Emission de Radio Vosstanie du 2 Mai 2015 sur le Mexique en téléchargment

Emission de Radio Vosstanie du 2 Mai 2015 sur le Mexique en téléchargment
Emission de Radio Vosstanie du 2 Mai 2015 sur le Mexique en téléchargment

dimanche 17 mai 2015

Point de vue image de classe (11)

Il ne manque jamais une occasion dans la vie de s'emmerder. Ça commence dès le matin très tôt en plus. Déjà faut se lever, c'est pénible et toujours obligatoire. Pour aller au petit coin. Le pire c'est que ça ne fait que continuer. Dans les transports, ça pourrait être plutôt cool mais pas moyen d'ouvrir un livre. Serrés comme des poulets dans un poids lourd en transit, les sacs trop gros des touristes des passagers speed, vous demandent implicitement et brutalement de vous repositionner toutes les deux minutes et ça donne pas vraiment envie de se farcir le dernier traité de sociologie critique à la mode ou même l'éternel mauvais polar bâclé.

Après une heure à ce rythme assez soutenu on se dit ça va se calmer, rien qu'en pensant au petit café qu'on pourra peut-être siroter rapidos avant le début du taf. C'est là qu'on se dit que c'était qu'un moyen pour simplement motiver une arrivée dans un lieu qu'on a jamais choisi et qui n'a pour fin que de payer les factures et un tas de conneries inutiles, imposées pour le semblant de socialisation de la fin de semaine.

Le problème quand on s'emmerde c'est que ça dure longtemps, surtout quand on maîtrise pas la durée. Souvent ça s'éternise quand même huit heures ! et je ne compte pas le temps du transport. La journée c'est pareil, on parle à des gens qui nous emmerdent qu'on voudrait éviter, zapper, des fois butter, rien que pour que ça s'arrête. Bon pas vraiment pour qu'ils crèvent pour de vrai quoi, rien que pour qu'ils ferment leurs gueules, quelques instants. Ça vous arrive surtout quand votre collègue de boulot vous balance qu'il est venu bosser gratos un jour férié, la ya franchement rien à dire, enfin si peut-être aller boire ce fameux café lyophilisé. C'est jamais une source de satisfaction de constater que d'autres s'emmerdent plus que vous !

Et puis ça continue l'après midi cette horreur, ça semble sans fin. C'est pas une sinécure de s'emmerder jusqu'à tard. Des fois on fait semblant de bosser, c'est encore plus fatiguant et on s'emmerde encore plus. Une spirale je vous raconte pas. Se faire chier dans la contrainte rien de pire, surtout quand on vient vous rappeler presque toutes les heures qu'on est assigné à ce poste voir même qu'on s'emmerde pour rien tant vous ne servez à rien. C'est limite si on est là et vous «tolère» pour vous aider, du social qu'ils disent.

Bien sûr cela n'a rien à voir, quand on "s'ennuie excessivement" dans une queue interminable, à un guichet "d'aide", à la poste, dans une salle d'attente de médecin, où il vous faut attendre trois heures pour pouvoir demander un certificat qui vous permettra de justifier d'une absence à ce fameux boulot lieu suprême de... l'emmerdement.

Il m'arrive aussi de m'emmerder devant la télévision, surtout après dîner quand j'ai envie de regarder les infos. Mais ça va très vite, au bout de cinq minutes je constate presto que c'est les trucs qui tournent en boucle sur google actus et à la radio. Autant dire que là je vais pas me flageller cinq minutes de plus pour voir un politique ou une émission de promo pour la dernière savonnette culturelle.

S'emmerder c'est surtout un truc qu'on subit ou que les autres nous font subir en fait. Rien à voir avec « ne rien faire » ou c'est moi qui le décide. Il y a un art de la glande, dans les parcs, les cafés, à la plage ou chez soi. Des fois marcher, sans parler, en regardant autour de soi la musique dans les oreilles, se poser sur un banc le soleil sur sa peau c'est ce que j'ai envie de faire quand je suis au turbin j'ai envie de me casser...

Quand mon pote est venu me voir l'autre soir et qu'il m'a dit qu'il voulait aller à la fête de la CNT je lui ai demandé laquelle ? Tu sais celle des Vignoles ! C'est là, et plutôt las que j'ai constaté que j'étais plus à la page. Faut dire ça  m'emmerde tellement ces histoires autant ne pas y consacrer trop de temps, ce temps déjà si précieux. Mais quand il m'a dit qu'il y avait Fréderic Lordon le mec qui pige au Monde Diplo, un social-démocrate plutôt assez anti Anar en plus et qui veux réguler le capitalisme avec ses potes du Front de Gauche et des « citoyennistes », qui a joué l'un des prophètes de l'effondrement du système financier pendant des mois pour mieux vendre ses bouquins faussement érudits mais vraiment chiants (comme sa pièce de théâtre) et plutôt vides intellectuellement, qui au final nous propose simplement une nouvelle politique de ré-industrialisation de la france avec un protectionnisme et, comble de son anti-capitalisme, de taxer le capitalisme financier, je me suis dit mon coco il reste que la bière pour te motiver. Je suis plutôt « volontaire » qui disent à mon boulot et rien à voir avec le baratin de La Boetié ok ? j'ai pas le choix.

Mais là, quand mon meilleur poto me dit, et c'est un bon argument, qu'on va pas manquer de rigoler un bon coup en allant écouter un gars qui propose un « salariat » équitable et généralisé (1) pour tous ! chez des anarcho-syndicalistes ? qui plus est, je me suis dis non non, les occases sont vraiment vraiment trop nombreuses pour aller me faire chier un jour supplémentaire et férié en plus ! J'aime pas trop le cirque ça m'emmerde.


(1) Bernard Friot.

vendredi 15 mai 2015

Lire la Révolution Allemande 1918-1923 de Chris HARMAN ?

Oui bien sûr pour les faits, les dates, le déroulement des événements, leurs ampleurs et aussi parce que les ouvrages de synthèse sur la période et en langue française sont plutôt rares ou épuisés voir trop mal diffusés.(1)

Néanmoins la problématique de Harman est celle d'un bolchevik (trostkiste*). L'absence de Parti, de "meneurs", de révolutionnaires "décidés", les trahisons des "chefs", voila toute la panoplie des justifications déployée comme entre autres causes de l'échec. Au delà de la bureaucratisation des organisations, du poids des structures, de la guerre et du contexte national et international qu'il explicite clairement.

L'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes nous répète très justement et systématiquement Harman mais le dirigeant trotskiste qu'il a été, tente aussi de justifier dans cet ouvrage son propre rôle de bureaucrate et de trouver un lien théorico-pratique entre son statut et les "masses" de prolétaires qu'il faut finalement "diriger" "encadrer" et "radicaliser" et qui doivent paradoxalement faire les choses seuls ! Il y a donc dans ce livre un bel exemple de double langage presque typique de la rhétorique des enfants du prophète. Le prix fort lourd à payer de ce "eux-mêmes" est-il l'échec comme apprentissage ? Quel poids/importance pour la "conscience " et les idées philosophico-politiques ? Que dicte la nécessité de la lutte à ceux qui veulent s'organiser ? et que doivent t-il faire au regard de ce qu'ils pensent et doivent faire ? Peut-être faut-il d'abord simplement cesser de penser les interrogations en terme d'extériorité et d'avant-garde ou de sur-stratégiser la centralité de l'organisation des "révolutionnaires" qui ouvre aussi la porte au réformisme à l'opportunisme, et finalement à beaucoup de désillusions. L'organisation de la "pureté" et la fétichisation des "chefs" ou des "masses" n'a jamais donné que de la "trahison" mais aussi son corollaire c'est à dire la fabrication d'icônes et des totems propres à l'esprit religieux.(2)

De l'ouvrage de Harman il se dégage toute de même une énergie qui nous pousse et dont le moteur est la patience et l'acuité qu'il nous faut inlassablement susciter. Car l'essentiel dans ce combat titanesque c'est aussi de durer, de ne pas abdiquer mais surtout pour ne jamais s'installer. Qu'il faille tirer des leçons de l'Histoire (ce cauchemar) c'est une évidence mais peut-être faut-il aussi s'intéresser au fait que finalement nous n'en tirons peut-être pas les justes conséquences...


Editions La Fabrique 2015. Préface de Sebastian Budgen Traduit de l'anglais par Jean-Marie Guerlin.  (En anglais The Lost Revolution: Germany 1918-1923) - Le livre en téléchargement gratuit en français au format PDF sur marxist.org.

Chris Harman est décédé en 2009 - Voir sa biographie  en début d'ouvrage et son positionnement dans le mouvement trotskiste anglais ses rapports avec Tony Cliff etc... 

(1) L'ouvrage de Pierre Broué (trotskiste) Révolution en Allemagne aux éditions de Minuit (épuisé) celui de Gilbert Badia (stalinien) chez Aden mais aussi celui de Denis Authier et Jean Barrot: La gauche communiste en Allemagne chez Payot (Coll. Critique de la politique) (épuisé) Que l'on pourra compléter par l'ouvrage d'Herman Gorter, Réponse à Lénine, Lettre ouverte au camarade Lénine, (1920). La révolution fut une belle aventure de Paul Mattick éditions L'Echappée 2013. - Ni parlement, ni syndicats : Les conseils ouvriers ! Les communistes de gauche dans la révolution allemande (1918-1922) éditions Les nuits rouges.  André et Dori Prudhommeaux Spartacus et la Commune de Berlin 1918-1919 éditions Spartacus et bien sur l'oeuvre de Rosa Luxemburg. Erich Mühsam, La société contre l'État, suivi de La République des conseils de Bavière éd. La Digitale. HISTOIRE DU MOUVEMENT DES CONSEILS OUVRIERS EN ALLEMAGNE 1919-1935 de H.CANNE-MEIER (1938) - Voir aussi le film de  Margarethe von Trotta : Rosa Luxemburg -  Alle Macht den Räten ! Tout le pouvoir aux Conseils ! Récits, exhortations et réflexions des acteurs des révolutions d’Allemagne (1918-21) 

(2) Source des cultes des personnalités, des "héros", des embaumements et finalement de l'enterrement de pensée la critique.


 

dimanche 3 mai 2015

Emission de La Web Radio Vosstanie du 2/05/2015 - Le MEXIQUE

Emission de Radio Vosstanie 
sur le MEXIQUE 

 Du 2 Mai 2015 

En rediffusion toute la journée.


Avec Pierre.

Radio Vosstanie !

Emission Animée par Travail Contre Capital  & Vosstanie





Introduction.

Humour : un peu de philologie "marxiste".
(Spéciale dédicace au pom-pom boy de la critique de la dissociation du fil à couper le beurre )
Pour une analyse plus détaillée

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THEMES développés

Présentation générale.
Economie et Conditions de vie.
Grandes problématiques que connait le pays.
Luttes sociales.
Mouvement révolutionnaire.
Du Zapatisme à la critique du Néo-Zapatisme.



291 minutes

+ du son.

Paquita la del Barrio

Lila Downs

Un corrido des Tigres

Un titre d'un chanteur célèbre, qui était aussi narco...très sentimental dans les chansons qui ne sont pas à la gloire des Capos

Un classique de la chanson sociale

Son typique du barrio des années 70-80, avec le début de l'influence cumbia...

Comme le Mexique a été pionnier du punk...

Un classique punk, qui évoque la jeunesse pauvre des années 90

Ce qui s'ecoute aujourd'hui...une variante de la Cumbia, difficile à danser, très connoté barrio / classes dangereuses

L'hymne de Oaxaca 2006

Un morceau de rap

lundi 20 avril 2015

Emission La lutte des classes au Portugal (Rediffusion le 25/04/2015)

Emission La lutte des classes au Portugal
(Sur la révolution dite des "oeillets" ou la transition démocratique portugaise)


Cette émission est dédiée aux prolétaires anonymes, aux insoumis, déserteurs, objecteurs, à ceux qui ne dissocient 
pas les moyens et les fins.


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Téléchargement
Des parties 1-2-3-4-5
durée totale 17h26 minutes

+
REDIFFUSION
Le 25 avril 2015
A partir de 7h le matin


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Emission du  6, 13, 20 septembre 2014


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 Pour la trame de notre émission nous nous inspirons de l'ouvrage de Phil Mailer.
Portugal: The Impossible Revolution ?  First published by Solidarity (London) 1977.
 Portugal: a revolução impossível ? - Porto Ed Afrontamento 1978.




1ere partie
Enregistrée le 6 septembre 2014

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Présentation
Objet et but de l'émission - A propos de Le Portugal ...? et Après ! - ArqOperaria ?
De la mémoire à l'enterrement. Nos propres limites....

Situation historique et 
données économiques de l'époque.
-
La conception putschiste 
de la révolution sociale. 
Le rôle de l'armée ou la conception bourgeoise de la révolution.
Avec Charles Reeve 
(Autour de l'ouvrage édité aux Editions Spartacus en 1976) 

Voir aussi notre émission du 25 janvier 2014 
(Itinéraire bio-bibliographique)

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TELECHARGER LA 1ère PARTIE
227 minutes

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Sur les expériences d'auto-organisation.
Commissions de "moradores", commissions de travailleurs, commissions inter-entreprises, occupations des terres, sur le non grand-parti.

Témoignage sur les commissions 
de "moradores" et parcours de:
 José Hipólito dos Santos. 
Ancien membre de la LUAR (Liga de Unidade e Acção Revolucionária) - Des Cadernos de Circunstancia.
Acteur de la révolte da Sé en 1959 et du "Golpe de Beja" le 1er Janvier 1962.

-
TELECHARGER LA 2ème PARTIE
136 minutes


+ Itinéraire En 5 parties.

1- Premiers engagements - Seara nova et Antonio Sergio - La révolte da Sé - Golpe de Béjà, la prison.
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2 - L'Exil - de L'Algérie au Maroc.
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3 - Les Cadernos de Circunstância et Mai 1968.
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- La LUAR.
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5 - Retour au Portugal en 1974 . Des "moradores" au PRP.
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- Sur les Cadernos de Circunstância - 
41 minutes -

TELECHARGER LA 3ème PARTIE
(Les 5 parties de l'itinéraire en 1 fichier compressé)
274 minutes


Sem Mestres nem Chefes o povo tomou a rua A Revolta de BEJAFelizmente Houve a LUAR - Para a História da Luta Armada Contra a Ditadura
* 

2ème partie.
Diffusée le 13 septembre 2014


L'expérience du Journal Combate (1974-1978)
Avec João Bernardo.
Les forces "politiques" en présence.

Régressions, récupérations et limites. 
De "l'autogestion" au capitalisme d'Etat, de l'autonomie aux élections, la non-révolution culturelle, Une expérience Portugaise ? Pour une critique de la chronologie "politique".

40 ans après quelles perspectives ?
Débat et point de vue autour de "Les Portugais face à la crise - Grèves, manifestations, occupations 2010-2013 " traduit du portugais par le collectif Les Ponts Tournants et édité  par les Edições antipáticas.  Avec le GARAP.

(Discussions sur "les Portugais face à la crise" du 11 et 13 avril 2014 avec des membres du Collectif des Edições antipáticas)

Télecharger
Rencontre du vendredi 12 avril 2014 à Paris  [Télécharger]
- Rencontre du dimanche 13 avril 2014 au Rémouleur à Montreuil [Télécharger]

Conclusion de l'émission

João Bernardo, Charles Reeve, José Hipólito dos Santos, Eduardo de Sousa de librairie Letra Livre à Lisbonne, au Garap.

Mais aussi à 
Brunel, Blek, Henrique, Lino, Ben, Rosa, Anne-Emilie de Radio Panik, Manuel, Tonio, Judith et les autres....




A suivre...

Pour suivre la compilation de documentation en cours:



Photographie de José Marques

Série de cartes postales éditées sous: A Esquerda da Esquerda documentos para a História de uma
Revolução



vendredi 17 avril 2015

LES LUTTES DE CLASSE PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE de Karl Kautsky (vient de paraître)

Vient de paraître un court essai fort stimulant de Karl Kautsky "le pape du socialisme" (qui n'est pas notre tasse de thé habituellement). Nous avouons qu'il est fort étonnant voir ironique de retrouver sous sa plume cette phrase "C'est ainsi que les intellectuels bourgeois prirent possession du pouvoir d'Etat et mirent celui-ci au service de leurs théories, c'est à dire au service des intérêts de la bourgeoisie" p 79. (1) 

Kautsky se livre ici à une véritable analyse de sociologie politique et de la situation et antagonismes des classes qui n'a rien perdue de son intérêt, aussi bien pour la question dont il traite, mais aussi pour la complexité touchant aux réalités des intérêts de classe de manière générale. Si certaines questions sont entendues c'est que l'ouvrage qui date de 1889 (pour marquer le centième anniversaire de la révolution française) était destiné aux militants marxistes lecteurs de Die nue Zeit comme le précise le traducteur Jacques Hebenstreit.

Si Kautsky n'est absolument pas critique de la Terreur c'est qu'il accompagne une certainement conception de la dictature du prolétariat. Sa critique du jacobinisme si l'on peut la souligner et l'appuyer parce que juste, ne se fait que parce que "la tradition jacobine est un des plus puissants obstacles qui se soit opposé à l'apparition en France d'un grand parti social-démocrate unifié et autonome" p.92. Il n'est pas nécessaire de développer ici que c'est pour mieux retomber dans un néo-jacobinisme: l'esprit de ou du Parti.

Un ouvrage à lire donc pour sa peinture des conflictualités de classes forts complexes à la veille et pendant la révolution, exposées ceci sans concessions. S'ouvre alors un autre débat en creux pour savoir si la révolution est une affaire de développement des "forces productives" ? Si le communisme n'est pas possible ici et maintenant ? Questions tranchées par Kautsky avec toutes les ambiguïtés du "progressisme capitaliste". Une étape ? un moment du combat historique ? une victoire dans la défaite ? 

Voici un extrait fort intéressant:

"Si on néglige le fait que le prolétariat salarié moderne est une classe et pas un ordre, une couche de la société qui se distingue des autres couches par une situation économique particulière et non par des institutions légales spécifiques, si on néglige le fait que rien que pour ces raisons, il est inapproprié de parler d'un quatrième ordre. Il reste que le prolétariat existait déjà au sein du tiers état. Ce dernier englobait la totalité de la population qui n'appartenait pas aux deux autres ordres, pas seulement les capitalistes mais aussi les artisans, paysans et prolétaires. On peut aisément imaginer la masse diversifiée que le tiers état représentait. Nous trouvons dans son milieu les contradictions les plus aiguës, les buts les plus divergents, les moyens de luttes les plus différents. Il n'était pas question d'un combat de classe unitaire."p 61

Editions Demopolis 129p. 205 Traduit par Jacques Hebenstreit.

(1) Libre à tous d'utiliser cette analyse pour des événements récents ou futurs.


jeudi 26 mars 2015

Mexique: importante grève des journaliers de Basse-Californie

Mexique: importante grève des journaliers de Basse-Californie


Dans l’État de Basse Californie, des milliers de journaliers migrants mexicains en lutte contre leurs conditions d'exploitation.

La plupart des informations et analyses libertaires ou « radicales » qui nous parviennent concernant le Mexique ne se départent pas d’éternelles illusions gauchistes sur ses mouvements (en premier lieu le zapatisme), exaltant leurs aspects les plus ambigus (communautarisme, revendications identitaires, etc.) ou les masquant (logique militariste et aspects verticaux, discours réformiste et politicien, attitude vis-à-vis d’autres luttes) selon les besoins.

Cette absence de logique critique et d’analyses nuancées trace des contours réducteurs (souvent identitaristes et communautaires) autour des nombreux combats menés par les exploité-e-s du Mexique, et ne permet pas de comprendre les liens qui existent entre ceux-ci, dans leur diversité (luttes urbaines, luttes contre le narcotrafic, la spoliation des terres et les projets de développement, contre la répression, le contrôle quotidien, et diverses formes d’autorité et d’exploitation) et donc de dresser un panorama de l’état actuel de la lutte de classes au Mexique. Ce bref article tente, à partir d’un peu d’expérience au Mexique, de quelques recherches et d’échanges, d’y remédier. C’est aussi un appel à discuter et débattre.


Le mouvement de San Quintín

Le 17 mars dernier, plusieurs dizaines de milliers de travailleurs journaliers se soulevaient dans la commune de San Quintín (État de Basse Californie). La grève dure depuis plusieurs jours. Convoquée par une alliance d'organisations de journaliers et/ou indiennes, elle a vu s’affronter des centaines de travailleurs agricoles aux forces de l’ordre (divers corps policiers et militaires), et plusieurs actions offensives. Le secrétaire général du gouvernement local voyait dans les événements des premiers jours, "une situation d'anarchie quasi-totale", avec la principale route (la « Transpeninsular ») bloquée sur 120 km et la vallée de San Quintín pratiquement sous le contrôle des grévistes.

Les affrontements et le blocage de la route se sont produits après le refus des autorités de négocier des revendications portant sur l'amélioration des conditions de travail et de vie sur place (hausse des salaires, diminution des heures de travail, signature de contrats et accès à la sécurité sociale, fin des violences contre les travailleurs et des abus sexuels contre les travailleuses par les contremaîtres, et la liste ne s’arrête pas là). La libération de 200 indiens Rarámuris (Tarahumaras) réduits à des conditions d’esclavage sur une exploitation proche a également contribué à mobiliser.

La municipalité de San Quintín « héberge » dans des conditions de misère extrême entre 60.000 et 80.000 journaliers. Elle fait partie d'une zone, à cheval sur plusieurs états du nord du pays (Sonora, Sinaloa et Basse Californie), où sont exploités des centaines de milliers de migrants venus du sud, et particulièrement de Oaxaca. Les produits des gigantesques exploitations agricoles dans lesquelles ils triment sont essentiellement destinés à l'exportation. Leur vente constitue une partie importante de la richesse de ces États, et les terres appartiennent aux familles qui les dirigent.

Alors que certains représentants des grévistes menacent d’étendre le mouvement dans les zones proches (et peut-être chez les migrants des zones agricoles américaines) à défaut de négociations avec les institutions, des milliers de journaliers restent mobilisés après les manifestations de force des derniers jours.

Sur le Mexique

La situation sociale actuelle au Mexique est marquée par la disparition des 43 étudiants de l'École Normale d'Ayotzinapa (État de Guerrero), fruit d'une collusion entre la police de l'État et le narcotrafic. Le mouvement de Guerrero est puissant (avec des origines dans la lutte armée des années 70, d’inspiration maoïste), et mène des actions quasi-quotidiennes pour s'emparer des municipalités, et parfois établir des formes de gestion communautaires (ce qui marque une nette différence avec la logique historique de conquête du pouvoir).

L'importante capacité d'organisation et d'action des mouvements (en particulier paysan et indien) s'incarne dans une grande diversité d'organisations populaires, très portées sur la gestion communautaire, dans l’esprit du zapatisme historique et aujourd’hui influencées par sa version néo. Elles sont aussi plus traversées que l’on ne l’admet généralement par les tendances gauchistes, et ont une longue histoire de récupérations politiques et de dérives autoritaires, via les autorités traditionnelles des communautés en général.

Les mouvements paysans et indiens sont les principaux acteurs des luttes contre le narcotraffic, avec la mise en place des « Polices Communautaires » dans les communautés indiennes (en particulier dans l’État de Guerrero), que le Pouvoir fait tout pour infiltrer ou récupérer, et des milices d’autodéfense (dans l’État de Michocán surtout), en dehors des communautés, au rôle beaucoup plus trouble. Cela représente donc des centaines de milliers d’hommes et de femmes en armes dans le pays, avec une composante attachée à l’autonomie vis-à-vis des pouvoirs institutionnels. Il n’y a pas en général de références claires à une volonté de changement radical et de révolution à l’échelle du pays, en dehors des quelques organisations armées qui subsistent ou des secteurs gauchistes autoritaires (certains importants en termes d’effectifs) : staliniens, trotskystes et léninistes.

Le mouvement syndical, depuis le long règne hégémonique du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) de 1929 à 1989, est encadré par des syndicats majoritaires verticaux, par secteurs d'activité, à la gestion mafieuse connue de tous. Les grèves sont donc limitées. Depuis la fermeture en 2009 de l'entreprise publique Luz y Fuerza del Centro (distribution d'électricité, et dont le syndicat comprenait des tendances combatives), et un mouvement chez les sidérurgistes d’Arcelor Mittal du Port de Lázaro Cárdenas (important pôle économique du narco-État de Michoacán) en 2009, seule subsiste la CNTE, Coordination des enseignants créée par les tendances combatives du Syndicat des Enseignants (SNTE) pour échapper à son contrôle bureaucratique. Cette Coordination est engagée dans la plupart des États du Centre et du Sud dans des combats assez durs. Elle englobe tout le spectre des tendances gauchistes autoritaires, des minorités qui le sont moins, et une base combative.

 (L’article ne porte volontairement pas sur les tendances et milieux antiautoritaires du Mexique, qui pourront peut-être, plus tard, l’objet d’autres articles).


Sous-comédien insurgé Marco 24 mars 2015