Affichage des articles dont le libellé est Socialisme ou Barbarie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Socialisme ou Barbarie. Afficher tous les articles

dimanche 6 octobre 2019

«Vous faites l’histoire !» – Henry Chazé / Henri Simon - Correspondance 1 1955-1962 De SouB à ICO [Parution]

«Vous faites l’histoire !»

Henry Chazé / Henri Simon

Correspondance 1
 1955-1962 
De SouB à ICO

On ne connaît guère en France le communisme des conseils ouvriers, forme d’organisation motrice des révolutions russes (les soviets de 1905 et de 1917) et allemande, des grandes grèves anglaises ou italiennes de la même période… Henry Chazé (1904-1984) et Henri Simon (né en 1922) ont rencontré les conseils, dans les années 1930 pour le premier, dans les années 1950 pour le plus jeune. C’est au sein du groupe Socialisme ou Barbarie, fondé par les transfuges du trotskysme Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, qu’ils se sont connus, et ont évolué ensemble vers le conseillisme théorisé par le Néerlandais Anton Pannekoek.

Chazé, membre oppositionnel du Parti communiste, exclu en 1932, un temps proche des trotskystes, interné par le régime de Vichy à Fresnes pour communisme, fut déporté en camp de concentration en Allemagne. Après guerre, il se retire dans les Alpes-Maritimes pour raisons de santé. Henri Simon quitte la CGT dès 1954, lance dans la compagnie d’assurances qui l’emploie une grève des em- ployés et un « conseil des assurances ».

C’est en 1955 que les deux hommes entament une correspondance suivie, jusqu’à la mort de Chazé en 1984 – correspondance dont nous publions ici la première partie, jusqu’en 1962. La vie du groupe Socialisme ou Barbarie y est largement commentée, jusqu’à la rupture qui en 1958 donnera naissance à Informations et Liaison Ouvrières (ILO), puis à Informations Correspondance Ouvrières (ICO). Dans la tradition des grands échanges épistolaires, malmenée aujourd’hui par Internet, on voit les deux personnages dans une vie certes pleine de politique, mais jamais séparée des préoccupations quotidiennes, tout en nous faisant traverser les moments importants de cette séquence qui va du début de la guerre d’Algérie, en passant par l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, aux prémices de Mai 68. Les plus jeunes découvriront une période ô combien agitée et souvent déformée, les plus anciens se replongeront dans un passé peut-être oublié. Toujours fidèles à leurs idéaux et combats de jeunesse (jusqu’à sa mort, pour Chazé ; Simon, lui, continue d’animer la revue ICO, devenue Échanges et Mouvement), ils remettent au goût du jour une grille d’analyse marxiste, radicalement antiléniniste, dont beaucoup s’aperçoivent maintenant qu’elle permet de comprendre le monde mieux que les visions ultraréactionnaires ou postmodernes qui l’ont pour un temps supplantée à la fin du siècle dernier.

ÉDITIONS ACRATIE 2019, 348p. 20 Euros

mercredi 20 mars 2019

Quand est brisée la croûte du conformisme quotidien / Louis Mercier-Vega

Quand est brisée 
la croûte du conformisme quotidien*


Dans le permanent effort de découverte des problèmes sociaux, dans le constant bouillonnement d’idées cernant les événements et cherchant à les pénétrer, il est possible de retrouver des constantes libertaires, des fils parfois ténus mais rarement rompus, même quand les appellations changent, même quand leur permanence se trouve masquée par l’infinie variété des jeux de tendances, par la vivacité des querelles, par les rivalités internes. Dans le creuset libertaire, les résidus des décompositions marxistes rejoignent les rebelles individualistes et les sous-produits des décantations rapides des multiples écoles révolutionnaires. Leur commun dénominateur est la recherche d’une démocratie directe, leur méfiance envers les appareils en place, y compris ceux qui se disent ouvriers ou se proclament révolutionnaires. De Socialisme ou Barbarie, de la tradition des « communistes de conseil », de la persistance anarcho-syndicaliste, l’alimentation en petites publications, en dévouements, assure une continuité sans faille alors que groupes et groupuscules proches se mènent une guerre d’influence ou affectent de se mépriser.

L’erreur serait de voir en ces militants des créateurs de mouvements populaires quand ils sont des mainteneurs de conceptions, convaincus que les vérités dont ils sont détenteurs et qu’ils entretiennent en chambre éclateront tôt ou tard dans les faits, dans les usines et dans la rue, et point désespérés quand, après une évidente manifestation de l’événement tel qu’ils l’annonçaient, reviennent les époques où apparemment rien ne se passe et où la lucidité ne peut plus espérer mordre sur les phénomènes sociaux.

Les rapports entre militants, groupes de propagande, organisations anarchistes d’une part - en classant sous ces étiquettes tout ce qui est effectivement de caractère antiautoritaire - et l’éclosion de mouvements révolutionnaires d’esprit libertaire d’autre part, ne sont pas aussi faciles à établir que le croient les partisans du simplisme de cause à effet. Entre la propagande et l’explosion sociale on ne rencontre pas seulement des problèmes de dimension - modestie des moyens d’agitation en regard de l’énormité sociétaire - et des conjonctures complexes - où entrent d’innombrables facteurs économiques, de pouvoir, de tradition, de structures organisationnelles - mais aussi des images, des tabous et des espoirs dont le subconscient est encombré et qui font surface quand est brisée la croûte du conformisme quotidien ou que les circonstances autorisent l’action.


* Titre Vosstanie

Extrait de L'increvable anarchisme de Louis Mercier-Vega, Union générale d'éditions, 10-18 n°474, 1970, réédité aux Éditions Analis en 1988.

dimanche 7 juin 2015

Le "prix" des idées. A propos de Kostas Papaïoannou (1925-1981)

Le "prix" des idées.
A propos de Kostas Papaïoannou (1925-1981)*


On hésite à la fermeture de ce très sensible et court livre sur Kostas Papaioannou entre une poétique de l'amitié ou de la tragédie.

Amitiés qui se sont affirmées dans des époques troubles et dures, riches en lourds combats.

Tragédie parce que le possible "paradis sur terre" s'est transformé en une fournaise digne des Enfers.

Tout ne brûle peut-être pas en pays d’amitié, mais les idées flambes. Elles flambent et les cendres recouvrent les cerveaux cramoisis et nous serions alors condamnés à faire des ennemis de nos ennemis, "nos amis" ?

Définit comme Aronien "de gauche" ? Kostas Papaioannou défile en faveur du Générale de Gaulle le 30 mai 68. Proche de Raymond Aron qui n'avait pas plus "raison" que Sartre, il participe à certaines publications "subventionnées" par le gouvernement Etatsunien et la CIA (p.130) ou clairement fondée par un militant d'extrême-droite (la revue Est & Ouest heritier du BEIPI fondé en 1949 par Georges Albertini ) (p. 136). Sans parler ici de la revue Contre Point.

Reduire le parcours de  Kostas Papaioannou à cela serait fort réducteur et lapidaire, mais à la fin des années 70 Kostas Papaioannou se retrouve avec tous les apostats du stalinisme universitaires au séminaire de la Ve section de l'EPHE (1) 

Le prix à payer certainement pour "publier" et défendre le camp de la "liberté" ? La naïveté n'a rien à faire dans cette histoire. L'anti-communisme a été un moment une des passerelles étranges, ceci jusqu'à l'ultra-gauche. 

Par exemple le Boris Souvarine qui dénonçait "la guerre civile en France" en 1968  (p.128), n'était plus, et depuis bien longtemps celui des années de la Critique Sociale. Il publiera néanmoins avec Kostas Papaioannou à la fin des années 70 quelques ouvrages et brochures aux éditons Champ Libre ou chez Spartacus. (2)

Rien d'important peut-être, puisqu'il s'agit ici de structures éditoriales marginales et essentiellement sous contrôle d'un individu et non de groupes liés au mouvement réel.

Jamais l'Internationalisme du troisième camp (3)  et clairement anti-stalinien n'est abordé dans le livre, alors qu'il a été porté par des structures comme L'Interntationnale Situtationniste ou Socialisme ou Barbarie (et bien d'autres). Positions que Kostas Papaioannou aurait peut-être pu aborder (en son temps) dans de possibles rapprochements avec Castoriadis ? Ou avec René Vienet ? (p.129).  

Mais peut-être ne s'agit finalement ici que d'une histoire qui relève du poids de la dette en amitiés et des voies de garages de la "marxologie", toute pertinente et riche de critiques qu'elle soit.


Notes.


(1) Ecole pratique des hautes études - Annie Kriegel, Alain Besançon, plus tard en compagnie de François Furet etc...
(2) Il sera peut-être un jour nécessaire de rompre avec les hagiographies, les histoires romancée pour ado attardés.




* Kostas Papaïoannou (1925-1981) : Les idées contre le néant de François Bordes. La Bibliothèques coll. Les Cosmopolites 2015. 172p.