mercredi 25 mai 2016

Sur l’idéologie anti-islamophobe

Sur l’idéologie anti-islamophobe 


Ce texte entend répondre à ceux qui, parmi les communistes libertaires, sont engagés dans un combat contre « l’islamophobie » et, à ce titre, prétendent interdire toute critique de l’islam et promouvoir une théorie de la « race sociale », dans un climat pour le moins générateur de tensions, d’accusations de racisme, et même d’attaques caractérisées.

S’il date vraisemblablement du début du siècle dernier, c’est depuis peu que le terme « islamophobie » a fait une percée fulgurante comme appellation du racisme contre « les Arabes ». On passe ainsi du racisme anti-maghrébin à l’effroi ou l’horreur suscités par la religion des musulmans. Les immigrés et leurs descendants ne seraient plus rejetés pour des raisons « ethniques » mais pour leur appartenance supposée à une culture originelle identifiée à l’une de ses dimensions : la religion musulmane – qu’ils sont pourtant nombreux à ne pas pratiquer, et ceci même lorsqu’il leur arrive d’en conserver quelques traditions devenues coutumières.

Se joue là un tour de passe-passe qui assimile la « race » à la religion en tant que matrice culturelle. On est face à une « mystification conceptuelle (…), l’assignation de tout un pan d’individus, en fonction de leur origine ou de leur apparence physique, à la catégorie de « musulmans », permettant de faire taire toute critique de l’islam, parce que celle-ci ne rentrerait plus dans la critique des religions, mais directement dans le domaine du racisme »(1) . Si Claude Guillon voit du « mépris » dans cet « antiracisme des imbéciles » (2), nous y décelons surtout ce spectre qui hante la gauche : le tiers-mondisme, idéologie qui conduit à adopter de façon acritique le parti de « l’opprimé » contre celui de « l’oppresseur ». C’est ainsi que, pendant la guerre du Vietnam, dénoncer les Américains entraînait le soutien au Viet Minh et à la politique d’Ho Chi Minh, dont les comités Vietnam scandaient le nom et brandissaient le portrait à longueur de manif ; comme aujourd’hui, défendre les Kurdes peut impliquer de soutenir le PKK et de brandir le portrait d’Oçalan. Ce qu'il s’est passé pendant la guerre d’Algérie où ceux qui, voyant dans le « colonisé » l’exploité par excellence, ont soutenu inconditionnellement le FLN, s’est reproduit face à la révolution iranienne de 79 et chez les pro-Palestiniens. Le tiers-mondisme a ainsi abandonné petit à petit le prolétariat comme sujet révolutionnaire pour lui substituer le colonisé, puis l’immigré, puis les descendants d’immigrés... et enfin les croyants. Le tiers-mondisme originel avait promu le relativisme culturel, ses successeurs ont adopté le culturalisme, qui prétend expliquer les rapports sociaux par les différences culturelles. C’est dans les années 80, avec la grande manipulation de SOS Racisme, que ce glissement est devenu une doctrine qui donnera naissance à toutes les dérives actuelles, jusqu’à assigner une identité musulmane à tous les immigrés « arabes » et leurs descendants.

Devant le constat du glissement opéré au sein de toute une partie de la gauche vers l’idéologie culturaliste, il est intéressant de pointer que celle-ci est devenue, après 1968, l’angle d’attaque d’un courant d’extrême-droite : la Nouvelle droite. Son rejet de l’immigration ne repose plus sur un racisme biologique mais sur l’idée d’assignation identitaire, basée sur une vision figée des sociétés dans des traditions anciennes, et sur la nécessité, comme garantie de paix sociale, de conserver des cultures homogènes. Selon les élucubrations des néo-droitiers, pour qui les conflits sont ethno-culturels et pas de classes, les Maghrébins, par exemple, assignés à la culture musulmane, doivent en conséquence rester dans leur pays d’origine pour vivre leurs traditions entre eux ! Au passage, Alain de Benoist, chef de file de la Nouvelle droite, défend des luttes tiers-mondistes et anti-impérialistes, et nie le caractère raciste de sa « défense de l’identité européenne ». Cette évolution du discours raciste est à l’œuvre depuis quelques années au sein d’une autre formation d’extrême-droite, en quête de respectabilité, le Front national, qui reprend en partie la rhétorique de la Nouvelle droite : le problème ce n’est plus les « immigrés » mais les « musulmans ».

C’est ainsi que l’on en vient, de bords a priori radicalement opposés, à adopter un discours identitaire qui considère que tous ceux qui ont un lien d’origine ou familial avec l’un ou l’autre pays du Maghreb (ou d’autres pays « arabes ») doivent se considérer comme musulmans, sous l’appellation aberrante de « Français d’origine musulmane ». Alors que ce n’est pas en raison de la religion qu’ils pratiquent ou qu’on leur prête qu’ils sont discriminés mais parce que ce sont des travailleurs immigrés ou issus de familles ayant immigré. Ce n’est pas l’identité qui est en jeu mais l’appartenance de classe. Cette « origine musulmane », qui fait bondir les athées d’origine maghrébine, travestit un stigmate social en stigmate culturel. L’Etat et les media ne s’y trompent pas quand ils font du « musulman », forcément islamiste (et plus ou moins modéré ou radicalisé), la nouvelle caractérisation du membre de la classe dangereuse (3).

C’est sur ces bases que l’idéologie identitaire anti-islamophobe vient s’associer, notamment chez certains marxistes, à celle de la « race sociale », chimère universitaire d’importation récente, qui tente de plaquer ici le schéma racial et communautaire de la société américaine. Cette vision « racialiste » (4) qui prétend créer une nouvelle classe de « race » ne sert en réalité qu’à masquer, voire à nier, la réalité du rapport social capitaliste : l’exploitation des prolétaires, de tous les prolétaires, quels que soient leur origine, leur couleur de peau, leur religion et leurs us et coutumes personnels. La justification en serait que le racisme aurait été indispensable au développement capitaliste parce qu’il justifierait le colonialisme. En réalité, inférioriser l’opprimé a toujours été une stratégie de pouvoir qui s’applique à tous les opprimés quelle que soit leur supposée « race ». Maintenir dans leur condition les serfs, les paysans pauvres, les esclaves puis les ouvriers, passe notamment par les empêcher de s’exprimer et d’avoir accès à l’éducation, au prétexte qu’ils seraient trop bêtes et ignares pour cela, qu’ils appartiendraient à une catégorie inférieure. Rappelons que les Anglais ont durement colonisé et pillé les Irlandais et les Russes les Ukrainiens sans avoir besoin d’une telle justification. Et, dans leur ensemble, pillage et colonisation, tout comme l’exploitation proprement dite, n'ont pas besoin de quelconque excuse.

Et pourtant, le racisme existe bel et bien et le rejet du « musulman » pauvre et immigré est l’une de ses manifestations. Le discours du FN, du Bloc identitaire et de Pegida contre l’islam n’est que l’arbre qui cache la forêt : ce sont simplement des racistes qui veulent que les immigrés dégagent. L’argument culturel est sans doute plus respectable à leurs yeux que les vieilles lunes racistes basées sur des caractéristiques qui seraient innées (les Noirs sont comme ci, les Arabes comme ça…). Cette stratégie leur permet aussi de ratisser plus large, d’autant que ces mouvements exploitent à leurs fins racistes la montée réelle de l’islam radical. Si l’immigration est pour eux le fond du problème, ils se raccrochent à des arguments plus honorables tels que la défense de la laïcité ou le combat contre le sexisme. Mais, en réalité, que les immigrés (pauvres, bien sûr) soient ou non musulmans, ils sont toujours pour eux des indésirables.

Le racisme, comme la xénophobie, est un outil qu’utilisent les dominants contre les dominés. Ainsi, Fredy Perlman écrit : « les colons-envahisseurs d’Amérique du Nord avaient recours à un outil qui n’était pas, tel la guillotine, une nouvelle invention, mais qui était tout aussi mortel. Cet instrument sera plus tard nommé racisme et s’intègrera dans la pratique nationaliste (…). Les gens qui avaient abandonné leurs villages et leurs familles, qui étaient en train d’oublier leur langue et qui perdaient leur culture, qui étaient dépouillés de tout sauf de leur sociabilité, étaient manipulés afin de considérer la couleur de leur peau comme substitut à ce qu’ils avaient perdu » ; « le racisme avait été une arme parmi d’autres pour mobiliser les armées coloniales (….) et elle n’a pas supplanté les autres méthodes, elles les a plutôt complémentées » (5). Il s’agit de créer des catégories permettant de diviser pour prévenir ou écraser les rébellions et les luttes sociales. C’est ce qu’a fait, en Algérie, le gouvernement français en 1870, en octroyant par décret (la « loi Crémieux ») la nationalité française aux « indigènes israélites », les séparant arbitrairement des « indigènes musulmans ». L’appartenance « religieuse » a également été utilisée pour écraser les luttes sociales en ex-Yougoslavie avec la fabrication d’une « nationalité musulmane » inconnue, dressant les uns contre les autres des gens qui vivaient jusque-là tous ensemble.

Les divisions raciales deviennent, logiquement, particulièrement opérantes dans les périodes de crise où le revenu s’effondre et où l’emploi vient à manquer. C’est sur ce terrain que le FN parvient à conquérir les anciens bastions ouvriers de la gauche. Et, même à l’époque du plein-emploi, le pouvoir et ses media ont toujours plus ou moins entretenu la xénophobie, encourageant la stigmatisation successive de chacune des différentes vagues de travailleurs immigrés (les « Polaks », les « Macaronis », « les Portos », etc.). La grande différence était que, dans les unités de travail, la solidarité ouvrière prévalait sur les préjugés et que tout le monde travaillait et combattait au coude à coude. Mais c’était avant….

Quant au terme « islamophobie », le problème ne réside en réalité pas dans la notion elle-même mais dans l’usage qu’en font ceux qui la manipulent. On retrouve d’ailleurs les mêmes usages manipulatoires de la notion d’antisémitisme lorsque ce terme est donné pour un équivalent de l’antisionisme et achève sa course en « judéophobie », avec l’affirmation que la critique du sionisme ne peut qu’être une attitude raciste vis-à-vis des « juifs » et non une critique du caractère colonisateur de l’Etat confessionnel qu’est Israël.

L’islam politique vise, comme le dit Claude Guillon, à faire de « l’islamophobie une arme de guerre idéologique contre l’athéisme »(6) et, plus largement, un vecteur de propagande pour la religion musulmane. Les anti-islamophobes d’extrême gauche ont des positions pour le moins ambivalentes par rapport cet islam politique. Ils prétendent ainsi interdire toute critique de la religion musulmane donnée pour une pratique raciste, dans une posture moralisatrice révélatrice d’un manque d’analyse de l’évolution de l’islam politique dans le monde depuis la révolution iranienne de 1979. Quand ils n’en viennent pas à en nier l’existence même. Face au djihadisme, nos anti-islamophobes ne se laissent pas pour autant désarçonner. Après chaque attentat commis par les djihadistes en Europe (qui s’ajoute à la longue liste de leurs forfaits, notamment sur le continent africain et au Moyen-Orient), ils s’inquiètent surtout de la recrudescence d’« islamophobie » (et aussi, à juste titre, des politiques répressives) que cela risque d’entraîner et pointent comme seul responsable l’impérialisme occidental. Ainsi, selon eux, les attentats de Paris du 13 novembre 2015 ne seraient qu’une répercussion des guerres menées par l’Etat français en Irak, en Libye, au Mali… Les intérêts de ce dernier dans les enjeux géopolitiques au Moyen-Orient et en Afrique sont évidents, mais insuffisants pour expliquer l’émergence et la persistance de l’Etat islamique (7) ou de Boko Haram. Ces discours permettent tant bien que mal aux anti-islamophobes de passer sous silence les implications réelles de l’islam radical dans les attentats, ici et ailleurs dans le monde, et de nier la capacité d’initiative de leurs auteurs, jusqu’à dédouaner les frères Kouachi ou Coulibaly parce qu’ils sont prolétaires et « issus de l’immigration ». On retrouve ici l’idéologie victimaire qui assigne non seulement des individus et des groupes à des identités (les femmes, les « racisés », etc.), mais aussi à des statuts figés de victimes et d’opprimés dont il ne faudrait pas critiquer les choix et les pratiques, même les plus réactionnaires. De telles postures idéologiques amènent à occulter le caractère contre-révolutionnaire de l’islam radical qui, depuis plusieurs années, connaît en Europe occidentale (sans oublier bien sûr le Maghreb et le Moyen-Orient) une progression, même s’il reste minoritaire par rapport à l’ensemble de la population qui se dit musulmane. Alors qu’il était marginal, voire quasi inexistant, l’islam radical, dont la forme la plus courante aujourd’hui est le salafisme, s’est largement répandu.

Pour ces gentils anti-islamophobes, il s’agirait tout bonnement de considérer la religion musulmane avec la plus grande bienveillance parce que ce serait la « religion des opprimés ». Ils semblent oublier que la fonction même de toute religion est le contrôle social et, en l’occurrence, l’islam politique ne cesse d’affirmer partout sa vocation à contrôler au plus près la société qu’il entend régir. Ainsi, le salafisme occupe suffisamment le terrain dans certains quartiers urbains pauvres pour pouvoir exercer un contrôle social : pendant les émeutes de 2005, les salafistes ont d’ailleurs tenté de ramener l’ordre dans certaines banlieues. L’évolution de cette tendance s’inscrit dans un contexte de crise économique, marquée par le développement du chômage de masse, d’attaques sur les salaires mais aussi de recul des politiques sociales de l’Etat. Pour les pallier, les salafistes ont su mettre en place des réseaux d'entraide économique, ce qui leur permet d’avoir une emprise sur les populations.

Ne pas perdre de vue ce rôle des religions nous semble indispensable. « Une religion est en effet un ensemble de croyances métaphysiques qui portent en elles des règles de vie bien précises, basées sur la tradition et la morale, auxquelles l’individu doit se soumettre. Il s’agit d’un rapport social, une forme de mise au pas de chaque individu et des masses dans leur ensemble. Elle recouvre en outre un rôle de justification du pouvoir, de garant de la tradition et de l’ordre établi, plus généralement d’une certaine « pacification » sociale. Cela à travers une interprétation organiciste de la société, une exaltation des hiérarchies, le refus de l’autonomie individuelle. Souvent la religion est aussi un moyen de diriger la conflictualité sociale vers des cibles fictives, ou de la brider en faisant miroiter un paradis futur. Le paradis, ce triste mensonge qui garantit la paix pour les puissants, ici et maintenant. En donnant un espoir dans la transcendance, la religion étouffe la plupart des poussées révolutionnaires des exploités ici-bas et maintenant. Le beau passage de Bakounine, “Si Dieu existait réellement, il faudrait le faire disparaître” pointe précisément le fond du problème de la religion : l’idée de divinité est la base conceptuelle de l’autorité et sa contrepartie, la foi, celle de l’acceptation de la servitude » (8).

Si la foi et les interrogations métaphysiques sont affaires personnelles et si l’on peut se trouver au coude à coude dans une lutte avec quelqu’un qui se dit croyant sans que cela pose problème, nous voulons pouvoir affirmer haut et fort que nous sommes athées. Affirmer notre athéisme et critiquer toutes les religions est indissociable de nos positions politiques et nous entendons librement pratiquer tant le blasphème que la dénonciation, au minimum, des pratiques religieuses et/ou coutumières coercitives, mutilantes ou humiliantes, ainsi que du statut inférieur assigné aux femmes par toutes les religions monothéistes (pour les autres, on verra une autre fois).

Enfin, précisons que, pour nous, il n’existe que deux classes, celle du capital et celle du travail. Même si, au sein de la classe exploitée, certains sont plus exploités que d'autres en raison de leur sexe et de leur origine, ils ne constituent pas une classe, ils en sont des segments créés par le pouvoir et les exploiteurs. La pensée bourgeoise, quel que soit son supposé bord politique, trouve là un moyen de diviser le prolétariat, de stimuler la concurrence entre les travailleurs et d’endiguer ainsi les luttes sociales. Parce que toute division de la classe du travail ne fait qu’affaiblir sa capacité de lutte et que la segmenter pour mieux la diviser permet à la classe du capital, particulièrement en période de crise, de jouer sur la concurrence de tous contre tous. Ce n’est pas par l’anti-racisme qu’on combat le racisme mais par la lutte des classes. Si l’on en est au point où « Penser avec la race devient un impératif incontournable » et que « tout refus de ce vocabulaire et de ce qu’il charrie sera systématiquement considéré comme de la dénégation, voire du déni, et tombera sous le coup du dispositif accusatoire » (9), cela ferait des racistes de ceux qui, comme nous, n’adhèrent pas à cette vision. Et ça nous semble un peu fort de café !


Mai 2016

Flora Grim et Alexandra Pinot-Noir



(1) Cassandre, Nos « révolutionnaires » sont des gens pieux, sur le blog de Ravage Editons, https://ravageeditions.noblogs.org/ 

(2) Claude Guillon, Et Dieu créa l’islamophobie, sur son « blogue généraliste » Lignes de Force : https://lignesdeforce.wordpress.com

(3) Louis Chevallier, grand historien bourgeois néanmoins passionnant, « Classes laborieuses, classes dangereuses », Perrin 

(4) Terme emprunté aux auteurs de « Tiens ça glisse », sur le blog http://racialisateursgohome.noblogs.org, qui nomment « racialisation toute analyse contribuant à développer ou à diffuser une théorie de la race » 

(5) Fredy Perlman , L’Appel Constant du nationalisme in Anthologie de textes courts, Ravage Editions
(6) Claude Guillon, op. cit. 

(7) Pour une analyse approfondie, voir P.J. Luizard, Le Piège Daech, La Découverte 

(8) Cassandre, op. cit. 

(9) « Tiens ça glisse », cf note 4



Débat contradictoire au Rémouleur 
le 13 juin 2016 à 19h30 avec les auteures du texte.

VOIR AUSSI

Pour couper court aux bruits de couloirs 
(réaction à la manière dont a failli ne pas se dérouler le débat du 14 juin au Rémouleur) 

Emission: Pour une critique de l'idéologie IDENTITAIRE (Radio Vosstanie !)

dimanche 15 mai 2016

Les émeutes raciales de Chicago - Juillet 1919 de Carl Sandburg

" On le voit : invoquer la « race » pour expliquer les émeutes de Chicago, et toutes celles qui leur ressemblent, c'est prendre l'effet pour la cause. Ici pas plus qu'ailleurs, il n'existe quelque chose comme un « problème racial » — et moins encore, comme le dit le langage ordinaire de l'époque, un «Black problem ». Ce qui existe, et ce qu'il faut comprendre par conséquent, c'est tout autre chose : c'est la racialisation, manifeste et incessante, de l'ensemble des relations sociales ; c'est la façon, autrement dit, dont les différences raciales, loin de relever de vérités biologiques ou naturelles, ont été érigées en principe légitime d'organisation, de description et de classification des faits sociaux ; la façon dont, soumises à des manipulations symboliques sans nombre, elles sont le produit d'une histoire sociale et politique qui, déposée à la fois dans l'ordre des choses, dans les croyances et dans les façons de faire les plus ordinaires, opère à la manière de structures agissantes." p46

Editions Anamosa préface de Christophe Granger traduit par Morgane Saysana. 227p. (Traduit en français pour la première fois.)

mercredi 20 avril 2016

Debout ! assis ! couché !... à l'urne....c'est la nuit

C'est le printemps....la parole fuse, les discours fleurissent et les individus se consument en tournant foutraquement autour des places ou des sorties de RER.
 
Étourdis vraisemblablement par les mots qui s’entremêlent dans ces espaces faussement libérés par les professionnels de la contestation alter-constitutionnelle, il n'y a rien de pire que les parodies ou la détestable comédie de la démocratie à "libérer" ou à radicaliser.
 
Tout est dans tout et réciproquement, la parole marchandise s'invite dans ses fausses équivalences et le bouillonnement devient bouillon et finalement soupe insipide, froide, politicienne.
 
On siphonne le signifié, pour que ça claque dans l'atmosphère. Les comités théodule anonymes et bavards insultent le html de leur prose dépressive à thèses aussi chiantes que leur érotisme de pacotille.

Nous en avons marre de "désirer" sans fin sur injonction pseudo-pamphlétaire là ou les rapports de classes s'affirment plus que jamais.
 
Autonomie! on chante ici ....mais de quoi ? Les récupérateurs paralytiques entonnent finalement en coeur le refrain de la multitude volontaire.
 
On vient pleurer sur ses malheurs spécifiques pour mieux oublier la totalité concrète. Entre le pantomime émeutier et le performatif gnangnan c’est en fait à la dissolution par l’épuisement auquel on nous invite.
 
Debout ! assis ! couché! ... à l'urne....c'est la nuit.
 
Certaines bonnes âmes sures d'elles-mêmes s'occupent d'aller "conscientiser” les gens #Debout....On se demande alors qui dort éveillé.


Au même moment des "libertaires" (1) nous invitent à apprendre l'alphabet avec Podemos ! pour mieux nous vendre des petits bréviaires ensuite.

C’est bien le comble du spectacle radical et de la marchandise qui vient !
 
On se félicite presque que les prolétaires (voilà le gros mot) n’en soient pas.
 
99% ? Ce slogan inter-classiste nous fait chier...
 
Nous n’avons pas le goût et le temps de jouer aux rôdeurs de la subversion tolérée, tant mieux si certains s’amusent. Pas plus de tapiner pour la République et ses services. Qu’elle crève !


NOTE

(1) On pense à la projection du jeudi 21 avril 2016 à 20h00 organisée par la librairie Quilombo - Podemos, un abécédaire. 

lundi 7 mars 2016

Nous ne sommes pas venus pour négocier ! (TRACT)

Nous ne sommes pas venus pour négocier !

Le projet de loi de la ministre du travail El Khomri dite "loi travail", s'inscrit dans cette vision de la société où ce qu’il subsiste encore du fameux “modèle social” doit désormais disparaître. Nous ne rentrerons pas dans un inventaire à la Prévert en la décortiquant car nous en avons compris l’intention. La bourgeoisie se sent à tort ou à raison en position de force et elle commande à son actuel fondé de pouvoir, le Parti Socialiste, de lui ouvrir la voie vers une exploitation quasi sans limite du travail salarié. Pour la bourgeoisie l’époque du compromis relève dorénavant de l’histoire ancienne. Elle a décidé de liquider une fois pour toute les derniers garde-fous concédés en contre partie de l’exercice de son pouvoir. Elle les avait acceptés de bien mauvaise grâce, comme un mal nécessaire.

Allons-nous nous laisser dépouiller sans broncher ?

Une nouvelle fois, l'heure est venue de défendre ce que nos prédécesseurs et nous mêmes avons conquis ou réussi à sauvegarder afin que nos existences ne se résument pas à une insupportable guerre de chacun contre tous pour la survie quotidienne. Nous n’avons que trop perdu ces dernières années. Sur les retraites, sur les fermetures de boîtes, sur les salaires, sur les conditions de travail, sur nos libertés face au patron, face au petit chef, face à l’Etat ... et il est urgent que nous stoppions net cette spirale infernale. Nous pouvons y parvenir, nous pouvons regagner du pouvoir sur nos existences afin de nous extraire de l’emprise des politiciens et des patrons.
L’heure est à l’action et à la coordination de celles et ceux qui ont compris que c’est uniquement par la lutte que nous pouvons gagner. De multiples initiatives ont été prises sur Internet par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Elles sont un signe encourageant et participent de la mobilisation mais elles doivent trouver leur prolongement sur les lieux de travail, les lieux de vie, dans les universités et les lycées, dans les quartiers et dans la rue. Cette journée du 9 mars est une première étape, d’autres doivent lui emboîter le pas rapidement afin de construire le rapport de force indispensable à l’abandon pur et simple de cette loi écrite par et dans l’intérêt exclusif du patronat.


Soyons unis, soyons déterminés, soyons offensifs !

Les mouvements menés ces dernières années se sont pratiquement tous soldés par des défaites et ont contribué à décourager nombre de travailleurs, de chômeurs et d’étudiants. Les raisons de ces défaites nous les connaissons mais nous savons aussi que rien ne peut arrêter un mouvement social s’il est impulsé et porté par la grande masse des travailleurs unis et déterminés en dehors des logiques d’appareils quels qu’ils soient. Le mouvement de 1995 fut à sa façon le dernier de ce genre, le dernier qui ne se termina pas sur une défaite. C’est donc à la base et à elle seule, c’est à dire à l’ensemble des travailleurs syndiqués ou non, avec ou sans papier, du secteur public ou du secteur privé, aux chômeurs, aux étudiants, aux lycéens de prendre en main la conduite de la lutte sans se laisser abuser par les tentatives de division que le gouvernement tente déjà de mettre en oeuvre.


Nous pouvons gagner, nous devons gagner !

Des prolétaires enragé-es.



 

Tract reçu par courriel le 7 mars 2016

vendredi 4 mars 2016

La Critique du productivisme dans les années 1930 par Philippe Pelletier (A lire)

La Critique du productivisme 
Dans les années 1930
Mythe et Réalités

"Dans ce nouveau livre, le géographe Philippe Pelletier, spécialiste et disciple d'Élisée Reclus, s'en prend à la tendance dite « antiproductiviste » de l'écologisme, pourtant très en vogue aujourd'hui au sein des mouvements les plus radicaux de notre époque. Il y pointe tout ce que ce courant de l'écologie politique doit à la critique menée, dans les années 30 du siècle passé, par ces cercles intellectuels auxquels on accola le qualificatif de « non-conformistes », groupes-ou revues comme la Jeune Droite, L'Homme réel, L'Homme nouveau, XX` siècle, La Jeune Droite, Esprit et surtout, L'Ordre Nouveau, le mouvement animé, entre autres, par Denis de Rougemont et Arnaud Dandieu, l'introducteur en France de la notion de productivisme ainsi que de sa critique. Des cercles intellectuels dont Philippe Pelletier met en évidence l'attirance qu'y exerça le « champ magnétique » des fascismes, comme le montre la « Lettre à Hitler » rédigée par L'Ordre nouveau en novembre 1933, ou encore la participation de certains de ses membres les plus connus au « Congrès italo-français d'études corporatives » organisé entre le 20 et le 23 mai 1935 à Rome. Cependant, Philippe Pelletier ne se borne pas à faire oeuvre d'historien des idées mais, dans la partie plus théorique et la plus polémique de son essai, il va bien au-delà et procède à une forte « critique de la critique » écologiste, à laquelle il a consacré déjà de nombreux écrits. Ce n'est pas seulement à cause de ses accointances avec les fascismes d'avant-guerre qu'on doit refuser la philosophie prônée par les « non-conformistes » des années 30, affirme l'auteur de ce livre, mais aussi, et surtout, parce que cette pensée ne permet pas de comprendre la vraie nature du capitalisme, qui n'est pas de « produire pour produire » mais de « produire pour vendre », pour « développer une logique de marché, de profit, qui passe par une exploitation économique, une domination politique et une oppression sociale ». Et enfin, dit Ph. Pelletier, qui revendique haut et fort son refus de tous les spiritualismes, il faut repousser cette pensée parce que l'écologisme « qui brasse tellement large, avec ses croyances, ses valeurs morales, son culte du catastrophisme, ses prêtres, ses gourous, ses églises, ses schismes, s'apparente à une religion : celle de la nature ». Volontiers provocateur, probablement inacceptable pour bien des lecteurs, discutable sans aucun doute, cet ouvrage appelle en tout cas à la réflexion et au débat sur des sujets qui, aujourd'hui, ne peuvent laisser personne indifférent. rçe n'est pas la moindre de ses qualités."


Table des matières

 AVERTISSEMENT

INTRODUCTION
 
S'interroger sur le concept de productivisme


1. L'ANTIPRODUCTIVISME ET LE ROMAN NATIONAL FRANÇAIS
Un concept ambigu 
L'écologisme n'est pas l'écologie 
Les « non-conformistes » et la critique du productivisme
Le « champ magnétique » du fascisme 
Écriture de l'histoire et « théorie de l'immunité »


2. LE GROUPE DE L'ORDRE NOUVEAU ET LES NON-CONFORMISTES 

 Alexandre Marc, cheville ouvrière de L'Ordre nouveau 
Du Club du Moulin Vert à L'Ordre nouveau (1931-1938) 
Le tandem Dandieu-Aron (1930-1931) 
L'essor de L'Ordre nouveau (1931-1939) 
L'Ordre nouveau (1931-1939) et Esprit
L'Ordre nouveau et Plans (1931-1933)


3. LA CRITIQUE DU PRODUCTIVISME PAR L'ORDRE NOUVEAU 

 Aron et Dandieu : vers la critique du productivisme 
Marc et Dupuis : la critique du productivisme 
L'antiproductivisme, leitmotiv de L'Ordre nouveau et au-delà 
Le courant artistique du productivisme soviétique 
Dans les conseils ouvriers de Turin : un autre versant du productivisme 
Le luddisme petit-bourgeois


4. LA LETTREÀ HITLER (1933) ET LE CONVEGNO À ROME (1935) 
 La connexion allemande des non-conformistes au début des années trente
La connexion allemande de L'Ordre nouveau 
La Lettre à Hitler (novembre 1933) 
Le productivisme et l'antiproductivisme du fascisme
Après la Lettre à Hitler (1933), le Convegno à Rome (1935) 
Le bilan positif du Convegno à Rome (1935)
Les héritiers antiproductivistes du personnalisme


5. L'ANTIPRODUCTVISME, CRITIQUE DE LA CRITIQUE
La critique morale et moralisatrice des non-conformistes 
Crise et décadence 
Critique de la décadence, une idée européenne
Critique du consumérisme et du machinisme
Critique de la technique
Critique du progrès et de la modernité
Critique du matérialisme, promotion du spiritualisme
Prophétisme, promotion d'une élite et de la secte


6. L'HÉRITAGE DE L'ANTIPRODUCTNISME DES NON-CONFORMISTES
Les « années souterraines » 
Le parcours des non-conformistes après 1945 
« Ecoropa, l'Internationale de Denis de Rougemont »
Le nouvel Ordre nouveau d'Écoropa
De quoi « l'écologie politique » est-elle le nom ? 
La problématique du Club de Rome, fondement de l'écologisme contemporain
Démographie et ressources
Club de Rome, club des capitalistes éclairés
Il ne fallait pas désespérer Billancourt 
Une partie moins connue de l'écologisme
Le totem et ses tabous

CONCLUSION : Le capitalisme produit pour vendre

Bibliographie


mardi 16 février 2016

Derrière le masque de Michel Onfray par Fabrice Wolff


(Illustration : George Grosz, Seid untertan der Obrigkeit [Soyez soumis aux autorités], 1927)

« On peut d’ores et déjà tirer une première conclusion de la lecture de son “premier livre” : Michel Onfray n’est pas un “philosophe”, mais un policier. » 

Compte rendu critique de Cosmos de Michel Onfray (2015), par Fabrice Wolff, en une brochure de 64 p. A4 téléchargeable gratuitement ci-dessus (parution février 2016) 


"Comme l’Hydre de la mythologie grecque, l’alliance historique du Sabre et du Goupillon, dont on respire l’haleine empoisonnée à travers Onfray, se régénère toujours plus dangereuse et plus féroce tant qu’elle conserve une seule de ses nombreuses têtes. Pour la vaincre, dit la légende, il n’existe pas d’autre solution que de les trancher toutes par le fer, et de cautériser par le feu.

jeudi 4 février 2016

Qu’est-ce que la Conscience de Classe ? (APPEL A CONTRIBUTION / PARTICIPATION )

APPEL A CONTRIBUTION / PARTICIPATION 
à la prochaine émission de la Webradio Vosstanie 
Qu’est-ce que la conscience de classe ?


Si la conscience permet d’appréhender de façon subjective les phénomènes qui agissent sur notre existence, c’est à travers la conscience de classe que le prolétaire comprend que sa position particulière dans le système capitaliste est liée à un processus social et historique.

- AINSI -
Si vous pensez que la "conscience" n'a pas à être apportée de l’extérieur pas des profs gramchiens, des pédagogues libertaires, la petite bourgeoisie, une avant-garde sympa; Que la révolution des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes, organisée non pas par l'opération du saint spontanéisme mais par l'auto-praxis des prolétaires conscients de leur exploitation qui ne veulent pas simplement réformer ou aménager cette assignation mais qui veulent en finir définitivement avec la logique d'accumulation, toutes les formes d’assujettissements et toutes les médiations....

- ALORS -
Nous vous invitons à définir ce qu’est la conscience de classe, en exprimant via divers supports (Bruits et sons divers, témoignages enregistrés, film court, interviews, photographies…) ce qu’elle représente au sein de votre histoire comme de votre quotidien, de vos actions individuelles comme au sein des actions collectives auxquelles vous avez pris part, ceci pour vous comme pour ceux que vous auriez pu croiser sur ces chemins de résistance et de lutte contre le capitalisme et son idéologie.

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