mercredi 27 novembre 2019

Paquetage et conscience de sac - Point de vue image de classe (28)

 Paquetage et conscience de sac

Je fais très régulièrement une critique économique et politique de ma bibliothèque.

Les petits ouvrages côtoient les gros, les vieux, les fatigués, les épuisés...

Il y a ceux qui sont au pied d’une porte et ceux qui se trouvent sur la table de mes nuits.

Je m’étrangle presque chaque soir de rires sur le communisme livresque, et l’anarchisme bibliophile qui a pu un temps nourrir le feu de ma révolte.

Il s’agissait alors de constituer un genre de paquetage pour une randonnée dont je pensais connaître parfaitement la destination.

Avec le temps, il m’a fallu revoir quelques paramètres notamment ma manière d'apprécier les distances, me départir du rythme de mes pérégrinations surtout quand je traverse les marécages idéologiques de l’époque.

Se tenir debout et continuer à avancer nécessitent donc d’évaluer ses interactions dans un milieu hostile.

C’est une invitation constante à réviser son barda et à se faire par moment rémouleur plus que colporteur.

L’endurance m’incite donc régulièrement à me délester d'éléments qui au fil du temps se sont transformés en briques inutiles.

S'alléger ne signifie pas pour autant que l’on augmente son allure surtout quand l’on tente à différentes étapes de son périple, de vous inviter à partager des sables mouvants.

Pour s’en extraire, on balance ce qui reste du fond de son sac qui s’est déjà bien pris dans la vase.

Après l’avoir gratté sous le soleil, on garde quand même quelques petites choses pour s'équilibrer et se garder de trop pencher en cas de gros vent.

S’éviter de retomber dans les prochains fossés creusés par quelques hurluberlus héméralopes oblige à bien plus d’acuité politico-visuelle qu’à des compétences topo-psychiatriques.

Il s’agit donc de conserver dans sa besace, le plus vital et de réévaluer ce qu’un temps, on pensait être le superflu.

Pour cela il faut peut-être concevoir d'abandonner certaines choses comme trop détachés de la vie et se refuser à faire de différence entre aucune des minutes de soi-même.

Je demande bien souvent quel livre serait toujours dans ma poche, si je devais atteindre ma destination.

lundi 25 novembre 2019

Dans la rubrique ce que n'est pas le communisme (3)

Dans la rubrique ce que n'est pas le communisme (3)

Karl Marx soulignait dès 1843 dans sa lettre à Arnold Ruge qu’il n'était pas question de “dresser des plans définitifs pour l'éternité” [1] et que sa tâche relevait de “la critique radicale de tout l'ordre existant” [2]. Il faut souligner que ses affirmations (anti-utopiques) de ce qu'était son communisme contre les robinsonnades lui étaient rendus possibles par ce que l’on pourrait appeler de notre point de vue une téléologie empirique c’est-à-dire, comme il le dira après dans les Manuscrits 1844: “le mouvement entier de l'histoire ”[3].

Si Marx s’est toujours refusé à faire “bouillir les marmites du futur” c’est qu’il s'agissait de prendre comme point de départ l'état des choses où elles sont et non de “leur opposer un système tout fait “ [4].

Ainsi il précisera en 1845 dans L’idéologie allemande “Le communisme n'est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes “[5].

Mais est-ce à dire que le prolétariat n’a pas idéal [6] ? Comme l’affirmait G.Lukács dans Histoire et conscience de classe ? N’était-ce pas l’argument typique du politicien ?

Étrangement utopisme (même concret) et réalisme (même hégélianisé) se rejoignent pour administrer ici et maintenant ou plus tard et ailleurs les affaires convenues d’avance de la cité exemplaire ou en construction, qui par un plan précis une casuistique ou un parti. Avec ses avant-gardes bien sûr ou ses éléments les plus volontaires ou convaincus de leurs missions.

La constitution en classe et la négativité du réel, la contradiction portent-elles en elles-mêmes une potentialité, une perspective ? Ceci en dehors du fait de toujours s'écouler vers le long fleuve héraclitéen ?

Que peuvent bien poser les actes, les luttes sans perspectives, mêmes nécessaires, sans le souffle d’un idéal ?

Si l'approche critique héritée de Marx reste un antidote au prêchi, prêcha et au jésuitisme politique ceci au bénéfice d’une théorie des besoins, de l’ici-bas contre les sociétés idylliques, les arrières-mondes mêmes socialistes, il nous semble que sa conception immanente, développée plus tard "scientifiquement" dans la théorie de la plus-value se dissout sans une définition nécessaire et négative de ce que n’est pas le communisme. Surtout contre les lectures économistes, catastrophistes, marxistes, étatistes, autoritaires et nostalgiques du capitalisme d’État ou même redistributives de “marchandises” auxquelles ne sont d’ailleurs pas étrangers certains écrits des compères Marx-Engels [7].

Il reste bien évidemment à comprendre ce que signifient certaines pratiques qui apparaissent dans le cours des luttes et qui peuvent passer pour les prodromes des nouvelles relations sociales de production.

Mais le communisme a-t-il besoin d'augures ou de prophéties ? Sauf à faire de l’espoir un pilier du possible ou de baser son combat sur un pari marxien…

Ainsi depuis quelques années il est de bon goût de se repaître aux sources d’un communisme dit premier pour alimenter une dialectique du “mouvement réel” totalement consumée par le socialisme réellement existant et le désenchantement. D'appeler à la rescousse “les sciences” de l’Humain comme une tentative supplémentaire de naturalisation de ce que pourrait / pouvait être ce communisme. Cette approche (en dehors de l'érudition et de la connaissance toujours nécessaire) devra finalement être également critiquée comme construction topique consolante. C'est-a-dire qu'il ne s'agit pas non plus de décongeler les gamelles du passé, parce que la tâche est également à la critique radicale de l'ordre qui a existé.

Vosstanie le 19/11/2019



NOTES

1. K. Marx et F. Engels, Correspondance, t. I, p. 299 : Lettre de K. Marx à A. Ruge, septembre 1843.
2. Idem.
3. K. Marx, Manuscrits de 1844, Troisième manuscrit.
4. K. Marx et F. Engels, op. cit., Correspondance, t. I, Lettre de K. Marx à A. Ruge.
5. K. Marx - F. Engels, L'idéologie allemande.
6. G. Lukács, Histoire et conscience de classe, Éditions de Minuit p. 220.
7. Que peut-on penser par exemple actuellement de: “Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives“ tiré du Manifeste du Parti communiste (1848) ?

jeudi 21 novembre 2019

La conscience comme appropriation et hominisation du besoin - Matériaux pour une émission (27)

La conscience comme appropriation et hominisation du besoin
Matériaux pour une émission (27)
 



   Marx transporte dans le domaine de la psychologie sociale les conclusions auxquelles il était arrivé dans la critique des conditions de l'autonomie de la conscience à l'égard de l'instinct.
   Il existe, en effet, des instincts sociaux comme il existe des instincts naturels et ces instincts sociaux s'appellent les besoins. Ces besoins, dont l'origine est surtout économique, ne satisfont que l'individu, que la subjectivité [1] : la conscience est d'abord une réaction à l'égard de la brutalité du monde social comme elle l'est à l'égard du monde sensible [2].
  Semblablement, le caractère limité des apparences subjectives doit être dépassé au profit de la prise de conscience de l'objectivité rationnelle de la société, c'est-à-dire des rapports humains [3]. Et, parlant de l'homme, Marx déclare sans ambiguïté : « chacun de ses rapports humains avec le monde : voir, entendre, flairer, goûter, toucher, penser, regarder, sentir, vouloir, agir, aimer, bref tous les organes de son individualité, qui sont immédiats dans leur forme d'organes communs sont dans leur rapport objectif ou dans leur comportement vis-à-vis · de l'objet, l'appropriation de cet objet, l'appropriation de la réalité humaine ; la façon dont ils se comportent vis-à-vis de l'objet est la manifestation de la réalité humaine. Cette manifestation est aussi multiple que les déterminations et les activités humaines, l'activité et la souffrance humaine, car les souffrances prises au sens humain sont une jouissance propre de l'homme » [4].
   La description de cette fameuse « appropriation de la réalité humaine » est un approfondissement remarquable des thèses soutenues par Marx dans sa thèse de doctorat sur Démocrite et Épicure. Les insuffisances d'Épicure, Marx fait comme s'il les reconnaissait nettement comme telles : et il montre, d'une part, comment la prise de conscience des rapports d'homme à homme permet ce que nous appellerions volontiers une véritable spiritualisation des sens ; et, d'autre part, comment se réalise progressivement pour l'homme, dans sa vie concrète, l'avènement de la conscience rationnelle.
   La spiritualisation des sens se réalise en corrélation avec la perception d'autrui. Nous nous contenterons d'indiquer, ici, le thème fondamental de Marx sans entrer dans le détail : lorsque l'objet des sens est non plus l'immédiateté des phénomènes purement subjectifs, mais un rapport d'homme à homme, la conscience « ne se perd pas dans son objet » [5] mais reconnaît dans ces rapports effectifs une « objectivation d'elle même » [6] : elle n'est plus étonnée, elle n'est plus étrangère, elle n'est plus aliénée : elle se retrouve chez elle. Ainsi « l'oeil est devenu humain quand son objet est devenu un objet social humain » [7]. Bref, « ce n'est pas seulement par la pensée, mais par tous les sens que l'homme est affirmé dans le monde objectif » [8] . La première tâche que nous ayons à accomplir est de retrouver l'acte, ou la série d'actes, par lesquels nous avons pu, nous-mêmes, ou grâce aux générations antérieures, passer de la représentation immédiate à la rationalité de l'objet social ; et, dans ces conditions, « on le voit, ce n'est que dans l'état social que le subjectivisme et l'objectivisme, le spiritualisme et le matérialisme, l'activité et la passivité perdent leur opposition et par suite leur existence » [9], texte qui est en parfait accord avec celui de la Sainte Famille où Marx déclare dépassée et définitivement -- l'époque où l'on opposait matérialisme et spiritualisme [10], et la raison en est claire : le propre de l'homme est, sous le naturalisme apparent de la sensibilité ou des formes d'organisation sociale, de reconnaître le produit de sa propre activité : le communisme traite sciemment toutes les présuppositions naturelles comme des créations des hommes passés [11]. Histoire et industrie sont « le livre ouvert des forces de l'être humain » [12] et le sens même de tout le marxisme est dégagé dans le passage de l'utilité subjective que représentent ces forces à la connexion rationnelle qu'elles ont, dans leur genèse, avec l'être même de l'homme : « une psychologie pour laquelle ce livre... est fermé ne peut pas devenir une science réelle et substantielle » [13]. Ainsi, nature et société n'ont de sens que pour l'homme parce que, en définitive, le dynamisme de la conscience est là pour saisir dans toute la clarté nécessaire du progrès rationnel de la connaissance le passage de l'immédiat à l'objectif, du matérialisme grossier au rationalisme critique et cette formule de Marx prend alors la plénitude de son sens : « l'histoire est la transformation de la nature en homme » [14].
   Rien n'illustre mieux l'idée de ce progrès rationnel que la page de l'Idéologie allemande où Marx décrit les degrés de la conscience [15]. Ces degrés sont au nombre de quatre : en premier lieu, conscience sensible qui saisit le caractère immédiat de ses sensations ; puis opposition à la nature ; ensuite conscience grégaire qui partage sans personnalité les vues de la communauté sociale à laquelle elle appartient, enfin émancipation de la conscience, que favorise d'ailleurs, dans une certaine mesure, la division du travail (à condition que le travail, bien entendu, comme il arrive malheureusement chez le prolétaire, ne fasse pas retomber le sujet conscient dans l'aliénation effective d'une tâche avilissante).
   Ainsi, fondé sur son originalité, l'approfondissement de la conscience chez Marx rend possible l'avènement d'une méthode rationnelle, non point dogmatique, mais critique. Voilà ce que l'étude des textes qui s'y rapportent permet de conclure. Que l'on nous permette de souligner une distinction : montrer l'existence chez Marx d'une méthode d'analyse rationnelle ce n'est pas du tout en faire un idéaliste, au sens kantien du terme. Autre chose est affirmer la possibilité qu'a l'esprit humain de saisir des rapports rationnels par une connaissance vérifiable et progressive ; autre chose, déclarer que la conscience est à l'origine de la matière. Notre thèse se ramène donc à ceci seulement: en prenant nettement position contre un matérialisme naturaliste (comme celui de Démocrite) et en montrant d'une part l'originalité de la conscience humaine, et d'autre part le progrès rationnel dont elle porte en elle-même le dynamisme, Marx, contrairement à ce que certains de ses interprètes et même de ses fidèles pensent, a donné un fondement théorique suffisant à sa méthode d'analyse et cette méthode est le discernement critique.

Extrait de La conscience chez Marx, ANDRÉ FIOLE-DECOURT, Esprit Nouvelle série, No. 145 (5/6) (MAI-JUIN 1948), pp. 852-869.

NOTES
[1 ] Économie politique et philosophie, p. 29.
[2]. Idéologie allemande, 1 le partie, p. 164 sq.
[3]. Économie politique et philosophie. p. 29.
[4]. Ibid
[5]. Ibid., p. 31.
[6]. Ibid.
[7]. Ibid., p. 30.
[8]. Ibid., p. 32.
[9]. Ibid., pp. 33-34.
[10]. Sainte-Famille : Marx : Oeuvres philosophiques, t. II, p. 167.
[11]. Idéologie allemande, ire partie, p. 231. .
[12]. Economie politique et philosophie, p. 34.
[13]. Ibid., p. 35.
[14]. Ibid., p. 77.
[15]. Ibid., p. 159.

mercredi 20 novembre 2019

Revue Front noir [1963-1967] : surréalisme et socialisme de conseils (Parution)

Front noir [1963-1967]
surréalisme et socialisme de conseils 
Louis Janover & Maxime Morel


La revue Front noir (1963-1967) fut créée par Louis Janover, avec un groupe d’amis, après qu’il a quitté le groupe surréaliste. Cette revue fait entendre une note différente de celle des autres avant-gardes de ce temps (lettrisme, situationnisme) en cherchant à concilier les prises de position politiques radicales et une expression poétique et artistique sans concession.
— Le positionnement politique est celui du socialisme de conseils, théorisé en France par Maximilien Rubel, qui s’appuie sur la pensée de Marx pour critiquer tous les marxismes.
— L’expression poétique entend répondre aux exigences qui furent celles des surréalistes aux débuts de leur mouvement (indépendance, spontanéité).

L’ouvrage comprend :
— une étude de Maxime Morel présentant l’histoire et les orientations de la revue.
— un choix de textes de la revue et des brochures qui ont suivi. Sont reprises aussi les illustrations de Gaétan Langlais et Le Maréchal.
— une postface de Louis Janover, qui fut au cœur de cette expérience.

Non lieu, 2018, - 248 pages. / 22 Euros



lundi 11 novembre 2019

Les «aides» des éléments les plus «conscients» - Matériaux pour une émission (26)

  Les «aides» des éléments 
les plus «conscients» ou le
« socialisme des intellectuels » 
Il est donc nécessaire de rappeler et préciser derechef la signification exacte du « socialisme des intellectuels » : un système idéologique né au XIXe siècle voulant éliminer l'exploitation de l'homme par l'homme, c'est-à-dire le pouvoir des capitalistes propriétaires des moyens de production, pour y substituer la classe ouvrière, porteuse du progrès social, dont l'avènement devait préluder à une société libre de producteurs. Cela au moyen de la conquête du pouvoir politique d'État par le parti regroupant les éléments les plus conscients du prolétariat industriel, son avant-garde. Les intellectuels devaient aider cette dernière à mener cette délicate mission. En fait, cette «aide» n'était pas désintéressée et dissimulait l'ambition propre des «travailleurs intellectuels » à se substituer aux anciens possédants, pour faire perdurer le régime d'exploitation en leur faveur. Telle a été l'analyse de Jan Waclav Makhaïski du socialisme et de ceux que nous avons désignés en tant que « capitalistes du savoir », utilisant leurs compétences pour assumer des fonctions de direction et de gestion, dans la société actuelle, comme un capital dont ils touchent des dividendes toute leur vie et qu'ils peuvent en outre transmettre héréditairement. La société capitaliste se dissocie, par voie de conséquence, entre deux pôles antagonistes du travail : les tâches complexes et intellectuelles sont concentrées dans les cerveaux d'un petit nombre, tandis qu'à l'opposé, elles sont simplifiées à l'extrême, manuelles, dépossédées de toute initiative. Soit d'un côté, le commandement de ceux qui « savent », de l'autre, l'obéissance mécanique des « ignorants ». Il ne s'agit donc pas seulement des intellectuels germanopratins, des « pétitionnaires » professionnels, ayant souvent couvert, emportés par leur élan de « bonnes âmes », les pires crimes au nom du bonheur de l'humanité, mais de tous ceux qui se mettent au service du pouvoir, quel qu'il soit, du moment que « leurs connaissances et capacités particulières » soient reconnues et appréciées. Rappelons la définition qu'en donne Georges Sorel « Les intellectuels ne sont pas, comme on le dit souvent, les hommes qui pensent ce sont les gens qui font profession de penser et qui prélèvent un salaire aristocratique en raison de la noblesse de cette profession 1». En plus d'un revenu substantiel, ils bénéficient d'un statut social d'« intouchables », puisqu'ils œuvrent pour le bien commun, en affichant une nette prédilection pour le sacro-saint « service public ». Il faut bien évidemment distinguer l'activité intellectuelle, dont tout un chacun est capable, de sa pratique séparée, c'est-à-dire de sa professionnalisation dans le cadre économique, social et politique.

Les diplômes et les formations spécifiques remplacent les charges nobiliaires et vénales d'antan. Le capitaliste du savoir, devenu « capitaliste de l'avoir », serait-il synonyme d'être intelligent?

Cela se saurait, hélas, car sorti de son créneau, où il a déjà parfois atteint son « seuil d'incompétence », il bannit toute curiosité et n'a que sa suffisance bardée de certitudes pour comprendre la vie réelle des hommes. Quant à son idéal politique, il aspire au contrôle social généralisé, incarné par l'État, et au mieux par le socialisme d’État, avoué ou non, pourvu qu'il soit le garant de ses mérites et situations acquises. L'analyse makhaïévskienne visait donc dans le mille et dans le tas — de cette nouvelle classe ascendante et dominante des travailleurs intellectuels, qu'ils soient décideurs, gérants, directeurs de ceci ou de cela, voire énarques, « X », etc., — soit les élites dirigeantes — ainsi que l'ensemble de ceux qui se chargent d'appliquer leurs décisions et de faire fonctionner le système.



[…]



En 1978, nous constations un « développement des sciences dites humaines qui forment une profusion de « travailleurs sociaux », dont la vocation est de pallier les défaillances du système : des bataillons de sociologues, psychologues, urbanistes et autres spécialistes du conditionnements ». Nous pouvons désormais corriger cette dernière estimation il ne s'agit plus de « bataillons », ni même de régiments, mais de divisions entières, d'une véritable armée de travailleurs intellectuels, chargés de colmater les brèches du système des « facilitateurs » d'avant l'heure en quelque sorte.

Note 1. G.Sorel, Réflexions sur la violence, Paris, 1908.
Extrait: Avant propos de Alexandre Skirda à Le socialisme des intellectuels - Jan Waclav Makhaïski, Les éditions de PARIS - MAX CHALEIL, 2001.