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En ce moment : Diffusion de l'Émission : CONTRE LA POLITIQUE avec Les Habitants de la LUNE - (Radio Vosstanie !)

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lundi 15 octobre 2018

Nouveau rendez-vous mensuel sur la WebRadio VOSSTANIE ! : EC=1

On tente l'aventure d'un rendez-vous mensuel et en direct

EC=1 

 Exercice de critique à partir de l'actualité (1)


LE 24 OCTOBRE 2018 à 20H en DIRECT 

En deuxième partie d'émission nous aurons un échange avec un camarade Brésilien qui nous fera un petit topo critique sur la situation.

(Merci à Daniel)
 

 DIFFUSION en 128Kb/s


Pour nous contacter pendant l'émission : Twitter ou via l'interface de courriel sur le site.


vendredi 12 octobre 2018

Une escroquerie en bande organisée (Un feuilleton...)


Une escroquerie en bande organisée
Un feuilleton...

La récupération dévalorise les idées révolutionnaires, mais elle les dévalorise en tant qu’idées séparées” [1]


Alors que les éditions Agone ajournent d’un mois la sortie de l’ouvrage de Raquel Varela dont il serait judicieux de changer le titre en “Du contrôle ouvrier au contrôle sur les prolétaires” quelques anciens bureaucrates et trotskistes qui sont parfois les mêmes, se réunissent [2] autour d’un mot porte-manteau (autogestion) pour déboucher comme toujours sur des discussions programmatiques” digne du cadavre du PSU.

Il s’agit bien d’une nouvelle manœuvre d'aigrefin(e)s contre le perspective communiste qui rappelons le “n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer” car le “communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement.” [3]

A ces tablées on y trouvera des individus aux éternelles qualités d’étudiants de Mai (68), des religieux de l’autogestion dans un seul pays et des universitaires en villégiatures en pays pabliste.

Cette escroquerie en bande organisée, maquereautée par les éditions Syllepse aura eu ainsi la riche idée d'éviter de proposer à la diplômée d’État en falsification Raquel Varela, de trop disserter d’autogestion pendant la soi-disant révolution des œillets mais de nous entretenir d’un sujet qu’elle déformera sans doute tout autant par sa pratique de censure et d'amalgames manipulateurs.

Il sera probablement question pour son potentiel auditoire de s’entendre énoncer des propos sur l’autogestion dans le capital. [4]

Or rappelons ici et définitivement que l'existence d'îles autogestionnaires n’est pas possible dans un monde capitaliste et que ceux qui en font la promotion ne nous proposent finalement que d’administrer la merde marchande d'une manière aussi idéologiquement « généreuse » qu'autoritaire.

La finalité de cette entreprise qui se cache sous une cape historienne et syndicale ne vise qu’à restaurer et vivifier les instances de pouvoirs qui ne méritent que d'être abolies à savoir l’État et capital.

Elle vise également à discréditer l’approche antipolitique du combat de ceux qui pensent que les relations sociales de production ne peuvent surgir que dans le cours des luttes. Mais cela nous en avons déjà bien discuté.

S’il s’agissait de redonner un peu de poids au pathétique ouvrage de Raquel Varela cela est ironiquement bien mal parti car comme un acte manqué les organisateurs ont orthographié Valera au lieu de Varela.

Ceci surtout quand on sait qu’à l’époque du 25 avril au Portugal ceux qui défendaient le combat de classe pour l’autonomie ouvrière ouvraient une librairie du nom de Contra a Corrente (Contre le Courant) et que l’on trouve que Valera c’est-à-dire le verbe valer à la 3ème personne du futur  veut dire suivre le fil de l’eau, se confier au courant ! On peut alors prédire sans effort qu’on nous proposera de suivre le marécage du moment c’est à dire celui de l'opportunisme. [5]



NOTES

[1] Jaime Semprun, PRÉCIS DE RÉCUPÉRATION, Champ Libre 1976.

[2] L’AUTOGESTION DANS LES ANNÉES 68 - SAMEDI 13 OCTOBRE 2018 dans les Locaux de Union syndicale Solidaires à PARIS.

[3] L'Idéologie allemande, Karl Marx et Friedrich Engels, éd. La Pléiade, Œuvres, 1845, t. 3, p. 1067

[4] Portugal les expériences autogestionnaires après la révolution des œillets.

[5] Celui du réformisme ou de la collaboration de classe.

lundi 8 octobre 2018

La « créativité des masses » - Matériaux pour une émission (20)

La « créativité des masses » *


« Monsieur Heinzen s'imagine que le communisme est une certaine doctrine qui part d'un principe qui en constituerait le noyau à développer et à en tirer les conséquences ensuite. Le communisme n'est pas une doctrine, mais un mouvement, il ne part pas de principes, mais de faits. Les communistes ont pour présupposition non telle ou telle philosophie, mais toute l'histoire passée et surtout ses résultats effectifs (tätsächlichen) dans les pays civilisés […]. Dans la mesure où il est une théorie, il est l'expression théorique de la situation du prolétariat […] et le résumé théorique de la libération du prolétariat.» F. Engels, Les communistes et Karl Heinzen, Deuxième article, Deutsche-Brusseler-Zeitung, n° 80, in Werke, t. 4, pp. 321-322.

En réalité pour K. Marx le problème de la conscience venant de l'extérieur n'existant pas, il n'y a pas de question de formation de militants, d'activisme ou d'académisme ; de même que ne se pose pas, chez lui, la problématique de l'auto-éducation des masses dans le sens des « communistes de conseil » et consorts, faux disciples de R. Luxembourg et authentiques disciples du réformisme pédagogique. La théorie de Rosa Luxembourg du mouvement de la classe qui trouve dans sa réalité même les conditions pour se radicaliser, depuis le début de la lutte, est la plus proche des positions de K. Marx (cf. sa position sur la « créativité des masses » qui montre qu'elle était apte à saisir le prolétariat au-delà de son existence immédiate).

Ceci montre la nécessité de dépasser la forme bourgeoise de percevoir et de concevoir la réalité sociale reprenant en ce sens, comme le fit K. Marx, la démonstration de W.F.Hegel du caractère médiat de toute forme d'immédiateté. Car c'est le propre de la connaissance « scientifique » d'accepter le fait immédiat comme étant objet réel de connaissance sans percevoir et concevoir la médiation qui le sous-tend. C'est sur la base d'une telle gnoséologie que dans la société capitaliste l'apparence sociale devient la réalité et vice-versa. L'être réel du prolétariat est caché et la classe est perçue dans sa forme de vie apparente ; de là le problème de la conscience venant de l'extérieur, de là le fait que tous restent stupéfaits, interdits, lorsque le prolétariat manifeste son être véritable (1905-1917).




Extrait de : De l'organisation. Jacques CAMATTE – Gianni COLLU (1969)
* Titre Vosstanie.  

Rappelons que toutes les contributions seront analysées/critiquées dans un livre à paraitre comme nous en discuterons dans une prochaine émission de Radio Vosstanie


mercredi 3 octobre 2018

Le “populaire” comme populisme chic de la petite bourgeoisie intello de gauche ?

Le “populaire” comme populisme 
chic de la petite bourgeoisie 
intello de gauche ? 

Notes et extrait de correspondance sur les éditions Agone, Action Directe, Gérard Noiriel et le “peuple français”.

https://www.mediafire.com/download/752ipic3zt90t2x



Tu sais déjà ce que je pense de cette mode du “populaire” nous l’avons déjà un petit peu exprimé pour critiquer le livre de Raquel Varela qui doit sortir décidément chez ces éditions Agone. 

Je suis gavé pour quelques décennies de ces histoires, contre-histoires et autres trucs et bidules expliqués à ma fille, ma belle-sœur, mon chien ou mon perroquet à calotte rouge. Je me méfie toujours des pédagogues qui nous veulent trop de bien et nous prennent en même temps pour des demeurés.

Pour répondre plus précisément à ta demande d’avis, mais faut-il nécessairement en avoir un ? Je suis allé à la librairie X pour feuilleter le dernier livre de Gérard Noiriel. Je l’ai parcouru rapidement de son intro à sa conclusion et j’ai lu attentivement son dernier chapitre qui est franchement sans intérêt particulier.

Je t’avais déjà expliqué mes réticences qui vont au-delà de la production “scientifique” de cet auteur dont j’ai pu apprécier certains textes sur l’immigration.

Noiriel a fait ”carrière” et il le dit très clairement de manière coupable dans sa très mauvaise introduction.

Il tente de se dégager grâce à une petite stratégie commerciale et marketing du panier plutôt profond de ces histoires ou on pouvait le voir disparaître avec Michelle Zancarini-Fournel.

Comment ? En mettant cette dernière sur le même plan que Michelet et Braudel rien de moins… Des petits ronds de jambe qui doivent servir à je ne sais quel renvoi d'ascenseur. Mais Passons.

Sais-tu quand même que Noiriel qui parle du “peuple” ce concept de merde a appelé à voter Hollande en 2012 [1] ?

Je te précise que cet apostat de la religion stalinienne qui se fait passer pour une sorte de Daniel Mothé [2], est arrivé à l’EHESS dans une drôle de période, celle d’un François Furet finissant et de ses amis, qui furent placés par ce chantre de l’antitotalitarisme à des postes clés. [3]

Je comprends mieux sa “culpabilité” à nous parler pour la modique somme de 30 euros de “populaire”.

À mon avis et implicitement il nous propose un contre-roman tout aussi pourri que celui de ceux qu’il qualifie de “vaincus” c’est-à-dire des porte-paroles intellos universitaires comme lui – mais de minorités religieuses, raciales, sexuelles ou postcoloniales (sic).

Je trouve cela étrange parce que je mets son livre en regard de ses actes c’est-à-dire de sa nomination en 2016 à la DILCRAH par Dominique Schnapper qui fut d’ailleurs en 2017 nommée par Jean-Michel Blanquer pour devenir la présidente du futur Conseil des sages de la laïcité.

Tu sais très bien que j’ai plus que du mal avec les identitaires de gauche et de droite comme avec tous les entrepreneurs de la “race” ou du religieux, comme je combats également la notion de “laïcité ouverte” et si je partage d’une certaine manière son propos sur la stigmatisation et la mobilisation sur le langage de l’identité, ce n’est pas pour faire la part belle au roman républicain méritocrate et bourgeois de l’intégration par la nation et pour ce devenir commun de “peuple français” dont je n’ai rien à foutre et de cette terminologie trop vague de  “classes populaires”.

Mais de quel “peuple” nous parle Noiriel ?

C’est quoi qui les “classes populaires” au juste ? Je trouve que Noiriel joue avec trop d'ambiguïtés terminologiques et pratiques. Ainsi qu’il fasse référence à Norbert Elias pour parler de “l’extension des chaînes d'interdépendance” pour mieux parler ensuite de “Notre” (le sien probablement) État national comme lieux pour les luttes “populaires” et comme “moyen le plus réaliste pour combattre les injustices et inégalités sociales” et lutter contre le “capitalisme financier” et les macronnades et son monde, cela ne le mets tout au plus que dans le sillage des gens de cour de la gauche de la capitale et du capital.

Il dit lui-même que les intellos sont toujours à la remorque dans les luttes. Lui apparemment compte bien jouer un rôle mais au niveau de l’État et de ces organes c’est à dire du pouvoir bourgeois.

L’État-nation hélas n’est pas obsolète comme il le souligne, mais notre constat n’est pas commun, car nous ne luttons pas “contre les injustices” mais bien pour en finir avec les États et les nations, non pas contre les “inégalités” phrase type de bulle pour les romans photos de la gauche, mais pour le communisme.

Qu’il cite le mot d’ordre du manifeste communiste n’a à mon sens aucune valeur. Car son “prolétaire“, il nous le propose finalement comme un “Peuple français” inter-classsistes (classes populaires) qui doit s’unir contre le capital financier.

Le comble du récupéré ne s’incarne même plus dans la juxtaposition de longs propos d’autojustification ou d’inflation d’histoires dites “populaires” comme une forme de ligne éditoriale car ça c’est le monde de la marchandise et son supermarché maintenant planétaire et c’est à ce niveau qu’il faut agir et réfléchir.

Non je pense que le comble se trouve dans la bêtise d’un éditeur ignorant et subventionné qui confond ses bourdieu-series dignes d’un Pierre Carles, le “spectacle de la lutte” avec les luttes des classes de prolétaires concrets :

 “De ce point de vue, le groupe Action directe fut peut-être la seule réponse que ces survivants de l'extrême gauche européenne ont su donner aux ultimes réajustements de la social-démocratie, c'est-à-dire, en France, du Parti socialiste — qui fit de sa promesse de « Changer la vie » un moment de la contre-révolution néolibérale. Non pas la réponse des enfants de la bourgeoisie cultivée qui étaient parvenus à une connaissance du fonctionnement de la société si « intelligente » qu'elle les aida à réussir lorsqu'ils changèrent de côté dans la lutte des classes, lorsqu'ils se mirent au service de leur groupe social d'origine pour jouer dans la comédie démocratique de masse et de marché les rôles qui leur valurent une place au soleil — et tant pis pour ceux qui restaient à l'ombre. Non pas la réponse des étudiants des grandes écoles et des bonnes universités mais celle des filles et des fils d'ouvriers ou de petits employés, mauvais élèves qui n'avaient pas traversé cette décennie agitée (1968-1978) comme un stage d'été (ou plutôt de printemps) mais comme une révélation sans retour en arrière.” [4]

Ce propos oublieux et méprisant pour les "militants" qui ont tenté d'en finir avec le capitalisme de manière non-autoritaire sans forcément être exemplaires ou à l'avant-garde des consciences à éclairer est également une crapuleuse insulte à tous les prolétaires anonymes qui continuent d’ailleurs au quotidien de lutter contre le capitalisme pour une autre société et non son aménagement.

Contre ce type de fatras je ne peux que citer Manchette “Le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique, quoique leurs mobiles soient incomparables, est les deux mâchoires du même piège à cons” ceci contre toutes les justifications foireuses et boiteuses de l’autonomie stalino-armée.

Son "fut peut-être" marque encore fois l’absence de culture historique et politique de cet éditeur ou une volonté de complaisance qui frise alors la mauvaise foi et la manipulation et dont l’ouvrage de Raquel Varela cette trotskiste d’État est aussi bien le résultat qu’un prodrome.

On aurait aimé avoir par exemple le point de vue de Rouillan sur l’avocat de la RAF (Rote Armee Fraktion) Klaus Croissant qui fut de 1981 à 1989 un agent de la Stasi ! Thierry Discepolo qui disserte tellement sur les éditeurs et avec les universitaires doit certainement en avoir un, d’avis ?

Il y a quelque chose de tragique dans le fait que nos luttes, que d’autres agencent de manière érudite et pour leurs “carrières” nous soient vendues ensuite comme “populaires”. C’est la triste manifestation de la séparation d’avec nos vies vécues.

Je ne sais vraiment que penser de ce type de production pour ces marchés captifs que sont les bibliothèques et autres instituts mouroirs à livres, fermés et pour dians dians en 3ème cycle en radicalité et qui ne visent in fine comme les Noiriel que les postes et les comités interministériels.

Peut-être que le “populaire” c’est le populisme chic de la petite bourgeoisie intello de gauche ?

Esthétiquement c’est comme du branché tradi ou du néo-routier, un peu comme cette mode des troquets et des comptoirs en faux formica qu'investissent les petits - bourges pour se donner des airs canailles et “peuple”.

Notre seule satisfaction c’est que nous n’ayons ni les moyens financiers de les acheter et le temps de les lire et que notre temps d’action disponible nous le consacrons plus sérieusement et concrètement à nous organiser, nous rencontrer à nous parler pour abattre ce monde.


NOTES




[1] Pour les savoirs et la culture, 362 intellectuels voteront François Hollande. https://www.huffingtonpost.fr/intellectuels-francais/pour-les-savoirs-et-la-culture-voter-hollande_b_1474324.html

[2] Ancien militant de Socialisme ou Barbarie et ouvrier fraiseur P2 chez Renault a obtenu un diplôme à L’EHESS en 1972 et est devenue sociologue du travail ensuite. Voir également journal d’un ouvrier 1956-1958, Éditions de Minuit.

[3] Jacques Julliard, Marcel Gauchet, Pierre Rosanvallon et Cornelius Castoriadis.

[4] Introduction de l’éditeur à Jann Marc Rouillan Dix ans d’Action directe Un témoignage, 1977-1987. Agone. (2018)




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version du 3/10/2018
À propos du livre (à paraître) Histoire Populaire de la Révolution Portugaise de Raquel Varela aux éditions Agone

jeudi 27 septembre 2018

L'idéologie du Contrôle Ouvrier

L'idéologie du Contrôle Ouvrier
Une lecture d’un document d’époque d’une grande actualité.

https://www.mediafire.com/download/hlubmu3wn6rh3gz

Ce texte a essentiellement pour but de compléter le propos que nous développons dans le texte De la Falsification ou du Trotskisme Universitaire. Il tente de répondre à deux assertions que l’on considère pour notre part comme fausses et manipulatrices et proposées par Raquel Varela, ses groupies et relais d’idiots institutionnels  et qui soutiennent que “Dans les années 1970, le contrôle ouvrier constituait une revendication commune aux jeunes libertaires, aux sociaux-démocrates et aux syndicalistes réformistes » et que les  « désaccords » terminologique sur la notion de contrôle ouvrier se fondait sur le faite qu’il n’aurait jamais été convenablement défini.”
Mais l’arnaque néo-léniniste plus précisément des enfants du prophète consiste aussi à défendre  sous nos latitudes que le contrôle ouvrier et l’autogestion furent ou sont synonymes.
Comme nous le rappelions soutenir ce propos n’est pas qu’un mensonge car au delà des divergences fondamentales c’est d’une lutte plus vaste entre  les moyens et les fins dont il est question c’est à dire de philosophies politiques et dont le questionnement remonte déjà à la Ière  internationale. [1]
D’un côté nous avons donc une option stratégique idéologisée (ou l’inverse) prise par le marxisme orthodoxe et de l’autre un moyen qui s’est transformé en une fin et qui se révèle hélas tout aussi idéologique.
Pour illustrer notre propos nous avons exhumé une de ces archives du fameux spectacle du Pouvoir [2] qui n’en finissait plus de vouloir être populaire (Poder Popular) dans une période particulière d'effervescence à savoir celle du 25 avril 1974 au Portugal.
Elle nous permettra de dégager à minima ce qu’entendait par contrôle ouvrier une organisation quasi typique de cette époque et de conjecturer sur les lignes de forces de ce projet “politique” dans l’acception la plus rédhibitoire du mot.
Rien de meilleur pour cela que ce premier cahier de seize pages et de seconde main, au titre cristallin, explicite et prometteur - CONTROLO OPERARIO - PODER POPULAR (Contrôle Ouvrier - Pouvoir Populaire).
Il fut imprimé en janvier 1976 par une organisation qui avait pour nom MES - Movimento de Esquerda Socialista (Mouvement de la Gauche Socialiste) qui fut comme beaucoup d’organisations d'extrême gauche composée de syndicalistes, de militants issus du milieu associatifs  ou en provenance du catholicisme progressiste, de divers  et vagues intellectuels  dont l’influence fut importante au sein des structures militaires (La gauche dite militaire) et dont l’évolution fut clairement marquée à partir de son second congrès par des options léninistes.
Il est possible que certains trotskistes orthodoxes nous rétorquent que le MES ne fut pas spécifiquement trotskiste. Cela importe peu car il nous faut rappeler ici lapidairement que le trotskisme fut quasi inexistant au Portugal. En revanche la problématique du contrôle ouvrier fut soulevée par une flopée de groupuscules tous aussi léninistes les uns que les autres et après tout, le trotskisme, les trotskismes ne sont-ils pas un léninisme ?
Le MES annonce clairement la couleur dès le premier paragraphe, elle sera rouge. Rouge au point qu’il définit l’actualité du Contrôle Ouvrier comme étant de l’ordre de la nécessité de subordonner la lutte économique aux objectifs politiques c'est à dire le socialisme.
C’est même sa tâche fondamentale, que doit assumer la “classe ouvrière” et le reste des travailleurs.
Cette lutte “politique” est censée garantir la création des conditions chaque fois plus favorables pour la lutte vers  le socialisme.
Quelle est cette vérité du contrôle ouvrier propre au MES ?
Elle se dégage de deux  options que critique le MES  et qu’il qualifie de pernicieuses, c’est-à-dire celle des réformistes mais surtout celle des esquerdistas (les gauchistes) qui d‘après lui n’ont rien vu changer dans le pays et considèrent que les nationalisations servent fondamentalement la bourgeoisie.
Le MES nous martèle donc que la tâche la plus importante est celle du contrôle ouvrier sur la production posée par les travailleurs dans les assemblées et dans les commissions et que ces tâches essentielles sont d’assurer le contrôle politique et économique de la classe ouvrière et du prolétariat rural sur les nationalisations.
Le MES définit également ce qu’est le Pouvoir Populaire (Poder Popular). Pour lui il s’agit du pouvoir organisé des masses populaires, de la classe ouvrière et de ses alliés. Bien sûr le MES indique qu’il s'agit de la seule voie possible pour le socialisme.
La lutte économique doit donc pour le MES s'articuler obligatoirement à la création du pouvoir populaire pour ne pas sombrer dans l'économisme le plus plat comme le font d’après lui les gauchistes.
Posé ainsi on avouera ne pas avoir avancé d’un pas particulier si ce n’est remarqué un certain goût pour les nationalisations économiques qui semblent baliser le chemin vers le socialisme. (Nous en discuterons plus loin)
Le document livre ici sans ambages son vieux jus léniniste, point de vue qui aura lumineusement échappée à Raquela Varela et ses aficionados qui tortillent du clavier et esquissent des circonvolutions d’un léninisme honteux ou qui ne veut plus s’afficher comme tel.
Ainsi le MES déclarait clairement :
Sans une avant-garde politique de classe qui dirige ses luttes, la classe ouvrière ne pourra vaincre le capitalisme et la bourgeoisie et mener la Révolution Socialiste jusqu'à ses ultimes conséquences. Ainsi toutes les expériences de pouvoir  des travailleurs et d’une manière générale, la construction du pouvoir populaire doit  avoir comme objectif l’unification de l’avant garde politique de classe du prolétariat portugais qui ne pourra se réaliser seulement dans les organes de lutte des exploités et des opprimés…[...]”
Cette déclaration programmatique interpelle pourtant car à la lecture de cette brochure on constate qu’à aucun moment cette organisation ne fait mention du fait d’être un Parti mais apparaît sous l’étiquette de mouvement comme son nom l’indique.
On le soulignait déjà dans notre texte précédent mais rappelons ici que la méfiance vis à vis des partis était très grande (apartidarisme). Même si le MES est bel et bien un parti au sens traditionnel on peut facilement avancer au-delà de notre problématique que l’avant-gardisme n’est en rien l’apanage des partis. Il est également présent d’une certaine manière et sous d’autres formes, dans le mouvement anarchiste ou dit non-autoritaire. Il s’y manifeste par exemple sous des comportements de types  élitistes et moralistes et dans ce que l’on peut désigner par un  “exemplarisme”.
Ainsi le Pouvoir Populaire c’est l’avant-garde politique qui dirige la lutte de la classe ouvrière du moins est-ce ainsi qu’il faut l’entendre. Mais qu’en est il du Contrôle ouvrier ?
Si l’on sait que le Contrôle Ouvrier se fait sur l’économie on sait également comme le précise le MES qu’il prend forme et s'intègre à l'intérieur des taches du Pouvoir Ouvrier. Autrement dit c’est à l’avant-garde qu'incombe le contrôle mais aussi la gestion de l'économie que le prolétariat s’occupera de faire bifurquer vers le chemin du socialisme par le “contrôle de la production”.
En effet seul le contrôle ouvrier annonce le MES peut-permettre de remettre en cause les critères de gestion capitaliste et dont il se désole du règne dans les entreprises nationalisées. On en saura pas plus sur le secteur “privé” dans toute la brochure.
Ce contrôle est le seul qui puisse réorienter l’économie vers l'intérêt des travailleurs.
L’inflation du mot pouvoir (poder) est au coeur de la brochure. Il est clairement performatif mais il est là pour mieux dissimuler qu’il s’agit d’une stratégie d’une avant garde organisée.
Le MES déclare bel et bien que son but, les ambitions, ses ambitions ne sont rien de moins que la prise et “l'exercice du pouvoir” et le développe sous la bannière du Populaire.
Si le coeur du contrôle dit ouvrier pour le MES ce sont les nationalisations (étatisation) c’est qu’elles sont pour lui un puissant moyen d’attaque contre le capitalisme. Ainsi jamais le MES n’analyse la nature de classe de l’Etat ou ne pointe la perspective de sa destruction sans même parler dans la langue léniniste et stratégique de “dépérissement”.
C’est pourquoi le moyen du contrôle ouvrier c’est le véto à l'intérieur de l’État sur les décisions qui vont à l’encontre des intérêts des travailleurs.
L'État, les nationalisations, la gestion est au cœur du projet du contrôle ouvrier.
Pour le MES il s’agit de surveiller et de contester la gestion capitaliste du pouvoir patronal.
Pour cela il décrète que les commissions de travailleurs sont les organes de base du contrôle ouvrier et qu’ils doivent être majoritairement composés d'éléments ayant “une conscience de ses intérêts de classe”.
On ne sait ici si le MES fournissait des brevets de d’évaluation de cette conscience, mais elle devait être garantie simultanément par une majorité ouvrière et tous les secteurs du monde du travail.
Le MES acte donc en creux la spontanéité de la naissance des commissions de travailleurs et intègre parfaitement et stratégiquement qu’elles sont au coeur de sa proposition de contrôle ouvrier. Sa méfiance vis à vis des syndicats qu’il intègre également dans sa perspective, s’exprime également au sujet de  l’autogestion déconnectée” d’une vision politique globale et qui fait  retomber les pratiques dans un pur économisme. D’une certaine manière le MES pouvait ne pas avoir tort si cette autogestion avait été “idéologique” mais cela fut très rarement le cas. Elle touchait des secteurs bien particuliers ainsi que des entreprises privées.
Le MES lui ne s’occupe dans son livret que de promouvoir le contrôle de la production des entreprises nationalisées, ceci grâce à l’hégémonie de la classe ouvrière sur le reste des couches de travailleurs. Il s’agit pour le MES de contribuer à ramener du côté de classe ouvrière le reste des travailleurs exploités et opprimés qu’il dispute à la bourgeoisie. On laissera à chacun le soin d'interpréter ici le sens du mot hégémonie et de disserter du sort des possibles égarés.
Pour étendre ce contrôle ouvrier,  “l'hégémonie” ne doit pas se retrouver qu’au niveau des organes de bases, le MES propose également de créer des instances de commissions régionales et sectorielles, nationales et d’y associer en les minorant les syndicats (réformistes) et les commissions de travailleurs composées rappelons le, des  éléments ayant “une conscience de ses intérêts de classe”.
Transformer l’économie le MES le fera avec des “alliés” dont on saura rien au final.
On y retrouve d’ailleurs tout une rhétorique archétypale d’un courant qui n’a pratiquement rien reformulé depuis l'époque, mis à par le travestissement ou la falsification. Ainsi il s’agira par exemple d’acter la transformation économique en cours  en obligeant le capital à payer sa propre crise” toujours en impulsant la prise de pouvoir par les travailleurs c'est à dire son avant-garde ne le perdons pas de vue.
Pour le “contrôle” à proprement parler il est question pour les travailleurs “d’inspecter et surveiller pas seulement la gestion des entreprises nationalisés” mais aussi de lancer de nouvelle relation de travail et de production. Cette transformation de l’appareil productif comme forme de combat sera “anti-impérialiste et pour l’indépendance nationale”. C’est à dire le vieux schéma tiers-mondiste du socialisme dans un seul pays.
Pour avancer encore plus dans son projet de “contrôle” pour le contrôle ouvrier, le MES pointe alors du doigt les limites des commissions de travailleurs qu’il trouve fermées sur elles-mêmes - et trop conciliantes ou en collaboration trop étroite avec le patronat.
Ainsi les limites du contrôle ouvrier seraient pour le MES dues au projet politique qui défend l’exclusivité du mouvement syndical et la critique faite de la dépendance des organes du  “contrôle ouvrier”  vis à vis de l’État.
C’est ici que le MES opère à notre avis une sorte de raccourcis dont on peut interroger la finalité. Il parle des “organes” du “contrôle ouvrier” pour ne pas dire les “commissions de travailleurs” car il n’y a pas de réalité du contrôle ouvrier au sens idéologique du MES. Mais une véritable activité des commissions de travailleurs. Pour nous il s’agit d’une manipulation qui veut faire acter que les commissions de travailleurs sont les organes du Contrôle Ouvrier pénétrée par son entreprise idéologique.
Certaines commissions de travailleurs sont elles bien en opposition et en rupture face à l’État. Même si plus tard certaines commissions furent contraintes de rechercher un financement étatique pour éviter la disparition de certaines entreprises.
C’est ici que le projet du contrôle ouvrier s’affirme un peu plus puisque le MES demande la reconnaissance par l’État, c’est-à-dire l’organe privilégié du pouvoir bourgeois des commissions de travailleurs !  Qui doivent être dépendantes non de l’État mais des assemblées de Travailleurs c’est à dire du Pouvoir ouvrier c’est à dire de son avant-garde.
À quelle fin ? Pour contrôler les nationalisations.
Pour consolider son idéologie du contrôle, le MES compte donc critiquer les limites de la lutte revendicative et refuser que le contrôle de la production se fasse par la voie syndicale même s’il compte donner son poids et sa part du gâteaux aux syndicats en les y intégrants comme on le soulignait déjà plus haut. On le comprendra d’autant mieux quand on sait quel poids avait le PCP [3] dans les syndicats.
Pour cela il compte donc baser les choses par le biais de commissions de travailleurs et la présence de ses militants à l'intérieur des structures.
Pour le MES contrôler la production c’est la production de “richesses” contre la salariat et la lutte économique doit s’articuler à la lutte politique. Le contrôle ouvrier étant vu comme politique.
Pris dans le bouillonnement de son temps et dans le vieux marxisme des forces productives [4] hérité de la IIe internationale, le MES reste encore au niveau du pathétique débat sur l’anti-monopolisme qu’il considère pour autant comme insuffisant (comme une autre concession au PCP certainement) et affirme que le contrôle ouvrier passe par les nationalisations.
Il s’en suit d’autres préconisations tout aussi typiques que cette équation Socialisme = Étatisation.
Ainsi le socialisme du MES est-il productiviste il s’agira “d’initier la bataille de la production” et d'augmenter la production, de “limiter le profit” et de “contrôler les prix”, d’abolir le secret techniques financier et commercial. Pour attaquer la reproduction de valeur on repassera.
D’ailleurs le MES n'entrevoit la remise en question des critères capitalistes de gestion que dans le secteurs  des entreprises nationalisées.
À toutes ces couches de nationalisations et de contrôles divers, laquées de pouvoir le MES ne propose que de rajouter d’autres couches mais de bureaucratie. Comme par exemple des “conseils” du contrôle ouvrier ! (sic) qui doivent contrôler les structures de restructurations créés au niveau de l’appareil d’État dans le secteur nationalisé.
On apprécie ici le programme bureautique léniniste du MES avec quelques décennies de distance. Il est une synthèse boiteuse et faussement franche prise dans une conjoncture bouillonnante faite de contradictions et de stratégie politique.
Mais la critique que nous en faisons pouvait être faite et fut faite en son temps par certains courants minoritaires de l’autonomie ouvrière, du mouvement libertaire ou de la gauche communiste.
Son socialisme de caserne dans un seul pays, son étatisme, son avant-gardisme, suffisaient amplement à le discréditer aux yeux du courant anti-autoritaire.
On peut à ce sujet citer par exemple un bureaucrate de l’organisation anarcho-syndicaliste qu'était Pierre Besnard qui signalait déjà en son temps à propos du contrôle ouvrier en Russie, que les Conseils d’ouvriers “jouèrent un rôle de premier plan. Ils furent l’âme de la révolution de novembre 1917. Malheureusement, dans ce pays où le syndicalisme n’existait pas, pour ainsi dire ; ils furent, de même que les syndicats, constitués par le gouvernement, bientôt asservis par ce dernier.[5]
De rajouter plus loin quele gouvernement n’acceptait les résultats de ces élections qu’autant que ses candidats étaient éluset de conclure enfin que déjà à l'époque “Aujourd’hui, en Russie, les Comités ouvriers, les Conseils d’usines sont devenus, comme les syndicats, des organes du Pouvoir nouveau.”
Donc le point de rupture évident avec le courant libertaire au sens large était déjà historiquement daté et consommé du point de vue politique. Il ne venait pas tant du fond que de la forme et des moyens. En revanche il existe un point de frottement évident qui se trouve à la croisée de la conception du “contrôle ouvrier” quelques fussent les courants, il touche à la notion de “gestion”.
Tous à quelques exceptions près se retrouvaient sur la question de ce qu’il y a à “gérer” et quoi et  même que produire dans une économie de crise et à la situation politique explosive.
La problématique du passage au communisme joue ici à plein sur cette question - contrôle Étatique et économie de transition contre autogestion et destruction de l’État.
Pour autant Pierre Besnard concluait son article sur le contrôle ouvrier par “C’est de l’expérience cumulatrice que surgira la meilleure forme du Contrôle de la production, l’organisation la plus efficace du travail.
Ce point de vue anarcho-syndicaliste daté mais pas forcement pour tous (il est hélas encore à la mode) ne fait que rejoindre ici le marxisme des forces productives. Il élude également toute critique du point de vue de la critique de la loi de valeur et de sa pérennité sous des critères de la meilleure forme du contrôle. Le “plus efficace” ici sera la perspective de l'émancipation d’un travail qui n’est pas aboli mais simplement organisé plus rationnellement.
Gérer, “faire tourner”, mais quoi et pour quoi faire au juste ? Contrôler la gestion de la saloperie marchande équitablement redistribuée ? Grâce à l’État ou le  grand syndicat anarchiste ?
Il reste à explorer comment ne pas retomber dans l’agitation et la praxis gestionniste, autogestionniste et localiste et ou de l'escroquerie du “contrôle” étatico-politicien et de toutes les idéologies de substitution.  
Surtout quand la mode est à la dissolution mystique des “catégories” du capitalisme sous l'opération de sa seule critique catastrophiste et érudite. De manière trop récurrente et dans une persistance à interroger, elle se débarrasse actuellement de tout sujet historique, plus précisément de celui qui puise dans une perspective universelle auto-émancipatrice la source de sa conscience de classe révolutionnaire.


VOSSTANIE
 Version du 28/09/2018

NOTES

[1] On ne peut s'empêcher de détourner le propos de Trotski tiré de Leur morale et la nôtre (1938) - Nous savons très bien que certains “souhaitent par-dessus tout que l'histoire les laisse en paix avec leurs bouquins, leurs petites revues, leurs abonnés, leur bon sens et leurs règles  mais nous ne les laisserons pas tranquilles dans leur situation de rente symbolique ou sonnante et trébuchante.
[2] Merci à João Bernardo qui nous signale et confirme les prétentions spectaculaires du MES par cette anecdote que l’on trouvera dans ce travail de thèse  Livros que tomam partido: a edição política em Portugal, 1968-80  de  Flamarion Maués Pelúcio Silva. Note 10 en page 208 :  “Quando o Sartre e a Simone de Beauvoir estiveram em Portugal, durante o processo revolucionário,  foram ao Porto e quiseram visitar fábricas ocupadas. O MES de quem eles eram próximos e que os guiava no terreno, não tinha contactos nenhuns nesse meio e foi a livraria Contra a Corrente do Porto para pedir contactos. Foi o José Elisio quem lhos deu. E assim o Sartre e a Simone de Beauvoir foram visitar as fábricas ocupadas, levados pelo MES, mas graças ao Combate"
[3]  Partie Communiste Portugais.
[4] Voir à ce sujet notre émission du 25 avril 2018 : 3 Entretiens avec João Bernardo autour de son livre Économie des conflits sociaux  (Economia dos conflitos sociais). 

[5]  Voir : Encyclopédie Anarchiste - quatre volumes édités entre 1925 et 1934. Article sur le Contrôle ouvrier.