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lundi 25 novembre 2019

Dans la rubrique ce que n'est pas le communisme (3)

Dans la rubrique ce que n'est pas le communisme (3)

Karl Marx soulignait dès 1843 dans sa lettre à Arnold Ruge qu’il n'était pas question de “dresser des plans définitifs pour l'éternité” [1] et que sa tâche relevait de “la critique radicale de tout l'ordre existant” [2]. Il faut souligner que ses affirmations (anti-utopiques) de ce qu'était son communisme contre les robinsonnades lui étaient rendus possibles par ce que l’on pourrait appeler de notre point de vue une téléologie empirique c’est-à-dire, comme il le dira après dans les Manuscrits 1844: “le mouvement entier de l'histoire ”[3].

Si Marx s’est toujours refusé à faire “bouillir les marmites du futur” c’est qu’il s'agissait de prendre comme point de départ l'état des choses où elles sont et non de “leur opposer un système tout fait “ [4].

Ainsi il précisera en 1845 dans L’idéologie allemande “Le communisme n'est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes “[5].

Mais est-ce à dire que le prolétariat n’a pas idéal [6] ? Comme l’affirmait G.Lukács dans Histoire et conscience de classe ? N’était-ce pas l’argument typique du politicien ?

Étrangement utopisme (même concret) et réalisme (même hégélianisé) se rejoignent pour administrer ici et maintenant ou plus tard et ailleurs les affaires convenues d’avance de la cité exemplaire ou en construction, qui par un plan précis une casuistique ou un parti. Avec ses avant-gardes bien sûr ou ses éléments les plus volontaires ou convaincus de leurs missions.

La constitution en classe et la négativité du réel, la contradiction portent-elles en elles-mêmes une potentialité, une perspective ? Ceci en dehors du fait de toujours s'écouler vers le long fleuve héraclitéen ?

Que peuvent bien poser les actes, les luttes sans perspectives, mêmes nécessaires, sans le souffle d’un idéal ?

Si l'approche critique héritée de Marx reste un antidote au prêchi, prêcha et au jésuitisme politique ceci au bénéfice d’une théorie des besoins, de l’ici-bas contre les sociétés idylliques, les arrières-mondes mêmes socialistes, il nous semble que sa conception immanente, développée plus tard "scientifiquement" dans la théorie de la plus-value se dissout sans une définition nécessaire et négative de ce que n’est pas le communisme. Surtout contre les lectures économistes, catastrophistes, marxistes, étatistes, autoritaires et nostalgiques du capitalisme d’État ou même redistributives de “marchandises” auxquelles ne sont d’ailleurs pas étrangers certains écrits des compères Marx-Engels [7].

Il reste bien évidemment à comprendre ce que signifient certaines pratiques qui apparaissent dans le cours des luttes et qui peuvent passer pour les prodromes des nouvelles relations sociales de production.

Mais le communisme a-t-il besoin d'augures ou de prophéties ? Sauf à faire de l’espoir un pilier du possible ou de baser son combat sur un pari marxien…

Ainsi depuis quelques années il est de bon goût de se repaître aux sources d’un communisme dit premier pour alimenter une dialectique du “mouvement réel” totalement consumée par le socialisme réellement existant et le désenchantement. D'appeler à la rescousse “les sciences” de l’Humain comme une tentative supplémentaire de naturalisation de ce que pourrait / pouvait être ce communisme. Cette approche (en dehors de l'érudition et de la connaissance toujours nécessaire) devra finalement être également critiquée comme construction topique consolante. C'est-a-dire qu'il ne s'agit pas non plus de décongeler les gamelles du passé, parce que la tâche est également à la critique radicale de l'ordre qui a existé.

Vosstanie le 19/11/2019



NOTES

1. K. Marx et F. Engels, Correspondance, t. I, p. 299 : Lettre de K. Marx à A. Ruge, septembre 1843.
2. Idem.
3. K. Marx, Manuscrits de 1844, Troisième manuscrit.
4. K. Marx et F. Engels, op. cit., Correspondance, t. I, Lettre de K. Marx à A. Ruge.
5. K. Marx - F. Engels, L'idéologie allemande.
6. G. Lukács, Histoire et conscience de classe, Éditions de Minuit p. 220.
7. Que peut-on penser par exemple actuellement de: “Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives“ tiré du Manifeste du Parti communiste (1848) ?

mardi 29 novembre 2016

La foire à la peste est ouverte !

La foire à la peste est ouverte !



Galilée
“Tu vois, moi, Sagredo, j’ai confiance en l’homme, cela veut dire que j’ai confiance en sa raison. Sans cette confiance, mais je n’aurais pas la force de me lever le matin de mon lit.

Sagredo
Et bien moi, je vais te le dire, je n’ai pas confiance. 40 années passées parmi les hommes m'ont toujours fait constater qu’ils ne sont pas accessibles à la raison. Montre-leur la queue rouge d’une comète, donne-leur une sourde angoisse, ils sauteront par la fenêtre et se fracasseront les jambes. Mais dis-leur quelque chose de raisonnable, fournis-leur 36 preuves et ils te riront au nez.

Galilée 
C’est une erreur complète et une calomnie. Je ne comprends pas comment, croyant une chose pareille, tu peux aimer la science. Il n’y a que les morts que les arguments ne fassent pas bouger.”


La Vie de Galilée, de Bertolt Brecht




La grande foire à la “peste” est ouverte ! Patriotisme, nation, identités réifiées. On ne sait plus trop exactement s’il s’agit d’une braderie générale ou d’une “politique de la demande”. Rien à redire des étals, elles sont parfaitement achalandées de toutes les guirlandes idéologiques du ressentiment et des vieux vins rances issues des fonds de cuves du rejet de l’Autre.

Tous sont venus prendre part au petit commerce de la peur, de l’incertitude et des émotions.

Entre la camelote raciste et les bibelots xénophobes quelques stands de la gauche-ridicule proposent une longue canne en plastique pour une pêche aux canards tricolores, d’autres un petit tour dans des antiques et sales trains aux fantômes sadiques. “Freddy Krueger” président !

En embuscades quelques rabatteurs déguisés de bruns et ou de rouges proposent des tickets de réduction pour les voitures tamponneuses identitaires tout en indiquant que ceux-ci sont valables pour toutes les attractions à “sensations”. Montagnes religieuses & chutes vertigineuses garanties...

Les kermesses du mensonge sont toujours à leurs apogées quand tombe la nuit. Néons et éclairages s’entremêlent alors d’odeurs grasses et de saccharose rouge sang de la pomme d’amour de la haine en commun.

On aura presque autant rigolé qu’eu une putain de flippe en ayant failli vomir en sortant de la grande caravelle qui se balance violemment de gauche à droite en feignant toujours le tour complet. L'illusion d’une traversée en restant bien au sec. Quant au vent rien à faire il reste toujours aussi mauvais et pour cause, il ne souffle pas. La “pureté” de la pestilence et des miasmes seront donc garanties 100% stagnants.

Mais c’est l’heure de partir et on y reviendra ou pas.

Le problème c’est qu’on a plus une thune.

Tout est parti dans la machine à pince aux promesses.

Combien de temps faudra t-il pour percer à jour l’arnaque de ce plan foireux ?

De ceux qui s’amusent et s’engraissent des frayeurs enfantines, des angoisses sourdes et sombres, et le font toujours avec un goût de revenez-y.

Car en bons marketeurs ils entremêlent toujours l’abjecte à la sidération, le rire à la fascination morbide. Pour mieux vendre ce désir de fausse unité aux foules désagrégées par l’exploitation, et aux innombrables formes de misères.

Dont les ciments sont la réclusion et l’expulsion, le rejet par la “norme” ou la défense d’un confort précaire.

Le poker pour se “refaire”, comme une attente mystique d’un salut par la providence de sa petite démerde personnelle ou celle de l’attente mythique de l'homme droit dans “ses bottes”.

Face à la déréalisation qui semble totale nous est-il encore possible d’être confiant à l’heure du post-factuel ? Il n’est pas simple de dépasser le dégoût, et de constater le caractère répétitif et névrotique des “signes” du temps.

Si le rationalisme reste notre meilleure arme face au déchaînement du commerce des émotions qui polarise une dynamique d'évacuation de la domination de classe et de l’exploitation c’est aussi parce que nous ne sommes plus en capacité de structurer une vision globale. Aurions-nous évacué toute dimension totale et même utopique de nos engagements ?

Il en va de même de la dimension éthique, non comprise comme morale mais comme comme possibilité. Non comme praxis de l’alternative (1) mais comme historicité de la lutte et de la résistance collective. Non comme la somme des frustrations et des rancœurs des sectes spécialisées, mais comme abolition et dépassement.

Il s’agit d’une piste qui nous donnera peut-être la force de nous lever le matin de notre lit pour éviter de finir un soir par nous jeter sous les roues du wagon scénique de la foire aux fantômes.



Note

(1) La fameuse “utopie concrète” récupérée à toutes les sauces nationales-démocrates et éclatées.