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En ce moment : Emission EC=1 / Exercice de critique à partir de l'actualité (1)

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lundi 19 novembre 2018

L'État fera-t-il un Loto pour les #Giletsjaunes ?


L'État fera-t-il un Loto 
pour les #Giletsjaunes ?





Il est problématique pour certains courants politiques de se mobiliser “contre les taxes” et l’augmentation des carburants. On se demande illico pourquoi le point de fixation n'a pas pris sur la hausse du gaz (7,45 % au 1er juillet 2018) ou de l'électricité, les tarifs des autoroutes ou les APL ?

On pourrait traiter bien sûr plus longuement de ce que draine la question de la mobilité et la manière dont elle est vécue au quotidien, mais aussi comment elle s’inscrit depuis un certain temps comme une “liberté ” et même un mode de vie.

Mais ce qui nous nous questionne c’est que certaines gouttes de diesel soient à l'origine du “débordement” de cette cuve sociale car c'est un certain type de rapport à l’engagement tel qu’il peut être pensé et “organisé” dans les sphères dites “politiques” ou “militantes”qui est finalement interrogé.

Ainsi les tentatives de mobilisations sur la Loi Travail, l’attaque sur le régime des retraites qui s’annonce, ou la privatisation des transports publics ne semblent pas avoir eu la force symbolique de cette augmentation de taxe.

Face à cette “auto-organisation” (pour la spontanéité on ne sait quand elle commence) médiatisée par les réseaux sociaux et relayée complaisamment par les médias la première question qui s’impose nécessairement relève de la forme prise par ce ras-le bol.

On précise rapidement ici que cette “autonomie” (hors syndicats et partis) n’est pas plus un principe politique que le dirigisme. Ce qui manifestement déstabilise les plus fétichistes jusqu’aux léninistes comme les plus opportunistes-suivistes de l’anti-léninisme. N’oublions jamais que forme et fond sont liés et que l’oublier c’est faire des acteurs des luttes dans la plupart des cas des marionnettes. Ce qu’ils ne sont certainement pas.

La réussite qualitative des gilets jaunes de par les nombreux lieux de rendez-vous s’inspire quoi qu’on en dise d’un certain type de blocage de flux. Les blocages des ronds-points, des autoroutes ou des accès aux zones commerciales font étrangement écho aux places urbaines occupées par les NuitsdeBoutistes et aux échecs de ces derniers quant à la tentative de paralysie des grandes gares, et même de la fameuse “économie”.

Ce qui est flagrant, c’est que les gilets jaunes ont bloqué des lieux quotidiens et de transits qui sont finalement les leurs, ceux qu'ils empruntent tous les jours et plus précisément là où ils seraient eux-mêmes “emmerdés”.

Déterritorialiser où déplacer les “emmerdes” peut être vu comme une manière d’éviter un certain type de confrontation où ils pourraient être plus concrètement question du “pouvoir d’achat” plutôt que demander la baisse ou le gel des taxes par un appel régulateur à l’État.

C’est peut-être cela qu’il faudra questionner et analyser. Qui demande ? Et à qui et quoi ? Pourquoi évite-t-on la lutte directe avec les patrons ? Que nous disent ces luttes sur les moments de la conflictualité sur le lieu de travail ? Sur ce qui est possible ou plus dans le cœur historique de la reproduction du capital ?

Augmenter les salaires ou baisser les taxes ? La problématique n’est bien sûr pas la même.

Certains gilets jaunes en se rendant devant l’Élysée pour être “entendus” et “écoutés” ceci non sans une déconcertante facilité et tout en laissant d'ailleurs intactes les devantures du spectacle marchand nous incitent à penser qu’ils seront bientôt considérés comme de potentiels décroissants. Ceci même si la “lutte” contre les “taxes” devait être "victorieuse" car ce que l’État "donne" d'une main il le reprendra de fois plus d'une autre avec l'aide des patrons.

Le choix des terrains et la demande d'audience ou de reconnaissance des revendications en disent long sur ce qui se déploie, plus précisément sur cet appel direct à l’État et aux références constantes à la nation par le chant patriotique que l’on a pu voir entonner jusqu’au leader de la France Insoumise devant l’assemblée.

On serait tenté de conclure un peu facilement que le jaune va mal au teint du mouvement ouvrier et chaque fois qu’il a la jaunisse [1] cela se termine toujours par la “réalisation de la renaissance nationale” et “par la réconciliation des classes”.

Note



[1] Christophe Maillard, Un syndicalisme impossible ? L'aventure oubliée des Jaunes, Vendémiaire, 2016

samedi 17 novembre 2018

[À PARAITRE] Quand le "peuple" est populaire... / Vosstanie Editions

- À PARAITRE -

 Quand le "peuple" est populaire... 



 VOSSTANIE ÉDITIONS - Février 2019 

Le Portugal, Agone, Raquel Varela et le "peuple" 

-

 "Quand j’entends parler de peuple, je me demande ce qui se trame contre le prolétariat " Karl Marx

Esthétiquement c’est comme du branché tradi ou du néo-routier, un peu comme cette mode des troquets et des comptoirs en faux formica qu'investissent les petits - bourges pour se donner des airs canailles et “peuple”.

Le «peuple» masse indistincte et informe, malléable et dominée.

jeudi 15 novembre 2018

Si je devais une fois pour toutes - Point de vue image de classe (24)

Si je devais une fois pour toutes
Point de vue image de classe (24)


On a reçu ça ce matin

*

Contre les ados qu’tu veux faire marcher
d'un nouveau pas bien cadencé

Dans ton école startup-zonzon
ou pour trimer pour ta gueule-nation

Contre ta grande guerre qu’on commémore, entre bouchers et généraux

Ta ville pourrie toute effondrée de tes placements sécurisés

Contre tes dégueulis surtaxés que tu balances sur RMC
contre tout les “assistés”

Contre tes peurs de l'Étranger
qu’tu laisses éternellement déambuler
sur tes plages clean de barbelés

Contre tes déchets qu’tu veux cacher
sous mes pieds ou bien très loin là-bas...
chez l’Étranger.

Contre mon cul qui te fait chier 
et ma couleur bien trop foncée

Moi, j’en veux pas d'ton monde de Chefs
que tu vénères à en bouffer
à toutes les heures télévisées

Perdre ma vie à t'engraisser
et puis encore recommencer

J’te jure pour ça, je vais m'bouger

Et ce jour-là tu peux me croire
ton gilet jaune, tu vas l’manger
avec une pompe emazoutée

C’est ton petit monde qui m'fait gerber

 Ton ressentiment ça fait pas un projet !

La “société” et  le “système” ils s’occuperont
de l’avaler

D’le recycler pour continuer
que t’accumules à en crever

Un jour p’tet bien il arrivera
des gens comme moi !

Qu’on appelait prolétariat!
Et ce jour là tu peux me croire

Ya pas que ta bagnole 
qu’on retournera...

                              
                             Anonyme





mardi 6 novembre 2018

[EN TÉLÉCHARGEMENT] Pour une critique de l'Idéologie Boulangère (2e édition PDF)

Pour une critique de
l'Idéologie Boulangère
Décroissants de la brioche et une Rolls! 
 2ème édition revue et augmentée

https://www.mediafire.com/download/v8xn7cyr9l52eo6

2ème édition revue et augmentée 


ÉPIGRAPHE

La société capitaliste contemporaine lèse les intérêts de l'intelligentsia, que celle-ci soit ou non partie prenante du système et en outre l'humilie en la plaçant sous la dépendance des capitalistes. Ressentant son humiliation, l'intellectuel se rebiffe et va s'adresser aux esclaves du travail manuel, toujours prêts à se rebeller, en s'efforçant de leur prêcher la révolution, [...] lorsque le progrès bourgeois stagne. Cependant, comme il ne souffre pas pour les mêmes causes, ni de la même manière que l'ouvrier il ne propose à celui-ci que des plans de lutte tels qu'ils permettent d'éliminer immédiatement les causes de son propre mal, sans pour autant apporter quoi que ce soit au «camarade » ouvrier qui le suit, mis à part la promesse d'un meilleur avenir. Les exigences qui ont mû les ouvriers sont toujours inévitablement remises, par l'intellectuel, à plus tard, laissées de côté, pour le « futur ».
Jan Waclav Makhaïski


Mais, de même qu’il y a des besoins corporels dont tout un chacun peut et doit s’occuper par lui-même, il existe aussi des objets du savoir qu’il est indispensable que tous connaissent et qui ne ressortissent, pour cette raison, à aucune science spécialisée particulière. La faculté de penser humaine est un objet de cette espèce : la connaissance, l’entendement, la théorie qui s’y rapporte ne peuvent être abandonnées à aucune corporation.



*

« Quand la dernière solution à la mode proposée, et prônée, n'est autre que d'être un animateur à mégaphone, un boutiquier alternatif équitable ou un épicier radicalement bio et autogéré;

Quand la frugalité, l'éloge de la « simplicité volontaire » et les traités « Maussiens » sur le renoncement au quantitatif s'affichent dans de nombreuses librairies radicales, c'est que la soumission à l'ordre dominant s'annonce des plus fantastique.

L'éloge du qualitatif dans la société capitaliste n'est ni plus ni moins que le retour de l'Homo - œconomicus qui revient par la fenêtre!

L'audience des discours, leurs diffusions, n'est pas sans nous faire penser que le prochain « serrage de ceinture » sera pour le prolétariat ! Qui, c'est bien connu, ne s'achète que des écrans plasma avec ses 900 euros.

Il n'y a qu'un pas pour penser que l'idéologie qui vient est toujours l'idéologie de la classe ascendante, c'est à dire celle qui annonce la prochaine offensive contre les exploités
».

TÉLÉCHARGER 

Compil de textes Vosstanie 120p.

lundi 5 novembre 2018

Le prolétariat comme objet et appendice du capital ? - Matériaux pour une émission (22)

Le prolétariat comme objet 
et appendice du capital ? *


L'analyse marxienne du rapport entre travailleurs salariés et capitalistes et de la constitution des valeurs et des formes de conscience des travailleurs ne se borne naturellement pas à l'étude de la sphère de la circulation. Bien que les travailleurs salariés soient les possesseurs d'une marchandise, donc des « sujets » dans la sphère de la circulation, pour Marx ils sont aussi, dans la sphère de la production, des « objets », des valeurs d'usage, des éléments du procès dc production. C'est cette détermination simultanée par les deux sphères qui définit le travail salarié. Nous avons noté la double détermination implicite que Marx donne de l'individu constitué dans la société capitaliste : comme sujet et comme objet d'un système de contraintes objectives. Que le travailleur soit à la fois sujet (propriétaire de marchandise) et objet (du procès de production capitaliste) représente l'extension concrète, la « matérialisation », de cette double détermination. Tout traitement adéquat de la compréhension que Marx a du développement de la conscience des travailleurs devra partir de ces deux moments, de leurs interactions et de leurs transformations historiques. (1)

(1)  De ce point de vue, mon interprétation de Marx est très différente de celle de Georges Lukács. Dans son étude sur la conscience de classe du prolétariat, Lukács part de l'idée que les travailleurs ne deviennent conscients de leur existence dans la société que lorsqu'ils sont préalablement devenus conscients d'eux-mêmes comme marchandises (voir « La réification et la conscience du prolétariat » in Histoire et conscience de classe, Minuit, 1960, p. 210 et suiv.). À la différence de Marx qui considère les travailleurs à la fois comme des objets et des sujets lorsqu'il les analyse en tant que marchandises et en tant que propriétaires de marchandise (Le Capital, livre I, p. 188), Lukács fonde la possibilité de la conscience de soi et de la subjectivité oppositionnelle ontologiquement c'est-à-dire en dehors des formes sociales. L'analyse catégorielle de Marx cherche à saisir la spécificité historique et le développement de la conscience des travailleurs par rapport à l'interaction et au développement de plusieurs dimensions sociales du capitalisme. Marx analyse les formes de conscience qui, tout en transformant la société capitaliste, restent dans son cadre, et suggère les déterminations de celles qui renvoient au- delà de cette société. Or Lukács abandonne, en ce qu'elle a d'essentiel, l'analyse catégorielle des formes déterminées de subjectivité lorsqu'il traite de la conscience du prolétariat. A partir de sa notion de « conscience de soi de la marchandise », il tente de déployer une dialectique abstraite du sujet et de l'objet, qui, d'une conscience de soi de leur existence sociale en tant qu'objets, dérive la possibilité de conscience de soi des travailleurs en tant que sujets historiques (voir « La réification et la conscience du prolétariat », p. 210 et suiv.). La différence entre ces deux approches est liée à la distinction, déjà mentionnée, entre l'analyse que Marx fait du concept hégélien de sujet-objet identique en termes de structure des rapports sociaux (le capital) et l'identification que Lukács fait de ce même concept avec le prolétariat. Alors que la théorie de Marx fonde socialement l'opposition sujet-objet, la version raffinée de la critique sociale du point de vue du « travail » qui est celle de Lukács reste inscrite dans la problématique sujet-objet. Lukács considère le capitalisme comme une forme d'« objectivité » sociale qui dissimule en son cœur les rapports humains « réels » et conçoit l'abolition du capitalisme en termes de réalisation du Sujet historique. Il affirme donc qu'en se connaissant eux-mêmes comme marchandises, les travailleurs peuvent reconnaître le « caractère fétiche de toute marchandise », ce par quoi il veut dire qu'ils peuvent reconnaître les « vrais » rapports entre les hommes, rapports enfouis sous la forme-marchandise (ibid., p. 211). Marx affirme lui aussi que le noyau de la formation sociale est voilé. Mais ce noyau structurant, c'est la marchandise elle-même comme forme de rapports, et non pas un ensemble de rapports existant « derrière » la marchandise.
  J'étudierai comment l'analyse de Marx implique aussi que le type de conscience qui renvoie au-delà du capitalisme est lié au caractère d'objet que revêt le travail humain immédiat à l'intérieur du procès de production. Cependant, la nature et les possibles conséquences de cette conscience sont différentes de celles de l'approche de Lukács. Pour Lukács, le prolétariat se réalise en tant que Sujet de l'histoire en reconnaissant et en abolissant sa détermination sociale comme objet du capitalisme ; pour Marx, le prolétariat est un objet et un appendice du capital — un objet qui est et demeure le présupposé nécessaire du capital, même lorsque ce présupposé devient de plus en plus anachronique. La possibilité que Marx cherche, c'est l'auto-abolition du prolétariat ; cette classe n'est pas le Sujet de l'histoire et ne saurait le devenir. 

* Titre Vosstanie

Extrait du livre de Moishe Postone Temps, travail et domination sociale : Une réinterprétation de la théorie critique de Marx, Mille et une Nuits, 2009. p 404-406.