mardi 5 juillet 2016

L'essence du travail intellectuel humain de Josef Dietzgen (Texte complet PDF)

 L'essence du travail intellectuel humain 
 Exposée par un travailleur manuel
Nouvelle critique de la raison pure et pratique.

Josef Dietzgen 

 

Cet ouvrage parut pour la première fois en 1869 à Hambourg.

Le texte complet au format PDF.

Merci à Nono pour le boulot.
 
Émission du 2/01/16 - Radio Vosstanie !



lundi 27 juin 2016

Pour couper court aux bruits de couloirs (réaction à la manière dont a failli ne pas se dérouler le débat du 14 juin au Rémouleur)

Voici un texte en réaction à la manière dont a failli ne pas se dérouler le débat du 14 juin au Rémouleur sur "l'idéologie anti islamophobe".

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Pour couper court aux bruits de couloirs


A propos des manœuvres minables menées pour tenter de saboter le débat sur l'idéologie anti-islamophobe qui s'est déroulé au Rémouleur le 13 juin 2016, parce que faire taire, diffuser des ragots, calomnier et empêcher de débattre, c'est toujours asseoir son petit pouvoir sur un petit milieu.

Est annoncé pour la soirée du 13 juin au Rémouleur un débat qui doit permettre de questionner l'usage idéologique à la mode du terme « islamophobie ». Cette initiative, aussi nécessaire que courageuse, s'appuie sur un texte pertinent et argumenté intitulé « sur l'idéologie anti-islamophobe »(1)

Courageuse, parce que depuis quelques temps et particulièrement sur cette question, mais pas seulement, l'ambiance n'est pas tellement à la discussion. Une lecture aussi univoque que problématique cherche à s'imposer de force, en empêchant tout refus, toute remise en question ou discussion. Il faudrait désormais poser les questions politiques et sociales en termes identitaires et valoriser tous les communautarismes en allant jusqu'à normaliser l'emploi de catégories inacceptables et insensées comme « la race », ou à défendre certaines religions. Toutes les réflexions ou analyses qui sortent du cadre de ce nouveau prêt-à-penser sont soit sciemment étouffées, soit mollement ignorées dans un effet de consensus hallucinant.

Les textes identifiés comme contestant cette lecture sont refusés à la diffusion sous les prétextes les plus divers (du copyright des illustrations à la nature des commentaires qu'ils suscitent), que ce soit par exemple sur les sites d'infos des « mutu » ou sur Indymedia Nantes. Ceux qui sont identifiés comme participants à leur élaboration sont désignés à la vindicte militante, menacés de divers sévices par des bourreaux heureusement virtuels qui déclarent vouloir les « fumer », les « purifier par le feu » ou les enfermer pour les torturer. Ceux qui voudraient prendre la parole dans des réunions ou assemblées ont beaucoup de mal à se faire entendre. On use de tous les procédés que peut engendrer la mauvaise foi pour empêcher, à grande échelle, le débat, et on n'hésite pas, par exemple, à utiliser l'accusation infamante de racisme à l'encontre de militants dont on sait très bien qu'ils se sont mobilisés avec beaucoup d'autres depuis des années au côté des sans papiers ou contre les centres de rétention, pour ne citer qu'un petit échantillon montrant le caractère aberrant de la démarche. Un saut a même été franchi quand la bibliothèque anarchiste La Discordia qui a proposé plusieurs débats sur le sujet et diffuse un certain nombre de textes, d'origines variées mais au positionnement clair sur la question, en plus de diverses menaces (toujours virtuelles et/ou anonymes) de destruction spectaculaire, a été attaquée à trois reprises, 2 fois par des tags, et une fois par le bris des vitres de sa devanture (2). Des menaces virtuelles, des exclusions, un acharnement à censurer sur internet, l'arrachage systématique des affiches, des campagnes d'ostracisation et même des attaques sur un local, mais jamais de positions tenues et discutées, aucun argument, personne pour porter la contradiction dans les débats organisés, seulement la tentative d'imposer l'infamie et un climat de terreur. Cette discussion au Rémouleur, pour beaucoup, allait enfin être l'occasion d'entendre s'exprimer de telles positions de façon argumentée. Les désaccords devaient trouver là une occasion de se formuler en situation.

Courageuse donc, cette initiative est aussi et surtout nécessaire et on gagnerait à ce que de telles discussions se multiplient. Quand les uns et les autres se mettent à trouver indiscutables des termes plus ou moins conceptuels qu'ils n'auraient même pas envisagé d'utiliser il y a un ou deux ans, comme « la racisation » et « l'islamophobie » par exemple, et quand l'évidence consiste à défendre la religion des uns et la « race » des autres, il y a pourtant de quoi s'inquiéter, réfléchir, discuter... Plus encore, ce sont aujourd'hui des alliances inacceptables qui se mettent en place au nom de ces lectures simplistes et absurdes, que ce soit avec des intégristes religieux ou avec des militants professionnels qui développent des théories interclassistes et racistes. On entérine ainsi les manœuvres de quelques cadres politiques de l'université ou « des quartiers » qui assoient facilement leur influence par le chantage moral sur toute une aire à prétention contestataire, en même temps qu'on accompagne une évolution globale qui, des partis de gauche à l'université, en passant par les politiques d'Etat elles-mêmes, renforce les replis identitaires et communautaristes pour mieux empêcher toute perspective émancipatrice et révolutionnaire. Face à cette situation, le débat, la réflexion et la confrontation des idées et des perspectives sont non seulement souhaitables, mais aussi indispensables. Empêcher cette dynamique c'est déjà accélérer le processus qui vise à éteindre toute aspiration révolutionnaire. En effet, mis à part ceux qui se satisfont de petits arrangements infra-politiques et goûtent le confort d'un entre-soi minable, qui peut donc bien trouver de l'intérêt à empêcher ce débat d'avoir lieu ? Et pourtant, on dirait bien que certains ont choisi d'y consacrer une grande part de leur énergie.

Le débat de lundi dernier a été le terrain de ce type de manœuvres. Si la quasi totalité des participants n'avait pas été déterminé à ce qu'il se tienne, le sabotage aurait très bien pu être effectif. En préliminaire, et avec la volonté de couper radicalement cours à la discussion, un membre du Rémouleur qui avait déjà mis, autant qu'il le pouvait, des bâtons dans les roues de ceux du Rémouleur qui tenaient à ce qu'il ait lieu (par exemple en obtenant que le texte qui l'annonce soit refusé sur Indymedia Nantes en faisant passer ce texte pour illégitime) a créé un premier esclandre. Le prétexte en était l'exigence d'exclusion de quelqu'un venu participer au débat et qui a contribué à une brochure dans laquelle figure (parmi une vingtaine d'illustrations) une photo de lui en manifestation (3). Esbroufe et sous entendus manipulatoires lui permettent de jouer la montre et de faire monter l'embrouille en faisant croire à son bon droit. Il sera ainsi difficile d'expliquer parmi ce tohu-bohu qu'il s'agit d'une photo publique trouvée sur un site internet qui regroupe un reportage complet sur la manif en question (4), qui d'ailleurs n'est pas n'importe quelle manif puisqu'il s'agit de la « marche de la dignité et contre le racisme », manifestation racialiste que critique de manière argumentée la brochure en question, et à laquelle une petite partie du petit milieu radical a jugé bon de participer. Le collectif 8 juillet a même jugé opportun de négocier avec les organisateurs une place dans le meeting final, ce qui n'aura finalement pas lieu, ces derniers ayant posé comme condition qu'elle soit faite par un intervenant « non-blanc ». Pas d'intervention, mais des appels à participer à la marche et une présence en cortège avec banderole à la manif, notre embrouilleur amenant même sa pancarte pour apporter sa pierre judiciariste à l'édifice raciste en construction.

Vu le contexte, utiliser ce document photographique, c'est à peu près comme illustrer un article sur le premier mai, y compris pour critiquer la place des syndicats dans le mouvement social, avec une photo d'Arlette Laguiller tenant la banderole de LO. Il serait étonnant qu'elle s'en scandalise. Pas de scoop, pas d'indiscrétion, à la limite un droit à l'image qui pourrait permettre d'obtenir des royalties, et encore... Et puis, quand on parle de ce genre de manif, dont la promotion reposait principalement sur des esclandres médiatiques à la TV, sur les réseaux sociaux, avec ses figures, ses célébrités, etc. si on s'y rend avec sa pancarte, à visage découvert, n'est-ce pas pour être vu et participer à l’événement ? Et lorsque la même figure pose littéralement pour l'AFP ?(5)

L’intéressé et ses défenseurs n'ont alors rien d'autre à dire que « ça se fait pas », « pour des raisons de sécurité ». Mais si ces valeureux camarades, probablement impliqués dans des actions militaires clandestines de haute envergure à cette occasion-là, ne souhaitent pas que leurs visages se retrouvent dans les quotidiens de la presse nationale, comme participants à la marche de la dignité, qu'ils se masquent, ou mieux encore, qu'ils évitent les manifestations médiatisées (mais surtout médiatiques) de la gauche plurielle. Quoiqu'il en soit, nous les enjoignons à faire attention par le futur, mais aussi à se demander pourquoi la publication de cette photo (parmi d'autres) est la seule à avoir suscité leur indignation morale. Est-ce le seul camarade qui mérite cette attention ? Le copinage a-t-il ses raisons que la raison ne connaît pas ? Evalue-t-on un argumentaire à la quantité des amis de celui qui le porte ?

Mais non. On s'offusque, on continue d’asséner que « ça ne se fait pas », au nom du code des pirates sans doute. On a monté la tête là-dessus à son petit entourage, et on ment de manière éhontée en prétendant que celui qu'on s'efforce de virer, et au moins de faire sortir de ses gonds depuis 20 minutes, aurait pris lui même la photo et aurait été « vu avec un appareil photo » [sic]. Devant un tel procès, on est en droit d'exiger solennellement de savoir qui a vu quoi et si la personne au témoignage si crucial voudrait bien écrire ce qu'elle a vu, par exemple. On profère des accusations hors de propos et inacceptables comme « journaflic » et « balance ». Etre tenu à ce qu'on fait ou dit publiquement en se mettant en scène pancarte à l'appui, c'est être « balancé »… ? Les « journaflics », en tout cas les journalistes, et les balances, ça existe, c'est sérieux et personne ne doit agiter de telles accusations à mauvais escient, et tout à fait hors de propos.

On abuse donc sérieusement de la patience des gens en personnalisant le débat pour le neutraliser et en s'attaquant à celui, comme c'est un hasard étrange, qu'on a déjà réussi à exclure d'infokiosques.net. La prochaine étape est-elle l'expulsion locative ? Mais rien de politique sans doute : plutôt que de poser les désaccords, peut-être d'ampleur, qui expliquent que tout le monde ne soit pas de bonne humeur, on préfère jouer du chantage moral et affectif (« c'est lui ou moi »). Bref, on crée un premier incident et on règle ses petits comptes, en se posant en victime d'un méfait imaginaire et en essayant à toute force de pousser les autres à la faute, ce qui permettra de se poser à nouveau en victime, alors même qu'on tente le coup de force inacceptable de vouloir faire son propre casting pour le débat. Ce faisant, on essaye d'obtenir l'exclusion de quelqu'un dont tout le monde sait qu'il y a tout à fait sa place ne serait-ce que pour avoir contribué à la production et à la diffusion d'éléments importants de réflexion sur le sujet. D'ailleurs la salle ne s'y trompe pas, et réussit à obtenir de l'embrouilleur émotif qu'il la ferme enfin.

C'est alors qu'un drôle de gorille vient fort à propos essayer d'empêcher celui qui doit subir ces accusations diffamantes de répondre, le poussant de manière menaçante par derrière après avoir distillé un certain nombre d'insultes, curieux complément à la complainte victimaire à laquelle on assiste. Il faudra un peu de temps aux uns et aux autres pour comprendre ce qui se passe, mesurer le caractère inacceptable de cette demande d'exclusion, et affirmer une volonté claire de faire en sorte que le débat ait bien lieu. Avec un peu moins de détermination collective, chacun aurait pu simplement renoncer face à tant de mauvaise foi et d'agressivité.

Le débat commence, alors que le membre du Rémouleur désireux d'exercer son petit pouvoir d'exclusion fuit le débat faute de l'avoir empêché, non sans un peu de cirque préalable. Pourtant il s'était fendu d'un texte (6) d'apologue de la vacuité post-moderne au contenu relativement inexistant défendant l'usage de la notion d'islamophobie en s'appuyant sur les définitions du petit Larousse et du CCIF, pour nous apprendre que le racisme existe (merci à lui). C'est notable, car rares sont les arguments énoncés à l'appui de cette position, mais le texte ne sera pas porté au débat et son auteur se sera esquivé avant de pouvoir participer à une quelconque discussion. La raison en est peut-être finalement assez simple et il le dira lui-même : il n'a rien d'autre à dire que ce qu'il y a dans le texte… dans lequel il n'y a pas grand-chose, en tout cas à peine un dixième de ce qu'il défend d'habitude quand il n'a pas de contradicteur. Drôle de conception de ce que peut-être un débat.

Un peu plus tard, c'est tout ce qui restait dans la salle de partisans de l'usage du concept qui prennent le premier prétexte pour déserter la discussion, alors même qu'une intervention critiquant leur position est en cours. Se sentant visiblement en minorité, situation à laquelle ils ne sont pas habitués, ils préfèrent ne pas affronter la discussion, et espèrent ainsi encore ainsi saborder le débat. Rien n'y a fait et le débat a continué avec ceux qui voulaient sérieusement le mener, et c'est tant mieux, malgré tout.

Ainsi, ces « radicaux » sont incapables de soutenir la discussion dès lors qu'elle concerne un sujet important, actuel, et sur lequel un consensus n'est pas déjà entériné par un corpus « radical » préétabli. A propos du prix libre, du squat et des rapports de genre, on sait ce qui se fait, ce qu'il faut dire, quoi penser, à quoi doit ressembler, ce qu'on dit et ce qu'on incarne. Là, parce qu'il faudrait commencer à penser, à partir de ce qui est en train de se passer, risquer quelque chose sans doute, inventer peut-être, il n'y a, tout simplement, plus personne. Etre à la hauteur des enjeux historiques et répéter des pensée-slogans idéologiques « valables » de tout temps dans un petit milieu circonscrit sont deux choses différentes, même opposées.

On regrette donc que certains s'obstinent à refuser d'exprimer clairement leurs positions, de produire des arguments en accord avec leur comportement, de défendre par exemple leur participation en tant que groupe à la « Marche de la dignité » aux côtés du PIR, des entrepreneurs de banlieues « Pas sans nous » ou de militants islamistes comme Ismahane Chouder, ou à d'autres rassemblement, tiens donc, « contre l'islamophobie », par exemple, comme celui du 18 janvier de l'année dernière, en compagnie des Frères Musulmans en cortège, et d'une banderole portant un slogan aussi pertinent et émancipateur que « Touche pas à mon prophète » ou des pancartes « Je suis Muslim » ou « Je suis Mohammed [le « prophète »] », exposées sur un drapeau syrien, ou encore « halte à l'islamophobie » (7).

Depuis ce débat finalement réussi malgré le mauvais spectacle qui s'y est joué, ragots et bruits de couloirs se répandent. Comme toujours on accuse la forme pour ne pas avoir à parler du fond, on s'offusque au lieu d'expliciter des positions et d'être capable de les discuter.

Parlons sérieusement maintenant. Où est donc le problème ? Réside-t-il dans le fait de reproduire une photo largement publique de quelqu'un qui porte une pancarte dans une manif, ou dans le fait qu'une partie des militants « contestataires » aient choisi de se rendre de manière organisée à cet événement réactionnaire ? Est-ce celui qui diffuse une critique argumentée et illustrée de quelque chose d'inacceptable qui doit être ostracisé ? Jusqu'où ira-t-on avec de telles pratiques ?

Que pensent donc à la fin ceux qui s'offusquent et organisent des bruitages de couloirs, des pratiques de ségrégations raciales qui sont aujourd'hui promues jusque dans le milieu ? Que pensent-ils par exemple de ces intégristes de l'islam politique qui sont sollicités pour défendre les inculpés du mouvement social ? De ces conceptions séparatistes qui attribuent à chacun son racisme à lui ? De l'antisémitisme du dernier livre de la porte parole du PIR qui fait partie, elle même et en personne, de la fameuse MAFED qui n'aurait rien à voir avec les indigènes dont tout le monde prétend être très très loin alors qu'ils sont à deux pas de leur cirer les pompes ? Du rôle des religions, surtout quand elles étendent leur influence justement sur les « opprimés » ? Doit-on forcément penser que les post-colonial studies ont inventé ce que c'est que le racisme et en détiennent les clés ? Quand on rencontre des immigrés, doit-on considérer qu'ils sont d'une race particulière, ou les classifier en fonction de la teinte de leur peau ? Qu'est-ce qu'un « non-blanc » ? Que faire des juifs, des asiatiques, des indiens, des pakistanais, et de tous ceux qui ne rentrent pas dans le schéma ou qui alourdiraient la doxa ? Comment pourrait-on accepter de se considérer intrinsèquement comme « blanc » sans aller immédiatement se cacher tout au fond d'un trou ?

Cela fait maintenant près d'un an que des textes sont diffusés, des points de vue développés pour critiquer dans plusieurs optiques, par exemple anarchistes ou communistes révolutionnaires (donc athées, anti-républicaines et anti-laïques), les mauvais plis qui sont en train de se prendre et que beaucoup entérinent parfois simplement par appréhension des conséquences, dans le cas contraire, pour leur tranquillité et leur petite sociabilité de comptoir. Des amitiés à perdre, des conflits inévitables à prendre en main, des conflits d’intérêts idéologiques et relationnels à affronter parfois contre soi-même, etc. depuis la tentative d'OPA racialiste et pro-religion sur le milieu radical, c'est le lot quotidien de nombreux camarades et compagnons. D'autres préfèrent se terrer, ne répondre de rien, ne surtout rien clarifier pour maintenir l'illusion des communautés et des bandes affinitaires au sein d'un milieu dans lequel on prend ses aises, parfois, depuis plusieurs décennies -le ventre mou- quand d'autres s'acharnent à empêcher la discussion, par l'exclusion, la censure et l'auto-victimisation histrionique permanente. C'est par un régime de terreur discursive que ces sales manières de penser s'imposent. Culpabilisation, menaces, sanctions.

Il est temps de retrouver une capacité au débat et à la confrontation des points de vue, d'être à nouveau capable de réfléchir ensemble, d'éprouver nos divergences, et de réinjecter un peu d'« honnêteté » dans la chiourme milieutiste pour être à même de séparer le dit « personnel » et le dit « politique », de différencier l'obéissance à un chantage lié au maintien de petits potentats et l'affirmation courageuse et nécessaire de points de vue qui ne vont pas forcément dans le sens du vent.

Contre l'idéologie racialiste et anti islamophobe, retrouvons des perspectives révolutionnaires.

Juin 2016


Des participants au débat du Rémouleur
(5 selon la police, 20 selon les organisateurs)

1 - Cf. https://vosstanie.blogspot.fr/2016/05/sur-lideologie-anti-islamophobe.html
2 - Cf. https://ladiscordia.noblogs.org/imposer-lordre-moral-a-coup-de-marteau-communique-de-la-discordia/
3 - La brochure : https://ravageeditions.noblogs.org/post/2016/01/21/nos-revolutionnaires-sont-des-gens-pieux-cassandre/
4 - Des photos que l'on pourra retrouver ici : http://dignité.xyz/?p=728
5 - Cf. http://www.humanite.fr/que-recouvre-le-terme-dislamophobie-568608 ou http://www.illionweb.com/france-antimusulmans-2015/
6 - Cf. https://infokiosques.net/IMG/pdf/texte-leo-pirrate-v1.pdf
7 - Cf. note 3 et 5.

Les syndicats trahissent-ils ?

Les syndicats trahissent-ils ?

Si on se tape des "vitrines" saccagées des magasins syndicaux on relèvera néanmoins le propos plutôt ambigu qui accompagne le geste.
« C’est fini de trahir ».

Car enfin les syndicats trahissent-ils ? En ce qui nous concerne nous ne le pensons pas.

L’État, la bourgeoisie ne trahissent pas plus. Ils ont pour fonction d’œuvrer à la gestion de la reproduction de l'ordre capitaliste.

C'est peut-être reporter un peu trop facilement sur les syndicats l'absence d'un mouvement fort qui pouvait ou peut, doit briser l'emprise syndicale.

C'est en somme se défausser, pour mieux cacher notre impuissance face aux événements ou notre faiblesse.

Mais c'est aussi laisser passer pensons nous, qu'il est possible de "radicaliser" les syndicats. Pourquoi pas les partis ? ou l’État ?

Il était par exemple fort prévisible que les syndicats préféreraient tourner en rond comme des dératés autour du Port de l'Arsenal, dans un soucis de "compromis" ceci en l’annonçant comme une "victoire", alors qu'il était plus qu’inacceptable de défiler (surtout dans ce type de conditions) dans l'enceinte de la respectabilité, pour le cirque médiatique de la responsabilité donc de l'enterrement.

Que cela emmerde on peut aisément le comprendre. Mais cela laisse planer le doute sur la nature du syndicat, qui accompagne historiquement le capitalisme dans son déploiement.

Laisser entendre le contraire c'est faire croire aux syndiqués de "base" (qui seront éternellement "trahis") qu'ils peuvent espérer un jour le contraire.




VOIR AUSSI  


mardi 7 juin 2016

Les bolchéviques et le contrôle ouvrier 1917-1921 de Maurice BRINTON (A paraître)

Les bolchéviques et le contrôle ouvrier 1917-1921

Maurice BRINTON 

L'État et la contre-révolution




Un classique de l’extrême-gauche anti-léniniste, qu’il importe de republier dans une version actualisée.

Il a été écrit au début des années 1970 par Maurice Brinton, militant de Solidarity, un petit groupe anglais pour qui le socialisme devait reposer avant tout sur la gestion de l’industrie par les travailleurs eux-mêmes.

Il a été traduit peu après et publié dans une revue aujourd’hui disparue : Autogestion et Socialisme. Cahier N°24-25, septembre-décembre 1973.

Éditions Les Nuits rouges - 170p. A paraître....

mercredi 25 mai 2016

Sur l’idéologie anti-islamophobe

Sur l’idéologie anti-islamophobe 


Ce texte entend répondre à ceux qui, parmi les communistes libertaires, sont engagés dans un combat contre « l’islamophobie » et, à ce titre, prétendent interdire toute critique de l’islam et promouvoir une théorie de la « race sociale », dans un climat pour le moins générateur de tensions, d’accusations de racisme, et même d’attaques caractérisées.

S’il date vraisemblablement du début du siècle dernier, c’est depuis peu que le terme « islamophobie » a fait une percée fulgurante comme appellation du racisme contre « les Arabes ». On passe ainsi du racisme anti-maghrébin à l’effroi ou l’horreur suscités par la religion des musulmans. Les immigrés et leurs descendants ne seraient plus rejetés pour des raisons « ethniques » mais pour leur appartenance supposée à une culture originelle identifiée à l’une de ses dimensions : la religion musulmane – qu’ils sont pourtant nombreux à ne pas pratiquer, et ceci même lorsqu’il leur arrive d’en conserver quelques traditions devenues coutumières.

Se joue là un tour de passe-passe qui assimile la « race » à la religion en tant que matrice culturelle. On est face à une « mystification conceptuelle (…), l’assignation de tout un pan d’individus, en fonction de leur origine ou de leur apparence physique, à la catégorie de « musulmans », permettant de faire taire toute critique de l’islam, parce que celle-ci ne rentrerait plus dans la critique des religions, mais directement dans le domaine du racisme »(1) . Si Claude Guillon voit du « mépris » dans cet « antiracisme des imbéciles » (2), nous y décelons surtout ce spectre qui hante la gauche : le tiers-mondisme, idéologie qui conduit à adopter de façon acritique le parti de « l’opprimé » contre celui de « l’oppresseur ». C’est ainsi que, pendant la guerre du Vietnam, dénoncer les Américains entraînait le soutien au Viet Minh et à la politique d’Ho Chi Minh, dont les comités Vietnam scandaient le nom et brandissaient le portrait à longueur de manif ; comme aujourd’hui, défendre les Kurdes peut impliquer de soutenir le PKK et de brandir le portrait d’Oçalan. Ce qu'il s’est passé pendant la guerre d’Algérie où ceux qui, voyant dans le « colonisé » l’exploité par excellence, ont soutenu inconditionnellement le FLN, s’est reproduit face à la révolution iranienne de 79 et chez les pro-Palestiniens. Le tiers-mondisme a ainsi abandonné petit à petit le prolétariat comme sujet révolutionnaire pour lui substituer le colonisé, puis l’immigré, puis les descendants d’immigrés... et enfin les croyants. Le tiers-mondisme originel avait promu le relativisme culturel, ses successeurs ont adopté le culturalisme, qui prétend expliquer les rapports sociaux par les différences culturelles. C’est dans les années 80, avec la grande manipulation de SOS Racisme, que ce glissement est devenu une doctrine qui donnera naissance à toutes les dérives actuelles, jusqu’à assigner une identité musulmane à tous les immigrés « arabes » et leurs descendants.

Devant le constat du glissement opéré au sein de toute une partie de la gauche vers l’idéologie culturaliste, il est intéressant de pointer que celle-ci est devenue, après 1968, l’angle d’attaque d’un courant d’extrême-droite : la Nouvelle droite. Son rejet de l’immigration ne repose plus sur un racisme biologique mais sur l’idée d’assignation identitaire, basée sur une vision figée des sociétés dans des traditions anciennes, et sur la nécessité, comme garantie de paix sociale, de conserver des cultures homogènes. Selon les élucubrations des néo-droitiers, pour qui les conflits sont ethno-culturels et pas de classes, les Maghrébins, par exemple, assignés à la culture musulmane, doivent en conséquence rester dans leur pays d’origine pour vivre leurs traditions entre eux ! Au passage, Alain de Benoist, chef de file de la Nouvelle droite, défend des luttes tiers-mondistes et anti-impérialistes, et nie le caractère raciste de sa « défense de l’identité européenne ». Cette évolution du discours raciste est à l’œuvre depuis quelques années au sein d’une autre formation d’extrême-droite, en quête de respectabilité, le Front national, qui reprend en partie la rhétorique de la Nouvelle droite : le problème ce n’est plus les « immigrés » mais les « musulmans ».

C’est ainsi que l’on en vient, de bords a priori radicalement opposés, à adopter un discours identitaire qui considère que tous ceux qui ont un lien d’origine ou familial avec l’un ou l’autre pays du Maghreb (ou d’autres pays « arabes ») doivent se considérer comme musulmans, sous l’appellation aberrante de « Français d’origine musulmane ». Alors que ce n’est pas en raison de la religion qu’ils pratiquent ou qu’on leur prête qu’ils sont discriminés mais parce que ce sont des travailleurs immigrés ou issus de familles ayant immigré. Ce n’est pas l’identité qui est en jeu mais l’appartenance de classe. Cette « origine musulmane », qui fait bondir les athées d’origine maghrébine, travestit un stigmate social en stigmate culturel. L’Etat et les media ne s’y trompent pas quand ils font du « musulman », forcément islamiste (et plus ou moins modéré ou radicalisé), la nouvelle caractérisation du membre de la classe dangereuse (3).

C’est sur ces bases que l’idéologie identitaire anti-islamophobe vient s’associer, notamment chez certains marxistes, à celle de la « race sociale », chimère universitaire d’importation récente, qui tente de plaquer ici le schéma racial et communautaire de la société américaine. Cette vision « racialiste » (4) qui prétend créer une nouvelle classe de « race » ne sert en réalité qu’à masquer, voire à nier, la réalité du rapport social capitaliste : l’exploitation des prolétaires, de tous les prolétaires, quels que soient leur origine, leur couleur de peau, leur religion et leurs us et coutumes personnels. La justification en serait que le racisme aurait été indispensable au développement capitaliste parce qu’il justifierait le colonialisme. En réalité, inférioriser l’opprimé a toujours été une stratégie de pouvoir qui s’applique à tous les opprimés quelle que soit leur supposée « race ». Maintenir dans leur condition les serfs, les paysans pauvres, les esclaves puis les ouvriers, passe notamment par les empêcher de s’exprimer et d’avoir accès à l’éducation, au prétexte qu’ils seraient trop bêtes et ignares pour cela, qu’ils appartiendraient à une catégorie inférieure. Rappelons que les Anglais ont durement colonisé et pillé les Irlandais et les Russes les Ukrainiens sans avoir besoin d’une telle justification. Et, dans leur ensemble, pillage et colonisation, tout comme l’exploitation proprement dite, n'ont pas besoin de quelconque excuse.

Et pourtant, le racisme existe bel et bien et le rejet du « musulman » pauvre et immigré est l’une de ses manifestations. Le discours du FN, du Bloc identitaire et de Pegida contre l’islam n’est que l’arbre qui cache la forêt : ce sont simplement des racistes qui veulent que les immigrés dégagent. L’argument culturel est sans doute plus respectable à leurs yeux que les vieilles lunes racistes basées sur des caractéristiques qui seraient innées (les Noirs sont comme ci, les Arabes comme ça…). Cette stratégie leur permet aussi de ratisser plus large, d’autant que ces mouvements exploitent à leurs fins racistes la montée réelle de l’islam radical. Si l’immigration est pour eux le fond du problème, ils se raccrochent à des arguments plus honorables tels que la défense de la laïcité ou le combat contre le sexisme. Mais, en réalité, que les immigrés (pauvres, bien sûr) soient ou non musulmans, ils sont toujours pour eux des indésirables.

Le racisme, comme la xénophobie, est un outil qu’utilisent les dominants contre les dominés. Ainsi, Fredy Perlman écrit : « les colons-envahisseurs d’Amérique du Nord avaient recours à un outil qui n’était pas, tel la guillotine, une nouvelle invention, mais qui était tout aussi mortel. Cet instrument sera plus tard nommé racisme et s’intègrera dans la pratique nationaliste (…). Les gens qui avaient abandonné leurs villages et leurs familles, qui étaient en train d’oublier leur langue et qui perdaient leur culture, qui étaient dépouillés de tout sauf de leur sociabilité, étaient manipulés afin de considérer la couleur de leur peau comme substitut à ce qu’ils avaient perdu » ; « le racisme avait été une arme parmi d’autres pour mobiliser les armées coloniales (….) et elle n’a pas supplanté les autres méthodes, elles les a plutôt complémentées » (5). Il s’agit de créer des catégories permettant de diviser pour prévenir ou écraser les rébellions et les luttes sociales. C’est ce qu’a fait, en Algérie, le gouvernement français en 1870, en octroyant par décret (la « loi Crémieux ») la nationalité française aux « indigènes israélites », les séparant arbitrairement des « indigènes musulmans ». L’appartenance « religieuse » a également été utilisée pour écraser les luttes sociales en ex-Yougoslavie avec la fabrication d’une « nationalité musulmane » inconnue, dressant les uns contre les autres des gens qui vivaient jusque-là tous ensemble.

Les divisions raciales deviennent, logiquement, particulièrement opérantes dans les périodes de crise où le revenu s’effondre et où l’emploi vient à manquer. C’est sur ce terrain que le FN parvient à conquérir les anciens bastions ouvriers de la gauche. Et, même à l’époque du plein-emploi, le pouvoir et ses media ont toujours plus ou moins entretenu la xénophobie, encourageant la stigmatisation successive de chacune des différentes vagues de travailleurs immigrés (les « Polaks », les « Macaronis », « les Portos », etc.). La grande différence était que, dans les unités de travail, la solidarité ouvrière prévalait sur les préjugés et que tout le monde travaillait et combattait au coude à coude. Mais c’était avant….

Quant au terme « islamophobie », le problème ne réside en réalité pas dans la notion elle-même mais dans l’usage qu’en font ceux qui la manipulent. On retrouve d’ailleurs les mêmes usages manipulatoires de la notion d’antisémitisme lorsque ce terme est donné pour un équivalent de l’antisionisme et achève sa course en « judéophobie », avec l’affirmation que la critique du sionisme ne peut qu’être une attitude raciste vis-à-vis des « juifs » et non une critique du caractère colonisateur de l’Etat confessionnel qu’est Israël.

L’islam politique vise, comme le dit Claude Guillon, à faire de « l’islamophobie une arme de guerre idéologique contre l’athéisme »(6) et, plus largement, un vecteur de propagande pour la religion musulmane. Les anti-islamophobes d’extrême gauche ont des positions pour le moins ambivalentes par rapport cet islam politique. Ils prétendent ainsi interdire toute critique de la religion musulmane donnée pour une pratique raciste, dans une posture moralisatrice révélatrice d’un manque d’analyse de l’évolution de l’islam politique dans le monde depuis la révolution iranienne de 1979. Quand ils n’en viennent pas à en nier l’existence même. Face au djihadisme, nos anti-islamophobes ne se laissent pas pour autant désarçonner. Après chaque attentat commis par les djihadistes en Europe (qui s’ajoute à la longue liste de leurs forfaits, notamment sur le continent africain et au Moyen-Orient), ils s’inquiètent surtout de la recrudescence d’« islamophobie » (et aussi, à juste titre, des politiques répressives) que cela risque d’entraîner et pointent comme seul responsable l’impérialisme occidental. Ainsi, selon eux, les attentats de Paris du 13 novembre 2015 ne seraient qu’une répercussion des guerres menées par l’Etat français en Irak, en Libye, au Mali… Les intérêts de ce dernier dans les enjeux géopolitiques au Moyen-Orient et en Afrique sont évidents, mais insuffisants pour expliquer l’émergence et la persistance de l’Etat islamique (7) ou de Boko Haram. Ces discours permettent tant bien que mal aux anti-islamophobes de passer sous silence les implications réelles de l’islam radical dans les attentats, ici et ailleurs dans le monde, et de nier la capacité d’initiative de leurs auteurs, jusqu’à dédouaner les frères Kouachi ou Coulibaly parce qu’ils sont prolétaires et « issus de l’immigration ». On retrouve ici l’idéologie victimaire qui assigne non seulement des individus et des groupes à des identités (les femmes, les « racisés », etc.), mais aussi à des statuts figés de victimes et d’opprimés dont il ne faudrait pas critiquer les choix et les pratiques, même les plus réactionnaires. De telles postures idéologiques amènent à occulter le caractère contre-révolutionnaire de l’islam radical qui, depuis plusieurs années, connaît en Europe occidentale (sans oublier bien sûr le Maghreb et le Moyen-Orient) une progression, même s’il reste minoritaire par rapport à l’ensemble de la population qui se dit musulmane. Alors qu’il était marginal, voire quasi inexistant, l’islam radical, dont la forme la plus courante aujourd’hui est le salafisme, s’est largement répandu.

Pour ces gentils anti-islamophobes, il s’agirait tout bonnement de considérer la religion musulmane avec la plus grande bienveillance parce que ce serait la « religion des opprimés ». Ils semblent oublier que la fonction même de toute religion est le contrôle social et, en l’occurrence, l’islam politique ne cesse d’affirmer partout sa vocation à contrôler au plus près la société qu’il entend régir. Ainsi, le salafisme occupe suffisamment le terrain dans certains quartiers urbains pauvres pour pouvoir exercer un contrôle social : pendant les émeutes de 2005, les salafistes ont d’ailleurs tenté de ramener l’ordre dans certaines banlieues. L’évolution de cette tendance s’inscrit dans un contexte de crise économique, marquée par le développement du chômage de masse, d’attaques sur les salaires mais aussi de recul des politiques sociales de l’Etat. Pour les pallier, les salafistes ont su mettre en place des réseaux d'entraide économique, ce qui leur permet d’avoir une emprise sur les populations.

Ne pas perdre de vue ce rôle des religions nous semble indispensable. « Une religion est en effet un ensemble de croyances métaphysiques qui portent en elles des règles de vie bien précises, basées sur la tradition et la morale, auxquelles l’individu doit se soumettre. Il s’agit d’un rapport social, une forme de mise au pas de chaque individu et des masses dans leur ensemble. Elle recouvre en outre un rôle de justification du pouvoir, de garant de la tradition et de l’ordre établi, plus généralement d’une certaine « pacification » sociale. Cela à travers une interprétation organiciste de la société, une exaltation des hiérarchies, le refus de l’autonomie individuelle. Souvent la religion est aussi un moyen de diriger la conflictualité sociale vers des cibles fictives, ou de la brider en faisant miroiter un paradis futur. Le paradis, ce triste mensonge qui garantit la paix pour les puissants, ici et maintenant. En donnant un espoir dans la transcendance, la religion étouffe la plupart des poussées révolutionnaires des exploités ici-bas et maintenant. Le beau passage de Bakounine, “Si Dieu existait réellement, il faudrait le faire disparaître” pointe précisément le fond du problème de la religion : l’idée de divinité est la base conceptuelle de l’autorité et sa contrepartie, la foi, celle de l’acceptation de la servitude » (8).

Si la foi et les interrogations métaphysiques sont affaires personnelles et si l’on peut se trouver au coude à coude dans une lutte avec quelqu’un qui se dit croyant sans que cela pose problème, nous voulons pouvoir affirmer haut et fort que nous sommes athées. Affirmer notre athéisme et critiquer toutes les religions est indissociable de nos positions politiques et nous entendons librement pratiquer tant le blasphème que la dénonciation, au minimum, des pratiques religieuses et/ou coutumières coercitives, mutilantes ou humiliantes, ainsi que du statut inférieur assigné aux femmes par toutes les religions monothéistes (pour les autres, on verra une autre fois).

Enfin, précisons que, pour nous, il n’existe que deux classes, celle du capital et celle du travail. Même si, au sein de la classe exploitée, certains sont plus exploités que d'autres en raison de leur sexe et de leur origine, ils ne constituent pas une classe, ils en sont des segments créés par le pouvoir et les exploiteurs. La pensée bourgeoise, quel que soit son supposé bord politique, trouve là un moyen de diviser le prolétariat, de stimuler la concurrence entre les travailleurs et d’endiguer ainsi les luttes sociales. Parce que toute division de la classe du travail ne fait qu’affaiblir sa capacité de lutte et que la segmenter pour mieux la diviser permet à la classe du capital, particulièrement en période de crise, de jouer sur la concurrence de tous contre tous. Ce n’est pas par l’anti-racisme qu’on combat le racisme mais par la lutte des classes. Si l’on en est au point où « Penser avec la race devient un impératif incontournable » et que « tout refus de ce vocabulaire et de ce qu’il charrie sera systématiquement considéré comme de la dénégation, voire du déni, et tombera sous le coup du dispositif accusatoire » (9), cela ferait des racistes de ceux qui, comme nous, n’adhèrent pas à cette vision. Et ça nous semble un peu fort de café !


Mai 2016

Flora Grim et Alexandra Pinot-Noir



(1) Cassandre, Nos « révolutionnaires » sont des gens pieux, sur le blog de Ravage Editons, https://ravageeditions.noblogs.org/ 

(2) Claude Guillon, Et Dieu créa l’islamophobie, sur son « blogue généraliste » Lignes de Force : https://lignesdeforce.wordpress.com/ 

(3) Louis Chevallier, grand historien bourgeois néanmoins passionnant, « Classes laborieuses, classes dangereuses », Perrin 

(4) Terme emprunté aux auteurs de « Tiens ça glisse », sur le blog http://racialisateursgohome.noblogs.org, qui nomment « racialisation toute analyse contribuant à développer ou à diffuser une théorie de la race » 

(5) Fredy Perlman , L’Appel Constant du nationalisme in Anthologie de textes courts, Ravage Editions
(6) Claude Guillon, op. cit. 

(7) Pour une analyse approfondie, voir P.J. Luizard, Le Piège Daech, La Découverte 

(8) Cassandre, op. cit. 

(9) « Tiens ça glisse », cf note 4



Débat contradictoire au Rémouleur 
le 13 juin 2016 à 19h30 avec les auteures du texte.

VOIR AUSSI

Pour couper court aux bruits de couloirs 
(réaction à la manière dont a failli ne pas se dérouler le débat du 14 juin au Rémouleur) 

Emission: Pour une critique de l'idéologie IDENTITAIRE (Radio Vosstanie !)

dimanche 15 mai 2016

Les émeutes raciales de Chicago - Juillet 1919 de Carl Sandburg

" On le voit : invoquer la « race » pour expliquer les émeutes de Chicago, et toutes celles qui leur ressemblent, c'est prendre l'effet pour la cause. Ici pas plus qu'ailleurs, il n'existe quelque chose comme un « problème racial » — et moins encore, comme le dit le langage ordinaire de l'époque, un «Black problem ». Ce qui existe, et ce qu'il faut comprendre par conséquent, c'est tout autre chose : c'est la racialisation, manifeste et incessante, de l'ensemble des relations sociales ; c'est la façon, autrement dit, dont les différences raciales, loin de relever de vérités biologiques ou naturelles, ont été érigées en principe légitime d'organisation, de description et de classification des faits sociaux ; la façon dont, soumises à des manipulations symboliques sans nombre, elles sont le produit d'une histoire sociale et politique qui, déposée à la fois dans l'ordre des choses, dans les croyances et dans les façons de faire les plus ordinaires, opère à la manière de structures agissantes." p46

Editions Anamosa préface de Christophe Granger traduit par Morgane Saysana. 227p. (Traduit en français pour la première fois.)

mercredi 20 avril 2016

Debout ! assis ! couché !... à l'urne....c'est la nuit

C'est le printemps....la parole fuse, les discours fleurissent et les individus se consument en tournant foutraquement autour des places ou des sorties de RER.
 
Étourdis vraisemblablement par les mots qui s’entremêlent dans ces espaces faussement libérés par les professionnels de la contestation alter-constitutionnelle, il n'y a rien de pire que les parodies ou la détestable comédie de la démocratie à "libérer" ou à radicaliser.
 
Tout est dans tout et réciproquement, la parole marchandise s'invite dans ses fausses équivalences et le bouillonnement devient bouillon et finalement soupe insipide, froide, politicienne.
 
On siphonne le signifié, pour que ça claque dans l'atmosphère. Les comités théodule anonymes et bavards insultent le html de leur prose dépressive à thèses aussi chiantes que leur érotisme de pacotille.

Nous en avons marre de "désirer" sans fin sur injonction pseudo-pamphlétaire là ou les rapports de classes s'affirment plus que jamais.
 
Autonomie! on chante ici ....mais de quoi ? Les récupérateurs paralytiques entonnent finalement en coeur le refrain de la multitude volontaire.
 
On vient pleurer sur ses malheurs spécifiques pour mieux oublier la totalité concrète. Entre le pantomime émeutier et le performatif gnangnan c’est en fait à la dissolution par l’épuisement auquel on nous invite.
 
Debout ! assis ! couché! ... à l'urne....c'est la nuit.
 
Certaines bonnes âmes sures d'elles-mêmes s'occupent d'aller "conscientiser” les gens #Debout....On se demande alors qui dort éveillé.


Au même moment des "libertaires" (1) nous invitent à apprendre l'alphabet avec Podemos ! pour mieux nous vendre des petits bréviaires ensuite.

C’est bien le comble du spectacle radical et de la marchandise qui vient !
 
On se félicite presque que les prolétaires (voilà le gros mot) n’en soient pas.
 
99% ? Ce slogan inter-classiste nous fait chier...
 
Nous n’avons pas le goût et le temps de jouer aux rôdeurs de la subversion tolérée, tant mieux si certains s’amusent. Pas plus de tapiner pour la République et ses services. Qu’elle crève !


NOTE

(1) On pense à la projection du jeudi 21 avril 2016 à 20h00 organisée par la librairie Quilombo - Podemos, un abécédaire.