contre l'autogestion

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mercredi 1 juillet 2015

Autogestion ouvrière et marché capitaliste (6)

Autogestion ouvrière et marché capitaliste.
Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)



Quand les travailleurs d'une entreprise commencent à gérer la production, un des premiers obstacles auxquels ils sont confrontés touche à l’approvisionnement en matières premières. La question s’aggrave quand les matériaux sont importés. L'expérience a montré qu’ils subissent immédiatement le boycott des capitalistes, qui ne leur fournissent pas les matériaux nécessaires.

En plus de cela il existe le problème du manque d'argent pour les acquérir. Quand ceci arrive, les travailleurs sont forcés de faire appel à l'État pour tenter d’obtenir des fonds. C’est la première étape vers la perte d’autonomie conquise par l'action d'occupation de l'entreprise.

En se servant de cette nécessité de l’argent, le gouvernement ou les propriétaires du capital vont chercher à encadrer et contrôler les ouvriers en leur imposant des restrictions, des buts et des objectifs.

Un autre problème non moins difficile à résoudre est celui de la distribution des produits de ces entreprises autogérées. De très nombreuses fois elles n’arrivent pas être aussi compétitives que les entreprises capitalistes de marché.

S’il existe une situation révolutionnaire généralisée dans le pays, il est possible d'établir un système d'échange direct entre les usines en autogestion et entre l'industrie et l'agriculture.

Mais si les luttes sont isolées, cela n’est possible qu’au moyen du marché capitaliste. La pression qu'il exerce force l’entreprise/usine à revêtir des formes capitalistes de gestion, pour restaurer la rentabilité et la compétitivité nécessaires.

A ce moment-là s’imposent les critères capitalistes fondés sur les indices de productivité et d’efficacité.

Ces critères produisent finalement de l'apathie entre les travailleurs et donc la bureaucratisation des comités d'usine est inévitable. 

Quand les comités d’usine bureaucratisés ne disparaissent pas, ils deviennent les nouveaux gestionnaires du capital. C’est ce qui est arrivé au Portugal par exemple, avec diverses entreprises industrielles et agricoles qui se mirent en autogestion après la chute du régime salazariste en 1974.

En août 1975, on estimait à 308 environ le nombre de sociétés en autogestion dans le secteur urbain. Dans le sud, région latifundiaire, de vastes espaces ont été occupés et collectivisés par des salariés agricoles, donnant naissance aux Unités Collectives de Production (UPC). 

Dans tous les cas ce fut une solution trouvée par les travailleurs pour éviter le chômage. A cette époque de nombreuses entreprises fermaient parce que déficitaires ou parce que le patron s’enfuyait à l’étranger avec l’argent, par peur du “communisme”. 

Ces pratiques autogestionnaires auraient été une grande menace pour le capitalisme portugais si elles ne s’étaient pas limitées à des secteurs relativement périphériques de l'économie. Elles se sont produites principalement dans l'industrie textile, graphique, l'hôtellerie et le tourisme. Les initiatives qui ont émergées dans le domaine agricole sont restées isolées du reste du pays et n'ont pas eu d'autre choix que de faire appel à l'État.

La liaison entre les différents secteurs de l’économie était fondamentale pour créer une réelle autonomie de ces entreprises dépendantes du capitalisme portugais, cela aurait permis l’expansion vers d’autres niveaux de la société et bien plus, par-delà les frontières portugaises.

Cependant, comme le capitalisme portugais se réorganisait avec le reflux du mouvement révolutionnaire, la situation de ces entreprises était devenue de plus en plus difficile. La dépendance qu’elles avaient vis-à-vis des institutions capitalistes correspondait à la fragilité du mouvement qui s’était généralisé mais pas unifié, au point de créer un réseau de relations sociales fondées sur des critères de lutte prolétariens qui pouvaient être imposés pour la réorganisation globale de la société dans une perspective communiste.

L'expérience portugaise, parce-que contemporaine, est d'une grande importance. Elle nous permet de voir que l'un des plus grands obstacles du processus révolutionnaire est aujourd'hui le marché capitaliste.

Lorsque les luttes restent isolées, les expériences autogestionnaires finissent par être encerclées de tous les côtés ; par les marchés de capitaux, le crédit, des produits finis et aussi par les moyens de production (machines, semences, engrais, etc.).

L’internationalisme des luttes se pose dans ce contexte comme un impératif pratique et non comme un slogan qu’on lance au moment des grandes dates commémoratives. L'internationalisation de la révolution n’est pas une nécessité à long terme, mais une question de survie immédiate.

L’autogestion comme expression de l’autonomie de la classe ouvrière face au capitalisme ne peut être vue comme une particularité de tel ou tel autre entreprise/usine. Pas plus réduite à une solution provisoire pour temps de crise.

Autogérer ne signifie pas seulement gérer d’une manière différente un capital productif afin que son produit soit distribué de manière plus équitable entre les travailleurs.

Les pratiques autogestionnaires doivent profondément modifier les relations de travail et détruire la logique de valorisation du capital.

Ce n’est pas un but à atteindre dans la société capitaliste. L'autogestion est un moyen de lutte à travers lequel les travailleurs prennent conscience qu'ils sont capable de gérer la production, de créer de nouvelles formes d'organisation du travail, et de mettre la démocratie ouvrière en pratique.

Il est nécessaire de distinguer le mouvement des travailleurs des commissions qui en surgissent et qui se bureaucratisent à chaque fois que le cours de la lutte n’est pas ascendant. C’est la vivacité du mouvement autonome conjugué à la désagrégation des centres de pouvoir - deux aspects d’un même phénomène qui peuvent permettre la survie des pratiques autogestionnaires.



Autonomie ouvrière et partis politiques
Autonomie ouvrière et syndicats
Autonomie et communisme

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Vosstanie propose une traduction "maison" et adaptée d'un ouvrage de Lúcia Barreto Bruno édité en 1985 au Brésil. Elle sera le support d'une émission de la Web Radio Vosstanie et d'un débat sur la question posée. Il va de soi que nous ne sommes pas en accord avec certains propos, approches du livre (ambiguës sur la question de la "gestion" et "d'auto-gestion" ou de qui a à "gérer") qui a donc 30 ans. Ils posent néanmoins en creux de nombreuses questions, critiques (à faire), de manière très stimulante, dans un débat complexe. Il s'agit donc d'un écrit qui nous permettra de dégager pas mal de perspectives.


O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


A suivre une émission de la Web Radio Vosstanie pour un :
Débat critique / réflexions sur le texte.
et la publication de la brochure.

mardi 30 juin 2015

La transformation des relations de lutte en de nouvelles relations sociales de production (5)

La transformation des relations de lutte 
en de nouvelles relations sociales de production
Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)


La formation de nouvelles relations sociales, qui émergent dans l’apparition de formes autonomes est simultanément la réalisation de formes embryonnaires de rapports de production communiste. Mais ce processus n’est pas linéaire c’est pour cela que nous ne pouvons pas le penser selon des critères rigides.

Quand les prolétaires, dans le cours de la lutte occupent l’usine/entreprise, ils perçoivent immédiatement que pour survivre il est nécessaire de continuer la production.

Dans le cas d'une lutte autodirigée, la tendance est à la réorganisation du processus de travail selon des critères collectivistes et égalitaires.

Tel est le sens de la fameuse autogestion. Il s’agit de l’élargissement des critères prolétaires de lutte pour la réorganisation du processus de travail.

Dès l'instant où l'autogestion commence, il s’établit une relation contradictoire entre les relations égalitaires de lutte et les capitalistes qui continuent à exister dans le reste de la société.

Cette contradiction impose une solution : ou les nouvelles relations sociales se reproduisent en se généralisant ou, au contraire, c’est la discipline d’entreprise / usine qui règne.

Ces deux aspects s’articulent dans une relation extrêmement instable et le recul ou l'avancée du processus relève dans la prépondérance de l'une des formes sur l'autre.

Nous pouvons poser que durant la radicalisation des luttes autonomes, l’autogestion signifie que les travailleurs gèrent eux-mêmes à la production. C’est une forme très avancée de la lutte où les travailleurs se réapproprient l'espace et le temps, en les redéfinissant, en détruisant les hiérarchies, en éliminant la dualité dirigeants / dirigés, la division entre le travail manuel et intellectuel.

On peut donc percevoir que l’autogestion implique une rupture ouverte avec toutes les structures capitalistes qui sont fondées sur le principe de l'exploitation / domination 

Les commissions d'usine/entreprise sont les voies de la réalisation de l'autogestion. La rotation des commissions, fondées sur la convocation régulière et fréquente d'assemblées générale ouverte, éliminent la confidentialité qui caractérise toute structure bureaucratique.

Au fur et à mesure que l’autogestion se généralise en sortant de l’usine / entreprise et en passant du niveau régional à l’international, elle impose une nouvelle société fondée sur une technologie différente et de nouvelles unités de productions, etc.

L'autogestion est un point de départ pour de nouveaux développements du processus de transformation sociale. Il est le point de départ pour l'abolition des classes sociales et des institutions où l'exploitation et l'oppression sont subies, en commençant par l'État, puisque le communisme nécessite sa destruction.



La dynamique du processus
Luttes revendicatives et révolution
La transformation des relations sociales dans la lutte en de nouvelles relations sociales de production.
Autogestion ouvrière et marché capitaliste
Le légalisation de la lutte
Autogestion et technologie

Autonomie ouvrière et partis politiques
Autonomie ouvrière et syndicats
Autonomie et communisme

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jeudi 25 juin 2015

La dynamique du processus (4)

La dynamique du processus
Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)



Luttes revendicatives et révolution.

Comme nous l’avons précisé, la pratique ouvrière/prolétaire s’inscrit dans une contradiction impossible à résoudre dans le capitalisme. D'un côté la discipline d’usine/entreprise, le prolétariat dans et pour le capitalisme ; de l’autre, les nouvelles relations sociales développées par l’action directe. C'est le prolétariat contre le capitalisme comme fondement du communisme.

Tant que le capitalisme existera, l’un ne se développera pas sans l’autre. La discipline dans l’entreprise suscite toujours des formes de luttes. D’un autre coté les luttes ouvrières contribuent au développement du capitalisme dans la mesure où elle accélère le processus d'extorsion de la plus-value relative ou contraignent le capital à entrer crise et à inaugurer un nouveau cycle d’extorsion de la plus-value relative.

Ce qui veut dire que le prolétariat n’est pas seulement acteur de l'Histoire, il est aussi un produit de l’histoire dans le mesure où il transforme historiquement cette contradiction qui définit la pratique ouvrière.

Il est question d’une contradiction qui se reproduit toujours dans des formes renouvelées. De là provient le caractère fondamentalement changeant des formes de luttes et le fait que, de ces luttes découle l'existence et du prolétariat.

Quelle est la possibilité pour ces luttes revendicatives de se transformer en lutte révolutionnaire contre le système capitaliste ? Ou quelle importance ont ces luttes pour l’avancée du processus de transformation ?

Je pense que c’est le nœud du problème

Les travailleurs exploités réagissent spontanément par des revendications économiques qui ne mettent pas en cause l'ensemble du système comme un tout. Néanmoins, quand ce sont les travailleurs eux-mêmes qui luttent directement, les formes d'organisation créées pour les satisfaire entrent en complète opposition avec les formes traditionnelles d'organisation du travail dans l'usine / entreprise.

Ainsi, ce ne sont pas les revendications en elles-mêmes qui définissent la radicalité d'une lutte. Ce ne sont pas les objectifs immédiatement affirmés qui sont subversifs ou non. Une lutte est révolutionnaire quand elle crée des relations sociales qui permettent l'union des travailleurs. Quand elle permet l'association d'hommes/femmes libres qui en même temps devient la forme et la condition de la transformation sociale.

Lorsque les travailleurs créent des organisations où ils peuvent décider ensemble du cours de la lutte, ils redéfinissent une nouvelle division du travail et des formes collectives d’existence ; ils créent le terrain sur lequel le communisme peut se développer et se généraliser.

Mais pour que cela puisse se faire à un niveau chaque fois plus vaste, il est nécessaire que ce soit les travailleurs eux-mêmes qui luttent et non les directions (syndicales, des partis, des commissions bureaucratisées) qui le fassent en leur nom. à défaut de quoi les relations égalitaires n’émergent pas pratiquement et les relations capitalistes se renforcent.

La technologie capitaliste opère une double détermination sociale ; d’un côté la suppression totale des producteurs de la gestion et de la connaissance du processus de travail ; de l’autre, elle impose à tous une égalité formelle de base qui est celle des exploités.

Aujourd'hui, la division du travail productif n’est plus aussi verticale qu’à l’époque de l’artisanat, dans sa relation maître / apprenti.

Aujourd’hui elle se fait de manière plus horizontale entre des salariés interchangeables où chacun exécute une partie du travail global. La marchandise ne correspond plus à la production de quelqu’un en particulier mais à celle tous. C’est l’œuvre du travailleur collectif.

Cette “égalité” tend à se moderniser chaque fois que la classe combat directement. Ceci est le fondement logique du concept d’’autonomie ouvrière que je viens d’exposer.

La grève est la forme la plus immédiate de la lutte prolétaire. Elle se développe à travers l'occupation du lieu de travail et le contrôle de la production par les travailleurs. C’est un moment déterminant pour la dynamique révolutionnaire. Au cours de la lutte, le prolétariat tend à réorganiser la production selon les mêmes critères égalitaires et collectivistes.

Les répercussions de ces luttes sur le processus de production permettent au prolétariat d’imaginer une transformation totale de la société. Les relations sociales d’un nouveau genre constituent le modèle de la nouvelle société.

Ce sont ces formes de luttes que le capitalisme craint, parce que ce sont les seuls formes de luttes prolétariennes qu’il n’arrive pas à intégrer.

C’est pour cela que tous les moyens sont utilisés pour les détruire ; répression directe par l’appareil policier ou indirect grâce aux médias, à la division entre travailleurs, ou encore à la bureaucratisation des organisations, etc…

La lutte pour des augmentations salariales, contre le chômage ou contre la dictature du capital dans l'usine/entreprise, quand elle est directe et autonome, permet aux travailleurs d'arriver à la compréhension de l'antagonisme qui existe entre les rapports sociaux égalitaires et les rapports de domination/exploitation du mode de production capitaliste.

Les relations communistes ne se construiront que si les travailleurs ont déjà acquis la conscience de ces mêmes relations. Cette conscience ne peut venir que de la pratique de la lutte.

C’est dans ce processus pratique que les travailleurs acquièrent une conscience révolutionnaire. C’est l'expérience de l'action collective qui modifie les comportements grâce à l'expérience acquise dans la résolution de problèmes concrets.

La forme d'organisation ne dépend pas du fond pour lequel on se bat. C’est cette dichotomie forme / fond que je rejette.

Le fond des luttes est la forme qu’elles prennent à un moment donné. La perspective communiste est intrinsèque aux types d’organisations égalitaires et collectives qui surgissent dans les luttes autonomes.

Le communisme n’est pas un projet fixe et éternel qui s’impose au mouvement ouvrier de l'extérieur . Mais plutôt une aspiration au contenu toujours renouvelé, qui exprime chaque moment historique des formes de lutte.

Ce n’est pas non plus une question morale. S’il existe une dimension éthique dans la construction d’une nouvelle société, cette éthique découle de la pratique sociale. Le communisme comme possibilité historique découle de la contradiction qui définit la pratique du prolétariat dans le capitalisme.

Le problème actuel du mouvement ouvrier ne se pose pas en termes d'objectifs immédiats (économiques) et de perspectives futures (politiques). L'interrogation relève de la possibilité pour la classe ouvrière de transformer les relations sociales de lutte en de nouveaux rapports sociaux de production. De créer de nouvelles formes d'organisation du processus de travail, qui abolit les hiérarchies et la division capitaliste du travail, qui sépare la décision de l'exécution, et de détruire définitivement le processus de valorisation du capital.

Il n’est pas question de privilégier la lutte économique face à la lutte politique ou vice-versa. Le combat prolétarien est un tout indissociable.

La transformation de la société capitaliste ne se fait pas par étapes où il faudrait revigorer les structures ou les institutions non contrôlées par les travailleurs.

L'histoire nous a montré que seules les formes sociales produites au cours du processus pratique de la lutte, lorsque les travailleurs s’opposent concrètement au mode de production capitaliste, sont subversives ; quand ils/elles nient leurs conditions d’homme/femme- marchandise.

C’est pour cela que toutes les luttes contre la discipline d’usine / entreprise, la division des travailleurs, la différence de salaires, même si elles se déroulent dans le cadre de la production actuelle, sont très importantes. Elles expriment toujours une avancée quant au développement de l’action directe.

Toutefois, cela ne signifie pas que chaque travailleur est un révolutionnaire en puissance. Les travailleurs deviennent révolutionnaires dans la mesure où ils s’associent aux luttes collectives. Ces luttes deviennent révolutionnaires non pas par les caractéristiques personnelles de chacun des participants, mais par les formes d'organisation qui se développent.

Si la classe ouvrière est capable de combattre directement et de manière autonome, elle est également en mesure de comprendre la lutte et de produire les idées nécessaires pour son développement.

Le fondement de la conscience révolutionnaire se trouve dans l'unité prolétarienne et sa pratique anticapitaliste. C’est grâce elle qu’elle prend conscience que la lutte n’a pas seulement pour objet de s’opposer à un patron individuel, mais à toutes les structures capitalistes.

Ce sont les conditions pratiques concrètes qui permettent l’avancée ou le recul des luttes ouvrières et le développement ou non de la conscience révolutionnaire. “L’inconscience” des masses que beaucoup critiquent n’est rien de moins que la limitation de sa pratique à un moment donné.

Quand il ne se pose pas d’alternative révolutionnaire, il peut arriver à la classe ouvrière de renforcer les institutions capitalistes pour rechercher à améliorer sa situation immédiate dans la société existante.

Par exemple lorsqu’elle accepte une politique de « collaboration de classe », de « défense nationale » de « reconstruction de l'économie », ou quand se développent des formes de contrôle de la production dont l’objet est d’assurer le bon fonctionnement de l'entreprise, etc.

Mais quand elle décide collectivement, avec l’élection d’individus, pour l’exécution de tâches spécifiques, et qu’elle contrôle ses attributions, elle développe une pratique de démocratie ouvrière et construit ainsi une nouvelle société.

Ce sont les deux mouvements dans lesquels le prolétariat s’insère. Toutes les luttes prolétaires doivent être analysées sous cet aspect contradictoire.



La dynamique du processus
Luttes revendicatives et révolution
La transformation des relations sociales dans la lutte en de nouvelles relations sociales de production.
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Le légalisation de la lutte
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O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


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vendredi 19 juin 2015

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?

Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?


Vosstanie propose une traduction "maison" et adaptée d'un ouvrage de Lúcia Barreto Bruno édité en 1985 au Brésil. Elle sera le support d'une émission de la Web Radio Vosstanie et d'un débat sur la question posée. Il va de soi que nous ne sommes pas en accord avec certains propos, approches du livre (ambiguës sur la question de la "gestion" et "d'auto-gestion" ou de qui a à "gérer") qui a donc 30 ans. Ils posent néanmoins en creux de nombreuses questions, critiques (à faire), de manière très stimulante, dans un débat complexe. Il s'agit donc d'un écrit qui nous permettra de dégager pas mal de perspectives.

O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.



L'Autonomie ouvrière: Une pratique de classe


De nos jours on parle beaucoup d'Autonomie Ouvrière. Différents auteurs ont discouru à ce sujet et les interprétations sont diverses.

Je ne prétends pas faire ici un tableau des différents manières d'aborder le sujet. Ni, d'affirmer mon point de vue comme le seul valable.

Dès maintenant je m'écarte de toute problématique qui se rapporte à une vérité éternelle, et pense que les idées d'un auteur sont toujours celles qui découlent de sa pratique sociale et non de l'humanité en général.

De plus l'autonomie ouvrière, son développement sa réalisation ne dépendent pas du débat théorique, mais des conditions objectives existantes dans la société contemporaine et de la position que chacun de nous occupe dans la pratique sociale. C'est à ce niveau que les individus s'unissent ou se séparent autour de questions cruciales de notre temps. Nous verrons, donc, une des possibilités de penser l'autonomie ouvrière, les conditions de son développement, les limites avec lesquelles elle est confrontée pratiquement, seul le futur nous l'indiquera.

Ce qui définit l'autonomie ouvrière, comme pratique sociale, c'est sa capacité à créer des relations sociales d'un nouveau genre, qui se structurent en antagonisme ouvert avec les relations sociales existantes dans la société capitaliste.

Dans quel sens ?

Dans le sens ou l'autonomie ouvrière s'exprime par la pratique de l'action directe contre le capital, sur les lieux de production — épine dorsale du capitalisme. Cette action directe unifie le pouvoir de décision et d'exécution, élimine la division entre travail manuel et intellectuel, abolie la séparation entre des dirigeants et dirigés, et fait cesser la représentation par la délégation de pouvoir.

Sur le terrain de l'autonomie ouvrière, le travailleur ne se fait pas représenter. Il se représente. Il s'agit d'un processus de lutte dans laquelle la classe ouvrière s'organise et se dirige, en se différenciant des classes dominantes de leurs institutions, des pratiques et idéologies d'intégration et d'exploitation. C'est une pratique qui unifie tout les fronts de lutte : économique, politique et idéologique, en ayant comme objectif final le communisme.

L'autonomie ouvrière est une tendance très ancienne à l'intérieur du mouvement ouvrier, qui s'est manifestée aux moments le plus aigus de l'affrontement de classes (1).

L'organisation par laquelle le prolétariat en vient, historiquement, à exprimer son autonomie est le Conseil Ouvrier, où tout le pouvoir appartient aux assemblées générales de travailleurs, axe central des débats et de décisions.

J'utilise ici la dénomination Conseils ouvriers, parce qu'elle est déjà entrée dans le vocabulaire commun. En réalité ils ont existé et existent sous des noms divers : commission d'usine, commission de travailleurs, comités de grève, soviet, etc. Ce qui importe comme critère de définition c'est la structure interne de ces organisations, leurs objectifs et l'activité qu'elles développent réellement: le contrôle et la gestion de la production et de toute la vie sociale.

À cette niveau nous pouvons nous demander s'il possible à la classe ouvrière de développer un processus où elle se définit en complète rupture avec la société capitaliste comme un tout.

C'est ce que nous allons examiner maintenant.

La classe ouvrière n'est pas une réalité morale, mais sociale. Elle n'a de réalité que dans la manière dont elle s'organise et cette forme est contradictoire.

D'un côté, c'est la classe organisée par le capital, dans les lieux de production, structurée dans des formes imposées par le système capitaliste, des outils et une technologie déterminée.

Cette logique soumet la classe ouvrière à des opérations fragmentées, qui l'éloigne de la compréhension du processus de travail et en la soumettant à une stricte hiérarchie.

C'est la classe ouvrière organisée pour la production de profit dans et pour le capitalisme.

D'un autre côté, les ouvriers* développent autre eux, des relations libres et collectives et se livrent chaque fois à une lutte directe contre le capital.

Dans ces nouvelles relations, l'égalité entre les ouvriers, dans la lutte contre le système qui les exploite, élimine les hiérarchies imposées par l'entreprise. En outre, la participation dans les réunions et les décisions collectives de l'ouvrier fait qu'il ne s'éloigne pas de la compréhension de sa propre activité. C'est la classe ouvrière auto-organisée qui lutte pour la réalisation de ses propres objectifs.

De la contradiction entre ces deux formes d'organisation découle que tant qu'il y aura du capitalisme, l'une ne se développera pas sans l'autre. La discipline dans les entreprises suscite toujours des formes de luttes. Donc l'entreprise est le terrain premier, mais pas ultime du développement de la lutte pour l'autonomie.

A la suite de ces luttes, la classe ouvrière développe des relations sociales d'un type nouveau, auxquelles je me réfère au début, et qui structurent l'autonomie de la classe face la société capitaliste et la classe des exploiteurs.

Il s'agit de la création de nouvelles "institutions" sociales où se réalisent les relations établies par la démocratie directe, par la révocabilité et l'éligibilité des délégués par l'assemblée générale de travailleurs, qui auto-institue alors les conditions de développement de la société socialiste.

Dans ce sens, l'autonomie ouvrière ne signifie pas une autonomie organique, physique, en  relations avec les institutions capitalistes. Elle ne signifie pas, par exemple, L'autonomie des syndicats en rapports avec l'État, ni des mouvements sociaux en relation avec les structures partidaires.

Ce que signifie ce type d' «autonomie» en revanche, ce sont bien des relations avec les modèles capitalistes d'organisation et de gestion, qui comme toujours sont hiérarchisées, centralisent les décisions et reproduisent les inégalités sociales. Comme nous le verrons tout au long de ce livre, l'autonomie ouvrière s'attache à la création d'une nouvelle réalité sociale, dotée d'institutions spécifiques qu'ils se développent en rupture ouverte avec la société capitaliste.


* Il est possible de lire ouvrière et / ou prolétaire.
(1) La Commune de Paris (1871), dans la Révolution Russe (1917), ans la Révolution Allemande (1918/19), dans la Révolution Espagnole (1936/39), etc..



A suivre...tous les quinze jours.

La lutte Autonome
Les "formesAutonomes
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La lutte Autonome (2)

La lutte Autonome
Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)


La force de travail est la seule marchandise dont la valeur s'établit à travers la lutte sociale.

Alors que l'ouvrièr(e) / le prolétaire cherche à incorporer le maximum de temps de travail dans une marchandise, qu'il vend au capitaliste afin d'en augmenter sa valeur, le capitaliste recherche quant à lui à réduire ce temps au minimum.

Cette lutte a un caractère très particulier dans le capitalisme. Tout d'abord parce que c'est un facteur déterminant du système, ensuite parce que c'est le processus économique lui-même qui détermine la fixation de la valeur de la force de travail, qui trouve dans le salaire son expression juridique.

Ensuite parce que la lutte n'a pas les possibilités de se développer sur un modèle capitaliste d'encadrement du monde ouvrier, que le système d'exploitation impose. La discipline d'usine/entreprise implique la complète obéissance et soumission au système technologique de production. C'est la seule forme d'organisation que le capitalisme puisse admettre.

Néanmoins, la lutte ne peut pas cesser d'exister parce qu'elle est exigée par le système économique lui-même. C'est à partir de ce moment qu'en résulte le salaire productif, et cette lutte aboutie à une augmentation de la productivité et à l’intensification du travail.

De plus, sans lutte du prolétariat pour la diminution du niveau d'exploitation, le prolétariat court le risque en ne résistant pas, de la misère, de disparaître physiquement.

Dans ce système économique où le prolétariat cherche à augmenter la valeur de sa force de travail et le capitaliste à la diminuer se développe un champ institutionnel qui garantit la reproduction de cette contradiction : le syndicat.

Le syndicat est le type d’organisation qui permet aux luttes et à ses objectifs d'être intégrés au capitalisme. 

Si on y prête attention, à chaque fois que se développe une lutte prolétaire réelle, celle-ci déborde le champ syndical en créant ses propres formes d'organisation hors du syndicat. Par exemple les comités de grève, les commissions d'usine etc...

Quand on constate des augmentations de salaires où ces nouvelles formes d'organisations ne sont pas apparues, c'est qu'il n'y a pas eu de lutte prolétaire. Le syndicat comprend pleinement son rôle dans le capitalisme, de structure spécialisée qui planifie les augmentations de salaires dont le capitalisme a besoin pour l’expansion du marché de la consommation.

Quand, en revanche, se développent des luttes prolétariennes qui débordent à l'intérieur de chaque unité production, les limites du syndicat, les dirigeants syndicaux se chargent de négocier des compromis acceptables pour les patrons. C'est ce type de structure qui intègre les luttes prolétariennes dans la dynamique du capitalisme.

Ce que je veux dire, c'est qu'aucune lutte ne peut se développer dans les limites strictes de l'appareil syndical, comme sous le programme rigide de la discipline d'entreprise/usine.

Mais alors subsiste une question: Si la classe ouvrière lutte directement pour la diminution de l'exploitation, sans non plus agir dans les structures existantes au sein du capitalisme, où doit-elle agir ?

Je dirais qu'elle agit fondamentalement dans les formes qu’elle crée au cours de la lutte ; au sein des structures autonomes.

C'est une contradiction très importante du capitalisme. C'est la dynamique propre du développement du capitalisme qui détermine l'apparition de relations sociales qui lui sont antagonistes.

Des relations sociales égalitaires et non spécialisées qui détruisent le système de représentation caractéristique du capitalisme.

Dans la résistance à l'exploitation du capital tous les ouvriers sont égaux. Le mouvement social des exploités tend aujourd'hui à projeter cette égalité au-delà de la destruction du système qui l'a généré. Ce sont les nouvelles relations sociales créées au cours de la lutte qui tendent dans son expansion à réaliser de nouvelles formes économiques, donc un nouveau mode de production.

De cela nous pouvons donc dire que s'articulent deux réalités contradictoires dans les sociétés contemporaines : un mode de production capitaliste et un communiste en développement tendanciel et permanent fondé sur des relations égalitaires et collectives que le prolétariat crée au cours de la lutte.

Tout ceci est assez abstrait. Nous allons analyser d'une manière plus concrète comment ces luttes se développent et pourquoi elles ont été vaincues.





La lutte Autonome
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Autonomie et communisme

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Vosstanie propose une traduction "maison" et adaptée d'un ouvrage de Lúcia Barreto Bruno édité en 1985 au Brésil. Elle sera le support d'une émission de la Web Radio Vosstanie et d'un débat sur la question posée. Il va de soi que nous ne sommes pas en accord avec certains propos, approches du livre (ambiguës sur la question de la "gestion" et "d'auto-gestion" ou de qui a à "gérer") qui a donc 30 ans. Ils posent néanmoins en creux de nombreuses questions, critiques (à faire), de manière très stimulante, dans un débat complexe. Il s'agit donc d'un écrit qui nous permettra de dégager pas mal de perspectives.

O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


A suivre une émission de la Web Radio Vosstanie pour un :
Débat critique / réflexions sur le texte.
et la publication de la brochure.


mercredi 17 juin 2015

Les “formes” Autonomes (3)

Les “formes” Autonomes
Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)


Les individus n’agissent pas dans le vide, mais à l’intérieur de formes qu’ils créent au cours de la lutte. Cela signifie que quand la classe des prolétaires lutte directement contre sa situation d’exploité/domination en se séparant de la logique capitaliste, elle crée par ses actes de nouvelles structures sociales qui sont les conditions de la transformation sociale.

Ces structures que j’ai nommé conseils ouvriers ou commissions d’usine, privilégient la lutte dans l'entreprise, dépassent les appareils syndicaux et les partis, développent de nouvelles pratiques, où elles affirment l’importance des bases de classe face au dirigeant, et la satisfaction des besoins dans la vie quotidienne face au capital.

Sorties directement de la dynamique de la lutte, ces “structures” unissent les travailleurs en fonction de leurs luttes réelles et non d'objectifs abstraits plus ou moins limités.

Pour pérenniser concrètement les formes naissantes de contrôle et de gestion de la production par les travailleurs, les commissions d’usine / entreprise structurent la forme embryonnaire des nouvelles relations sociales de production.

Au même moment, apparaissent des formes auto-instituées qui font disparaître progressivement le pouvoir politique, parce que ce sont des formes qui encadrent les représentants élus par les travailleurs, plus particulièrement quand la lutte s'étend et passe des commissions d’usine / entreprise vers d’autres formes plus avancées, constituées par des structures qui s'articulent avec d’autres commissions.

Il est important de souligner que la commission d'usine n'est pas une structure politique dans le sens traditionnel du terme. Elle n'a pas d'autonomie concernant sa relation à l'ensemble des producteurs, comme cela se produit avec l’Etat par exemple.

Plus se développent les commissions d’usine/entreprise comme structure de contrôle et de gestion de la production par exemple, plus diminuent les intermédiaires / la méditation dans le contrôle

Si nous créons des structures grâce auxquelles nous pouvons décider collectivement de tous les aspects de la vie sociale, nous éliminons ceux qui ont toujours décidé à notre place ; les politiciens professionnels qui contrôlent nos décisions. En créant les formes qui réalisent la démocratie directe nous détruisons l'État, pour décider pour nous et sur nous-mêmes.

Ce que je veux dire c’est que la dynamique du communisme est donnée par l'ensemble de la classe ouvrière au moyen de la création de ses propres structures de pouvoir, où les représentants sont contrôlés dans leurs attributions, par tous, et en pouvant être révoqués à tout moment. Il est nécessaire de différencier la représentation dans ces organisations, et la représentation dans les structures politiques capitalistes, où personne ne contrôle l'action de “nos représentants”.

Les individus élus par les travailleurs n'ont pas de possibilité de décider par eux-mêmes. Ils exécutent simplement. Seule l'ensemble des représentés peut décider.

Les représentants élus ne font qu’exécuter des tâches, ils ne déterminent pas les lignes d'action dont les limites sont fixées à l'avance, donc ils ne peuvent pas dépasser leurs fonctions.

Ils restent des représentants jusqu’à l'exécution de tâches précises et ne peuvent se reproduire comme une nouvelle classe dominante. 

Les représentants restent dans la production et leurs actes peuvent être contrôlés à chaque moment. La qualité et les fonctions de représentants des travailleurs ne leur confèrent aucun type de privilège.

La discipline dans l'entreprise 
implique  la soumission 
et l'obéissance totale 
du prolétaire.
On peut souligner que le type d'organisation sociale que les ouvriers créent dans leur lutte directe et autonome est complètement différent et opposé au système de représentation existant dans le capitalisme. Dans le système dominant quelles possibilités de contrôle avons-nous sur les individus que nous élisons ? Aucun. Quelles informations avons-nous sur leurs actions au parlement ou à la tête d’un État ou d’une structure s’en approchant ? Il y règne le secret car c’est le propre de toute structure bureaucratique où l’information est pouvoir.

Il ne s'agit pas de mystifier ou d’idéaliser les commissions d'usine/entreprise. L'existence de ces structures valide le discrédit où sont tombées les syndicats et les partis politiques dans le monde contemporain. En même temps, elles expriment le degré d'autonomie de la classe ouvrière vis-à-vis des institutions capitalistes.

Mais pas toujours, cela veut dire qu’il existe une démocratie absolue dans la conduite des luttes et que c’est aux bases ouvrières / prolétaires d’avoir entre les mains l’initiative et le pouvoir dans le combat contre l'exploitation.

Il est nécessaire de voir les problèmes auxquels les commissions d’usine / entreprise sont confrontées ainsi que leur fonctionnement. En réalité, le caractère complexe du processus de transformation sociale rend impossible toute tentative d'imposer une forme de lutte préétablie.

L'étude de l'histoire du mouvement ouvrier et des nouvelles formes de luttes que nous observons, peuvent nous indiquer les tendances et les possibilités futures du mouvement, jamais leurs formes concrètes de réalisation. Elles dépendent de l’articulation complexe entre toutes les variantes et spécificités historiques de chaque moment considéré.

Revenons au problème posé. Il peut arriver qu’une commission se limite à jouer les intermédiaires entre le syndicat et les travailleurs. Si ceci démontre l'extériorité du syndicat par rapport à la classe, cela signifie aussi que le syndicat qui conduit toutes les luttes maintient les travailleurs dans une situation d'apathie. La commission se limite à dire au syndicat ce que les travailleurs aimeraient qu'il soit fait et elle dira aux travailleurs ce que le syndicat a décidé de faire. Nous voyons qu’en réalité cette commission exerce la fonction de section syndicale, subordonnée au syndicat.

Il y a aussi des commissions qui, malgré après avoir informé tous les travailleurs et les avoir consulté avant toute initiative, finissent par se couper de la base. Ceci arrive non parce qu’ils sont devenues des « pelegas » (1), mais parce que les travailleurs retombent dans une certaine apathie. A quoi doit-on cette apathie ?

C’est une question centrale, aucune organisation ne peut faire seule ce qui incombe à l'ensemble des travailleurs de faire. Avant de poursuivre sur cette question, il nous faut analyser à quel moment s’opère l'isolement de la base.

L'apparition d'une commission d’usine / entreprise, autonome, démontre le degré élevé d’activité pratique des prolétaires, et cette pratique / activité va se refléter dans le contrôle dont sera l’objet la commission élue par l'ensemble des ouvriers/prolétaires. Au début tous décident réellement ce que la commission souhaite faire. Mais ensuite il commence à y avoir une distinction entre l'ensemble des ouvriers et ceux qui appliquent les décisions. Ce sont toujours les mêmes - les membres de la commission - qui exécutent et qui décident.

Les travailleurs s'éloignent alors de toute activité pratique et la commission s'empare de toutes les initiatives.

C’est à partir de ce moment que s’opère l'isolement de la commission et que se développe le terrain idéal pour sa bureaucratisation, pour la défense d'intérêts particuliers (partisans ou non) qui finissent en prévalant sur les intérêts de l'ensemble. C’est le moment idéal pour la répression patronale, qui en termine en renvoyant les travailleurs le plus combatifs.

Ceci parce que les travailleurs ont été exclus du travail pratique et sont devenus passifs. Ce que je veux dire, c’est que les formes autonomes ne peuvent seulement exister qu’aux moments de luttes directes avec l’ensemble des tous les intéressés.

Il ne sert à rien de critiquer les luttes des travailleurs parce qu’elles finiraient par être intégrées dans le capitalisme, ou de dire que les formes de luttes autonomes ne survivent que très peu de temps, parce qu’elles sont détruites par la répression ou subordonnées aux hiérarchies syndicales ou partisanes.

La question fondamentale relève plutôt de la recherche de nouvelles possibilités de faire vivre ces formes, en les généralisant et en les unifiant. 

La circulation de l’information, l'échange d'expériences entre travailleurs présents dans des luttes différenciées, sont indispensables pour le développement de la solidarité et la cohésion des travailleurs.

Dans les sociétés contemporaines, le poids des pratiques sociales qui tendent à intégrer les individus et les groupes sociaux appartenant à des classes sociales opposées sont puissantes. Ces pratiques se font dans les modes de consommation, par les loisirs, à l'école, dans les partis politiques, les institutions religieuses, etc.

Au moment du processus révolutionnaire, elles sont niées par la pratique, par la création de nouvelles formes sociales - les commissions autonomes, les comités d’habitants, etc. Mais pour qu'elles se développent et se généralisent, il est fondamental que les luttes se développent et dépassent le localisme. L'existence « d'îles » autonomes n’est pas possible dans un monde capitaliste.

Une commission autonome a beaucoup de pouvoir parce qu'elle exprime ce qu'il y a de plus d'important dans l'usine/entreprise : la force de travail, sans laquelle le capital n’existerait pas.

C’est pour cette raison qu’elle est toujours l’objet de “convoitises”.

Ce sont les patrons qui tentent de l’accaparer pour qu’elle fonctionne comme un amortisseur des conflits internes à l’entreprise.

Ce sont les partis politiques qui essayent à chaque instant de l’utiliser pour se renforcer.

Ce sont les hiérarchies syndicales qui tentent d'étendre leur champ de contrôle à l’intérieur des entreprises. 

C'est contre tout cela que les travailleurs doivent se battre, ceci en vue de maintenir la commission sous son contrôle direct. Pour qu'elle fonctionne comme un instrument de lutte et un lieu de développement des relations égalitaires, l'autonomie des commissions est fondamentale. Il ne sert à rien d'élire des commissions de travailleurs si celles-ci ne les contrôlent pas directement. Les travailleurs ne combattent pas par procuration, ils combattent eux-mêmes ou alors il n'y a pas de lutte révolutionnaire.

Une commission qui n'est pas l'expression de la lutte auto-organisée et autodirigée par les ouvriers n’est pas autonome. Encore moins que celle créée par le patronat ou encore fomentées du dehors par des militants qui prétendent les utiliser comme des cellules de leurs partis.

Le caractère subversif des organisations ouvrières réside dans le contrôle qu’a l'ensemble des intéressés sur l'action des individus élus comme leurs porte-paroles.

Penser que le capitalisme intègre ces structures, ce n’est considérer les choses que d’une manière superficielle. Il n'existe pas la moindre possibilité de concilier des d'organisations antinomiques.

Les commissions d’usine / entreprise, comme expression des relations égalitaires et collectives, n’ont rien à voir avec les commissions créées par le patronat, les partis politiques ou les hiérarchies syndicales.

Par ce type de structures, centralisées et bureaucratisées, il ne peut que de se développer des relations de type militaristes, de la soumission et du contrôle qui n’annoncent qu’une société d’exploitation.

L’intégration des commissions d’usine / entreprise comme les pratiques autogestionnaires se font par la destruction des formes et des pratiques. Bien des fois on conserve le même nom pour masquer des pratiques absolument autres.

C’est pour cela que nous ne devons pas prêter attention à la manière dont se nomment les organisations, mais à leur fonctionnement interne et à leurs pratiques concrètes. Ceci pas seulement à un instant T. Il est nécessaire de voir les choses en mouvement, sur le long, dans le flux des luttes, pour constater comment évoluent les organisations. 


Note

(1) Vient de “Pelego” : Le terme a été popularisé dans les années 1930 au Brésil . Dirigeant syndical - corporatiste proche du gouverment Getúlio Vargas - est passé dans le langage courant comme traître et allié du gouvernement et des patrons .




Les "formesAutonomes
Autonomie ouvrière et partis politiques
Autonomie ouvrière et syndicats
Autonomie et communisme

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O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


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