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mardi 20 octobre 2015

L'indigente Nouvelle Droite

L'indigente Nouvelle Droite
Réflexions sur les morts-vivants et le commerce de cadavres.





L'offensive menée par la Nouvelle Droite depuis 68 et dont les polémologues en chambre, portes plume journaleuses sont le plus souvent le fruit du déclassement de la petite bourgeoisie, n'ont finalement pas été d'une grande originalité. Au delà d'un travail de camouflage de concepts, ils demeurent l'aile pourrie nationale/européenne/régionale socialiste crétine la plus magnifiquement inerte de notre temps.

En petits entrepreneurs de leurs pensées, qu'ils monnaient misérablement d'allégeances dans des fanzines sur papier glacé (quel gâchis pour le papier), Ils sont toujours prompts à montrer leurs caboches de jeunes vieux sur internet pour y asséner un sous-verbiage radicalement superfétatoire, mâtiné le plus souvent d'un empirisme à faire se dissoudre le reliquat d'ossements du seigneur de La Palice.

Leurs attitudes simiesques ont tout de la récupération et du parangonnage intellectuel, démarches typiques des entreprises capitalistes et des techniques marketing.

Mais pour être plus précis, il faut souligner que la conceptualisation de cette "stratégie" historique n'est que le fruit honteux et peureux d'une infécondité congénitale propre à la Nouvelle Droite.

Produit du ressentiment et du réactif, c'est la signature d'une impossibilité créative, le propre de l'esprit réifié et peine à jouir. Un trait typique du conservatisme qu'ils tentent de déguiser en "subversion", concept qui ne dit surtout rien de la remise en cause des pouvoirs et des hiérarchies, tant ils adorent faire les toutous des Rex, chefs et individus qui moulinent du bras, ceci tout en travestissant leur servilité en machiavélisme... de bidet.

Finalement on pourrait même pousser notre analyse en affirmant la défaite historique de ce courant enfermé dans son obsession morbide des origines, son culte débile des racines, sa névrose des essences, ceci parce que rien n’émerge de clair et de franc et que nul horizon ne peut se dégager un seul instant d'un nez collé au cul de la matrice ou des effluves issues de la décomposition placentaire dont ils aiment disserter jusqu'à la nausée.

Toujours en retard d'une récupération ils furent guévaristes après la mort du faussaire communiste Guevara, tiers-mondiste après que la caravane ne soit passée, et s'encanaillent toujours de proudhonneries quand même les anarchistes intelligents hésitent à s'en revendiquer tant sa critique du capitalisme (à autogérer) fait maintenant bien rire dans les chaumières.

Les tentatives d'annexion par la Nouvelle Droite de différents courants qui se trouvent du coté, quoi que l'on en dise, d'un certain universalisme progressiste, c'est à dire d'une espérance dans une certaine perfectibilité sociale et humaine, restent toujours conditionnées à la fois par les limites intrinsèques de leur philosophie politique, et comme nous le disions aussi par la posture d'un corps (physique et doctrinal) qui s'évertue systématiquement à regarder du coté de son nombril, voire même de son anus pour savoir si, Oh ! malheur, ils n'auraient pas été déféqué. (Il suffit de voir à ce sujet les délires et l'importance qu'a pris le débat sur l’inexistante théorie de genre ou le mariage homosexuel)

Toujours conditionnée par cette compulsion de classement héritée d'un certain aristotélisme usé, la psychopathologie de l'esprit réifié ne fait qu'alimenter une conception du monde toujours ouvertement élitiste et hiérarchique ou la “nature humaine” flotterait au dessus de la sombre et indécrottable, et noire caverne humaine. Ceci aux seules fins de promouvoir une certaine défiance/haine de l'autre, ontologiquement inférieur et susceptible de souiller une pureté originaire source de toute les réconciliations communautaires et holistique, il va sans dire.

L'espace humain (la géographie / la planète) de la Nouvelle Droite se trouve alors pétrifié selon les mêmes modalités intellectuelles ou le mythe a remplacé l'histoire. Quand l'approche se fait pseudo-historienne elle fait appel, ou aux grands hommes ou à des catégories hypostasies et mono-causales. Alimentées par une métaphysique de la chute et de l'impure, toujours sauvées in fine par le "génie" national ou l'esprit de la région-nation, voire l'Europe pour ceux qui se croient les moins crétins.

Les clins d’œil de mère maquerelle de la Nouvelle droite aux courants libertaires, dans l'acception la plus large, plus que déstabilisateurs et porteurs d'une stratégie de la confusion (il ne s'agit pas ici de baisser la garde sur les ponts, passerelles et lianes), doivent plus être vus comme leur propre confusion stratégique et marquent définitivement la Nouvelle Droite du sceau de l'infertilité génétique.

Ou par exemple, l’intérêt de la Nouvelle Droite pour l'anti-utilitarisme certainement alimenté parce ce que porte en lui ce courant, à savoir une sorte de troisième voie (si chère aux Nationaux Révolutionnaires Socialistes) mais aussi sa critique de l'utilitarisme ...."marxiste". Autre obsession historique de la Nouvelle Droite.

On pourra aussi penser particulièrement ici au cas de J-C Michea comme bourricot de Troie soit disant “libertaire” (1) dissertant au nom de l’anti-utilitarisme sur l’aménagement possible d’espaces marchands dans un monde “communiste” et à ses dissertations dont les interminables scolies xénophobes s’articulent de références sibyllines ou plus franches à l’univers des néo-droitiers. 

Il en est de même pour Castoriadis ou plutôt du Castoriadisme post Socialisme ou Barbarie, ceci pour sa critique du marxisme et de la conception matérialiste de l'histoire, qui a développé à la fin de sa vie une logorrhée autour de la psychanalyse des mythes si chère aux néo-droitistes.

Si la Nouvelle Droite regarde ces dernières années du coté des Décroissants, aidée en cela par quelques regards bienveillants, c'est que ces derniers viennent alimenter des thématiques historiques de ce courant, comme une critique du “matérialisme” (compris comme critique minimale et romantique de l'argent, des banques) , un ascétisme expiatoire et sacrificiel "volontaire" propre au judéo-christianisme sécularisé, au nom d’un bricolage spiritualiste hérité de curés défroqués mais toujours religieux. Pour un dépassement de l'ici bas par un retour à l’ici et maintenant, forme achevée et paradoxale de dépolitisation. Mais aussi un néo-malthusianisme pour les Autres, qui cache mal (pour la Nouvelle Droite) son éthno-differencialisme, c'est à dire son racisme new-look.

La possible annexion de positions politiques se révèle bien facile, aidés qu'ils sont d'ailleurs par les thématiques agitées généreusement, mais sans fond, (d'un point de vue de l'économie politique qu’ils n’arrivent pas à structurer par rapport à une fin) par le discours de la re-localisation des échanges et de la dé-mondialisation, du cénobitisme hygiéniste et esthétisé, et par le culte des relations "authentiques" avec les "vrais gens". Bien sûr tous cela sent le roquefort rance, l'esprit de cloché, et la "terre qui ne ment jamais".

Les drapeaux et les frontières de l'Europe blanche gréco-romaine (pour les plus païens), revivifiés de valeurs viriles et guerrières ne sont jamais très loin, surtout à pieds, puisque vous avez banni la voiture et les technologies corruptrices de votre quotidien augmenté.

En lecteurs honteux de Marx, ils alimentent aussi leurs critiques des courants les plus pessimistes de l'hétérodoxie marxiste qui furent les plus violemment anti-marxistes au sens idéologique, et paradoxalement les plus nihilistes comme les qualifiait déjà Lukács.

Un certain regard porté par la Nouvelle Droite, par exemple du coté de la théorie critique de la valeur et ses théoriciens est, comme toujours, alimentée par les dénégations systématiques des classes et de leur conscience, des luttes prolétaires "ces racailles, barbares, narcissiques qui creusent l'abîme et qui ne souhaitent que consommer"  (pour la transformation du réel et l'abolition de la société de classes) mais aussi par un pessimisme que le courant de la critique de la valeur porte de manière immanente de par son approche catastrophiste élitiste-intellectualiste de la critique du capital.

Qui peut-être très aisément interprétée comme décadence par extension, comme un signe de décadence “civilisationnelle”. Une aubaine pour les apôtres de la restauration.

Certains "théoriciens" de la valeur s’autorisent d’ailleurs depuis quelques temps à un retour au psychanalysme freudien, dont les références vont de R-D Dufour jusqu'à Ch. Lasch, avocats de l'idéologie Œdipienne et de la famille. Du pain bénit pour les “anti-mariage pour tous”. 

Mais aussi vers des théoriciens d'une certaine ultra-gauche dont la déception et les attentes messianiques contrariées ce sont transformées en mépris et en xénophobie. Les artifices langagiers ni feront rien, entre la bêtise aristocrato-maximaliste et la pauvreté radicale psalmodiée, se cachent le plus souvent une vraie misère.

Que dire de la spirale entretenue par les petits profs de l'extrême-gauche-de-la-saloperie  "identitaire" et "religieuse" qui se vantent de vouloir ré-injecter les mots "races", "peuples" ou "nations" dans le lexique de l'émancipation ? (2)

L'abandon de l'optique prométhéenne du communisme a cédé le pas à un mécanisme théorique (3) que serait la loi de la valeur, une sorte de fatum qui, au-delà du jardinage théorique et de la traduction des signes des temps, réduit les portes de sorties au chat de l'aiguille des épiciers.

La déconnexion évidente des milieux "théoriciens" de ces courants d'avec le réel n'est certainement pas étrangère à cette petite affaire, dont se fout d'ailleurs l'ouvrier chinois en grève ou l’exploitée angolaise.

Il faudra un jour analyser plus précisément si certains marxistes “non-traditionnels” ou qui se veulent "critiques" des aliénations (mais pas des leurs !), à force d'avoir côtoyé de trop prêt leur objet d'étude, n'ont pas fusionnés avec celui-ci, au point de ne devenir que de vulgaires chroniqueurs du capitalisme, c'est à dire des économistes sous payés du business de l'éternelle parousie en cours. Plus certainement les promoteurs d'une  auto-entreprise bien comprise.

Toujours est-il que la Nouvelle Droite se trouve confrontée à une boucle qu'elle est incapable de boucler. Sa critique de la valeur ne va pas jusqu'au bout de la critique du fétichisme de la marchandise. Toujours empêtrés qu'ils sont dans une pathétique dénonciation de la "financiarisation" et de " la loi de l'argent" ou de “l'oligarchie trans-nationale” comme de vulgaires frontdegauchistes ou ce con de Georges Valois. Il leur est impossible de concevoir la dissolution de tous les fétiches surtout de ceux qu'ils agitent frénétiquement (Race, Frontières, Nations-Régions, Europe, Peuples, État, Sang, Pureté, Force, Origines etc...).

Cette impossible compréhension est le fruit du culturalisme et de l’idéalisme, déguisé en concept fumeux et déjà ringard de méta-politique. Cette stratégie aux petit pieds, reste avant tout au service de la production de demi-boucles-plus-value monnayables sur le marché des marchandises intellectuelles pour névropathes. (Mais il est toujours très difficile de nettoyer le tas de fumier sur lequel on est embourbé)

Elle accompagne surtout sa conception bourgeoise et avant-gardiste de l’activité politique pensée comme juxtaposition d'individualités, c'est à dire des vulgaires lobbyistes du moi-je. 

Cette incapacité théorico-pratique est bien sûr le signe d'une pensée-chose anti-dialectique où le mouvement du réel reste dans tout les cas bien plus révolutionnaire que toutes les abstractions fossilisées mise au service d’un petit commerce symbolique. Il est nécessaire de souligner à ce sujet que le néo-droitiste excelle dans le sous-commentaire de commentaires sans fins, aussi bien celui de l’actualité politicienne que sociétale. C’est à croire que le commerce du commentaire se révèle plus juteux qu’il n’y parait. 

La compréhension de la plasticité du réel n'est pas acceptation sans faille de celui-ci ni un opportunisme. Elle n'a pas à être mise au rencart d'une dialectique ascendante ou réconciliatrice mais doit accompagner la certitude que rien n'est posé ad vitam, que ce soit le capitalisme ou les catégories morbides qui l'accompagnent et participent de sa reproduction.

Il n'est pas tant question finalement ici de disserter sur l'indigence de la Nouvelle Droite que de réaffirmer la perspective communiste anti-hierarchique et anti-autoritaire. Celle de l'abolition de toutes les classes pour la communauté humaine Universelle, contre les récits et les médiations pré- ou pseudo-historiques

Face aux morts-vivants de la Nouvelle Droite, il est toujours possible d’utiliser quelque lance flamme théorique. Ainsi ne rien lâcher sur le concept d’Égalité, sur l’abolition de toutes les frontières pays et nations, ou patries républicaines. Combattre toutes les racisations, éthnicisations, biologisations, de la question économique et sociale. Combattre toutes les formes d’élitismes, d’aristocratismes. Les fables mythiques et téléologiques, les théories décadentistes ou de l’âge d’or.

Mais aussi par une critique réel-total du capitalisme qui ne pourra jamais être aménagé, taxé, amendé, humanisé, autogéré, ou qui devrait être moins financier, dans un seul pays ou continent La question n’est pas non plus de revenir à des formes paternalistes industrielles ou pré-capitaliste, pas plus qu’au fumeux communisme primitif.

Aussi il nous faut toujours tenir plus solidement encore l’analyse des classes, de classe, pour mieux analyser ses fractions, les recompositions de celles-ci, sans sombrer dans un sociologisme du ressentiment sans perspectives, mais qui peut nous permettre de nourrir des pratiques auto-émanciaptrices et chasser de nos rangs ceux qui s’autorisent à parler à notre place à partir de différents lieux de pouvoir. 

Et s’il arrive à la Nouvelle Droite d’utiliser des trompes-l’œil comme celui de la démocratie directe par exemple, c’est pour mieux enfoncer le clou de la démagogie des foules atomisées haineuses et son projet séparatiste qui s’accorde si merveilleusement bien avec le capitalisme. La séparation étant la condition de la reproduction du capital.

Affirmer que la destruction du monde marchand doit être totale et qu’elle doit comprendre la disparition de tous les fétiches et médiations agitées par les commerçants de la pensée pourrait suffire à clore le débat sur cette ancienne nouvelle droite.

Mais l’on ne dit finalement rien des bâtons que certains “gauchistes” “révolutionnaires”, “alter” “spécialistes radicaux” et autres “critiques du système” tendent pour qu'ils soient pris et pour qu'ils se fassent taper dessus avec un plaisir masochiste suspect. C'est peut-être finalement la question la plus importante qui doit être méditée au regard des positions que nous ne devons pas lâcher.

Notes

(1) Tout aussi "libertaire" que Michel Onfray Voir d'ailleurs le tas d'immondices qu'il a balancé ces derniers jours dans un entretient au Figaro daté du 11 septembre 2015. On nous dira que le cas Onfray est définitivement réglé depuis qu'il s'affiche ouvertement et en couverture dans la revue Eléments N°157. 

(2) Adorateurs des Chavez, Maduro, Correa et autres Bachar el-Assad. Défenseurs des éthnismes, sous couvert d'exotisme ou du "choix" d'être une "créature" voilée et "libertaire".

(3) Par extension à des explications simples et pratiques ou réactives. La défense d'un pré carré ou de niches intellectuelles qui peuvent être facilement intégrables sans trop de conséquences dans le monde universitaire. En fonction des facs l'optique sera plus culturaliste ou plus économiciste. Ainsi on ne parlera jamais de révolution.

mardi 3 mars 2015

Lettre sur la confusion

Lettre sur la confusion
Causes et conséquences des "perturbations" et
de la dés-organisation sur la conscience politique.


Cher ...,

Je te prie de m'excuser pour le retard pris par ma réponse. Les différents fronts qui touchent à la connerie sont si nombreux en ce moment que quelques fois la tentation d'un retrait de cette injonction à produire un positionnement politique est plus fort.

Je sais qu'il est important de produire une analyse serrée du réel en mouvement pour se dégager des faux combats, éviter certaines dérives mais surtout défendre l’essentiel.

Ce que j'ai peut-être mal exprimé par oral la dernière fois en disant que nous étions toujours le "confus" de quelqu'un, c'est qu'il m'a fallut de nombreuses années pour développer une pensée construite. Celle-ci s'est aussi structurée au regard des confrontations avec d'autres courants politiques dans les débats et les lieux de luttes, grâce à des rencontres et des lectures, mais toujours pour revenir à des fondamentaux au bout du compte.

J'ai donc quelque sympathie/empathie pour des individus qui cherchent leurs mots ou qui peuvent parfois exprimer maladroitement un propos qui reste de bonne foi.

J'ai peut-être réussi à comprendre au fil des années la capacité qu’ont le réel et les idées à se retourner mais aussi leurs possibilités à nous laisser au bord, à coté, avec des certitudes aussi vieilles qu'obsolètes.

Je vais donc complexifier mon propos sur le “confusionnisme” tout en affirmant quelques petites choses et tant pis si je passe pour un affreux "sectaire". Je te dirais d'ailleurs à ce propos que même si c'est une attitude politique peu à la mode en ces temps du démocratisme-équitable de supérette radicale-gnangnan où l'éparpillement des forces prolétariennes nous oblige à resserrer quelques rangs, je ne compte pas brader pour autant mon point de vue.

C'est en relisant Brecht et La vie de Galilée que mon propos sur le "confusionnisme" s'est un peu affiné.

Galilée : […] qui ne connaît la vérité n'est qu'un imbécile. Mais qui, la connaissant, la nomme mensonge, celui-là est un criminel !

Ainsi les individus, groupes, que nous qualifions de "confus" ou de "confusionnistes", sont-ils des imbéciles ou des enfoirées politiques ? Une chose est certaine, c'est qu'il faut les combattre de toutes nos forces mais il faudra aussi éviter le dégoût et l'épuisement car l'abîme est insondable. Peut-être s’agit-il d'interroger comment il faut le faire et avec qui ?

Notre première erreur (je m'inclus dans cette critique / autocritique) c'est d'avoir qualifié la "bêtise", cette saloperie politique, de “confusion”. Peut-être aussi de l’avoir "ismé" pour en faire par extension le “confus-ionnisme”. 

Il subsiste en creux de cet étiquetage politique, par défaut peut-être, un je ne sais quoi de "naïveté" qui serait propre à ce type "démarche" . 

Voyons l'acception commune du terme confus:

"Qui se manifeste à l'esprit, aux sens, sans grande netteté, qu'on a du mal à analyser, à reconnaître ou à identifier clairement" 

ou " Qui manque de clarté ; embrouillé, obscur" 

En qualifiant toute la nébuleuse crypto-soralienne ou chouardo-compatible, les Lordon et Ruffin et autres promoteurs du protectionnisme national taxateur de la finance, par des caudillos peinturlurés de diverses nuances de rouges et les spectateurs pacifiés par d’innombrables “complots”, de "confus”, n'y a t-il pas une prétention à vouloir encore les éclairer de nos “lumières” ou à dénoncer des attitudes sous vocable psychologique là où elles ne sont que politiques ? Car ces gens là ne sont pas “confus” !

Si certains sont des abrutis et des moutons qui n'attendent que sermons et bénédictions (et se retrouvent pour certains en compagnie de religieux), Ils n'en défendent pas moins des options politiques très claires. Elles ne sont ni obscures ou embrouillées, et si nous avons du mal à les identifier c'est notre absence de culture politique qu'il faut remettre en cause et ne pas faire de projection.

Il y a certainement des individus "confus" mais quand ils le sont psychologiquement c'est un autre terrain que je préfère quitter car je n'ai plus l'énergie pour cela. J'ai laissé ma capacité d'écoute libre au vestiaire depuis que je suis dans l'économie de mes moyens et que j'évite de gaspiller mon temps.

Une certaine définition du terme "confus" .

- Qui est troublé, embarrassé par le sentiment d'une maladresse, d'une erreur.

Question :

Doit-on penser que les adeptes et promoteurs du dit "confusionnisme" sont embarrassés d'une "maladresse" potentielle ? d'une "erreur" qu'il faudrait alors rappeler à leur bon souvenir comme pour les sauver malgré eux d'égarements psycho-politiques ? 

C'est un peu cette attitude que je constate, dans cette recherche systématique du “confus”, que certains passent au râteau de leurs attentes et de leurs souhaits et fantasmes politiques (qu'ils ne trouveront jamais) les organisations d'extrême gauche ou de cette gauche radicalement molle. Ces organisations sont historiquement pro-Etatistes, profondément nationalistes, quand elles ne cachent pas fort mal la défense d'un républicanisme pour petit mâle blanc. A ce petit jeu on se demande d’ailleurs ce qui nous empêche de demander des “comptes” au PS ou à l’UDI ! 

Les vouloir moins Etatistes ou revenant sur leurs positions génétiquement nationalistes (jusqu'à être identitaires) n'est pas simplement une gageure c'est un combat perdu d'avance. A la fois pour des questions de rapports de forces mais aussi parce qu'infléchir n'est pas les faire changer de positions. Je me demande d’ailleurs si cela ne s’apparente pas à la bonne vieille tactique réformiste ? Il n’y a rien à sauver dans les appareils.

Peut-on y voir une "Stratégie par la confusion" ? Même pas. Mais ils ont bien une stratégie et même une très vieille qui consiste à promouvoir les mêmes solutions de bureaucrates-régulateurs du capitalisme et de l’encadrement des masses (par l'Etat, la nation, l'identité et les hiérarchies). Leur conception du monde s'occupe de “réguler” (grâce à ce package politique bourgeois) l'économie et les esprits. Cette solution clés en main est d'ailleurs la plus efficace dans notre époque de décomposition sociale où le retour à soi (1) se charge aussi de policer les comportements. 

N'y a t-il pas, sous un certain "anti-confusionisme", une forme d’illusion démocrate et nostalgique du gauchisme historique à considérer, non qu'ils se trompent (ce que je crois), mais qu'il y a quelques chose à sauver dans les partis de l'extrême gauche du capital (qui s'accoquinent avec les enfoirés de gouvernement) et qui seraient pervertis, souillés, dupés, floués par des hordes de “confus” ? Il ne s'y trouve pourtant plus de prolétaires ou d'ouvriers depuis belle lurette ! (L'argument historique : il faudrait absolument coller au cul des masses où qu’elles se trouvent !) S’agit-il simplement de sauver ses ami(e)s "profs" qui se trompent ? A moins peut-être que nous n’ayons pas compris tous ce qui rapproche les confusionnistes des “partis”...

Que penser des partis et des groupuscules de “confus” (qui tournent les uns autour des autres) qu'il nous faudrait "redresser" et qui invitent systématiquement à voter en coeur pour le candidat le plus déguelassement racoleur ? Et qui s’offusquent ensuite des politiques à faire pâlir (de peur) ce fameux bleu que toutes les droites arborent. 

Notre écueil majeur c'est peut-être de ne pas redéfinir systématiquement et plus implacablement nos positions politiques propres. Notamment en rompant le plus rapidement possible l'ambiguïté entre la lutte anti-confusionniste comme avatar d’un anti-fascisme modernisé. 

Anti-fascisme qui donne systématiquement des billes à toute cette extrême gauche stalino-trostkiste dont le commerce électoraliste et démagogique nourrie un réformisme pourtant impossible. Il donne, comme toujours et encore, du temps aux capitalistes et à ses larbins d’enfoncer le clou du défaitisme, aux fausses solutions de s’imposer comme “les seules”, les plus “réalistes”, ceci jusqu’à ce que nous soyons totalement laminés par la fatigue, le découragement et le nihilisme.

Comme je te le disais la dernière fois, je m’inquiète et perds patience face à ce souhait de rétablir un dialogue avec l'extrême gauche la plus merdique et la plus politique, aux prétentions gestionnaires, aux solutions grotesques (au niveau de l'analyse de l'économie -politique) qui sent la préparation d'un possible front républicain inter-classiste. A nous de lever les ambiguïtés à ce sujet. (2)

Bien sûr il nous arrive de retrouver des panels de ces fameux “confusionnistes” sur différents théâtres d'opérations, mais c'est alors qu'il faut se demander aussi si nous sommes sur les bons terrains et les bons lieux.



Notre perception “militante” est peut-être aussi déformée par l’aspect médiatique, le coté viral de la bêtise. Je t’accorde complètement que les idées réactionnaires gagnent du terrain, mais sur qui ? Et est-ce si étonnant dans des périodes de dépression, d’attaques de la bourgeoisie et de replis sur la sphère intime ?

En l'absence de perspectives, les bruits parasites et les rots nauséabonds occupent toujours plus d’espace. Mais n’avons nous pas à remettre tout ceci à sa juste proportion en sortant de nos analyses franco-centrées ? Peut-être que la défaite nous paraîtra encore plus profonde. Mais peut-être aussi que la piqûre de rappel en ce qui concerne la combativité et les résistances ouvrières au niveau international nous paraîtra bien plus à l’ordre du jour !

Les alertes à la “confusion” et aux “rouges-bruns” doivent être définies clairement pour ce qu’elles sont. C’est à dire quelque chose de bien connu dans le mouvement ouvrier, identifiés comme un “socialisme national”, un “national-communisme / bolchévisme”. (*)  Autant dire qu’il n’y a rien de nouveau sous cette entreprise politique de restauration qui est aussi une tactique d’une fraction de classe face au capital (3) . Ces tactiques font se rencontrer les étatistes de gauche et de droite sur le terrain de l’Etat et de la Nation, mais aussi d’un certain anti-universalisme. Il me parait plus sérieux de clairement identifier les nuances des recompositions tout autant que les points de divergences de classes et d'intérêts qui permettent les passerelles. Il faut aussi éviter que des parcours personnels et opportunistes ne donnent des théorisations hasardeuses, jusqu’à nous faire croire à des mouvements tectoniques idéologiques, alors qu’ils ne sont que le lot d’intellectuels déclassés cherchant l’inclassabilité comme marque de fabrique ou de distinction pour mieux s’affirmer dans un marché de la pensée saturée d’autres marchandises. 

Contre quoi et qui devons nous lutter alors ? 

Il nous faut lutter prioritairement contre la matrice historique de ce “confusionisme” à savoir le nationalisme et/ou l'identitarisme, l'Etatisme et la conception hiérarchique du monde. Mais aussi remettre au centre de nos analyses le combat de classe, prolétaire et radical contre la marchandise et son mode d’Etre, les aliénations, l’exploitation, mais aussi pour un dépassement impératif de la condition prolétarienne (son abolition) vers la communauté humaine universelle. 

Cela sonne un peu comme une formule incantatoire mais nous avons trop lâché à ce niveau là pour nous retrouver maintenant face à des conceptions culturalistes et ethniques de la question sociale.

Il nous faut réaffirmer aussi qu’il y a de la lutte de classes dans les idées pour mieux réaffirmer ce qu’est une position de classe, un point de vue de classe, pour mieux combattre les idéologies de la petite-bourgeoisie ascendante ou en pleine déconfiture et qui déguise leurs “radicalités” réactionnaires et satisfaites en faux universalisme.

Il nous faut combattre l'extrême gauche du capital (non pas tenter de la moraliser) car c'est toujours combattre le capitalisme (3)  et ses solutions aussi bourgeoises que conservatrices, qui font tout autant le lit des conceptions réactionnaires du monde que les autres. Le problème n’est pas de mieux “redistribuer” les profits ou de les taxer mais bien d’en finir avec ce cercle infernal de la valorisation.

Nous devons briser la machine capitaliste totalement. 

Attaquer plus durement les fameuses solutions “individuelles” ou des petits collectifs auto-suffisants et crypto-religieux dont les pratiques et attitudes réifiés par rapport au réel font le lit d’un irrationalisme pour gourous libertoïdes. Leur égo-localisme est la trame qui permet la rencontre avec les courants les plus anti-modernes sous couvert d’une critique d’une post-modernité dont ils font l’analyse sous des angles aussi idéalistes que leur classe sociale leur permet de tenir. Ainsi notre analyse matérialiste du monde doit être revitalisée contre ce “romantisme” qui nous invite à enjamber joyeusement les cadavres d’un monde de pénurie alors que c’est la valeur d’échange qu’il faut foutre en l’air.

Tu me diras il n’y qu’à laisser travailler le réel qui se charge de dynamiter les petites certitudes entrepreneuriales des militants de l’illusion de l’âge d’or. C’est une option ! Mais à vrai dire je ne compte pas crever comme un esclave ou me laisser escroquer par un le bidonnage néo-régionaliste auto-géré ou le puritanisme moralisant chic et identitaire de l’entre-soi. 

Il y a bien quelque-chose de prioritaire, c’est de balayer dans et devant nos sphères politiques ou la duperie ultime relève de l’art du déguisement sous “marque généreuse”. Comme toujours il s’y présente des individus et des groupements opportunistes qui se servent de l’utopie sociale radicale pour mieux vendre au final la même saloperie que les autres. Il faudra aussi s’interroger sur notre tolérance, (son origine) à les voir déambuler tranquillement dans nos sphères sans que cela suscite quelque émotion. Peut-être aussi faut-il s'interroger sur la capacité actuelle du discours réformiste à se faire passer pour révolutionnaire ?

Au delà de l'interrogation, et pour lutter contre l'atomisation, le repli, porte d'entrée des discours tout aussi confus (dans sa définition première) que "confusionnistes"  il n'y a pas d'alternative au combat de classe et à la réflexion collective, à l'organisation (4) seules démarches capables de briser l'esprit de résignation.


Notes.

Quelques définitions de confusion avec le Larousse.

(*) Voir le différents travaux de Louis Dupeux sur le National-Bolchevisme et la révolution conservatrice. Plus récemment voir aussi le dernière contribution de Philippe Bourrinet. 

(1) D’ailleurs le souhait de “reconnaissance” n’a jamais été aussi bien instrumentalisé.
(2) Comme le "front-anti djihadiste républicain"
(3) Qui est toujours 
d’aménager la redistribution du produit de l'exploitation, de l'aliénation.
(4) Sous toutes les formes possibles. En évitant de reproduire ce qui ne marche pas ou plus.

Contre les confus et le confusionnisme voir aussi  http://confusionnisme.info/


Voir aussi