samedi 28 juillet 2012

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Dans la cuisine de John Holloway

  Ce qui n'est pas percutant n'est point pertinent. Karl Kraus

 

La métaphore culinaire n'a jamais été aussi favorable à l'analyse d'un livre. Précisons en préambule que Crack Capitalism édité par les éditions Libertalia n'est pas un livre de recettes.

Et que la question faut-il absolument faire quelque chose plutôt que rien n'est pas la question d'Holloway mais bien « comment trouvons-nous l'espoir dans une nuit noire ».

Cet espoir c'est peut-être l'esprit de l'utopie, globalement l'optique proposée n'est pas sans nous déplaire dans un moment d'accélération de la décomposition du vieux monde.

Reconnaissons quelques qualités au livre de l’honnête Holloway une certaine modestie et une langue simple, poétique par moment. Pas de révolutionnarisme ou d'appel grandiloquent à l'insurrection pour demain matin à l'aube. Un certain pragmatisme peut-être tout anglo-saxon qui permet de poser certaines limites pratiques du combat frontal "contre" le capitalisme, ou le monde marchand.

Holloway nous parle très humblement des "gens" mais hélas nous ne savons pas qui ils sont. Ils sont divers et particuliers, semblables et divisés (1) et pourtant ils tenteraient de résister à leur manière au procès capitaliste par des actes simples ?.

Ainsi p 27 « Nous fabriquons le tyran; pour être libres, nous devons cesser de le fabriquer" après une affirmation aussi péremptoire rien de plus logique que d'affirmer p 31 « rien de plus difficile cependant ».

Voila bien la marque du livre d'Holloway. Affirmer mollement quelques évidences volontaristes pour les tempérer aussitôt. Ce qui peut s'apparenter à une forme de modestie de la pensée au début du volume, débouche à notre avis sur à toute autre logique au fur et à mesure de notre lecture.

Dans ses développements Holloway se revendique de la démarche libertaire. Toute la thématique identitaire composite et folklorique s'y trouve déployée très clairement, de la culture "free" (2) possible ou nécessaire par la quasi inexistence de l’État providence jusqu'aux luttes communautaires en tous genres (sans jeu de mots). Voila peut-être pourquoi Holloway peut théoriser la méthode de la "brèche", là ou nous théoriserions peut-être, et aussi caricaturalement une théorie de la destruction de l’État comme unique but.

La méthode Holloway ? il l'expose plus précisément p32 «La méthode de la brèche est la méthode de la crise : nous voulons comprendre le mur non à partir de sa solidité mais à partir des ses fragilités » et «la théorie de la crise est la théorie de notre inadaptation » si le retournement peut nous paraitre intéressant comme judo intellectuel là ou nous tenterions peut-être d'abattre directement le mur à coup de masse et de barre à mine, lui propose de travailler les brèches parce que «La seule manière possible de concevoir la révolution est de la concevoir comme un processus interstitiel» p35.

Ainsi pour Holloway répétons le ici, la révolution est un processus interstitiel. Disons le plus directement il s'agit d'un réformisme radical assumé. Ainsi à la manière d'un Édouard Bernstein en son temps peut-être demande t-il indirectement à certains "révolutionnaires" d'oser paraitre ce qu’ils sont ? des mouvements de réformes sociales radicales sous vocable révolutionnaire ! Et donc d'assumer sans vergogne de théoriser leurs pratiques, qui ne le sont pas ou plus, ou alors plus dans leurs formes héritées du mouvement historique d'émancipation.

Ses méthodes militantes du travail interstitiels ? déconstruire "cette abstraction qui est, en fin de compte, la base même de l'Etat. Si nous voulons changer la société, nous devons arrêter la subordination de notre activité au travail abstrait »p 222 un travail de prise de conscience parce que «nous construisons nous mêmes la prison » p 269.

Nous ne sommes pas loin du « quand on veux on peux » et du « ya qu'a faut qu'on » propre au moralisme bourgeois. Il est a noté qu' Holloway n'y échappe pas quand il introduit son livre avec La Boétie et son fameux discours sur la servitude volontaire repris à toutes les sauces comme mantra et argument massue dans certains cercles anarchistes.

Sa "théorie" que nous qualifions volontiers de métaphysique, celle de l'abstraction du faire, est l'objet principal d'Holloway dans ce livre. Holloway idéalise les savoir-faire comme réappropriation possible de "l'activité" contre le "travail" et considère que «le faire est la crise du travail abstrait » et qu'il y aurait une lutte « du faire dans-contre-et-au delà du travail abstrait »p 290.

Si nous voyons bien sûr des résistances contre et au travail comme lui, nous n'assimilons pas résistances pratiques et psychique, celle qui relève de l’aménagement du quotidien, ou d'une stratégie d'adaptation à une réalité intenable, à une porte de sortie possible ou l'annonce d'autre chose ou d'un au-dela. La sociologie bourgeoise du "travail" ceci jusqu'à l'idéologie de l'auto-entrepreneur ou de la démerde est bien là pour nous le rappeler.

Ceci relève d'un arrière monde qui nous est profondément étranger. L'ici et maintenant d'Holloway débouche ironiquement sur un d'au-dela.

Ce que Holloway nomme « lek-statis du faire concret, la position en-dehors-et-au-delà du faire utile par rapport au travail abstrait » p 315 sonne comme l'écho de l'enseignement d'Heidegger qui a certainement inspirer le Marcuse des fondements philosophiques du concept économique de travail, article édité en 1933 (3) dont-on peu légitiment penser qu'il a été entre autres une source d'inspiration pour Holloway.

Ainsi Marcuse (4) pouvait écrire « Si la production et la reproduction matérielle redevient une praxis dominée, limités et achevée par les dimensions qui la transcendent, alors l'existence pourra recouvrer son véritable travail, le travail, libérer de toute aliénation et chosification, pourra redevenir ce qu'il est essentiellement : l'homme en son entier s'y réalisera pleinement et librement à l’intérieur de son monde historique. » p,53

Marcuse conclus son article d'une citation de Marx qui est peut-être une autre source des toutes les ambiguïtés métaphysiques d'Holloway.

« En fait, le royaume de la liberté commence seulement là où l'on cesse de travailler par nécessité et opportunité imposée de l'extérieur ; il se situe donc, par nature, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. [...] C'est au-delà que commence le développement des forces humaines comme fin en soi, le véritable royaume de la liberté qui ne peut s'épanouir qu'en se fondant sur l'autre royaume, sur l'autre base, celle de la nécessité. La condition essentielle de cet épanouissement est la réduction de la journée de travail. »  MARX Le Capital, livre III, chap. 48

Nous ne rentrerons pas dans l'analyse de cette dialectique complexe entre hétéronomie et autonomie mais quel est donc cet au-delà chez Marx  ? Et quel est ce « royaume »  ou se trouve t-il ? Quand à la « nécessite »...dont la "condition essentielle est la réduction de la journée de travail" ? Nous voyons bien ici les limites du discours qu'il faut absolument remettre dans son temps.

Holloway et Marcuse se revendiquent d'une même démarche celle la « libération du faire » p 264 ou du "travail libérer de toute aliénation".

L''au-dela  du travail chez Holloway comme crise, est peut-être la redéfinition poétisée de la chute tendancielle du taux de profit, ou de la subsomption réel du travail sous le capital ? Ce qui donne chez Holloway  «l'intensification constante, inhérente au travail abstrait, tend à saper sa propre existence » p 294. bien sur toutes les tendances ne font pas une direction, de la à en faire une voie possible ?

Cette métaphysique du faire nous laisse perplexe et nous la rejetons. Nous considérons plutôt avec M.Postone et comme le rappel Holloway que « le travail concret existe comme contradiction avec le travail abstrait » et non pas comme antagonisme.

En ce qui nous concerne nous ne pensons pas que la crise du travail soit le signe d'une rupture, qui montre la nécessité de la révolution ni comme étant simultanément et immédiatement la percée potentielle d'une activité différente. Nous nous dégageons de ce genre de téléologie. Que nous ne prenons pas pour le projet historique d'émancipation qui n'a rien d'obligatoire, parce que le communisme n'est qu'une possibilité pratique et non nécessaire et donc pas une mystique avec ses signes annonciateurs.

Donc rien de nouveau serions nous tentés d'écrire au delà du truisme que voici « les gens sont obligés de développer d'autres formes de relations sociales et d'autres formes d'activités comme base de survie » p302 . Oui tout peut sortir du magma social et du chaos politique et pas obligatoirement une société libertaire. Que dire quand la cela touche simplement à la survie ?

Nous entendons néanmoins la démarche d'Holloway quand il écrit « ce livre ne commence pas par la question de comment conceptualiser le capitalisme, mais par une grossière inadéquation, un cri, une détermination à briser ici et maintenant  cette forme historiquement spécifique d'interdépendance. Cette inadéquation n'est pas un préambule anodin à une discussion théorique de poids qui viendra plus tard » [...]  ce que nous recherchons n'est pas une compréhension de l'interdépendance sociale, mais une théorie de la rupture » ceci dans sa dénonciation d'un marxisme plus exégétique que pratique.

Dans des moments de tétanie et de crise globale du projet révolutionnaire qui n'arrive pas s'articuler à la "crise", la démarche d'Holloway qui déterritorialise le problème/question  du pouvoir n'est pas une stratégie, mais à notre avis une manière de ne pas traiter anthropologiquement de la question du rapport de force.  Cette démarche subjectivante n'est bonne qu'a insuffler un activisme superficiel, de mode et passager, ou à alimenter le tribalisme militant dans une optique purement esthétique et moralisante. (cf La Boétie)

Le combat communiste, libertaire est historique, et absolument pas circonstanciel ou interstitiel. Son objet est tout autant le chemin que le but. Ou plus précisément son articulation. Holloway ne l'oubli pas mais nous pensons que dans une telle optique le projet révolutionnaire total sera dissous dans ses interstices. II sera plus proche du replâtrage que de la brèche.

L'ouvrage d'Holloway pose notre faiblesse et s'autorise à proposer une démarche possible dans cette obscurité et nous ne pouvons que l'accompagner. En revanche nous pensons que cet ouvrage est occidentalo-centré et anachronique, directement sortie de la décomposition de la contestation estudiantine étasunienne des années 60-70.  Il ne tient pas compte des déplacements géostratégiques et économiques, des enjeux du moment et à venir. Le centre de gravité du monde capitaliste à changé et ses enjeux, ses luttes aussi. Ne parlons même pas de la violence de celles-ci. Holloway ne parle jamais du rapport de force et de la nécessaire coordination mondiale des forces pour abattre la dictature du capital. Ainsi un résistant Iranien, un militant Tunisien, un gréviste Chinois n'est pas un étudiant Nord américain qui veux faire de la philosophie et des gâteaux ou une femme qui lit un livre dans un parc. S'agit-il d'un abus d'utilisation de la métaphysique dialectique ? Tout n'est pas dans tout, et toute pratique n'engendre pas nécessairement son renversement ou sa négation.

Une pincée de TAZ, une tranche de Théorie Critique, un zeste de Zapatisme, une cuillère à café de pyrrhonisme, de nombreuses tapas à base de Wertkritik ....saupoudrées d'un vocable métaphysique, qui quelques fois n'est pas sans côtoyer une certaine poésie (paradoxalement la part la plus subversive du livre). Le plat qu'on croyait frais et riche en saveurs et en couleurs, s'avère finalement trop aromatisé de ces condiments qui permettent de cacher l'insipidité de certains légumes cultivés sous serres.

(1) Il s'agit hélas trop souvent de profs ou d'étudiants. 

(2) Voir à ce sujet le films / livre Les Diggers Revolution et Contre-Revolution a San Francisco (1966-1968) de Alice Gaillard éd. Echappee 2009.

(3) Paru pour la première fois dans Archiv für Sozialwissenschaft und sozialpolitik, n°69,3 sous le titre « Ueber die philosophischen Grundlagen des wissenschaftlichen Arbeitsbegriffs » traduit de l'allemand par Gérard Billy et disponible aux éditions de Minuits 1970 dans le recueil intitulé Culture et société.

(4) N'hésitons pas à rappeler ici que Marcuse fut l'élève et l'assistant de Heiddeger. Voir p 92 in L'Ecole de Francfort. Rolf Wiggershaus PUF1993

John Holloway Crack Capitalism éd. LIBERTALIA Traduction : José Chatroussat

VOSSTANIE

jeudi 14 juin 2012

Marxisme et philosophie de Karl Korsch

Présentation de l'éditeur.

Ainsi les hommes se sont-ils appliqués de manière pratique à la réalité effective. Si concrète que soit la liberté en elle-même, elle n'en a pas moins été appliquée sous forme non développée, dans son abstraction, à la réalité effective, cela veut dire la détruire. Le fanatisme de la liberté, une fois aux mains du peuple, devient terrible. En Allemagne, le même principe a retenu l'intérêt de la conscience ; mais il a été développé de manière théorique. Nous avons, nous, la tête assaillie et envahie par toutes sortes de bruits, mais la tête allemande préfère garder tranquillement son bonnet de nuit, et opère à l'intérieur d'elle-même.

La vie intellectuelle de la République de Weimar a donné naissance à une forme de marxisme qualifié d'"ouvert". Ce texte fondamental marque en l'occurrence la naissance du marxisme critique. Il eut en 1923 un impact plus considérable encore que Histoire et conscience de classe de Georg Lukács. Il gêna en son temps, tant il ne pouvait être repris ni par les marxistes orthodoxes, ni par les sociaux-démocrates. 

Karl Korsch procède à une analyse épistémologique de la théorie marxiste. Et en vient à rejeter toute pensée dogmatique puisqu'il lie intimement la théorie et la praxis, se mettant ainsi en porte-à-faux avec le marxisme orthodoxe qui apparaît en contradiction avec le mouvement historique réel. Pour Joseph Gabel, Marxisme et philosophie pointe du doigt "la cristallisation d’une forme de fausse conscience politique". L'obsession de Korsch : combattre le dogmatisme, pour une désaliénation. En rappelant l'indissociabilité entre conscience sociale et rapports de production, ce texte constitue un instrument pour penser notre époque. 

Traduit de l'allemand par Baptiste Dericquebourg, Guillaume Fondu et Jean Quétier. 

Editions Allia  144 pages  ISBN: 978-2-84485-580-0

Rappel Vosstanie: 1ere publication en français aux Editions de Minuit (Collection Arguments) en 1964 traduit de l'allemand par Claude Orsoni présenté par Kostas Axelos. 

lundi 11 juin 2012

Nouvelles de nulle part de William Morris

Nouvelles de nulle part ou Une ère de repos a été publié pour la première fois en anglais en 1890 sous le titre original News from Nowhere or An Epoch of Rest. Cette édition, inédite en version monolingue, reprend la traduction française effectuée par Victor Dupont en 1957( revue par les éditions de l'Altiplano). Nouvelles de nulle part, oeuvre majeure de Morris, est à classer dans la veine des romans utopistes. Outre une écriture élégante et généreuse, le texte de Morris constitue un apport politique considérable en terme de critique du travail, de la marchandise, de la démocratie, de l'État, de la justice, du système carcéral, etc. Il peut également, à l'heure de l'utilisation généralisée de la notion de développement durable, être abordé sous l'angle de l'écologisme radical.

 Texte de 4e de couverture :

« Excusez-moi, voisins, c'est plus fort que moi. L'idée qu il peut y avoir des gens qui n aiment pas travailler ! C est par trop ridicule ! Mais même toi, mon pauvre vieux, tu aimes travailler... à l occasion, dit-il en caressant affectueusement le cheval de son fouet. Quelle étrange maladie ! Et qu on avait bien raison de l'appeler la Rogne! » Et il recommença à rire de façon plus bruyante encore ; trop bruyante, à mon avis, pour sa courtoisie habituelle ; et je me mis de mon côté à rire pour faire comme lui, mais du bout des dents seulement, car je ne voyais, quant à moi, rien de drôle dans cette idée de ne pas aimer le travail, vous pensez bien.

William Morris est né le 24 mars 1834 à Essex, en Angleterre. Issu d une famille aisée, il étudie à Oxford avant d embrasser une carrière artistique. Étudiant en architecture, puis en peinture, poète à ses heures perdues, il rencontre Dante Gabriel Rossetti et les artistes de la « Confrérie préraphaélite » en 1856, ce qui le pousse à consacrer sa vie aux arts décoratifs. Cependant, sa nouvelle passion le place dans une position de tension permanente entre des aspirations socialistes utopiques et la création d'objets de luxe destinés irrémédiablement à la haute bourgeoisie. Il se fera néanmoins connaître comme l'un des plus brillants décorateurs britanniques. Morris débute son activité politique dans le camp libéral, mais, en 1883, il rejoint le mouvement ouvrier en adhérant à la Social Democratic Federation marxiste, dirigée par Henry Hyndman. En décembre 1884, voyant l orientation réformiste de la SDF, Morris rompt avec Hyndman, tout comme Friedrich Engels, et participe à la fondation de la Socialist League avec notamment Eleanor Marx, la fille benjamine de Marx. Le manifeste fondateur rédigé en grande partie par Morris prône l'internationalisme révolutionnaire. William Morris prend part à l'agitation politique et aux grèves des années 1886-1889, notamment à la manifestation des chômeurs à Trafalgar Square le 8 février 1886 (Black Monday Lundi Noir), aux grèves des mineurs en 1887 ou encore à la manifestation du 13 novembre 1887 à Trafalgar Square (Bloody Sunday Dimanche de Sang.) Il tente de préserver depuis sa création l'unité de la Socialist League en servant de médiateur entre les tendances marxistes et anarchistes du groupe. Cependant, non satisfait de l'évolution de la Socialist League vers l'anarchisme, il la quitte également en 1890 pour fonder la Hammersmith Socialist Society.
Le livre est en téléchargement / lecture sur le site de l'éditeur http://www.laltiplano.fr/ il est bien sûr préférable de le lire sous format livre !

jeudi 31 mai 2012

Psychologisme de masse du capitalisme "financier"

Psychologisme de masse du capitalisme "financier"

En sortant de cette salle de cinéma ou nous sommes allés voir Margin Call, je me suis dit Francois Ruffin (1) peut aller se rhabiller et avaler quelques sabres rouillés...ce qu'il s'acharne à faire comme un sous-rentier de la dénonciation de la "finaaance" et des "200 familles" dans sa version moderne, ( Le Siècle) Hollywood le fait de manière bien plus convaincante et moins caricaturale que lui.

Il est toujours très intéressant d'accéder à la vision mainstream de marge avec grosse distribution d’acteurs, de la dénonciation du capitalisme dans sa version “financiarisée" tendance US. Qui n'est pas si éloignée que cela finalement d'une critique que pourrait bien partager un militant du front de gauche ou le gauchiste moyen du NPA.

Margin Call est un film de tension, peut-être n'est-ce qu'un exercice de style dont l'objet est circonstanciel, à la mode, un peu comme Paul Jaurion ou Frédéric Lordon (tiens ça rime ! avec dindons aussi...).

Si vous allez le voir donc vous ne saurez pas grand chose des CDS (2) et autres subprimes. En revanche, et ceci comme peut le dire le plus cynique de tous, le "big big boss" de la boite d'opérateurs de marché dont il est question, c'est de la merde dont il faut absolument se débarrasser. Des vrais gens la prendront certainement en pleine gueule mais de cela il n'est pas question...

Résumons rapidement le film.


La hiérarchie et ses relais, tout aussi incompétents que sont les managers arrivistes, étaient prévenus depuis quelques temps, qu'ils jouaient avec les limites du « casino ». Ils n'ont pas écouté les mises en garde d'un employé du risque viré dans la énième purge qui dégage les faibles pour renforcer la secte des traders.

Ce plan social et la découverte de positions financières catastrophiques (le big one financier) qui planterait l’entreprise, seront les minutes d'atermoiement qui permettront finalement aux affaires de continuer, grâce ou à cause des ordres du grand patron luciférien. Sauve qui peut avec la maille.

Grattes-ciel sans twin et espaces vitrés froids, ordinateurs et grands écrans constamment allumés sur les indicateurs boursiers, les moments de cette urbanité étendue (en hauteur surtout) et illuminée donnent une atmosphère clinique et polardesque à cette intrigue en milieu hostile et permet rapidement aux lignes de fonds de se dégager. Il ne manque plus que le scalpel pour attaquer cette vue de coupe du système financier ceci au travers hélas ! de la psychologie des personnages...


Les thèses du film comme paradigme d'analyse du système capitaliste...financier.
De la gauche du capital jusqu'à Hollywood.

Ici point de héros en collant, à cape ou à rétro-fusées, d'humanité attaquée par un méchant monstre rouge ou communiste voir terroriste musulman c'est selon.

Mais comme on de déroge pas au dogme, script, ou à la bible d'Hollywood il faut bien un sacrifié, ceci pour conserver cette communauté factice du capital (nations, patries et autres fétiches mortifères) faite essentiellement d'individus "libres" et de monnaie qui circule. Toute l'utopie du « nouveau monde » en somme. Le profil du coupable de cette "enquête" est identifié, sa condamnation probable, sa rédemption peut-être encore une histoire de billets.


Du psychologisme comme méthode.

Si le film est bien léché, son montage est suffisamment sobre et lent pour laisser quelque profondeur aux personnages même si la complexité des êtres face au « métier » et au monde n'est possible que grâce à quelques regards interrogatifs et des introspections froides. La narration pointe petit à petit, dans la chaîne de la responsabilité vers le haut de la pyramide. Cette pyramide des obligations fait des traders des pantins grassement payés dont la seule obsession est de gagner de l'argent, plus que les autres (si possible) et de gravir l'échelle de « peintre » mais aussi, esprit d'entreprise oblige à "faire le job". A ce niveau de rémunération à vrai dire, les choses n'ont plus de sens ou d'importance. Y-a til simplement un juste salaire ? Peu importe ici les mécanismes et la logique du capitalisme son objet sa condition ses conséquences.

Comme on pouvait le prévoir le film s'enfonce dans une explication anthropomorphe du capitalisme. La démonstration, la clé de compréhension du capitalisme n'étant pas donnée pour des raisons que nous comprenons (les limites intrinsèques du genre, d’où l'on parle), les défauts de la machine sont imputées au seul caractère cynique et carnassier du Big boss. Qui seul décide, puisque c'est le boss... Ce dernier est d'ailleurs conforté par l'apathie arrangeante des employés tenus par des indemnités conséquentes.

Le capitalisme trouve donc un visage, celui du patron. Individu forcement le plus cynique des cyniques mais si humain, trop humain.

La Nature humaine « naturalisée »

Si nous ne sommes pas des « sujets automates » (3) il n'est pas question ici de nier ici que certaines personnes sont plus responsables que d'autres. Mais sur-investir tel ou tel individu d'une charge aussi forte ceci en dehors de toute logique, « d'ordre social » complexe en reproduction comme le capitalisme, ne relève que de l’antithèse simpliste ou nous ne serions que du capital variable sur pattes. Ainsi deux thèses antinomiques, qui relèvent d'une même logique traversent le film. Ou bien nous serions face à un procès autonome sans sujet ou s’agencerait des structures, ou nous serions parlés, agis, ou bien nous serions sous le joug d'un tyran, dictateur ou Big boss ou pasteur et là nous serions de sacrés moutons en quête perpétuelle de la meilleure herbe à brouter, ou ce qu’il en reste.

Pas besoin de synthèse de ces deux simplismes mais d'une analyse totale du réel en mouvement:

La personnification permet d'essentialiser cette in-humanité et les incompréhensions propres aux forces sociales sans logique apparente, et ainsi de naturaliser cette "nature" humaine, calculatrice, arriviste, frustrée, suicidaire par moment, peut-être est-ce le parti pris du réalisateur. Cette psychologie empirique idéologisée c’est à dire le psychologisme comme méthode d'analyse du capitalisme débouche ainsi nécessairement sur une l'apologie de la société marchande, mais aussi sur une anthropologie réactionnaire qui n'est pas étrangère d'ailleurs à l'individualisme méthodologique. Elle constitue le sommum de l’analyse “critique” du capitaliste ou de “l’anti-capitalisme” dans sa forme financière. Le capitalisme ne serait pas mauvais, sa logique incroyable et destructrice, elle ne serait imputable qu'aux hommes et à certains individus de type sociopathe. Le parti pris anthropologique fait de la conséquence la cause.

Ou encore : Si le capitalisme est mauvais c'est que les hommes le sont. Et son antithèse objectiviste ou structuraliste : Il s’agit de forces déchaînées par l’auto-activité de la loi de la valeur. Plus d'humain donc que des structures dont la logique propre serait implacable sans retour. Il n'y a plus qu'a fuir, prier ou discourir sur la fin des temps, le métier de prophète un bel avenir.

Le paradoxe qui permet finalement à un idiot utile du capitalisme national ou à un nationaliste de gauche et de droite qui ont pour cible la finance et qui ne comprennent rien au capitalisme et à sa reproduction (qui est la conséquence de cette vision psychologisante) c'est qu'elle débouche sur cette anthropologie dont les seules développements, aboutissements possibles ne peuvent être que conservateurs ou réactionnaires. Il suffira donc de se débarrasser de la finance ou de la taxer, que tel ou tel individu méchant ou trop âpre au gain, soit liquidé, que tel que tel cercle d'influence soit dénoncé. Ceci grâce à l’intervention musclée d’un nouveau caudillo local ou exotique. Hélas pour la gauche du capital ceci jusqu’à son extrême droite, cette finance n'est que la face cachée de l'iceberg capitaliste et de sa dégueulasserie exploiteuse. Peut-être voudront-ils alors demander des comptes aux patrons ?! Comme cela ne marchera pas ils demanderont finalement à fermer les frontières et à produire français.. Et pour terminer avec des “bons blancs bien de chez nous" qui auront au moins du boulot dans "notre espace national". Tout est dénoncé, rien transformé ceci pour conserver l'essentiel
l'exploitation, la soumission, l'aliénation ! (Bien sûr nous n'avons que foutre que ceci soit délimité à notre seul espace de vie fusse t-il aléatoirement national...la belle affaire ! Qui peut le croire dans cet  état de guerre économique planétaire ?)

Réel versus Virtuel ?

Le capitalisme c'est comme la chasse. Il y a les bons chasseurs et les mauvais capitalistes. Le présupposé de l'analyse ce ceux qui ne veulent pas jeter le bébé avec l'eau du bain, c'est que il y a d'un coté la bonne économie la réelle, de l'autre la virtuelle forcement autonome. Ainsi le film nous propose t-il cette distinction éculée au travers de la tirade de la fabrication d'un pont (scandée par l'ancien gestionnaire des risques) et des miles gagnés par les automobilistes américains qui auraient gagnés du temps grâce à son œuvre. Il s'agit bien sûr de ce temps si précieux qui est de l'argent en puissance.(4) Cette question de l'utilité s'inscrit toujours dans le temps de la production capitaliste et de l'augmentation de sa rapidité de circulation. Quant à l'introspection que l'employé du risque a sur le sens de son travail, elle n'est possible que dans les moments de remise en cause personnelle qui ont pour sources le crash boursier final et le licenciement.


La catastrophe « boursière » est telle la porte de sortie du capitalisme ? un moment de sa remise en cause ? (5)

Ce monde des antinomies, c'est à dire des choses contraires et inconciliables et sans liens, permet de justifier d'en éliminer une partie, sans en éliminer l'autre (6). Cette méthode d'analyse du réel pétrifié dont le psychologisme du film constitue la méthode d'approche est propre à la pensée bourgeoise. Il s’agit d’une articulation de processus mentaux liés à une position de classe qui permettent à un monde et à ses représentations de tenir debout, c’est à dire d'être légitimées, conservées et en aucun cas dépassées (ceci parce que le capitalisme est perçu comme naturel et a-historique et nécessaire (7) ).

Elle empêche de comprendre la dialectique de la fameuse économie réelle (dont il faudrait partager “équitablement” les “fruits” d’un arbre pourri ?) et de la virtuelle comme profondément liées et indissociables.

La possible solution humaniste proposée par le scénario de J. C. Chandor, comme une intervention humaine qui briserait le cercle infernal du suivisme et de l'arrivisme s’évapore au fur et à mesure. Il ne reste plus que la panique bancaire et finalement un univers de guerre permanente synthèse plausible et réaliste entre Mad Max et Blade Runner ou la seule compassion envisageable est celle avec les chiens.


L’Idéologie de la corne d'abondance.

Les traders sont des troupes de chocs d'un capitalisme sans chars ni bombes dont les dégâts réels sont virtualisés grâce à la mission supposée qu'ils rendent au “monde libre”. Le film propose donc ouvertement que le "dérèglement" du capitalisme est la perversion d'un supposé marché sain et fluide, et que la rupture du pacte moral et vertueux de la richesse possible, cette "éthique du trader" serait brisée par la personnalité sans "principes" ou perverse d'un big boss. Ceci avec quelques complicités bien sûr ...parce que tous y croient quand même à ce "rêve" de l'accumulation et de la puissance mais elle est aussi et surtout le cauchemar des autres c'est à dire de l'immense majorité.


1 - Journaliste sur France Inter (Las bas si j'y suis) et à Fakir. Apôtre de "la" frontière et du protectionnisme. Qui s'étonne que la CGT s’il vous plaît ! ne prévoit pas de grèves ou d'offensives après les élections présidentielles de mai 2012....Pour entendre ce dernier se prendre une leçon de lutte des classes par le politicien rabateur du PS, Gérard Filoche écoutez donc L’émission Las Bas si j’y suis. Les financiers au coin du bois (II) Le mardi 15 mai 2012 . http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2462

2 - Credit default swap

3 - Contrairement à ce que n’est pas loin de penser un Robert Kurz p137 in vies et mort du capitalisme Editions Lignes 2012.

4 - Voir le moment ou le jeune trader plutôt doué en calcul mathématique vient annoncer à sa hiérarchie qu'il a un doctorat en construction de fusées....exemple typique selon le réalisateur de l'économie réel...les fusées !


5- Conseil de lecture : Comme la grenouille sur son nénuphar Tom Robbins http://www.gallmeister.fr/livre?livre_id=483
comme ça en passant.


6 - “Mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance" le 22 /01/2012 - François Hollande.


7 - Nécessaire à la domination de classe. La totalité capitaliste organise la reproduction des infra-structures et super-structures de légitimation. (idéologies, rapport de force, juridisme, armées, mise en condition, exploitation etc...)

jeudi 17 mai 2012

DEMOCRACIA TOTALITÁRIA por João Bernardo

DEMOCRACIA TOTALITÁRIA

Teoria e Prática da Empresa Soberana
por

João Bernardo


PORQUÊ ESTE LIVRO?

Não era minha intenção voltar ao assunto, depois de já ter escrito tantas páginas sobre a soberania das empresas que em diversos livros e artigos eu denominei Estado Amplo, em oposição ao Estado Restrito, que seria o aparelho de Estado clássico. Outro tema me tem ocupado agora, muito distante deste, e nem me agrada retomar uma questão quando ela me parece suficientemente analisada nem gosto de deixar um trabalho em suspenso para me lançar noutro. Mas é sabido que a história nada respeita, muito menos as preferências individuais, e o que sucedeu nos últimos tempos, desde os atentados de 11 de Setembro de 2001 em Nova Iorque e em Washington até à conquista do Iraque pelas tropas norte-americanas e britânicas, obriga a uma profunda reflexão. [suite]

vosstanie.org

dimanche 13 mai 2012

La lettre ouverte de Gorter: Tenants et aboutissants

Le texte de Serge Bricianer que nous proposons à la lecture ceci au format de fichier PDF est extrait de la brochure d'Herman Gorter et de sa lettre ouverte au  camarade Lénine (brochure éditée chez Spartacus et disponible - B 109). Ce texte introductif  au volume à le mérite de re-contextualiser le texte de Gorter mais pas seulement puisque il analyse les positions et les perspectives après l'échec de l'action de Mars, ainsi que les retombées.

Ainsi Serge Bricianer pouvait-il conclure:

" Certes, il serait aberrant de vouloir restaurer la tradition du communisme de conseils, morte avec la période qui l'a engendrée. Mais aussi quelques-unes des notions élaborées par ce mouvement conservent en dépit de tout un pouvoir d'éclairement d'autant plus précieux que la possibilité de revoir un affrontement massif du nouveau et de l'ancien n'est nullement exclue dans la période historique qui s'ouvre de nos jours. En ce sens, et même si les moyens de diffuser ces notions restent dérisoires, la lettre ouverte de Gorter, ses tenants et ses aboutissants, permettent de jeter un regard autre sur les modalités concevables de luttes ouvrières qui quitteraient enfin le terrain de la défensive, inhérent aux conditions du Capital, pour occuper celui de l'offensive." 



vendredi 4 mai 2012