contre l'autogestion

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mercredi 22 juillet 2015

Autogestion et technologie (8)

Autogestion et technologie
  Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)


La technologie, ce n’est pas seulement des machines ou des théories sur la rationalisation du processus de travail. C‘est avant tout la cristallisation de relations sociales de production très précises.

Chaque mode de production crée sa propre technologie. Le capitalisme en a développé une qui est venue répondre à ses nécessités d’augmentation de la productivité. L’augmentation de la productivité dans le capitalisme veut dire augmentation de la plus-value relative qui s’obtient grâce à l’augmentation de la quantité de marchandises produites dans un même laps de temps.

En répondant aux nécessités du capital, la technologie capitaliste cristallise et reproduit de manière chaque fois plus profonde la division entre travail manuel et intellectuel, aspects indissociables du travail humain qui le différencie du travail animal.

Cette scission entre le moment de la conception et le moment de l’exécution du travail, détermine la séparation entre ceux qui planifient, organisent et décident, et ceux qui ne font qu'exécuter. Toute société fondée sur l'exploitation reproduit cette division.

La concentration du capital et l’extraordinaire masse de capitaux que la technologie contemporaine exige pour chaque entreprise ont aboutis au développement des sociétés par actions et ainsi à diversifier les niveaux de propriété et de manière générale, à séparer la propriété de la gestion.

Aujourd'hui, le capitaliste traditionnel et particulier devient de plus en plus un simple usufruitier avec un droit sur une partie des profits, mais il est complètement éloigné de la gestion.

Ce sont les technocrates, le plus souvent séparés de la propriété formelle de la société, qui déterminent le montant de la plus-value dont pourra disposer le capitaliste particulier. Cela donne un pouvoir insoupçonné aux détenteurs des connaissances technico-administratives, qui déterminent des changements très importants dans la classe dominante.

Aujourd'hui la classe ouvrière ne lutte pas seulement contre la bourgeoisie privée. Elle se bat aussi contre la technocratie.

J’entends par technocratie l'ensemble des individus qui organisent les conditions générales de la production (moyens de transport, médias, systèmes énergétiques, appareils répressifs, écoles qui forment la main-d’œuvre pour le capital, etc.).

Ce sont encore des individus qui maîtrisent les connaissances techniques des moyens de production et du processus de travail dont le producteur est absent. Ils détiennent le savoir technique de la gestion du processus de production, dont s’écarte le propriétaire privé en proportion de la concentration des forces productives.

Au moment de l’apparition du mode de production capitaliste, la technocratie avait principalement pour fonction l'organisation des conditions techniques générales du capitalisme.

La deuxième révolution industrielle - l'automation - a marqué une nouvelle forme de capitalisme, caractérisée dans les formes de production par les concentrations monopolistes. Dans le rythme de la production, par la soumission du calcul de production au calcul de la distribution (Le Plan) et, dans la base matérielle de production, par la séparation totale du producteur d’avec le processus de travail.

Technologiquement a commencé le développement accéléré des conditions matérielles générales de production. L'unité de production particulière est de moins en moins une unité technologique, elle s’insère dans le processus technique qui englobe et intègre toute l’industrie capitaliste.

Cette séparation des producteurs d’avec le processus de travail a créé un vide comblé par la technocratie qui a permis un saut très important, du champ des conditions générales de la production vers le champ des unités de production individuelles.

Elle a vu de cette manière augmenter le champ de son développement social par le renforcement de l'importance des conditions technologiques générales.

On a vu dans le même mouvement se développer sa fonction sociale qui a comblée la séparation entre le producteur et le processus de travail. Elle avait jusque-là contournée les unités de production particulières, uniquement par les conditions générales de la production, elle pénètre maintenant à l'intérieur même des unités particulières, et achève son développement.

Il s’est créé dans cette première phase, une solidarité d'intérêts entre les représentants sociaux de la nouvelle forme de production (monopoliste) et les représentants sociaux des conditions générales de production et de la nouvelle base matérielle de production fondée sur la séparation du producteur du processus de travail - la technocratie.

Au niveau des formes économiques, l'expression des intérêts communs des deux groupes sociaux sera le plan, à savoir la soumission du calcul de la production au calcul de distribution.

Au début, le rôle de la technocratie était encore réduit. En raison de la manière dont s’est passée l’évolution de la base matérielle du processus de production, la technocratie a d'abord existé dans l'administration et non dans la gestion directe du processus de travail.

Il s’agissait d’une forme encore peu développée de technocratie, très différente de ce que nous connaissons aujourd'hui. Parce qu'ils étaient relativement loin du processus de travail, les technocrates restaient subordonnés à la direction des grands monopoles.

C’est seulement dans les étapes suivantes que la base économique a déterminé le développement de la contradiction entre les technocrates et les propriétaires privés, donnant finalement aux premiers la direction du processus social capitaliste.

Au début, le technocrate était un salarié du propriétaire privé et lui était subordonné, tant en termes de rétribution que dans sa manière de penser et dans sa pratique politique et sociale.

Aujourd’hui elle est une classe tendanciellement dominante, parce qu’ils sont les agents sociaux du passage du capitalisme privé au capitalisme d’État, où est assimilée la bourgeoisie, se reproduisant en bourgeoisie d’État.

Tous ces facteurs mettent en lumière la question technologique. Lorsque la classe ouvrière développe des relations de travail sous une forme autogestionnaire elle se révèle antagonistes au système technologique existant et une solution s’impose :

-  Ou la création d’une nouvelle technologie qui réintègre le travailleur dans le processus de travail, et lui permet de contrôler la gestion de la production et, à partir de ce moment-là, toute la vie sociale

- Ou l'utilisation de la technologie capitaliste qui finira par reproduire d’une manière encore plus profonde/extrême l'exploitation et l'aliénation qui caractérisent l’emploi salarié.

Il n’est pas question de mettre de côté tous les acquis obtenus jusqu'à aujourd’hui et accumulés par l'homme. Il est question de les réadapter, de les transformer pour qu’ils se cristallisent en des rapports sociaux de production communiste.

Nous savons qu’une technologie révolutionnaire déterminée par de nouveaux rapports de production ne peut résulter que d'un processus collectif et relativement fastidieux. À ce jour, le rythme de la lutte de classe n'a pas permis que cela arrive.

Tant que la gestion de la production sera entre les mains d'une partie de la société - des compétents - l'utilisation et l'appropriation de la richesse produite sera un privilège de ce groupe. Tant que les fonctions de gestion et d'exécution seront séparées institutionnellement, l'exploitation perdurera.

Penser une société autogérée où le collectif social des producteurs domine la production implique de penser une technologie qui intègre le travailleur dans le processus de travail, tant au niveau de la propriété et au niveau matériel du processus, que sa gestion et son intégration dans le système de connaissances.

Enfin, je tiens à dire qu'il n'y a aucune possibilité de concilier l'autogestion avec le capitalisme, qu'il soit privé ou d’État. Le fait que le gouvernement Mitterrand, en France, l’ai placé dans son programme électoral reflète la tentative de la réduire à une simple technique de gestion de la force de travail, en masquant ses potentialités révolutionnaires.

Dans le même temps, cela montre qu’à l'heure actuelle les luttes qui s’occupent directement ou indirectement des questions de gestion du processus de production sont un fait. Même la classe capitaliste et les gouvernants sont obligés de reconnaître son existence.

Cependant l'autogestion n’est seulement possible que comme désagrégation permanente de l'État et de toutes les institutions capitalistes.


Note Vosstanie. 
Nous reviendrons sur la question technologique dans l'introduction / présentation de la brochure.


Autonomie ouvrière et partis politiques
Autonomie ouvrière et syndicats
Autonomie et communisme

-

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Vosstanie propose une traduction "maison" et adaptée d'un ouvrage de Lúcia Barreto Bruno édité en 1985 au Brésil. Elle sera le support d'une émission de la Web Radio Vosstanie et d'un débat sur la question posée. Il va de soi que nous ne sommes pas en accord avec certains propos, approches du livre (ambiguës sur la question de la "gestion" et "d'auto-gestion" ou de qui a à "gérer") qui a donc 30 ans. Ils posent néanmoins en creux de nombreuses questions, critiques (à faire), de manière très stimulante, dans un débat complexe. Il s'agit donc d'un écrit qui nous permettra de dégager pas mal de perspectives.


O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


A suivre une émission de la Web Radio Vosstanie pour un :
Débat critique / réflexions sur le texte.
et la publication de la brochure.


mardi 7 juillet 2015

Connaissez-vous Joseph DIETZGEN ? / Prochaine émission de la Web Radio Vosstanie

Prochaine émission de la Web Radio Vosstanie

Connaissez-vous Joseph Dietzgen ?
- Ouvrier tanneur et philosophe socialiste autodidacte - 

Objet Web-Radiophonique.
(Lectures & sons divers)

* * *

"Le mérite de Dietzgen consiste à avoir fait de la philosophie une science de la nature, comme Marx l'avait fait pour l'histoire. De cette façon, l'instrument de la pensée humaine est débarrassé de l'élément fantastique : il est considéré comme une partie de la nature et son être particulier, concret, qui se transforme et se développe au cours de l'histoire, doit être connu toujours plus profondément au moyen de l'expérience."

"Marx a découvert la nature du processus matériel de la production et a établi son importance décisive comme moteur de l'évolution sociale. Mais il n'a pas expliqué en détail, à partir de l'essence de l'esprit humain, l'origine du rôle qu'il joue dans ce processus matériel. Avec la force traditionnelle de la pensée bourgeoise, cette limitation est une des raisons principales pour lesquelles ses théories ont été comprises de façon si imparfaite et si déformée. A présent, Dietzgen comble cette lacune, puisqu'il a pris justement l'essence de l'esprit pour objet de sa recherche. C'est pourquoi l'étude approfondie des écrits philosophiques de Dietzgen est un outil essentiel et indispensable pour comprendre les œuvres fondamentales de Marx et Engels. Les travaux de Dietzgen nous montrent que le prolétariat détient une arme puissante non seulement dans sa théorie économique, mais aussi dans sa philosophie. Apprenons à nous en servir."

Anton Pannekoek 

Situation et signification de l'œuvre philosophique de Josef Dietzgen Préface à L'essence du travail intellectuel de Josef Dietzgen, 1902



« Le monde en soi n’est pas autre chose que la somme de ses phénomènes. » Ces mots qui nous parviennent du cœur du XIXe siècle rendent un son étrangement actuel. Avoir réduit l’existant à la série d’apparitions qui le manifestent fut, disait-on naguère, le grand mérite de la pensée moderne. Or, celle-ci commence peut-être avec l’autodidacte allemand Josef Dietzgen qui, dans un combat intellectuel post-kantien et post-hégélien, aborde d’un œil neuf, en 1869, le problème de la connaissance. Pour lui, déjà, toute conscience est conscience de quelque chose ; mais le dernier vestige du transcendantal est banni, puisque ce sont les pensées qui constituent l’entendement, et non l’entendement qui forme les pensées. La chose en soi étant définitivement exorcisée, toute « épochè » ou « mise entre parenthèses », ultime refuge de l’idéalisme, est rendue ici superflue : la totalité de ce que notre conscience accueille, y compris les chimères, appartient à la réalité. Dans ce nouvel empirisme qui ne se soumet pas au jugement du scalpel, le recours inutile et même stérilisant à la physiologie est refusé pour l’explication du sens. Certes, la pensée est une fonction du corps mais ses contenus ne sont pas pour autant corporels ; ils sont une expérience « per se » et relèvent de la subjectivité humaine.

Dans un monde débarrassé de ses derniers dieux et de ses derniers fantômes, que l’homme soit la mesure de toutes choses n’est plus une limite, c’est un nouveau départ.

Cet ouvrage parut pour la première fois en 1869 à Hambourg.



La légalisation de la lutte ouvrière (7)

La légalisation de la lutte ouvrière
Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)


Le Droit ne reconnaît pas la lutte anticapitaliste de la classe ouvrière. Il ne reconnaît pas les mouvements autonomes, les occupations d’entreprises et l’autogestion.
Quand, par l’action, la classe ouvrière rompt avec la logique du capital, elle rompt par là même avec les normes juridiques établies. C’est pourquoi la préoccupation de la classe capitaliste est de tenter d'encadrer les luttes par la légalité en vigueur, spécialement quand la répression policière n’est pas la meilleure des solutions.

Ils tentent toutes les solutions. Ils tentent de canaliser le mouvement vers les syndicats reconnus par l’Etat et les patrons, ils tentent de transformer les entreprises / usines autogérées en coopératives, ou encore, de légaliser les commissions d’usine/entreprise en instituant le contrôle ouvrier.

Le contrôle ouvrier c’est quand un groupe de travailleurs est reconnu par la direction d’une entreprise, et qu’il se transforme en co-gestionnaire du capital. On parle de contrôle direct des ouvriers par d’anciens ouvriers. Il est légalisé dans presque tous les pays développés indépendamment de l’existence ou non de luttes.

Le contrôle ouvrier se fonde sur la délégation de pouvoir et non plus sur l’action directe.

On élit des délégués qui vont représenter les travailleurs et participer à la gestion de certains problèmes de l’entreprise / usine.

De manière générale, on les limite à des questions d’ordre interne à l’entreprise, plus directement liées aux problèmes de main-d’œuvre.
La séparation des délégués élus de l’ensemble des travailleurs est inévitable car ils ne sont l’objet d’aucun contrôle par la base qu’ils disent représenter.

Ils finissent donc toujours par se constituer comme un pouvoir qui se situe au-dessus des travailleurs en re-formalisant la relation dirigeants/dirigés qui caractérise toute société d’exploitation.

Pour qu’une entreprise autogérée se sépare de la logique du profit, en initiant le processus d’édification du communisme, il ne suffit pas d’élire des représentants des travailleurs pour participer de la gestion.

Alors que gérer signifie prendre pour soi-même des décisions en tant que personne ou comme collectivité souveraine, ceci en pleine connaissance des informations nécessaires, contrôler ne signifie que superviser ou vérifier les décisions prises par d'autres.

Le contrôle ouvrier implique une limitation de la souveraineté où certains déterminent les objectifs et les d’autres s’efforcent que soient appliquées les méthodes les plus appropriées pour les réaliser.

La légalisation de la classe ouvrière est une des formes les plus efficaces de démobilisation. C’est toujours une forme subtile pour la discipliner. Nous ne pouvons oublier que tout l’ordre juridique capitaliste est, d’un point de vue prolétaire, une légitimation de la violence. Violence de l’exploitation économique, du pouvoir disciplinaire, de la moralité imposée par la classe dominante, du savoir transmis par les moyens de communication, des écoles etc...

Il n’est pas possible de légaliser une lutte autonome, précisément parce qu'elle est la négation de l'ordre que le Droit structure.

La seule pratique prolétarienne qu’il est possible d’encadrer dans système capitaliste c’est sa pratique “d’agent de production” ; de reproducteur du capitalisme. C’est la classe organisée dans l'usine/entreprise par le capital.



Autonomie ouvrière et partis politiques
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O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


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dimanche 5 juillet 2015

Comme un chat de Floréal Cuadrado

Souvenirs turbulents d'un ANARCHISTE – faussaire à ses heures – vers la fin du vingtième siècle



La sincérité et la non complaisance de Floréal Cuadrado fait de ce livre un témoignage aussi fort qu'important. Dont la force pratique vaut bien plus et importe plus que toutes les digressions et logorrhées théorique. Ici et là on y apprend quelques vérités révélatrices d'un état d'esprit de certaines couches sociales face au réel "intense".

Passent à la moulinette critique: Les "partis combattants", l'avant-gardisme libertaire / élitaire, Guy Debord, Les déclarations d'Octavio Alberola, Les GARI, L'éthos de Jean-Marc Rouillan, l'impayable Lucio Urtubia. On y apprend par exemple que Cuadrado est à l'origine du faux Monde Diplo et de bien d'autres choses...Pas de grandes questions "idéologiques" mais de la "pratique" et de ses impasses.

L'objet ?

" Ce que je dis de moi ici n’a d’autre but que de montrer comment nous sommes passés du romantisme de la révolution radicale aux chimères de l’action “révolutionnaire” illégale sans poursuivre véritablement de but révolutionnaire ; comment nous sommes devenus, en quelque sorte, des politiciens de l’illégalisme " 

F. Cuadrado de-romantise salutairement sans briser ce qui fait le coeur des choses. Ainsi "Si l'histoire n'a retenu le nom que de quelques militants célèbre, sans les milliers d'anonymes, de sans gloire, le mouvement anarchiste espagnol n'aurait jamais connu un tel essor. Ce sont eux qui, avec une foi quasi religieuse, lui ont donné ses plus belles lettres de noblesse et sa singularité. Illettrés ou presque, ils ont bien souvent tout sacrifié pour las ideas, pour l'idéal. Sans ces militants, ma vie aurait été tout autre. Je n'aurais, de toute évidence, pas choisi la voie des combats incertains ou j'avais tout à perdre et peu à gagner. Leur rigueur morale et leur désintéressement m'ont préservé de bien des erreurs". (p.607)


Editions du Sandre. 680p. Avril 2015

mercredi 1 juillet 2015

Autogestion ouvrière et marché capitaliste (6)

Autogestion ouvrière et marché capitaliste.
Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)



Quand les travailleurs d'une entreprise commencent à gérer la production, un des premiers obstacles auxquels ils sont confrontés touche à l’approvisionnement en matières premières. La question s’aggrave quand les matériaux sont importés. L'expérience a montré qu’ils subissent immédiatement le boycott des capitalistes, qui ne leur fournissent pas les matériaux nécessaires.

En plus de cela il existe le problème du manque d'argent pour les acquérir. Quand ceci arrive, les travailleurs sont forcés de faire appel à l'État pour tenter d’obtenir des fonds. C’est la première étape vers la perte d’autonomie conquise par l'action d'occupation de l'entreprise.

En se servant de cette nécessité de l’argent, le gouvernement ou les propriétaires du capital vont chercher à encadrer et contrôler les ouvriers en leur imposant des restrictions, des buts et des objectifs.

Un autre problème non moins difficile à résoudre est celui de la distribution des produits de ces entreprises autogérées. De très nombreuses fois elles n’arrivent pas être aussi compétitives que les entreprises capitalistes de marché.

S’il existe une situation révolutionnaire généralisée dans le pays, il est possible d'établir un système d'échange direct entre les usines en autogestion et entre l'industrie et l'agriculture.

Mais si les luttes sont isolées, cela n’est possible qu’au moyen du marché capitaliste. La pression qu'il exerce force l’entreprise/usine à revêtir des formes capitalistes de gestion, pour restaurer la rentabilité et la compétitivité nécessaires.

A ce moment-là s’imposent les critères capitalistes fondés sur les indices de productivité et d’efficacité.

Ces critères produisent finalement de l'apathie entre les travailleurs et donc la bureaucratisation des comités d'usine est inévitable. 

Quand les comités d’usine bureaucratisés ne disparaissent pas, ils deviennent les nouveaux gestionnaires du capital. C’est ce qui est arrivé au Portugal par exemple, avec diverses entreprises industrielles et agricoles qui se mirent en autogestion après la chute du régime salazariste en 1974.

En août 1975, on estimait à 308 environ le nombre de sociétés en autogestion dans le secteur urbain. Dans le sud, région latifundiaire, de vastes espaces ont été occupés et collectivisés par des salariés agricoles, donnant naissance aux Unités Collectives de Production (UPC). 

Dans tous les cas ce fut une solution trouvée par les travailleurs pour éviter le chômage. A cette époque de nombreuses entreprises fermaient parce que déficitaires ou parce que le patron s’enfuyait à l’étranger avec l’argent, par peur du “communisme”. 

Ces pratiques autogestionnaires auraient été une grande menace pour le capitalisme portugais si elles ne s’étaient pas limitées à des secteurs relativement périphériques de l'économie. Elles se sont produites principalement dans l'industrie textile, graphique, l'hôtellerie et le tourisme. Les initiatives qui ont émergées dans le domaine agricole sont restées isolées du reste du pays et n'ont pas eu d'autre choix que de faire appel à l'État.

La liaison entre les différents secteurs de l’économie était fondamentale pour créer une réelle autonomie de ces entreprises dépendantes du capitalisme portugais, cela aurait permis l’expansion vers d’autres niveaux de la société et bien plus, par-delà les frontières portugaises.

Cependant, comme le capitalisme portugais se réorganisait avec le reflux du mouvement révolutionnaire, la situation de ces entreprises était devenue de plus en plus difficile. La dépendance qu’elles avaient vis-à-vis des institutions capitalistes correspondait à la fragilité du mouvement qui s’était généralisé mais pas unifié, au point de créer un réseau de relations sociales fondées sur des critères de lutte prolétariens qui pouvaient être imposés pour la réorganisation globale de la société dans une perspective communiste.

L'expérience portugaise, parce-que contemporaine, est d'une grande importance. Elle nous permet de voir que l'un des plus grands obstacles du processus révolutionnaire est aujourd'hui le marché capitaliste.

Lorsque les luttes restent isolées, les expériences autogestionnaires finissent par être encerclées de tous les côtés ; par les marchés de capitaux, le crédit, des produits finis et aussi par les moyens de production (machines, semences, engrais, etc.).

L’internationalisme des luttes se pose dans ce contexte comme un impératif pratique et non comme un slogan qu’on lance au moment des grandes dates commémoratives. L'internationalisation de la révolution n’est pas une nécessité à long terme, mais une question de survie immédiate.

L’autogestion comme expression de l’autonomie de la classe ouvrière face au capitalisme ne peut être vue comme une particularité de tel ou tel autre entreprise/usine. Pas plus réduite à une solution provisoire pour temps de crise.

Autogérer ne signifie pas seulement gérer d’une manière différente un capital productif afin que son produit soit distribué de manière plus équitable entre les travailleurs.

Les pratiques autogestionnaires doivent profondément modifier les relations de travail et détruire la logique de valorisation du capital.

Ce n’est pas un but à atteindre dans la société capitaliste. L'autogestion est un moyen de lutte à travers lequel les travailleurs prennent conscience qu'ils sont capable de gérer la production, de créer de nouvelles formes d'organisation du travail, et de mettre la démocratie ouvrière en pratique.

Il est nécessaire de distinguer le mouvement des travailleurs des commissions qui en surgissent et qui se bureaucratisent à chaque fois que le cours de la lutte n’est pas ascendant. C’est la vivacité du mouvement autonome conjugué à la désagrégation des centres de pouvoir - deux aspects d’un même phénomène qui peuvent permettre la survie des pratiques autogestionnaires.



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O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


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mardi 30 juin 2015

La transformation des relations de lutte en de nouvelles relations sociales de production (5)

La transformation des relations de lutte 
en de nouvelles relations sociales de production
Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)


La formation de nouvelles relations sociales, qui émergent dans l’apparition de formes autonomes est simultanément la réalisation de formes embryonnaires de rapports de production communiste. Mais ce processus n’est pas linéaire c’est pour cela que nous ne pouvons pas le penser selon des critères rigides.

Quand les prolétaires, dans le cours de la lutte occupent l’usine/entreprise, ils perçoivent immédiatement que pour survivre il est nécessaire de continuer la production.

Dans le cas d'une lutte autodirigée, la tendance est à la réorganisation du processus de travail selon des critères collectivistes et égalitaires.

Tel est le sens de la fameuse autogestion. Il s’agit de l’élargissement des critères prolétaires de lutte pour la réorganisation du processus de travail.

Dès l'instant où l'autogestion commence, il s’établit une relation contradictoire entre les relations égalitaires de lutte et les capitalistes qui continuent à exister dans le reste de la société.

Cette contradiction impose une solution : ou les nouvelles relations sociales se reproduisent en se généralisant ou, au contraire, c’est la discipline d’entreprise / usine qui règne.

Ces deux aspects s’articulent dans une relation extrêmement instable et le recul ou l'avancée du processus relève dans la prépondérance de l'une des formes sur l'autre.

Nous pouvons poser que durant la radicalisation des luttes autonomes, l’autogestion signifie que les travailleurs gèrent eux-mêmes à la production. C’est une forme très avancée de la lutte où les travailleurs se réapproprient l'espace et le temps, en les redéfinissant, en détruisant les hiérarchies, en éliminant la dualité dirigeants / dirigés, la division entre le travail manuel et intellectuel.

On peut donc percevoir que l’autogestion implique une rupture ouverte avec toutes les structures capitalistes qui sont fondées sur le principe de l'exploitation / domination 

Les commissions d'usine/entreprise sont les voies de la réalisation de l'autogestion. La rotation des commissions, fondées sur la convocation régulière et fréquente d'assemblées générale ouverte, éliminent la confidentialité qui caractérise toute structure bureaucratique.

Au fur et à mesure que l’autogestion se généralise en sortant de l’usine / entreprise et en passant du niveau régional à l’international, elle impose une nouvelle société fondée sur une technologie différente et de nouvelles unités de productions, etc.

L'autogestion est un point de départ pour de nouveaux développements du processus de transformation sociale. Il est le point de départ pour l'abolition des classes sociales et des institutions où l'exploitation et l'oppression sont subies, en commençant par l'État, puisque le communisme nécessite sa destruction.



La dynamique du processus
Luttes revendicatives et révolution
La transformation des relations sociales dans la lutte en de nouvelles relations sociales de production.
Autogestion ouvrière et marché capitaliste
Le légalisation de la lutte
Autogestion et technologie

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