleton...)


Une escroquerie en bande organisée
Un feuilleton...

La récupération dévalorise les idées révolutionnaires, mais elle les dévalorise en tant qu’idées séparées” [1]


Alors que les éditions Agone ajournent d’un mois la sortie de l’ouvrage de Raquel Varela dont il serait judicieux de changer le titre en “Du contrôle ouvrier au contrôle sur les prolétaires” quelques anciens bureaucrates et trotskistes qui sont parfois les mêmes, se réunissent [2] autour d’un mot porte-manteau (autogestion) pour déboucher comme toujours sur des discussions programmatiques” digne du cadavre du PSU.

Il s’agit bien d’une nouvelle manœuvre d'aigrefin(e)s contre le perspective communiste qui rappelons le “n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer” car le “communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement.” [3]

A ces tablées on y trouvera des individus aux éternelles qualités d’étudiants de Mai (68), des religieux de l’autogestion dans un seul pays et des universitaires en villégiatures en pays pabliste.

Cette escroquerie en bande organisée, maquereautée par les éditions Syllepse aura eu ainsi la riche idée d'éviter de proposer à la diplômée d’État en falsification Raquel Varela, de trop disserter d’autogestion pendant la soi-disant révolution des œillets mais de nous entretenir d’un sujet qu’elle déformera sans doute tout autant par sa pratique de censure et d'amalgames manipulateurs.

Il sera probablement question pour son potentiel auditoire de s’entendre énoncer des propos sur l’autogestion dans le capital. [4]

Or rappelons ici et définitivement que l'existence d'îles autogestionnaires n’est pas possible dans un monde capitaliste et que ceux qui en font la promotion ne nous proposent finalement que d’administrer la merde marchande d'une manière aussi idéologiquement « généreuse » qu'autoritaire.

La finalité de cette entreprise qui se cache sous une cape historienne et syndicale ne vise qu’à restaurer et vivifier les instances de pouvoirs qui ne méritent que d'être abolies à savoir l’État et capital.

Elle vise également à discréditer l’approche antipolitique du combat de ceux qui pensent que les relations sociales de production ne peuvent surgir que dans le cours des luttes. Mais cela nous en avons déjà bien discuté.

S’il s’agissait de redonner un peu de poids au pathétique ouvrage de Raquel Varela cela est ironiquement bien mal parti car comme un acte manqué les organisateurs ont orthographié Valera au lieu de Varela.

Ceci surtout quand on sait qu’à l’époque du 25 avril au Portugal ceux qui défendaient le combat de classe pour l’autonomie ouvrière ouvraient une librairie du nom de Contra a Corrente (Contre le Courant) et que l’on trouve que Valera c’est-à-dire le verbe valer à la 3ème personne du futur  veut dire suivre le fil de l’eau, se confier au courant ! On peut alors prédire sans effort qu’on nous proposera de suivre le marécage du moment c’est à dire celui de l'opportunisme. [5]



NOTES

[1] Jaime Semprun, PRÉCIS DE RÉCUPÉRATION, Champ Libre 1976.

[2] L’AUTOGESTION DANS LES ANNÉES 68 - SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 dans les Locaux de Union syndicale Solidaires à PARIS.

[3] L'Idéologie allemande, Karl Marx et Friedrich Engels, éd. La Pléiade, Œuvres, 1845, t. 3, p. 1067

[4] Portugal les expériences autogestionnaires après la révolution des œillets.

[5] Celui du réformisme ou de la collaboration de classe.