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mardi 3 octobre 2017

La sortie, c’est par où ? À propos de la "sortie" de l’économie et du capitalisme.



 La sortie, c’est par où ?
À propos de la sortie de l’économie et du capitalisme.


Dans Snowpiercer, le Transperceneige réalisé par Bong Joon-ho, sorti en 2013, et inspiré de la bande dessinée de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, il est question d’un train lancé autour de la terre à très vive allure.

Aucune existence n’est possible hors du train, et son arrêt est impossible, car le niveau de température extérieure n’autorise que la mort immédiate. Les conditions climatiques terrestres sont la conséquence du délire humain et les survivants sont confrontés à l'intérieur du train, à une gestion totalitaire de la division sociale.

Ce train qui roule sur de vétustes rails, manque à chaque boucle de terminer sa course folle dans le prochain précipice. Tous sont tôt ou tard finalement condamnés.

S’en suivra le souhait de ceux de l'arrière (c'est-à-dire d’en bas) de rejoindre la tête du train et ses wagons luxueux pour peut-être prendre le contrôle de ce dernier. Cela est-il possible ? Le train ne risque-t-il pas de dérailler, et finalement d'aboutir à la mort de tous ? Est-ce que cette initiative de ceux de l’arrière pour la conquête de la tête du train changera fondamentalement quelque chose à la vitesse du train à son économie interne ?

Et « dehors » ? Peut-être que le froid n’est pas si mortel ?

Il est tout à fait possible d’établir des comparaisons entre le train de ce film et le capitalisme, et d'y voir peut-être une forme de dénonciation ou les classes sont explicitement présentées et mises en « scène ».

La critique écologiste n’est pas très loin ainsi qu'une « vision » idéologique que l'on a eu pour habitude de qualifier de « décroissantiste » [1] ceci selon notre interprétation et qui nous semble presque évidente.

Au-delà de la problématique dramatique et donc de la chute possible du train / capital, qu’est-il possible d’entrevoir ? Quel « possible » peut-on projeter dans des conditions de catastrophe ?

De ces premières interrogations s’en dégagent alors d’autres - peut-on ou doit-on « sortir » du capitalisme. Mais comment peut-on / doit-on sortir de ce train ? et la méthode utilisée pour « sortir » du train dans le film est-elle à proprement parler quelque chose qui relève du « sortir » ?

Mais, finalement, notre véritable questionnement ne tourne-t-il pas autour de la notion de la « sortie » où du « sortir » ? C’est à dire de la « sortie du capitalisme » ou de « sortie de l’économie » mais est-ce simplement concevable ? Ou possible ? Car enfin est-il possible de sortir du capitalisme et du monde marchand ? Ceci dans l’acception littérale de la proposition.

On ne fera pas de grande démonstration pour expliquer ici que, finalement, il est plus aisé de sortir d'un train que de sortir du capitalisme. Bien sûr le Transperceneige n'est pas n'importe quel train, il est le seul qui roule dans le film, et pour s'en rendre compte, il suffit de le regarder et de suivre notre propos ou d'accepter nos présupposés.

Par ici la sortie !
Dans le train.

Le train file, non comme une métaphore mais comme une comparaison, celle du capitalisme. [2] Sa logique interne est celle du capital. Monter dans un train a priori est une chose facile, on y entre en fonction du départ, et peut-être que finalement tout se joue au moment de l'arrivée, où le train s'arrête, car parfois la sortie de la gare est à l'avant. On aura peut-être préféré le milieu du train au cas où, quelquefois, on ne sait jamais...

S'il est très aisé d'identifier la population qui se trouve en queue de train comme le prolétariat, il en est tout autant de comprendre la traversée de toutes les rames pour rejoindre l'avant. La tête, devant, forcément.

Ce qui s'impose à cette population sans espoir, c'est ce combat vain et orchestré [3] ceci jusque dans sa quête de l'avant. Elle se révèle encore plus effroyable pour ceux qui sont parés de cette si fine et belle critique du capitalisme. Car enfin quelle idée de vouloir prendre la tête d'un engin incontrôlable ou rien n'est possible pas même son arrêt ?

L'espoir du but probablement. Mais cet objectif n'est pas sans un chemin, construit de solidarités de trahisons et de combats. Il s'agit de quelque chose qui nous indique que nous ne sommes pas morts à « l'arrière » sans rien faire à attendre de crever de toute façon. Il est question aussi d'exister peut-être encore un peu.

Dans ce faux fléchage sur la nécessité (vaine) de prendre les leviers d'une machine folle qui finira d'ailleurs tôt ou tard par dérailler, se dégagent d'autres pistes. Sont-elles tout aussi fausses ?

Regarder par la fenêtre d'un train.

Dehors c'est de l'autre côté de la vitre. Peut-être n'est-il pas moins compliqué de le faire que dans la cage d'acier de Max Weber ? Bien qu'il n'ait jamais clairement spécifié si celle-ci comportait quelques ouvertures.

Dans cet éternel retour de boucle glaciale, impossible de mettre son nez dehors c'est la mort immédiate, certaine.

Que faire alors ? Si la quête de l'avant est vaine que reste-t-il comme solution ? Peut-on avoir une initiative ?

Une « voie » pour de la sortie ?

Pendant leur traversé du train et les différents affrontements avec des hordes lourdement armées au service de l'avant, le héros du film et ses complices font la connaissance d'un personnage ne parlant pas la même langue que la leur. Drogué à une substance tout aussi étrange qu'il est étranger, il est l'un de ceux qui a compris que peut-être, dehors le froid n'est pas si neptunien. Mais contrairement aux autres, il ne pense pas que la sortie se trouve devant, tout droit ou dans le contrôle d'un train qui finalement se trouve être sans véritable pilote, sinon un superviseur qui se charge d'alimenter la « bête » à vapeur.

Ce personnage aussi lucide que suicidaire n'entrevoit pas de « sortie » à proprement parler sinon de faire exploser la porte avant du train au risque de le faire dérailler, et que tous périssent. On ne peut dénier à ce personnage d'entrevoir un peu cet espoir nihiliste pour les autres. À quoi bon continuer à bord ? Et pour quel monde clos ? Fût-il finalement à demi respirable.

Peut-on faire un parallèle politico-philosophique sur cette « sortie » dans le film, même si elle est un peu plus « suicidaire » dans la démarche et plus heureuse au final, avec ce que nous propose l'idéologie de la Décroissance, du pas de côté [4] de la « sortie de l'économie » ou du capitalisme ?

S'il s'agit de regarder « dehors », et d’interpréter les signes du/des possible(s) en dehors du train / capital qui fonce, et de rechercher la voie possible de cette « sortie », c'est qu'il faut comprendre alors qu'il y a là un « dehors » qui d'une certaine manière ne serait pas impacté par le « dedans », ou que le dedans ne serait pas lié au dehors.

C'est bien la notion de « sortie » qui pose un problème. Ce dehors, cette sortie n'est pas sans avoir de relation avec ce qui nous semble être un Au-delà. Une sorte d'arrière-monde.

Que cette option soit une sorte de « religion » qui permette à des individus de faire communautés nous semble assez simple. Elle est l'opium ou de cette étrange drogue qui permet d'imaginer peut-être.

Mais que nie-t-elle en dernière instance ? Une forme d'objectivité du capitalisme peut-être. Comme totalité concrète (un tout) qui va jusqu'à générer les notions de « dehors » et de « dedans » de « l'entrée » et de « sortie ». Il s’agit plus exactement d’un anti-monisme ou d’une conception dualiste du réel.

La « sortie » est-elle alors une nouvelle porte d'un paradis sur terre ?

La possibilité de la « sortie » dans ces circonstances, mobilise plutôt un « travail » sur les représentations qu'il faudrait déconstruire.

Le capitalisme n'est-il qu'une représentation ? C'est ce que sous-tend la notion de « sortie ».

À moins que cette démarche cognitive ne soit qu'un nouvel avatar d'un subjectivisme plutôt paradoxal, notamment pour certains courants qui se réclament de la « sortie », car ils entretiennent pour s’en convaincre une sorte de marotte performative et théorique par une forme de gnose des écritures marxiennes ou proudhoniennes en y cherchant les signes d'une parousie légitimant la « sortie », et qui peut très bien se transformer finalement et voilà le retournement en « retrait ».

Ne « sort-on » d'un endroit que par un acte de volonté ? Ne nous arrive-t-il pas quelquefois d'en être même éjecté ? Pour être mis « en dehors » et de quoi finalement ?

Comme si le « dehors » n'était pas lié au dedans. Est-ce à dire que l'on en vient à nier la réalité objective ?

Que nous dit la notion de « sortie du capitalisme » de ceux qui l'utilisent ? Au-delà du fait que pour eux un autre monde est possible à côté de celui que nous vivons, où qu'une voie d'accès (issue de ces rails) à un monde est possible par une forme de retrait [5].

Que des îlots, des communautés tranquilles et joyeuses et où il fera bon rentrer en enjambant les cadavres sont possibles, souhaitables ?



Il s'agit bien d'une forme de négation ou « d'oubli » du réel existant. S'il s'agit d'éviter le monde (on y reviendra) c'est qu'il s'agit finalement à notre avis d'éviter un type d'affrontement. [6]

Peut-être est-ce d'une étude psychosociologique dont on aurait besoin également ici pour démontrer plus longuement la forme de confort idéologique qu'entretient cette dénégation dont il est question dans ce type de parti pris.

Mais politiquement c'est finalement la conflictualité et la perspective des classes et de leurs affrontements qui sont niées voire même combattues au profit d'un séparatisme radical et inter-classiste. La négation des classes est bien la matrice politique de cette démarche qui s'ornemente attributs hérités d'un prétendu marxisme hétérodoxe mais aussi d'un néo-anarchisme, dont l'ontologie pessimiste s'inspire de doctrines antiprogressistes [7] et élitaires de par leur fascination pour l'esthétique de la theôría contre la praxis de la classe en lutte. La lutte des classes y est vue comme fantasme, et est systématiquement refoulée du corpus de ce marxisme indéterministe. Il en va de même de l'histoire de l'anarchisme « ouvrier » qui est littéralement passée à la trappe au profit d'une conception radicalement idéaliste, celui la « servitude » qui ne serait que « volontaire ».[8]

Mais que faut-il vivre pour en arriver à nier la polarisation posée par l'exploitation [9] et donc ses conséquences, c'est-à-dire les luttes ?

L'histoire du réformisme radical est trop long pour que nous en fassions sa fastidieuse et fatigante chronologie. Quant à sa généalogie, elle doit d'abord questionner le luxe des positions de classe de ses contempteurs, sectateurs, pour aboutir à un constat plutôt banal en ce qui concerne l'option politique :

Elle peut se qualifier « d'alternativisme » et n'est pas bien nouvelle, car il a toujours été question d'une certainement manière d’aménager à la marge le capitalisme. Il s'agit bien souvent mais pas que, des pourfendeurs du « libéralisme » qui s’accommodent du « bon côté » du marché, trop souvent pour la défense d'intérêts de classe. Quand ils ne vont pas jusqu'à penser comme certains Décroissants, qu'il suffit de nier la loi de la valeur pour qu'elle n'existe pas, ou qu'il suffit d'en avoir une juste compréhension pour la faire disparaître, ou bien encore de construire un autre paradigme en attendant qu'elle ne s'effondre d'elle-même dans la prochaine crise des crises, vous savez la prochaine, celle qui permettra la grande « explication » des textes de Marx sur le fétichisme de la marchandise.

Ce que certains nomment Utopie concrète [10] n'est rien d'autre qu'un avatar du socialisme utopique, sans poésie, qui n'a même plus le charme de la nouveauté tant l'appel à l'imaginaire ou à l'érotisme, a épuisé le stock d'impératifs au renouvellement sensuel, pour virer à un pragmatisme névrotique.
      
« Pourquoi et comment sortir du capitalisme ? Quelles sont les alternatives d’ores et déjà présentes ? Peut-on, doit-on réinventer les socialismes par des réalisations concrètes ? Avec quels outils, quelles formes d’action, quelles institutions ? Telles sont les vastes questions, solidaires les unes des autres, auxquelles répond ce livre original et magistral, synthèse d’une enquête internationale et collective de plusieurs années sur les théories les plus actuelles de l’émancipation ainsi que sur de nombreux projets vivants de transformation radicale, ou plus graduelle, déjà observables dans les domaines sociaux, économiques et politiques. » [11]

L'émancipation se fait-elle en « sortant du capitalisme » ou en détruisant ce qui en fait sa matrice : la loi de la valeur. ? Quelle marge de manœuvre nous autorise sa dynamique ? Le socialisme « s'invente » -t-il ? n'est-il qu'invention ? Existe-t-il vraiment des projets « vivants » de transformation radicale ? Ne sont-ils pas condamnés aussi longtemps qu'ils s'inscrivent dans le cadre du « réel » marchand ? Ne reste-t-il pas dans ce genre d'inventaire qu'un triste appel au réformisme et au vieux débat, toujours hélas d'actualité entre réforme et révolution ? Et finalement cette injonction tyrannique du concret n'est-elle pas le dernier déguisement d'un nouvel arrière-monde ? Qui nous invite comme toujours à renoncer à la radicalité par l'épuisement ou le retrait, la fragmentation, et à ajourner la problématique Révolutionnaire ?

Dépassement et totalité.

Si certains veulent « sortir » du capitalisme et le proposent par le « dépassement », on se demande alors s'il s'agit de se véhiculer. On sait déjà qu'il s'agit de ne plus utiliser le train, de là à utiliser un vélo sans pédale ! Surtout si l'on doit l'entendre comme une course contre la montre ou un effondrement...

Le dépassement « marxien » des contradictions dialectiques n'a rien à voir avec le retrait politico- communautaire, ou il s'agit d'inventer son localisme et un entre-soi puritain, ou l'éthique devient morale, par L'Appel au retrait ou la « sortie » comme prescription « médicale ».

La « réalisation » de la philosophie chez Marx n'est pas une affaire de petits groupes en retrait, ou une affaire de « virus dans le système » ou d’exemplarité (même s’il bon d’être cohérent avec soi-même) mais d'une nécessité consciente de la majorité du prolétariat organisé.

Il ne s'agit pas de « rentrer en relation » avec le réel par un retour aux « sources » d'un communisme imaginaire et primitif ou s'inspirant des sociétés traditionnelles où la « terre » se voit parée de toutes les vertus « authentiques » du travail (manuel) réconcilié avec lui-même. Où il s'agirait d’exhumer sous le travail l'activité, et de jouer la carte de l'artisanat de proximité contre l'industrie. De nier l'historicité pour le mythe, un âge d'or, ou un retour aux « communaux » par exemple.

Le dépassement ne sera pas plus urbain. Il en finira avec le « dehors » et le « dedans ». Il n'y aura plus à « sortir » où à « rentrer » ou à faire rentrer. Il est la négation et la liquidation des « espaces séparés » et des catégories du monde marchand comme du prolétariat.

La compréhension, du fait qu'il n'y pas à « sortir de » ou à se « retirer vers », car la chose est impossible, nous impose de renouer alors avec la notion de totalité. Notre monde est total, il forme un tout indivisible. La chose s'affirme encore plus chaque jour, car il n'existe pas un lieu un espace qui ne soit annexé par la nécessité de vendre sa force de travail pour survivre, même s'il ne nous est pas interdit de lutter contre ce que certains peuvent définir comme son « esprit » et que nous définissons comme son ordre concret.

Notre propos n'est pas de dissuader un certain type d'initiatives, car enfin on a les illusions que l'on a envie, ou que l'on peut avoir selon son extraction sociale, son lieu de vie, son histoire.

Mais pour prendre l'assaut du ciel, il y a des fondamentaux comme le fait de comprendre la loi de la gravitation sous peine de se fracasser et de se ramasser éternellement sur le premier nid-de- poule alors qu'il s’agit au moins dans un premier temps de franchir ne serait-ce que la première colline du jardin bio-autogéré.[12]

Penser la « sortie », c'est se condamner à une sortie sans fin ; parce qu'il n'y pas de « sortie » puisqu'il n’y a pas d’Au-delà, même si l’on peut théoriquement concevoir un monde débarrassé de la nécessité d’être une marchandise, un esclave salarié ou de se faire auto-exploiter.

Si renouer avec l'esprit utopique reste une nécessité psychique peut-être n'y a-t-il rien de pire que les utopies dites « réalistes » qui se terminent bien souvent comme le lit de Procuste [13]. Il va sans dire qu'il y a même une forme de paradoxe à parler d'Utopies réalisables. C'est un peu comme si l'on se proposait de réaliser un fantasme. Or l'on sait ce qu'il en est de la réalisation de son fantasme.

Est-ce à dire que le « désir » du communisme est un fantasme ? C'est fort possible. Il en va de même de la « nécessité historique » d'une certaine manière, si cela est compris comme obligation. Car il n'y a rien d'inscrit, d’inéluctable dans la perspective communiste.

Elle ne pourra se nourrir du désespoir, de la peur ou d'une réconciliation, sinon d'une forme de raison. Et même si l’analyse objective du capital peut nous permettre de comprendre que tant que le capitalisme existera il y aura des résistances, des luttes, cela n'implique pas l’inscription obligatoire de l’optique communiste révolutionnaire à l'agenda du prolétariat organisé ou pas.

Notre démarche première consiste surtout à refuser les mythologies, l'esprit religieux pour nous permettre de retrouver le chemin de l'historique et de la conscience nécessaire qu'implique de vouloir transformer nos conditions d’existence.

Dans le calendrier du prolétaire lambda qui n'est pas fait que de jours fériés, et qui n'est pas payé à être un fonctionnaire de la révolution ou de vivre pour la « cause » aussi libertaire soit-elle, il reste tout à fait concevable d'entrevoir le « retrait ». Sous des formes qui peuvent paraître totalement dépolitisées au premier abord. Qu'il soit « volontaire », parce que lié à une fatigue du monde, cela est bien compréhensible, ou qu'il soit lié à l'atomisation dans nos sociétés contemporaines nous le comprenons véritablement. Du défaitisme au dégoût jusqu'à la désillusion quoi de plus normal ? Mais que celui-ci se fasse apologétique nous paraît alors d'une autre teneur, une autre démarche. Elle est quant à elle bien politique.

Que certains retraits soient imposés et non idéologiques, c'est peut-être l’objet qui nous intéresse le plus, car il nous touche le plus souvent parce qu’il est lié à une forme de précarité et de pauvreté. La “nécessité” n'est pas joyeuse, l'aigreur et la frustration y sont plutôt présentes. La vertu y est obligatoire et moins festive que les poses intellectualistes de pseudo-anachorètes.

Il existe un tas de nouveaux pères du désert en milieu radical qui pensent avoir inventé l'eau chaude en milieu thermal. Qu'ils s'arrosent sans fin de vieilles eaux théoriques, usées et tièdes au milieu des ruines pourraient ne pas nous poser de problèmes.

Mais que d'autres viennent recueillir sur les murs décrépis de l’obéissance, la triste condensation d'un nouvel avant-gardisme, c'est peut-être qu'il faut fuir impérativement ceux qui nous proposent encore et toujours la direction vers LA « sortie ».

À ce compte-là, il est certain que comme prolétaires nous lutterons toujours pour une forme de « retrait » et un certain éloge de la fuite de tous les univers néo-avant-gardistes, il en va de même de la toxicité des impératifs catégoriques.

Il est possible que cette affaire soit quantique, que l'aventure du combat de classe contre le capital n'ait pas de direction aussi tracée que cela, sinon celle que nous lui imprimerons collectivement. Ce qui est certain, c'est que tant que nous ne mènerons pas cette lutte totale, aucune ligne d'horizon ne se dégagera, et elle renverra systématiquement alors la perspective communiste au niveau du débat scolastique. Ce qui semble en arranger beaucoup puisque le métier de gourou, de prophète semble avoir un bel avenir.

Que nous ouvre comme perspectives Snowpiercer, le Transperceneige [14] ? Même si le film se termine sur une tonalité plutôt convenue et ouverte.

Qu'il ne sert à rien de prendre le contrôle de quelque chose qui ne peut être contrôlé. Car la logique est vampirique ou cannibale. Que la « sortie » ne se trouve pas devant, à l'avant ou au niveau d'une porte latérale.

L'espoir n'ouvre aucune porte de sortie de train. Il se révèle même aussi fort ambiguë, car que n'est-on pas prêt à faire pour gagner le « dehors » par la « sortie » ce nouvel Au-Delà. Se sacrifier et sacrifier les Autres peut-être ? Quant au désespoir quand il est lié à la catastrophe, à la chute, à l’effondrement, il ne donne accès qu'à des désillusions et à de fausses solutions fussent-elles collectives, quand elles ne proposent pas uniquement de se « révolutionner » intérieurement par la pensée magique.

Il n'y a que la vie et les rencontres, les échanges, qui nous permettent de rompre avec les notions de dehors et de dedans, d'espoir et de désespoir, d'optimisme et de pessimisme. Si le chemin n'est pas tout, il n'est pas rien. Les chemins explosent les frontières et décloisonnent. Mais faire d'un chemin le but, et faire passer une éthique pour une praxis révolutionnaire, c'est liquider la dimension historique du capital et des forces mobilisées par sa logique. Cela n'impose aucune obligation bien évidemment quant à l'activité des acteurs de la transformation ou du statu quo social. Mais l'auto-activité reste la base du combat pour la transformation du monde unitaire contre des mondes séparés, fétichisés, et qu'on nous vend comme impérativement divisés jusque dans ces utopies progressistes ou réactionnaires.

Vosstanie - Août 2017 (version modifiée le 15/09)
 

NOTES

[1] C'est à dire l'idéologie de la décroissance. Subir la simplicité forcée (Pastiche d'une parution)
[2] Voir aussi Train to Busan de Yeon Sang-ho.
[3] Entre l'avant et l'arrière, ou le haut et le bas selon son référentiel. On y verra aussi comment on achète la paix par la guerre grâce au chef de « l'arrière » ou simplement en se faisant acheter. Toutes les comparaisons avec les partis et les syndicats ou toutes les officines de la générosité organisée militairement sont bien sûr à faire. 
[4] Voir aussi ce sympathique film de Gébé, L'An 01. Que l'on doit critiquer et contextualiser pour éviter de faire balbutier l'histoire. 
[5] Des ordres religieux aux communautés anarchistes ou hippies, il n'y a pas grand-chose d'original. [6] Le pédagogisme évangélisateur reste une méthode très utilisée dans ces sphères. Il s'agit d'aller propager la « bonne nouvelle » jusqu'aux sociaux-démocrates et même les mouvements les plus conservateurs.
[7] Si nous avons une critique de la technique et à l’industrie nous n’en faisons pas le deus ex machina de la critique du capital car nous ne prenons pas la partie pour le tout. Pensée réifiée et commerce de la pensée s’articulent se nourrissent, elles sont désastreuses. Voir les dérives possibles de l’anti-progressisme qui vire par sa critique de la modernité à des visions réactionnaires du monde : Conversation sur les spécialistes radicaux des penseurs radicaux https://vosstanie.blogspot.fr/2014/02/conversation-sur-les-specialistes.html 
[8] Voir Claude Morilhat, Pouvoir, servitude et idéologie, Le temps des cerises, 2013.
[9] Tout en cherchant bizarrement un panel « d'oppressions » toutes plus ou moins spécifiques à articuler
[10] Voir par exemple l'ouvrage : Erik Olin WRIGHT Utopies réelles, La Découverte, 2017. Un paroxysme dans le genre de catalogue. Mais aussi Utopies réalistes de Rutger Bregman Seuil 2017.
[13] Voir Diodore de Sicile, La bibliothèque historique.
[14] Voir aussi notre émission : Séries, cinéma, idéologies et luttes des classes Autour du cinéma populaire, des blockbusters, des séries et du cinéma dit militant et politique. https://vosstanie.blogspot.fr/2014/12/emission-de-la-web-radio-vosstanie-du.html



mercredi 11 janvier 2017

Notre ennemi: Michéa

Notre ennemi: Michéa 
et sa conception du monde.

A propos de Jean-Claude Michéa sur France Culture le 11/01/2017.


Certains réveils son plus désespérants que d'autres, surtout quand en fond sonore l’infâme brouet michéiste vous est déversé à jeun, sans précautions et pratiquement à date fixe c'est à dire quand le sieur s'autorise à commettre son opuscule nécessaire à son transit d'après les fêtes, par une filiale du groupe holding Madrigall.

Quelque peu fatigué ce matin du 11/01/2017 dans les matins de France Culture, J-C Michéa  s'enorgueillit de parler aux, et des classes populaires, et étale des références intellectuelles d'une culture historique dont il n'a jamais été proche ou alors que dans ses salles de classes....

Quand ses références virent à l'archéologie des débats de la Ière et de la IIème Internationale dont les classes populaires ou son "peuple" se fout totalement, c'est pour continuer à coupler/amalgamer libéralisme économique et politique qu'il associe au bobïsme des classes supérieures mais pour mieux nous vendre son idéologie version bobo-réac, c'est à dire celle de la décroissance, idéologie doloriste, alter-capitaliste des petits-bourgeois coupables. (1)

Ceci à coup de réclame ouverte pour Podemos (on est plus à une contradiction prêt, même chez ses fans anars), un Parti, c'est à dire la forme typique de structure politique bourgeoise ! Tout en étant faussement critique du caudillo sous-chavezien (Mélenchon). Chavez n'oublions pas ! (2) Que Michéa affectionnait particulière comme promoteur d'une "valeur" propre à la common decency: le nation, le patriotisme. Ainsi Mélenchon serait sur la bonne voix mais pas la bonne voie ! S'il s'agit de la Vénézuélienne on nous permettra de douter au vu du désastre.

Dans les écuries Michéennes on y trouve toujours un nouveau fumier étonnant, aux compositions aussi originales que puantes.

L'avant-dernier avait des relents de Krisis revue théorique de la Nouvelle droite. Le dernier sollicité par le journaliste Guillaume Erner touche plutôt à la catégorie du renvois, plus précisément du vomis bien dégueu.

A la question du journaliste sur ce qu'il le distingue d'avec le fasciste Patrick Buisson et plus précisément sur le constat commun qu'ils font sur le truisme de l'atomisation par le marché (3) (on doute plus que fortement que Buisson soit anti-capitaliste même le journaliste interrogatif semblait en douter) la seule chose qu'a pu nous trouver Michéa sur ce qui le différencie, serait "sa" lecture du 3eme livre Capital de Marx (sic) dont Michéa rejette d'ailleurs le matérialisme historique ! Tout un programme, qu'il qualifie d'ailleurs de néo-marxisme, lui "l'Anarchiste Tory" (on est pas à un paradoxe prêt, cela en fait des contradictions) avec en prime une belle récupération/caution de feu Robert Kurz ! ("Théoricien" comme ils aiment à se dire dans le "milieu" de la "Valeur" mais on y reviendra). Aux oubliettes la lutte des classes Jean-Claude ?

J.C Michéa passe bien sûr à la trappe qui est Patrick Buisson ! c'est à dire un militant d'extrême droite notoire, l'inspirateur du ministère de l'Identité nationale de Sarkozy (et de l'Immigration) un ancien rédacteur en chef avec François Duprat des Cahiers européens, publication nationaliste révolutionnaire. etc...

Donc si l'on pige bien en écoutant le réac Michéa rien de plus ne l'oppose à ce dernier, pas même une certaine conception de l’Égalité ? le rejet de la xénophobie ? l'universalisme ? une critique de la nation (mais cela on le savait). On ose même ! L'Internationalisme prolétaire ? ... Qu'est-ce donc que "l'anti-capitalisme" de ce petit prof retraité de l'éduc nat que nous propose Michéa ? on en sera pas plus.

Il faut croire qu'il doit y avoir un "terrain" commun avec ce Buisson, on pense plus précisément à celui de 'l'Identité' (nationale) que n'a pas arrêté de défendre Michéa pendant l'émission, et ceci sous toutes les coutures. Dans une optique qui ne déplairait pas à un Onfray, autre apôtre du "réel" et des livres.... qui se vendent. Du "vrai" de l'enraciné avec des "vrais" hommes qui ne tolèrent pas le flottement, l'indistinction, le trouble dans le genre. 

Il faut quand même bouffer pendant la Décadence (4) !

Voila pourquoi la nouvelle critique du capitalisme version michéiste s'est maintenant faite catastrophiste, version critique de la valeur. (Voir le dernier chapitre de son livre).

Le marché de la parousie ne semble pas encore saturé semble t-il, mais en convoquant quelqu'un qui ne pourra pas répondre de sa "récupération" (Robert Kurz est décédé en 2012) sous le ciel brun de "l'Identité" nous pensons qu'il s'agit d'une nouvelle l'offensive idéologique menée par Michéa, ce proche de Serge Latouche. Ce dernier s'était déjà autorisé à convoquer Alain De Benoist au débat sur la "décroissance" sous le soleil du ni de gauche ni de droite.

Désavoué assez clairement mais tardivement par le courant de la critique de la "valeur-dissociation" Latouche fait revenir la Nouvelle Droite par la porte médiatique d'un Michéa toujours par le biais de leur maison commune, celle du Mauss (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales) et de l'anti-utilitarisme.

Il sera nécessaire d'ici quelques temps que le courant "critique de la valeur" désavoue énergiquement cette nouvelle récupération opérée par un "théoricien" proche de la Nouvelle Droite ce qu'est Michéa.

Ce que n'a jamais réussi à faire pour le moment le Lanturlu de la "critique radicale" des estrades et des places républicaines. Pourquoi ?


Notes  

(1) Le communisme ce n'est ni la pénurie ni la décroissance pas plus la fausse abondance capitaliste.


(3) La meilleur matrice des identitarismes, ce qu'est d'ailleurs incapable d'analyser le laborieux scoliaste Michéa.

(4) Titre du dernier truc machin livre d'Onfray. Décadence que vous pouvez aussi subventionner en vous abonnant à la web Tv de Michel (sans Jacky !) à 4€/ mois....la fin est proche autant prendre l'argent ou il est.


* * *


Addendum : au risque de nous répéter


On peut légitimement se poser la question de savoir s'il faut s'occuper du troll Michéa ? Dont le public est quasi exclusivement composé de cette petite bourgeoisie intellectuelle qu'il critique d'ailleurs en totale connivence avec ses représentants médiatiques.. Ce jeu de miroir bien compris et efficace, est le propre du discours de l’épicier moraliste ou du commerce “équitable”des idées. (De France Culture aux Inrocks.)

Nous prenons acte de ses déversements (livres, interviews, émissions). Ainsi on ne voit pas au nom de quoi nous ne devrions pas réagir et nous laisser vendre sa camelote frelatée. Surtout dans un rapport de force qui est largement en sa faveur. (Nous nous situons en dehors des joutes du microcosme universitaire et des jeux de réponses courtoises entre sociologues d’État, et autorisés à se répandre dans la presse bourgeoise)

Peu importe que celui-ci se revendique d'un "anarchisme tory", d'une soit disante démarche "libertaire" ou d'un certain marxisme debordisé par ses soins, et selon les moments, plus certainement d'un Orwell qu'il truste depuis plus d'une décennie, et dont il ontologise la pensée en la dé-historicisant.

Nous n'avons pas de plates-bandes à défendre car il y a autant de "libertaires" que d'individus, que "d'associations". Que celles-ci soient plus proches du réformisme ou d'un pédagogisme fonctionnarisé fait parti d'un certain folklore militant qui n'épuise que ceux qui un jour partiront vraiment à l'assaut du monde marchand.

Mais que d'autres discutent avec les "catégories" de la Révolution sociale, et le fassent pour que l’on cesse définitivement d'en parler, voilà une arnaque qu'il nous faut au moins prendre au sérieux.

Que les individus et les groupes qui se revendiquent de la pratique et de l'idéal de la transformation radicale c'est à dire révolutionnaire, se fassent les relais a-critique du discours réactionnaire Michéiste nous pose un vrai problème. (Même si cela permet à certains de remplir leurs petits commerces de librairie, et leurs maisons d'éditions)

La xénophobie de Michéa illustrées par ses "scolies" et notes de bas de page sur le "sans- papiérisme", le "sans frontièrisme", les “jeunes” de banlieues. Son "nationalisme" et son "patriotisme" travesti par une chemise Orwellienne vire à la novlangue. *Ainsi le "commun" serait la nation et l'esprit patriote ! La catégorie de “peuple” dont il nous rabâche les oreilles prend toute les tonalités de l’inter-classisme du fascisme historique, tout comme sa critique catastrophiste du “capital” qu’il pense pathétiquement pouvoir concilier avec des îlots d’espaces marchands. Troisième voie ?

Ses références à Constanzo Preve, à la revue Krisis d'Alain de Benoist, à Chavez, au propos masculinistes de Christopher Lasch ne semblent déranger personne dans le "milieu" libertaire, qui se pique pourtant de réagir au quart de tour contre les “frontistes”. N’ont-ils donc pas lu l’auteur qu’ils encensent à longueur de référence (le selon Michėa!) dans leurs propos mondains et pseudo érudits ?

On minimisera peut-être être son poids (et à juste titre) en disant qu'on a jamais vu un Michéa (ou un Onfray) dans nos grèves et luttes, ou distribuer un tract comme beaucoup d'entre nous prolétaires anonymes.

Mais en l'absence de perspectives communistes, et parce que l'idéologie dominante est toujours l'idéologie de la classe dominante, ou de celle qui vient, et parce que nous pensons que le pire des poisons est bien l'identitarisme (national, racial) de "gauche" ou pas.

Parce que les conceptions se relaient et infusent par capillarités jusqu'au plus profond de la société par différents types de relais, qui transforment et vulgarisent ce type de discours dans des moments ou les luttes offensives et collectives sont en retrait.

Ne pas les combattre, c’est permettre aux fausses communautés du capital, ses fétiches de se présenter et d’enfoncer le clou de l'exploitation et de l'aliénation, pour liquider encore plus profondément le combat de classe contre le capital sous couvert de l'intérêt supérieur de la république, de la nation (ou de la race).

Soyons francs les projets s’affirment moins (en ce moment) sous les escroqueries historiques du capitalisme à visage humain dans un seul pays ou socialisme de caserne dans un seul pays. Mais de plus en plus ouvertement sous le drapeau de la guerre des races, communautés, identités réifiées pour et par la marchandise et pour le pouvoir / plus-value.

L’identitarisme (nation, race, religion) est la meilleure porte d'entrée de toutes les problématiques et positionnements réactionnaires. Elles peuvent toutes s’y engouffrer. Mais il ne fait que masquer une nouvelle fois les intérêts historiques de la bourgeoisie et du processus infernal et immanent à l’accumulation du capital. Il s’agit du meilleur dissolvant toxique de la conscience de classe révolutionnaire. Le prolétariat à toujours été historiquement vaincu sur ce terrain. (Voir labyrinthe du fascisme)

Le seul qui lui permettra de s’auto-abolir (comme classe) demeure celui de la destruction du totalitarisme marchand et de ses fétiches. Le prolétariat ne peut jamais séparer son projet historique d’émancipation qu’est le communisme d’avec la destruction immédiatement de toutes les frontières, hiérarchies, partis, États. Pour en finir définitivement avec la séparation de sa pratique.



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