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[Émission de Radio VOSSTANIE !]
Du 22 septembre 2019
Thème de la deuxième partie de l'émission
NOUS NE SOMMES PAS LE PEUPLE
Le grand problème pour moi, est à l'intérieur de la classeouvrière. C'est le problème central, le problème de laréorganisation au sein de la classe ouvrière [1].João Bernardo
Ce n’est pas tant de sommes savantes des défaites circonscrites dans les espaces nationaux dont nous avons besoin, que de critiques impitoyables de nos échecs.
Il s’agira donc de démolir les fétiches, les faussaires, les marchands, et les autorités diverses qu’on nous intime de suivre ou de révérer.
On veut nous faire prendre une partie pour le tout, l’aliénation pour de la résistance, la soumission et le contrôle pour le nec plus ultra de la modernité.
Pour y parer une de nos tâches fut de comprendre comment celles et ceux qui n’ont que leurs forces de travail à vendre pour survivre ont surgi dans l’histoire. Pour autant expliquer pourquoi le prolétariat émerge et s’affirme n’indique pas de prérogative ou de qualité particulière au-delà de la contradiction.
C’est pourquoi nos aspirations et nos pratiques sont marquées du sceau de l’ambivalence.
Nous ne croyons en aucune justice immanente ou en une « vérité » à révéler par un écrit plus particulièrement lumineux.
Quant à la négativité du réel, nous n’avons pas d’autre choix que de lui donner de la profondeur et du sens.
Contre la résolution des immondes antinomies et les synthèses de l’abjecte, il nous a toujours semblé nécessaire d’acter l’abolition du monde, sans concession aucune avec ce que nous sommes.
Si par moment notre point de vue de classe peut passer pour de l’ouvriérisme c’est que l’on se trompe à notre sujet et sur notre démarche.
Car nous ne nous complaisons pas dans cette place / rôle que nous impose la dictature de la marchandise.
Ainsi nous tentons quotidiennement d’éviter de nous délecter de l’assignation ou de l’essentialisation de ce que nous sommes: des prolétaires.
Nous n'aspirons pas plus à être ou faire partie de ce peuple si cajolé par les petit-bourgeois du socialisme (national) des intellectuels ou les propagandistes du fantasmatique « pays réel ».
Nous ne sommes ni bons ni mauvais.
L’idiotie et la bêtise n'épargne aucune classe.
Si par moment nous mettons en gras la stupidité et la petitesse des exploités c’est que nous sommes féroces avec nous-mêmes et que nous n'idéalisons pas ce que nous vivons, pensons, ceci contrairement aux promoteurs de la décence commune qui se proposent en utilisant la flagornerie de nous raconter et nous vendre des historiettes populaires et consolantes sous toutes les déclinaisons possibles.
Nous ne souhaitons aucune popularité au(x) peuple(s) et même aux prolétaires, sinon leurs définitives disparitions.
Quand le peuple est populaire c’est que le supraclassisme n’est jamais loin. C’est qu’on tente en unifiant d'éteindre le brasier de la guerre des classes.
C’est qu’on délimite les luttes dans l'espace national et local alors que c’est la totalité du monde qui doit brûler.
Quand le peuple est populaire c’est que qu’on s'apprête à le racketter une nouvelle fois, qu’on lui prépare une nouvelle facture ou une laborieuse feuille de route.
Quand le peuple est populaire c’est qu’on lui vend son auto-hallucination comme une émancipation.
Quand le peuple est populaire c’est qu’on lui propose un « partage équitable » sur la base du mode actuel de production et un idéal de « justice » dans des rapports juridiques qui ont leur origine dans la société basée sur l’exploitation.
Quand le peuple est populaire c’est qu’on tente de lui faire oublier qu’il doit en finir avec ce qui fait sa condition première, celle d’être un exploité.
C’est pourquoi nous ne sommes pas le peuple.
Vosstanie
Note
1. In Pratique, idéologie et autonomie des travailleurs, REVUE RUPTURA (Brésil) 2009-2011 ?.
TEXTE AU FORMAT PDF
Article publié à l'origine dans Nova Escrita Ensaio. Marx Hoje Ano V, nº 11/12. São Paulo: Editora Ensaio, pp. 279-299. (1983). Il a été republié dans Marxismo e Autogestão Ano 03, num. 05, jan./jun. 2016.
Traduction du Portugais du Brésil par Vosstanie 08/2019.
"Il est nécessaire de situer, dans un premier temps, que le débat entre Marx/Bakounine n'a pas uniquement signifié la fin de la Première Internationale, mais qu'aujourd’hui il reste à l'ordre du jour, dans la mesure où le système capitaliste demeure dans la majeure partie du monde et l'État comme un élément redistributeur de la plus-value sous forme de surtravail, de taux de profit et de rente de la terre."
Il a peu nous fûmes confrontés à un slogan ou une accroche d’un texte que nous serions tentés de retourner en une question :
“L’autonomie, au sens révolutionnaire, est la volonté et la capacité d’une communauté de s’organiser et de s’autogouverner sur un territoire restreint, la commune, qui, fédérée à d’autres communes, forme la commune des communes”... ?Outre le fait que le sens “d’autonomie” n’est pas vraiment explicité ou que nous l'interprétons comme une forme de séparatisme issu de la bonne volonté, c'est à dire de ceux qui “veulent” s’organiser, il reste tout à fait discutable et même nécessaire de combattre cette mode du “restreint” ou du petit espace, donc des petites ambitions des révolutionnaires.
Car le “restreint” n’est que le pendant de l’efficacité ou du gérable.
On sait d’expérience ce qu’il en est de ceux qui nous vendent la fameuse efficacité, on pourra donc l'étendre aux amateurs du restreint.
L’humanité serait dans le petit. Le restreint serait-il plus auto-gérable et donc en conformité avec ce qui est de l'ordre d'une échelle dite humaine ? Le problème de l'échelle de cette humanité c'est qu'elle est issue d'un type de bois façonné au XIXe siècle et extrait du moyen-âge.
Qui sait de nos jours ou peut bien commencer l'humanité. Pourquoi pas au niveau de l'individu ? De la région ou de l’Europe ? Surtout à une époque de la démocratie de marché numérique.
Cette fumeuse communauté socialiste de clocher n’est que l’antinomie du centralisme et de la nation ou de sa pré-structuration, la contre-réponse réaliste aux injonctions bourgeoises sur la possibilité d'une autre société.
Par exemple si la séparation ville/campagne devra être critiquée cela ne sera pas pour retrouver la ville dans la campagne ou la campagne dans la ville, mais pour envisager la négation et de la ville et de la campagne. Pour quel espace ? Espérons déjà qu’il ne sera pas restreint….
Si le mot commune reste une référence et on pense alors immédiatement à la Commune de Paris, il nous semble que le problème de la dimension même de ce qu'impose une société débarrassée de la marchandise, est qu’elle se devra de composer avec la nécessité de la libre association, mais aussi avec l'explosion des formes de communautés volontaires et ce n’est pas le plus léger des paradoxes. Ceci sous peine de sombrer dans le pire des tribalismes fussent-ils affinitaires ou de ceux qui n’ont que la “volonté” de s'organiser.
Cette “échelle”, même si elle fait référence à cette mode du glocal n’a pour ambition que d’intersectionaliser les sécessionnismes particuliers ou souvent flottent des drapeaux de nations en gestations ou dont le caractère ethnique et traditionnel est ouvertement revendiqué par les gauchistes romantiques - et qui se retrouvent à faire les porte-étendards “des racines” et du pire des “traditions” sous prétexte d'un localisme totalement relativisé.
Le bolchevisme stalinien avait réussi à proposer le socialisme dans un seul pays. Les anarchistes à la traîne et sans imagination, l’idéologie communaliste/municipaliste c'est-à-dire l'anarchisme sur “territoire restreint” et entourés de marchandises, de théocraties ou de narco-États ou encore également le socialisme par le retrait c'est à dire par l'exemple (le sien) contre les philistins, mais pour le “peuple”, les "gens". On s’amuse comme on peut pour éviter de s'intéresser un peu à ce que pouvait être là perspective de la Première Internationale.
Il est trop facile de dire que le communisme sera planétaire ou ne sera pas. Mais il en finira avec le “restreint” et les nations, le centralisme. Il en fera de même avec le fédéralisme planifié et bureaucratique des néo-gestionnaires et abolira toutes les entités administratives bourgeoises comme la commune et liquidera toutes les communautés restreintes. Il sera dicté moins par la volonté que par la nécessité consciente parce que nous n'avons pas le luxe (comme prolétaires) de nous retirer du monde.