Affichage des articles dont le libellé est Alexandre Skirda. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Alexandre Skirda. Afficher tous les articles

mardi 14 décembre 2021

Un plagiat "scientifique" : le copié-collé de Marx [A lire]

Un plagiat "scientifique" : le copié-collé de Marx: 
Victor Considerant, Le manifeste de la démocratie (1843) - Karl Marx, Le manifeste communiste (1848) 
 
Alexandre Skirda

 

Le Manifeste communiste, paru anonymement en 1848 au nom du parti communiste allemand, a été revendiqué en 1872 par Karl Marx et Friedrich Engels. Il n'a pas cessé depuis lors d'être diffusé sous leurs deux noms, alors qu'en réalité Marx a été son seul rédacteur. Le marxologue Bert Andréas a recensé et analysé 544 éditions et traductions, publiées uniquement entre 1848 et 1918. Dans une Encyclopédie du socialisme, parue en 1912, il était affirmé qu'avec la Bible, c'est un des livres les plus répandus dans le monde.
En revanche, son originalité a été mise en doute dès 1899 par le libertaire géorgien Vaarlam Tcherkessov, puis, en 1901, par le germaniste français Charles Andler dans son commentaire historique consacré à cet écrit. Depuis, la question est restée ouverte jusqu'à aujourd'hui. Aussi, la présente étude fait le point pour établir dans quelle mesure c'est effectivement un plagiat du Manifeste de la Démocratie au XIXe siècle de Victor Considerant, publié en 1843.
Principal propagandiste du fouriérisme, ce penseur a été en outre l'inventeur, en juin 1848, de la représentation proportionnelle et le seul à voter pour le droit de vote des femmes. En s'appuyant également sur de nombreuses sources d'autres théoriciens de l'époque, l'auteur retrace la généalogie des idées économiques et sociales qui ont servi à rédiger, dans des circonstances troubles, ce texte usurpateur.
Un tableau comparatif des emprunts figure en fin de volume. Une étude qui brise un tabou et dévoile un mensonge longtemps dissimulé. 

Éditions Vétché, 2019 - 237 pages 

 *

   Note Vosstanie - Bien sûr les idées n'appartiennent à personne et la propriété "c'est le vol" comme disent les proudhoniens. Mais le texte de feu A.SKIRDA est riche de références. Il alimente le débat sur les idées et la circulation de celles-ci. La notion même "d'inventeur" est elle même à questionner dans un monde de relations sociales de production. La subversion n'a que faire du copyright. Mais elle ne pourra jamais se passer d'une rigueur intellectuelle comme d'une forme d'éthique des échanges, du partage. A notre avis le point fort de l'ouvrage se trouve en filigrane dans la critique de l'utopisme ("scientifique") dans certains aspects de la pensée de K.MARX, démarche dont il pensait s'être débarrassée...Un doux rêve d'un romantique qui s'ignore ?

 

lundi 11 novembre 2019

Les «aides» des éléments les plus «conscients» - Matériaux pour une émission (26)

  Les «aides» des éléments 
les plus «conscients» ou le
« socialisme des intellectuels » 
Il est donc nécessaire de rappeler et préciser derechef la signification exacte du « socialisme des intellectuels » : un système idéologique né au XIXe siècle voulant éliminer l'exploitation de l'homme par l'homme, c'est-à-dire le pouvoir des capitalistes propriétaires des moyens de production, pour y substituer la classe ouvrière, porteuse du progrès social, dont l'avènement devait préluder à une société libre de producteurs. Cela au moyen de la conquête du pouvoir politique d'État par le parti regroupant les éléments les plus conscients du prolétariat industriel, son avant-garde. Les intellectuels devaient aider cette dernière à mener cette délicate mission. En fait, cette «aide» n'était pas désintéressée et dissimulait l'ambition propre des «travailleurs intellectuels » à se substituer aux anciens possédants, pour faire perdurer le régime d'exploitation en leur faveur. Telle a été l'analyse de Jan Waclav Makhaïski du socialisme et de ceux que nous avons désignés en tant que « capitalistes du savoir », utilisant leurs compétences pour assumer des fonctions de direction et de gestion, dans la société actuelle, comme un capital dont ils touchent des dividendes toute leur vie et qu'ils peuvent en outre transmettre héréditairement. La société capitaliste se dissocie, par voie de conséquence, entre deux pôles antagonistes du travail : les tâches complexes et intellectuelles sont concentrées dans les cerveaux d'un petit nombre, tandis qu'à l'opposé, elles sont simplifiées à l'extrême, manuelles, dépossédées de toute initiative. Soit d'un côté, le commandement de ceux qui « savent », de l'autre, l'obéissance mécanique des « ignorants ». Il ne s'agit donc pas seulement des intellectuels germanopratins, des « pétitionnaires » professionnels, ayant souvent couvert, emportés par leur élan de « bonnes âmes », les pires crimes au nom du bonheur de l'humanité, mais de tous ceux qui se mettent au service du pouvoir, quel qu'il soit, du moment que « leurs connaissances et capacités particulières » soient reconnues et appréciées. Rappelons la définition qu'en donne Georges Sorel « Les intellectuels ne sont pas, comme on le dit souvent, les hommes qui pensent ce sont les gens qui font profession de penser et qui prélèvent un salaire aristocratique en raison de la noblesse de cette profession 1». En plus d'un revenu substantiel, ils bénéficient d'un statut social d'« intouchables », puisqu'ils œuvrent pour le bien commun, en affichant une nette prédilection pour le sacro-saint « service public ». Il faut bien évidemment distinguer l'activité intellectuelle, dont tout un chacun est capable, de sa pratique séparée, c'est-à-dire de sa professionnalisation dans le cadre économique, social et politique.

Les diplômes et les formations spécifiques remplacent les charges nobiliaires et vénales d'antan. Le capitaliste du savoir, devenu « capitaliste de l'avoir », serait-il synonyme d'être intelligent?

Cela se saurait, hélas, car sorti de son créneau, où il a déjà parfois atteint son « seuil d'incompétence », il bannit toute curiosité et n'a que sa suffisance bardée de certitudes pour comprendre la vie réelle des hommes. Quant à son idéal politique, il aspire au contrôle social généralisé, incarné par l'État, et au mieux par le socialisme d’État, avoué ou non, pourvu qu'il soit le garant de ses mérites et situations acquises. L'analyse makhaïévskienne visait donc dans le mille et dans le tas — de cette nouvelle classe ascendante et dominante des travailleurs intellectuels, qu'ils soient décideurs, gérants, directeurs de ceci ou de cela, voire énarques, « X », etc., — soit les élites dirigeantes — ainsi que l'ensemble de ceux qui se chargent d'appliquer leurs décisions et de faire fonctionner le système.



[…]



En 1978, nous constations un « développement des sciences dites humaines qui forment une profusion de « travailleurs sociaux », dont la vocation est de pallier les défaillances du système : des bataillons de sociologues, psychologues, urbanistes et autres spécialistes du conditionnements ». Nous pouvons désormais corriger cette dernière estimation il ne s'agit plus de « bataillons », ni même de régiments, mais de divisions entières, d'une véritable armée de travailleurs intellectuels, chargés de colmater les brèches du système des « facilitateurs » d'avant l'heure en quelque sorte.

Note 1. G.Sorel, Réflexions sur la violence, Paris, 1908.
Extrait: Avant propos de Alexandre Skirda à Le socialisme des intellectuels - Jan Waclav Makhaïski, Les éditions de PARIS - MAX CHALEIL, 2001.