Prochaine émission de Radio Vosstanie le 2 Mai 2015

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jeudi 26 mars 2015

Mexique: importante grève des journaliers de Basse-Californie

Mexique: importante grève des journaliers de Basse-Californie


Dans l’État de Basse Californie, des milliers de journaliers migrants mexicains en lutte contre leurs conditions d'exploitation.

La plupart des informations et analyses libertaires ou « radicales » qui nous parviennent concernant le Mexique ne se départent pas d’éternelles illusions gauchistes sur ses mouvements (en premier lieu le zapatisme), exaltant leurs aspects les plus ambigus (communautarisme, revendications identitaires, etc.) ou les masquant (logique militariste et aspects verticaux, discours réformiste et politicien, attitude vis-à-vis d’autres luttes) selon les besoins.

Cette absence de logique critique et d’analyses nuancées trace des contours réducteurs (souvent identitaristes et communautaires) autour des nombreux combats menés par les exploité-e-s du Mexique, et ne permet pas de comprendre les liens qui existent entre ceux-ci, dans leur diversité (luttes urbaines, luttes contre le narcotrafic, la spoliation des terres et les projets de développement, contre la répression, le contrôle quotidien, et diverses formes d’autorité et d’exploitation) et donc de dresser un panorama de l’état actuel de la lutte de classes au Mexique. Ce bref article tente, à partir d’un peu d’expérience au Mexique, de quelques recherches et d’échanges, d’y remédier. C’est aussi un appel à discuter et débattre.


Le mouvement de San Quintín

Le 17 mars dernier, plusieurs dizaines de milliers de travailleurs journaliers se soulevaient dans la commune de San Quintín (État de Basse Californie). La grève dure depuis plusieurs jours. Convoquée par une alliance d'organisations de journaliers et/ou indiennes, elle a vu s’affronter des centaines de travailleurs agricoles aux forces de l’ordre (divers corps policiers et militaires), et plusieurs actions offensives. Le secrétaire général du gouvernement local voyait dans les événements des premiers jours, "une situation d'anarchie quasi-totale", avec la principale route (la « Transpeninsular ») bloquée sur 120 km et la vallée de San Quintín pratiquement sous le contrôle des grévistes.

Les affrontements et le blocage de la route se sont produits après le refus des autorités de négocier des revendications portant sur l'amélioration des conditions de travail et de vie sur place (hausse des salaires, diminution des heures de travail, signature de contrats et accès à la sécurité sociale, fin des violences contre les travailleurs et des abus sexuels contre les travailleuses par les contremaîtres, et la liste ne s’arrête pas là). La libération de 200 indiens Rarámuris (Tarahumaras) réduits à des conditions d’esclavage sur une exploitation proche a également contribué à mobiliser.

La municipalité de San Quintín « héberge » dans des conditions de misère extrême entre 60.000 et 80.000 journaliers. Elle fait partie d'une zone, à cheval sur plusieurs états du nord du pays (Sonora, Sinaloa et Basse Californie), où sont exploités des centaines de milliers de migrants venus du sud, et particulièrement de Oaxaca. Les produits des gigantesques exploitations agricoles dans lesquelles ils triment sont essentiellement destinés à l'exportation. Leur vente constitue une partie importante de la richesse de ces États, et les terres appartiennent aux familles qui les dirigent.

Alors que certains représentants des grévistes menacent d’étendre le mouvement dans les zones proches (et peut-être chez les migrants des zones agricoles américaines) à défaut de négociations avec les institutions, des milliers de journaliers restent mobilisés après les manifestations de force des derniers jours.

Sur le Mexique

La situation sociale actuelle au Mexique est marquée par la disparition des 43 étudiants de l'École Normale d'Ayotzinapa (État de Guerrero), fruit d'une collusion entre la police de l'État et le narcotrafic. Le mouvement de Guerrero est puissant (avec des origines dans la lutte armée des années 70, d’inspiration maoïste), et mène des actions quasi-quotidiennes pour s'emparer des municipalités, et parfois établir des formes de gestion communautaires (ce qui marque une nette différence avec la logique historique de conquête du pouvoir).

L'importante capacité d'organisation et d'action des mouvements (en particulier paysan et indien) s'incarne dans une grande diversité d'organisations populaires, très portées sur la gestion communautaire, dans l’esprit du zapatisme historique et aujourd’hui influencées par sa version néo. Elles sont aussi plus traversées que l’on ne l’admet généralement par les tendances gauchistes, et ont une longue histoire de récupérations politiques et de dérives autoritaires, via les autorités traditionnelles des communautés en général.

Les mouvements paysans et indiens sont les principaux acteurs des luttes contre le narcotraffic, avec la mise en place des « Polices Communautaires » dans les communautés indiennes (en particulier dans l’État de Guerrero), que le Pouvoir fait tout pour infiltrer ou récupérer, et des milices d’autodéfense (dans l’État de Michocán surtout), en dehors des communautés, au rôle beaucoup plus trouble. Cela représente donc des centaines de milliers d’hommes et de femmes en armes dans le pays, avec une composante attachée à l’autonomie vis-à-vis des pouvoirs institutionnels. Il n’y a pas en général de références claires à une volonté de changement radical et de révolution à l’échelle du pays, en dehors des quelques organisations armées qui subsistent ou des secteurs gauchistes autoritaires (certains importants en termes d’effectifs) : staliniens, trotskystes et léninistes.

Le mouvement syndical, depuis le long règne hégémonique du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) de 1929 à 1989, est encadré par des syndicats majoritaires verticaux, par secteurs d'activité, à la gestion mafieuse connue de tous. Les grèves sont donc limitées. Depuis la fermeture en 2009 de l'entreprise publique Luz y Fuerza del Centro (distribution d'électricité, et dont le syndicat comprenait des tendances combatives), et un mouvement chez les sidérurgistes d’Arcelor Mittal du Port de Lázaro Cárdenas (important pôle économique du narco-État de Michoacán) en 2009, seule subsiste la CNTE, Coordination des enseignants créée par les tendances combatives du Syndicat des Enseignants (SNTE) pour échapper à son contrôle bureaucratique. Cette Coordination est engagée dans la plupart des États du Centre et du Sud dans des combats assez durs. Elle englobe tout le spectre des tendances gauchistes autoritaires, des minorités qui le sont moins, et une base combative.

 (L’article ne porte volontairement pas sur les tendances et milieux antiautoritaires du Mexique, qui pourront peut-être, plus tard, l’objet d’autres articles).


Sous-comédien insurgé Marco 24 mars 2015

mardi 24 mars 2015

Connaissez-vous Joseph DIETZGEN ? / Prochaine émission de la Web Radio Vosstanie

Prochaine émission de la Web Radio Vosstanie
(Courant Avril) 

Connaissez-vous Joseph Dietzgen ?
- Ouvrier tanneur et philosophe socialiste autodidacte - 

Objet Web-Radiophonique.
(Lectures & sons divers)

* * *

"Le mérite de Dietzgen consiste à avoir fait de la philosophie une science de la nature, comme Marx l'avait fait pour l'histoire. De cette façon, l'instrument de la pensée humaine est débarrassé de l'élément fantastique : il est considéré comme une partie de la nature et son être particulier, concret, qui se transforme et se développe au cours de l'histoire, doit être connu toujours plus profondément au moyen de l'expérience."

"Marx a découvert la nature du processus matériel de la production et a établi son importance décisive comme moteur de l'évolution sociale. Mais il n'a pas expliqué en détail, à partir de l'essence de l'esprit humain, l'origine du rôle qu'il joue dans ce processus matériel. Avec la force traditionnelle de la pensée bourgeoise, cette limitation est une des raisons principales pour lesquelles ses théories ont été comprises de façon si imparfaite et si déformée. A présent, Dietzgen comble cette lacune, puisqu'il a pris justement l'essence de l'esprit pour objet de sa recherche. C'est pourquoi l'étude approfondie des écrits philosophiques de Dietzgen est un outil essentiel et indispensable pour comprendre les œuvres fondamentales de Marx et Engels. Les travaux de Dietzgen nous montrent que le prolétariat détient une arme puissante non seulement dans sa théorie économique, mais aussi dans sa philosophie. Apprenons à nous en servir."

Anton Pannekoek 

Situation et signification de l'œuvre philosophique de Josef Dietzgen Préface à L'essence du travail intellectuel de Josef Dietzgen, 1902



« Le monde en soi n’est pas autre chose que la somme de ses phénomènes. » Ces mots qui nous parviennent du cœur du XIXe siècle rendent un son étrangement actuel. Avoir réduit l’existant à la série d’apparitions qui le manifestent fut, disait-on naguère, le grand mérite de la pensée moderne. Or, celle-ci commence peut-être avec l’autodidacte allemand Josef Dietzgen qui, dans un combat intellectuel post-kantien et post-hégélien, aborde d’un œil neuf, en 1869, le problème de la connaissance. Pour lui, déjà, toute conscience est conscience de quelque chose ; mais le dernier vestige du transcendantal est banni, puisque ce sont les pensées qui constituent l’entendement, et non l’entendement qui forme les pensées. La chose en soi étant définitivement exorcisée, toute « épochè » ou « mise entre parenthèses », ultime refuge de l’idéalisme, est rendue ici superflue : la totalité de ce que notre conscience accueille, y compris les chimères, appartient à la réalité. Dans ce nouvel empirisme qui ne se soumet pas au jugement du scalpel, le recours inutile et même stérilisant à la physiologie est refusé pour l’explication du sens. Certes, la pensée est une fonction du corps mais ses contenus ne sont pas pour autant corporels ; ils sont une expérience « per se » et relèvent de la subjectivité humaine.

Dans un monde débarrassé de ses derniers dieux et de ses derniers fantômes, que l’homme soit la mesure de toutes choses n’est plus une limite, c’est un nouveau départ.

Cet ouvrage parut pour la première fois en 1869 à Hambourg.



lundi 23 mars 2015

Subir la simplicité forcée (Pastiche d'une parution)

Vient de paraître en co-édition: 
Un pas dans la Mouise et Ya de quoi s'Etrangler


Subir la simplicité forcée
Histoire et témoignages


Quatrième de couverture.


Pour agrandir cliquez sur l'image.
"Des habitants de zone urbaine ou rurale vivent sans voiture, sans télévision, sans téléphone portable (incroyable), sans lave-linge, et même parfois sans frigo !… Sans intérêts pour la vie politique administrée par les professionnels (rémunérés) ou par ceux qui ont le temps de s'investir, ils se désinvestissent de la vie locale qui est au bout du compte gérée par la classe de l'encadrement.

Ils soutiennent que l'on ne peut pas vivre sans avoir le minimum vital. Ils se questionnent aussi sur ce qu'est le superflu...

Parmi eux, des jeunes parents précaires, chômeurs, chômeuses, refusent la spirale de la pauvreté et l'impossibilité structurelle d'avoir accès aux produits de première nécessité. (logement, santé,  alimentation, transport, éducation)

Peu diplômés, sans argent, ils subissent l'isolement et la cherté des loyers et sont contraints de vivre dans des lieux de fortune. Victimes des marchands de biens, de sommeil et de la gentrification, ils sont souvent obligés de vivre chez des amis, de la famille sans pouvoir se poser.

De ce fait ils subissent l'isolement, le contrôle social, le flicage et la moralisation de ceux qui pensent qu'un autre "choix" est possible dans monde capitaliste. 

Certains ont carrément abdiqué le combat de classe et vivent coupés du monde en autarcie, isolés de tous. La tendance s'affirme d'ailleurs encore plus avec la vieillesse. Par exemple dans un lieu fort reculé, sans eau ni électricité, ils ont pu construire un abri de fortune et font « de nécessité vertu ». Il ne peuvent plus se déplacer et n'ont plus accès aux différents lieux de socialisation.

Refusant de devenir des petits commerçants, n'ayant pas de capital à investir, sans parents argentés, pour eux avoir un travail c'est presque un "luxe". Même aliénant, le travail se fait rare dans certaines régions où l'on est obligé de quitter sa famille et amis pour s’en aller vivre ailleurs, loin, trop loin. Quelques fois pour ne plus revenir.

Certains ont même eu une vie de smicard ! et sans rouler sur l'or (à deux salaires) la vie était encore possible en se serrant la ceinture. Puis le chômage, la "compétitivité", les restructurations, les délocalisations, ont fait basculer des familles souvent des couples (dans la même entreprise) dans la misère ou l'extrême précarité.  La trêve hivernale est un répit trop court avant l'expulsion.

Exclus du système de santé, ils passent souvent leurs journées dans les lieux administratifs ou dans ce dédale de demandes de formulaires, le temps perdu et l'humiliation sont les conditions pour essayer d’obtenir une allocation de survie. 

Toutes ces trajectoires, bien que très différentes, tentent d’expliquer comment l'on subit certaines choses, certains "déterminismes" plus qu’on ne peut les choisir. Mais aussi que l'ascétisme "choisi" est souvent la pratique coupable d'une petite-bourgeoisie repue, une possibilité de distinction propre d'une classe sociale en mal de reconnaissance. Le principe de la "simplicité volontaire"  que certains prônent, est une démarche volontariste religieuse selon laquelle la vie se trouve "ailleurs" dans une sorte d’au-delà ou dans une vie cénobite ou régulière. 

Ce livre présente une cinquantaine de parcours typiques de déclassés in-volontaires qui nous expliquent les raisons de leurs non-choix, comment ils subissent les rapports sociaux capitalistes mais aussi la manière dont certains fantasment, les liens qu’ils croient pouvoir tisser en dehors des rapports marchands qu'ils croient éviter ou dépasser dans le simple retrait ou dans l'isolement faussement joyeux (pour la galerie militante).

Ils nous racontent comment certains croient forcer le réel en dehors du combat organisé (ou pas) de classe ceci avant que la réalité ne leur pète à la tronche, Ils critiquent la critique moraliste du prolétaire sur-consommant ou qui succomberaient à une "hyper-consommation" alors que la plupart ne peuvent que reproduire leur force de travail.


Co-Edition : Un pas dans la Mouise et Ya de quoi s'Etrangler : 20€
"La décroissance une idéologie de curé"


vendredi 20 mars 2015

La Propriété, c'est plus le vol de Elio Petri (DVD)

La Propriété, c'est plus le vol - Elio Petri
La proprietà non è più un furto



Modeste employé de banque, pris de démangeaisons au simple contact de l’argent, Total vit chaque jour dans l’angoisse.

Convaincu des injustices causées par la richesse, il décide de s’attaquer au système, en prenant pour cible un boucher qui étale sa fortune avec ostentation.

Total démissionne pour se consacrer exclusivement à sa nouvelle tâche ! Il observe le comportement de sa future victime, puis passe à l’action …



"La propriété c’est plus le vol décrit une société — la société capitaliste — dans laquelle l’appropriation individuelle est le trait dominant de la structure économique. Le propriétaire est l’archétype de cette société et le voleur n’en est que l’homothétie. Le voleur ni ne conteste ni ne cherche à détruire la propriété : il cherche simplement à acquérir l’objet de ses désirs par des voies différentes de celles des gens honnêtes. Le voleur participe d’un même système que le propriétaire, tous deux sont engagés dans la même course au profit, l’un par une voie légale — qui n’exclue pas d’ailleurs le recours à des méthodes crapuleuses —, l’autre par une voie illégale clairement acceptée comme telle. Entre le propriétaire et le voleur, il n’existe pas de différence de nature, tout au plus une différence de degré. Leur affrontement n’est qu’apparemment inégal : ils contribuent tous deux à la survie d’un système économique dont ils sont de sûrs piliers ; leur conservatisme leur fait également haïr une transformation radicale qui supprimerait la propriété et le vol. Paradoxalement, possédants et larrons ont des intérêts communs, presque des privilèges de classe à défendre : ils ne sont différents qu’au regard de la loi et des organismes chargés de la faire respecter. Pour défendre son bien, le propriétaire peut en effet compter sur l’assistance des forces de l’ordre, la police et la justice (on pourrait sans difficulté y inclure — bien que cela ne soit pas directement indiqué dans le film — l’Eglise dont Petri souligne le caractère conservatoire de toute société établie. L’argent cherche à s’ennoblir en empruntant une sorte de rituel ecclésiastique : la banque de La propriété c’est plus le vol ne ressemble-t-elle pas à une église ?. La police traque les voleurs et en même temps entretient avec eux des rapports de promiscuité. Le policier trouve dans le « milieu » les indicateurs dont il a besoin pour accomplir sa tâche. La police pénètre ce monde particulier qui est celui des « hors-la-loi » mais en même temps se fait pénétrer par lui. Ici l’ambiguïté devient totale et nous renvoie à une constante du film : la mise en lumière de la collusion entre des intérêts apparemment contradictoires mais qui agissent tous pour la survie d’un ordre qui leur est profitable."


« La propriété ne peut rien donner d’autre que la maladie et les malades, elle ne peut qu’amblématiser toute la série des frustrations sexuelles et tenir l’homme prisonnier de celles-ci. Elle est la clef de cette espèce de ceinture de chasteté dans laquelle la société capitaliste a emprisonné l’homme ». Elio Petri.


Un film de Elio Petri avec Ugo Tognazzi - Flavio Bucci / Scénario Elio Petri - Ugo Pirro / 1974 - 126 minutes. 


Film restauré en DVD chez Tamasa Diffusion


mardi 3 mars 2015

Lettre sur la confusion

Lettre sur la confusion
Causes et conséquences des "perturbations" et
de la dés-organisation sur la conscience politique.


Cher ...,

Je te prie de m'excuser pour le retard pris par ma réponse. Les différents fronts qui touchent à la connerie sont si nombreux en ce moment que quelques fois la tentation d'un retrait de cette injonction à produire un positionnement politique est plus fort.

Je sais qu'il est important de produire une analyse serrée du réel en mouvement pour se dégager des faux combats, éviter certaines dérives mais surtout défendre l’essentiel.

Ce que j'ai peut-être mal exprimé par oral la dernière fois en disant que nous étions toujours le "confus" de quelqu'un, c'est qu'il m'a fallut de nombreuses années pour développer une pensée construite. Celle-ci s'est aussi structurée au regard des confrontations avec d'autres courants politiques dans les débats et les lieux de luttes, grâce à des rencontres et des lectures, mais toujours pour revenir à des fondamentaux au bout du compte.

J'ai donc quelque sympathie/empathie pour des individus qui cherchent leurs mots ou qui peuvent parfois exprimer maladroitement un propos qui reste de bonne foi.

J'ai peut-être réussi à comprendre au fil des années la capacité qu’ont le réel et les idées à se retourner mais aussi leurs possibilités à nous laisser au bord, à coté, avec des certitudes aussi vieilles qu'obsolètes.

Je vais donc complexifier mon propos sur le “confusionnisme” tout en affirmant quelques petites choses et tant pis si je passe pour un affreux "sectaire". Je te dirais d'ailleurs à ce propos que même si c'est une attitude politique peu à la mode en ces temps du démocratisme-équitable de supérette radicale-gnangnan où l'éparpillement des forces prolétariennes nous oblige à resserrer quelques rangs, je ne compte pas brader pour autant mon point de vue.

C'est en relisant Brecht et La vie de Galilée que mon propos sur le "confusionnisme" s'est un peu affiné.

Galilée : […] qui ne connaît la vérité n'est qu'un imbécile. Mais qui, la connaissant, la nomme mensonge, celui-là est un criminel !

Ainsi les individus, groupes, que nous qualifions de "confus" ou de "confusionnistes", sont-ils des imbéciles ou des enfoirées politiques ? Une chose est certaine, c'est qu'il faut les combattre de toutes nos forces mais il faudra aussi éviter le dégoût et l'épuisement car l'abîme est insondable. Peut-être s’agit-il d'interroger comment il faut le faire et avec qui ?

Notre première erreur (je m'inclus dans cette critique / autocritique) c'est d'avoir qualifié la "bêtise", cette saloperie politique, de “confusion”. Peut-être aussi de l’avoir "ismé" pour en faire par extension le “confus-ionnisme”. 

Il subsiste en creux de cet étiquetage politique, par défaut peut-être, un je ne sais quoi de "naïveté" qui serait propre à ce type "démarche" . 

Voyons l'acception commune du terme confus:

"Qui se manifeste à l'esprit, aux sens, sans grande netteté, qu'on a du mal à analyser, à reconnaître ou à identifier clairement" 

ou " Qui manque de clarté ; embrouillé, obscur" 

En qualifiant toute la nébuleuse crypto-soralienne ou chouardo-compatible, les Lordon et Ruffin et autres promoteurs du protectionnisme national taxateur de la finance, par des caudillos peinturlurés de diverses nuances de rouges et les spectateurs pacifiés par d’innombrables “complots”, de "confus”, n'y a t-il pas une prétention à vouloir encore les éclairer de nos “lumières” ou à dénoncer des attitudes sous vocable psychologique là où elles ne sont que politiques ? Car ces gens là ne sont pas “confus” !

Si certains sont des abrutis et des moutons qui n'attendent que sermons et bénédictions (et se retrouvent pour certains en compagnie de religieux), Ils n'en défendent pas moins des options politiques très claires. Elles ne sont ni obscures ou embrouillées, et si nous avons du mal à les identifier c'est notre absence de culture politique qu'il faut remettre en cause et ne pas faire de projection.

Il y a certainement des individus "confus" mais quand ils le sont psychologiquement c'est un autre terrain que je préfère quitter car je n'ai plus l'énergie pour cela. J'ai laissé ma capacité d'écoute libre au vestiaire depuis que je suis dans l'économie de mes moyens et que j'évite de gaspiller mon temps.

Une certaine définition du terme "confus" .

- Qui est troublé, embarrassé par le sentiment d'une maladresse, d'une erreur.

Question :

Doit-on penser que les adeptes et promoteurs du dit "confusionnisme" sont embarrassés d'une "maladresse" potentielle ? d'une "erreur" qu'il faudrait alors rappeler à leur bon souvenir comme pour les sauver malgré eux d'égarements psycho-politiques ? 

C'est un peu cette attitude que je constate, dans cette recherche systématique du “confus”, que certains passent au râteau de leurs attentes et de leurs souhaits et fantasmes politiques (qu'ils ne trouveront jamais) les organisations d'extrême gauche ou de cette gauche radicalement molle. Ces organisations sont historiquement pro-Etatistes, profondément nationalistes, quand elles ne cachent pas fort mal la défense d'un républicanisme pour petit mâle blanc. A ce petit jeu on se demande d’ailleurs ce qui nous empêche de demander des “comptes” au PS ou à l’UDI ! 

Les vouloir moins Etatistes ou revenant sur leurs positions génétiquement nationalistes (jusqu'à être identitaires) n'est pas simplement une gageure c'est un combat perdu d'avance. A la fois pour des questions de rapports de forces mais aussi parce qu'infléchir n'est pas les faire changer de positions. Je me demande d’ailleurs si cela ne s’apparente pas à la bonne vieille tactique réformiste ? Il n’y a rien à sauver dans les appareils.

Peut-on y voir une "Stratégie par la confusion" ? Même pas. Mais ils ont bien une stratégie et même une très vieille qui consiste à promouvoir les mêmes solutions de bureaucrates-régulateurs du capitalisme et de l’encadrement des masses (par l'Etat, la nation, l'identité et les hiérarchies). Leur conception du monde s'occupe de “réguler” (grâce à ce package politique bourgeois) l'économie et les esprits. Cette solution clés en main est d'ailleurs la plus efficace dans notre époque de décomposition sociale où le retour à soi (1) se charge aussi de policer les comportements. 

N'y a t-il pas, sous un certain "anti-confusionisme", une forme d’illusion démocrate et nostalgique du gauchisme historique à considérer, non qu'ils se trompent (ce que je crois), mais qu'il y a quelques chose à sauver dans les partis de l'extrême gauche du capital (qui s'accoquinent avec les enfoirés de gouvernement) et qui seraient pervertis, souillés, dupés, floués par des hordes de “confus” ? Il ne s'y trouve pourtant plus de prolétaires ou d'ouvriers depuis belle lurette ! (L'argument historique : il faudrait absolument coller au cul des masses où qu’elles se trouvent !) S’agit-il simplement de sauver ses ami(e)s "profs" qui se trompent ? A moins peut-être que nous n’ayons pas compris tous ce qui rapproche les confusionnistes des “partis”...

Que penser des partis et des groupuscules de “confus” (qui tournent les uns autour des autres) qu'il nous faudrait "redresser" et qui invitent systématiquement à voter en coeur pour le candidat le plus déguelassement racoleur ? Et qui s’offusquent ensuite des politiques à faire pâlir (de peur) ce fameux bleu que toutes les droites arborent. 

Notre écueil majeur c'est peut-être de ne pas redéfinir systématiquement et plus implacablement nos positions politiques propres. Notamment en rompant le plus rapidement possible l'ambiguïté entre la lutte anti-confusionniste comme avatar d’un anti-fascisme modernisé. 

Anti-fascisme qui donne systématiquement des billes à toute cette extrême gauche stalino-trostkiste dont le commerce électoraliste et démagogique nourrie un réformisme pourtant impossible. Il donne, comme toujours et encore, du temps aux capitalistes et à ses larbins d’enfoncer le clou du défaitisme, aux fausses solutions de s’imposer comme “les seules”, les plus “réalistes”, ceci jusqu’à ce que nous soyons totalement laminés par la fatigue, le découragement et le nihilisme.

Comme je te le disais la dernière fois, je m’inquiète et perds patience face à ce souhait de rétablir un dialogue avec l'extrême gauche la plus merdique et la plus politique, aux prétentions gestionnaires, aux solutions grotesques (au niveau de l'analyse de l'économie -politique) qui sent la préparation d'un possible front républicain inter-classiste. A nous de lever les ambiguïtés à ce sujet. (2)

Bien sûr il nous arrive de retrouver des panels de ces fameux “confusionnistes” sur différents théâtres d'opérations, mais c'est alors qu'il faut se demander aussi si nous sommes sur les bons terrains et les bons lieux.



Notre perception “militante” est peut-être aussi déformée par l’aspect médiatique, le coté viral de la bêtise. Je t’accorde complètement que les idées réactionnaires gagnent du terrain, mais sur qui ? Et est-ce si étonnant dans des périodes de dépression, d’attaques de la bourgeoisie et de replis sur la sphère intime ?

En l'absence de perspectives, les bruits parasites et les rots nauséabonds occupent toujours plus d’espace. Mais n’avons nous pas à remettre tout ceci à sa juste proportion en sortant de nos analyses franco-centrées ? Peut-être que la défaite nous paraîtra encore plus profonde. Mais peut-être aussi que la piqûre de rappel en ce qui concerne la combativité et les résistances ouvrières au niveau international nous paraîtra bien plus à l’ordre du jour !

Les alertes à la “confusion” et aux “rouges-bruns” doivent être définies clairement pour ce qu’elles sont. C’est à dire quelque chose de bien connu dans le mouvement ouvrier, identifiés comme un “socialisme national”, un “national-communisme / bolchévisme”. (*)  Autant dire qu’il n’y a rien de nouveau sous cette entreprise politique de restauration qui est aussi une tactique d’une fraction de classe face au capital (3) . Ces tactiques font se rencontrer les étatistes de gauche et de droite sur le terrain de l’Etat et de la Nation, mais aussi d’un certain anti-universalisme. Il me parait plus sérieux de clairement identifier les nuances des recompositions tout autant que les points de divergences de classes et d'intérêts qui permettent les passerelles. Il faut aussi éviter que des parcours personnels et opportunistes ne donnent des théorisations hasardeuses, jusqu’à nous faire croire à des mouvements tectoniques idéologiques, alors qu’ils ne sont que le lot d’intellectuels déclassés cherchant l’inclassabilité comme marque de fabrique ou de distinction pour mieux s’affirmer dans un marché de la pensée saturée d’autres marchandises. 

Contre quoi et qui devons nous lutter alors ? 

Il nous faut lutter prioritairement contre la matrice historique de ce “confusionisme” à savoir le nationalisme et/ou l'identitarisme, l'Etatisme et la conception hiérarchique du monde. Mais aussi remettre au centre de nos analyses le combat de classe, prolétaire et radical contre la marchandise et son mode d’Etre, les aliénations, l’exploitation, mais aussi pour un dépassement impératif de la condition prolétarienne (son abolition) vers la communauté humaine universelle. 

Cela sonne un peu comme une formule incantatoire mais nous avons trop lâché à ce niveau là pour nous retrouver maintenant face à des conceptions culturalistes et ethniques de la question sociale.

Il nous faut réaffirmer aussi qu’il y a de la lutte de classes dans les idées pour mieux réaffirmer ce qu’est une position de classe, un point de vue de classe, pour mieux combattre les idéologies de la petite-bourgeoisie ascendante ou en pleine déconfiture et qui déguise leurs “radicalités” réactionnaires et satisfaites en faux universalisme.

Il nous faut combattre l'extrême gauche du capital (non pas tenter de la moraliser) car c'est toujours combattre le capitalisme (3)  et ses solutions aussi bourgeoises que conservatrices, qui font tout autant le lit des conceptions réactionnaires du monde que les autres. Le problème n’est pas de mieux “redistribuer” les profits ou de les taxer mais bien d’en finir avec ce cercle infernal de la valorisation.

Nous devons briser la machine capitaliste totalement. 

Attaquer plus durement les fameuses solutions “individuelles” ou des petits collectifs auto-suffisants et crypto-religieux dont les pratiques et attitudes réifiés par rapport au réel font le lit d’un irrationalisme pour gourous libertoïdes. Leur égo-localisme est la trame qui permet la rencontre avec les courants les plus anti-modernes sous couvert d’une critique d’une post-modernité dont ils font l’analyse sous des angles aussi idéalistes que leur classe sociale leur permet de tenir. Ainsi notre analyse matérialiste du monde doit être revitalisée contre ce “romantisme” qui nous invite à enjamber joyeusement les cadavres d’un monde de pénurie alors que c’est la valeur d’échange qu’il faut foutre en l’air.

Tu me diras il n’y qu’à laisser travailler le réel qui se charge de dynamiter les petites certitudes entrepreneuriales des militants de l’illusion de l’âge d’or. C’est une option ! Mais à vrai dire je ne compte pas crever comme un esclave ou me laissé escroquer par un le bidonnage néo-régionaliste auto-géré ou le puritanisme moralisant chic et identitaire de l’entre-soi. 

Il y a bien quelque-chose de prioritaire, c’est de balayer dans et devant nos sphères politiques ou la duperie ultime relève de l’art du déguisement sous “marque généreuse”. Comme toujours il s’y présente des individus et des groupements opportunistes qui se servent de l’utopie sociale radicale pour mieux vendre au final la même saloperie que les autres. Il faudra aussi s’interroger sur notre tolérance, (son origine) à les voir déambuler tranquillement dans nos sphères sans que cela suscite quelque émotion. Peut-être aussi faut-il s'interroger sur la capacité actuelle du discours réformiste à se faire passer pour révolutionnaire ?

Au delà de l'interrogation, et pour lutter contre l'atomisation, le repli, porte d'entrée des discours tout aussi confus (dans sa définition première) que "confusionnistes"  il n'y a pas d'alternative au combat de classe et à la réflexion collective, à l'organisation (4) seules démarches capables de briser l'esprit de résignation.


Notes.

Quelques définitions de confusion avec le Larousse.

(*) Voir le différents travaux de Louis Dupeux sur le National-Bolchevisme et la révolution conservatrice. Plus récemment voir aussi le dernière contribution de Philippe Bourrinet

(1) D’ailleurs le souhait de “reconnaissance” n’a jamais été aussi bien instrumentalisé.
(2) Comme le "front-anti djihadiste républicain"
(3) Qui est toujours 
d’aménager la redistribution du produit de l'exploitation, de l'aliénation.
(4) Sous toutes les formes possibles. En évitant de reproduire ce qui ne marche pas ou plus.

Contre les confus et le confusionnisme voir aussi  http://confusionnisme.info/


Voir aussi

samedi 21 février 2015

Emission de La Web Radio Vosstanie du 24/01/2015

# Libertés & expressions 
De la pétition "Contre la censure et l’intimidation dans les espaces d’expression libertaire" 
à Charlie Hebdo.


Emission du 24/01/2015
En rediffusion


Invités : Travail Contre Capital - Le GARAP


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(250 minutes)





Débats et analyses.


Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique.




- THEMES DE L'EMISSION -

A propos de la la pétition (fond et forme) son véritable objet. Un contre feu ?
(Réacs, curés décroissants, bizness éditorial techno-phobe, réformisme radical, néo-freudisme et keynésiens relookés dans le milieu libertaire)
http://www.millebabords.org/spip.php?article27231

Il n'y a pas qu'un seul Charlie Hebdo.
Retour sur les événements et l'instrumentalisation.
Le temps médiatique et les injonctions à "l'analyse" : un piège.
Les débats sous-jacents.
(Retour des religions - multiculturalisme - post-modernité - anti-fascisme et instrumentalisation au bénéfice de qui et de quoi)
Conséquences sur l'affrontement de classe et le mouvement social. 
Théorie du Choc ? 
Sortir du débat franco-centré (Le niveau international de l'analyse).
Perspectives.



Voir aussi

Zones Subversives

A propos de la Pétition

La soupe à l'herbe
https://soupherbe.wordpress.com/2014/12/24/petitionnons/


Voir aussi l'émission de Radio Vosstanie 30 novembre 2013.

Conversation sur les spécialistes radicaux des penseurs radicaux.



(250 minutes)