dimanche 31 août 2014

La synthèse des faux-culs

La synthèse des faux-culs
A propos de: Affinités révolutionnaires Nos étoiles rouges et noires. Editions Mille et une nuits

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Quand un adorateur du stalinien Guevara, adepte du plateau de M.Drucker, vient expliquer dans les shows mondains qu’il ne confond pas la gauche et la droite et donc invite à voter Hollande ceci entre deux trois commentaires sur la belle passe de tel ou tel joueur de foot payé des millions, s’associe avec le promoteur de la théologie de la libération, défenseur depuis 45 ans du christique Che en cumulant le pompeux titre de professeur émérite expert en embaumement de la pensée des révolutionnaires,   tout en adhérant au NPA (1), il y a de quoi se demander de quelle came (encore) frelatée il s’agit ici de nous refourguer ?

Pour un anarchiste intelligent la “synthèse” ça le connaît. Solution de détresse du mouvement anarchiste en décomposition, elle a été la gélatine intellectuelle sortie du cerveau de Sébastien Faure, qui a permis de faire se maintenir dans la flasquitude, toutes les tentations d’inaction ou d’actions molles. Mais elle a aussi permis toutes les audaces caricaturales à faire rougir un bolcheviks, comme celle d’un Georges Fontenis lassé de tant de jelly politique et de Joyeux-series.

Peut-être aussi n'est-til  pas question de résoudre toutes les “antinomies” dans une perspective toute Proudhonienne. Proposition que n’a manifestement souhaité suivre Piotr Archinov.

Pour un marxiste non moins idiot, une synthèse puise sa source dans les fondements d’une problématique Hegelienne et sonne comme dépassement de la contradiction des éléments opposés, qui sont à la fois affirmés et éliminés et ainsi maintenus, non hypostasiés, dans une synthèse conciliatrice voir même réconciliée. Ceci donnant lieux à toutes les “subtilités” c’est dire la recherche “professionnelle” et militante des contradictions dans les innombrables recoins de la matière sociale ceci jusqu’au niveau moléculaire. La synthèse “marxiste” a aussi été un moment Loi d’Etat et justification de la saloperie, au nom d’une dialectique rédemptrice qui allait dans le sens de la flèche du temps en direction de L’Histoire faite par le Parti.

Guevara éternel.... policier.
Pour quelqu’un qui ne serait pas particulièrement anarchiste ou marxiste il y a vraiment de quoi se méfier du mot de “synthèse” surtout quand celui ci est manié par des politiciens d’extrême-gauche (2) qui tapinent pour la gauche du capital tout en pleurnichant ensuite sur la nième “trahison”. 

Nous n’avons bien sûr pas attendu M.Löwy et O.Besancenot pour regarder les faits historiques le plus objectivement possible, c’est à dire au delà de toute justification historique, loi de l’Histoire ou des jeux de pouvoirs, ceci sans tomber dans le panneau du qui a tort ou raison.

Les courants dont ils sont les héritiers ont pour matrice un sens de la “stratégie” qui nous est étranger, lit de tout les opportunismes. Qu'ils déguisent cet opportunisme en auto-critique ou en repentir n'a pour conséquence que de nous conforter dans cette tentative de contre-façon politique qui s'incarne toujours dans la même démarche publicitaire et médiatique.

L’illustration de cette assertion c’est aussi de déformer les parcours. Comme par exemple celui de Walter Benjamin qui s’il peut être considéré comme un “libertaire” dans l’acception très très large du terme ceci en comparaison d’une orthodoxie marxiste d’une époque, n’est pas le “marxiste libertaire” qu’ils prétendent. Car l’étiquette racoleuse ne dit rien de la complexité de ses influences, de son parcours et ne participe que d’amalgames et de raccourcis surtout quand on sait ses relations avec Adorno, Bloch, Brecht etc... 

C’est ici que nous attaquons cette notion de "marxisme-libertaire" chère aux deux promoteurs de ce faux dépassement forcement foireux, qu’ils ont bien sûr préféré à “communisme libertaire” ou soyons aussi délirant qu’eux “d’anarcho-marxisme”.

Obligatoirement foireux car qui sont-ils pour proposer cette invitation en dehors des pratiques radicales des prolétaires? Cette invitation aux odeurs d’oeucumenisme politicien n’est en rien aux couleurs de l’intelligence. 

Même si nous avons nourri notre imaginaire du fameux livre sur l’Anarchisme de Daniel Guérin nous ne faisons pas de celui-ci un “théoricien” particulièrement averti de Marx et dont les aventures et les compagnonnages politiques ont été aussi divers que complexes et n’ont à notre avis, fait qu’apporter de l’eau au moulin de la confusion politique. D’ailleurs nous ne lui connaissons pas (de sa plume)  d’ouvrage équivalent “marxiste” à sa célèbre et stimulante anthologie de l’anarchisme

Le projet des deux compères s'inscrivants dans la proposition de Daniel Guerin s’affirme finalement assez clairement. Dans son sillage peut-être s’agit-il de créer un nouveau PSOP ? pourquoi pas un nouveau laboratoire / auberge espagnole de la récupération politique comme le PSU, dont les ambitions n’ont finalement consisté qu’a être la voiture balais du PS.

S’il faut un jour dépasser quelque chose cela ne sera pas avec leurs propositions au relent de pâté d’alouette électoraliste. La seule chose dont il faut faire l’éloge et non la synthèse c’est de la nuance et de la complexité. De la mise en adéquation des moyens et des fins. C’est à dire de dénoncer la manière qu’ont les partis à vouloir contrôler, structurer et synthétiser, c’est à dire réduire la richesses des pratiques et des idées. 

Le “marxisme libertaire” n’existe pas et nous ne le cherchons pas particulièrement dans un Marx libertaire pas plus que nous nous intéressons de “marxiser” l’anarchisme. Il existe autant de dépassements que d’individus qui se rencontrent et se rencontreront dans le combat de classe, et c’est à notre avis sur ce seul dépassement qu’il faut compter.


(1) Parti "anticapitaliste" qui pense que détruire le capitalisme c'est taxé le capital.
(2) Politicien d'extrême gauche c'est à dire l'extrême gauche du capital.


samedi 28 juin 2014

Emission de Radio Vosstanie du 28/06/2014

RADIO VOSSTANIE ÉMISSION 

DU 28 JUIN 2014 à 21H 


DU SON - DE L'ACTU - ET DES DÉBATS...

INVITES


Emission en Téléchargement 
291 minutes

Thèmes:

Intro - Remerciements - Présentation des invités - Le "bom" foot comme contre feu des luttes au Brésil - A propos de Manhattan folk story de Dave VAN RONK - Le 1er Mai libertaire à Paris comme toujours: rien...- L'actu du "28 Juin": L'autogestion et sa foire - L'anti-fascisme sauce Conex et les dix thèses sur l’extrême droite en Europe de M. LOWY- Un étrange tract d'un groupe "Luxemburgiste" - La grève des cheminots et L'appel du 19 Juin (in situ avec le Garap) - A propos d'une incursion dans un débat/farce de présentation du livre La Grande dévalorisation de Ernst Lohoff et Norbert Trenkle - S'organiser pour quoi faire ? (introduction sur la brochure Le militantisme stade suprême de l'aliénation ) - Sur le mode d'organisation grandeur et limite - Quoi faire et quoi dire ? - Du communisme comme perspective. etc ...

dimanche 22 juin 2014

Du "bom" foot jusqu'à la nausée.

De CQFD à Libération c'est le consensus. Il y a d'un côté le bon foot, le "populaire" avec ses idoles aux idées généreuses, un foot des favelas, des miséreux, des petits qui rêvent, "le foot qui relie les hommes", (Nous éviterons ici de parler de la bêtise du foot auto-géré et autres débilités du même acabit *) de l'autre le mauvais, le foot de la finaaance, le foot des puissants, des capitalistes, un foot pervertit par les salaires astronomiques des joueurs (qui gagnent trop), la corruption des instances d'administration du foot planétaire etc...

Dans cette histoire religieuse du foot il y a eu un âge d'or et des saints. Dont l'un des apôtres "non-progressiste" comme Jean-Claude Michéa, nous livre ici et là quelques psaumes aux versets Camusiens. Un foot Maussien (donner recevoir rendre le ballon) un foot "pur", dont il faudrait se débarrasser des mauvais côtés pour retrouver son essence, son esprit.

Le comble de la peste émotionnelle sportive (1) c'est de voir se côtoyer par médias interposés un Cohn-Bendit et un Michéa pour défendre le "beau jeu".

Quant au révélateur de cette "actualité" c'est finalement de comprendre que le dispositif intellectuel et politique des milieux "radicaux professionnels de la démerde" ainsi que celui des défenseurs du marché à visage humain, est le même. Tous sont d'accord pour retrouver ce bon vieux "foot de papa". Celui du bon "vieux temps", celui de l'après guerre, un foot de type CNR quoi ! (Conseil national de la Résistance).

Le problème c'est que le foot n'a pas de visage même si le ballon est rond. Car le terrain de foot c'est la guerre, les frontières et les drapeaux, la xénophobie mais aussi et surtout ....le capitalisme. "Le mondial" en est sa manifestation aussi sémantique que concrète.

Le foot des "riches" comprend celui des "pauvres" et son roman populiste. Comme l'accumulation des richesses d'un coté sous-tends la pauvreté à crever des autres, et dont la figure démagogique est celle petit patron individuel démerdard ou celle du "petit radical filou" qui passe au travers les gouttes du salariat. Pour les amateurs de foot de "gôche" ou "radical" peut-être faudrait-il simplement liquider les pauvres pour que nous soyons tous riches ou pour se débarrasser de la misère ? C'est hélas les conclusions qu'ils nous font tirer avec ce genre d'analyses ras le gazon.

La "radicalité"(2) n'est pas une "pose", il s'agit simplement de tirer des conclusions honnêtes d'un raisonnement ici politique. Le seul avantage d'avoir des nausées dans ces moments-là, c'est de savoir qui nous allons bientôt "vomir" mais surtout, elles nous permettent de comprendre très rapidement que les épiciers de l'esthétique subversive ou branchés ne peuvent servir qu'une soupe rance faite avec les légumes pourris du Marché. Le consensus marchand et la survie du petit commerce obligent.


*

NOTES


* Comme "la boxe populaire anti-fasciste" ! Grand fantasme militaro du milieu gauchiste qui sur ce terrain s'est toujours fait dépasser. Alors que le "coeur" se trouve au niveau de l'attaque collective des rapports de production pas du corps à corps individualiste. Nous attendons avec une certaine impatience le prochain groupe de zozos qui sortira un "Rugby communiste libertaire" ou le "free fight anarchiste". mdr.


(1) On pourra lire: Les Meutes sportives : Critique de la domination Jean-Marie Brohm Editions L'Harmattan ou La tyranie sportive : Théorie critique d'un opium du peuple Editions Beauchesne ou visiter le site de la revue Quel Sport ? et les contributions de Fabien Ollier à ce sujet.

(2) Radicalité au sens de: prendre les choses à la racine. Pour être assez franc l'actualité foot-babalistique ne nous intéresse absolument pas. En revanche cette manière de traiter des questions de l'économie-politique par le biais d'une technique de vendeur d'aspirateurs et du pied dans la porte ou la technique du "versus" celle du "contre" ou du mauvais et du bon coté "de" est des plus qu'affligeante intellectuellement. Par exemple pour les aficionados de ce genre de proudhon-neries voici une liste de thèmes qu'ils peuvent traiter comme ils le souhaitent. (L'esclavage, le fascisme,  la coupe iroquoise, les jeans, la musique folk, l'énergie nucléaire, la guerre d'Espagne, François Ruffin, la samba, etc...)




 Copa para quem  


Complément.

Pour affiner le propos et pour ceux qui veulent réfléchir au-delà des facilités de lectures ou d’interprétations. Entendons ici que les figures du "radical filou" ou "des professionnels radicaux de la démerde" sont comprises dans le "spectacle"  de la "réussite sociale" ou "du travailleur fier et digne" elles s'articulent, s'entretiennent. Vouloir dénoncer l'une sans l'autre c'est comme de dénoncer le "mauvais foot" sans liquider le "bon". Ces figures s'alimentent comme de fausses oppositions, contestations, qui restent toujours dans le cadre de la saloperie marchande et permettent à cette totalité de se légitimer. Ne pas le comprendre (alors que nous sommes nous mêmes précaires et/ou sous-payés à faire des boulots de merde) c'est ne rien comprendre au totalitarisme de la marchandise et de ses messages, injonctions ou de sa mystification. Moraliser les moralisateurs, du foot, de "l'idéologie de la démerde" comme esthétique ou fausse subversion ou de la "finance à réguler", c'est aussi dénoncer les tartufes de la critique sociale et de l'économie politique, qui font toujours la moitié du chemin ! Le véritable question c'est pourquoi ? Un "pourquoi" qui tire à plus de 10.000 exemplaires et dont nous devrions sans broncher accepter le point de vue (et son "vu dans la presse"). Pour ceux qui veulent polémiquer avec nous quant aux "vertus" du salariat et du "travail comme valeur" (c'est à dire comme idéologie mortifère) et pas comme "Valeur travail" (là il faut relire Marx) veuillez vous rendre sur l'onglet nos positions pour éviter toute perte de temps. 
L'ironie de l'histoire c'est de faire passer toute critique pour du "ressentiment" ceci dans un rapport de force en notre défaveur. Le "psychologisme" en politique est une arme bien connue du déni du rapport de classe et des déterminismes. Nous pouvons ainsi élargir notre propos sur le foot jusqu'à l'idéologie de la "démerde individuelle" car cette approche méthodologique et critique que nous adressons aux postures "anti-travail" (1) n'est absolument pas souhaitée, désirée (2) par la majorité des prolétaires, mais subie ! (3) Attitude que nous renvoyons ainsi à son pendant, c'est à dire l'idéologie du travail
Nous ne défendons pas plus une position politique qui serait celle de "l'anti-anti-travail" tout aussi inconséquente, mais la disparition du monde qui permet ce types d'idéologies mainstream, comme celles de la caricature volontariste de l'écolo-gauchiste à poncho ou de l'honnête travailleur à salopette bleue. 

(1) Qui esthétise sa situation de classe, comme rapport au monde surtout quand elle intervient dans les structures journalistiques de "gauche" pour vendre des discours "radicaux" aux classes moyennes, qui sont elles dans des situations de confort. Stade suprême de la marchandise...comme toute l'industrie de la subversion d'ailleurs qui vient alimenter des représentations, mais aussi entretenir une certaine passivité dans cette consommation de succédanés de luttes, attitudes, modes.

(2) Et qui n'arrive décidément pas à "romantiser" cette situation contrairement aux "décroissants joyeux" souvent profs de facs ou aux mondains lookés précaires avec le porte-feuille de papa.

(3) Mot d'ordre toujours à remettre dans son contexte c'est à dire à historiciser, sous peine de virer au moralisme, mépris, élitisme de ceux qui ne pas peuvent assumer ce "choix" d'une période qui a été favorable à ce type d'attitude et qui reste de l'ordre de l'éthique et pas une solution politique, obligatoirement collective.




jeudi 12 juin 2014

Pour une critique de l'idéologie acataleptique

Pour une critique de l'idéologie acataleptique

"Il discourait un jour sérieusement et personne ne l’écoutait; alors il se mit à débiter des balivernes, et vit une foule de gens s’empresser autour de lui : « Je vous reconnais bien, leur dit-il, vous accourez auprès de ceux qui vous content des sornettes, et vous n’avez qu’insouciance et dédain pour les choses sérieuses." 


DIOGENE LAERCE, Vies et doctrines des philosophes de l’antiquité.
Livre VI - Chapitre II. DIOGÈNE - Livre VI (1 Antisthène - livre VI.


De nos jours l'accès à un courriel peut s'avérer être l’équivalent d”une véritable boite de pandore. Entre les réclames qui vous promettent un priapisme contrôlé et bon marché ou la perte inopportune de quinze kilos en quarante-huit heures, ont y trouve aussi très régulièrement des sujets qui éveillent autant la perplexité que l’interrogation, surtout quand ils vous convoquent sous la bannière de la provocation. Procédé si cher à la démarche publicitaire ! Ainsi il y a peu, nous trouvions, à coté d'un truc de “mère au foyer” pour avoir les dents blanches, cette invitation à la méditation acataleptique (1) : "Douter de tout… pour tenir l'essentiel".(2)

Ne nous revendiquant pas particulièrement de l'École du « marxisme des foutaises » et ne nous rendant que trop rarement sur les hauteurs de la Montagne Sainte-Geneviève.

Nous décidons alors de reprendre nos quelques vieilles leçons désignées par les anciens de propédeutique.

Nos idées bien plus claires, il nous fallait donc nous attaquer à cet ersatz d’aphorisme dont les ambitions imagées, flirtent plus avec le conte morbide pour enfants qu’avec la sagesse antique. Nous voila donc plongés dans une étrange science des interprétations. Trop peu familiers de la tradition occultiste, nous décidons alors d’en rester au niveau littéral de son interprétation. Laissant ainsi aux adeptes des acronymes foireux, le soin de tenir conférence, sans nous il va sans dire.

Ainsi comment peut-on “douter de tout, pour tenir l'essentiel” ? Parce que si l'on doute de "tout", l'essentiel doit aussi être "mis en doute" et alors avec ce "doute" plus rien n'est sûr....même cet "essentiel". Et nous voila alors à douter de tout comme de l'essentiel. Car la conséquence intellectuelle, (gageons ici de parler d'honnêteté) ne peut que nous pousser à interroger cet “essentiel” sous peine de faire la moitié du chemin de la remise en question. L'essentiel faisant forcement partie du Tout, pourquoi doit-on y "tenir" ? N'est-ce pas plutôt lui qui nous "tient" sauf à se balader tranquillement dans le "ciel" des essences et du doute. Enfin bref, etc...

N'avons nous pas là ce que nous pourrions appeler une forme de sophisme ?

Le propre de ce genre de figure rhétorique, proche du slogan (ou de la flûte théorique) n'a pour objet que de déclencher la sidération et de provoquer l'anéantissement de l'intellect et de la réflexion. Ceci au bénéfice d’une théorisation para-doxa-lement dogmatique puisque définitive. Le doute étant érigé en méthode d'analyse systématique. (comme nous l’avons démontré : voir ci-dessus).

Douter (surtout de tout) ne peut pas être une approche du réel et de sa complexité. Il faut lui préférer la construction d’une méthodologie pour éviter les régressions scolastiques. Mais surtout une pratique nourrie d'une théorie critique d'investigation du monde qui doit déboucher sur l’élaboration d'outils tranchants qui seront certainement émoussés et qu'il faudra perpétuellement aiguiser. Ceux-ci serviront à cette compréhension nécessaire d’une totalité en mouvement, dont il ne faut pas “douter” mais qu’il faut comprendre, expliquer, pour enfin se ré-approprier et donc dépasser l’Objet (ou son Sujet) qui permettra de transformer le réel existant. Car le doute systématique ne mène qu'à la contemplation et à l'inaction, au psittacisme (3). C'est un affect à peine pré-cartésien (4) du rapport au monde que nous pouvons volontiers qualifier de mystique, quand il s’applique au champ politique.

La lutte de classe ne se nourrie pas de « doutes » mais de combats et d'une praxis-processus. Cette lutte est le produit des rapports sociaux de production subit quotidiennement et du dressage total marchand. Son école c'est la rage et la souffrance, l'humiliation constante de notre Etre objectivé à chaque instant. C’est l’'impossibilité de joindre les deux bouts. Se sentir aussi merdique que ce que l'on “produit”. La haine de classe ne laisse pas de place aux doutes. Seulement à une tension rebelle vers le dépassement,  car nous n’en pouvons plus d’attendre. Le combat de classe impose plus qu’il ne remet en cause ou ne se tortille autour du doute, ce luxe. Voila pourquoi nous ne doutons de rien...n’en déplaise aux douteurs et aux douteux.


(1) Doctrine philosophique qui fait profession de douter de tout.

(2) Il faudra que l'on nous entretienne plus longuement sur ce Tout et sur cet essentiel…

(3) Pour s’en convaincre il est bon de se rapprocher de l’école antique de philosophique sceptique et plus précisément de Pyrrhon d'Élis "qui renvoyait à ses disciples ou à son entourage des perceptions paradoxales des situations les plus simples c’est à dire l’indifférence devant les trous ou autres dangers entravant son chemin, ou encore devant la noyade d’un de ses amis incapable d’embrasser l’ataraxie du sage au milieu d’un bourbier marécageux."

(4) Descartes écrivait déjà en son temps « Au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » critique toujours féroce et valable de qui vous voudrez ceci pour le sujet qui nous intéresse. Pour une critique du scientisme (l’idéologie de la science) possible avec ce type de perspective, ou du reste, précisons ici que ce n’est pas l’objet du texte.

mercredi 11 juin 2014

Le Militantisme Stade Suprême de l'Aliénation - LA SUITE... ! (1974)

LE MILITANTISME
STADE SUPREME DE 
L'ALIENATION
-
SUITE...



A la fin des années 1990 le groupe A.D.E.L (Association Documentation Edition Liaisons) re-publiait le texte: Le Militantisme Stade Suprême de l'Aliénation pour continuer et achever notre démarche de l'époque nous livrons donc ici la deuxième partie du texte de l'O.J.T.R (Organisation des Jeunes Travailleurs Révolutionnaires) publiée en 1974. Cette deuxième partie éclaire bien sûr la première...


EXTRAIT 

"Bien que dans "Le Militantisme..." nous parlions d'action et d'organisation, il nous a été reproché de prêcher la démission et la passivité comme mode de salut. En variante, l'on nous a ac­cusé d'être en contradiction avec nous même et d'être les plus hypocrites des militants puisque nous critiquions le militantisme tout en continuant à agir.

Nous n'avons pas fait la critique de l'action mais de la passivité.

Ce n'est pas nous ce sont les militants qui ont proclamé leur activité distincte, complémentaire et supérieur à celle qui serait spontanément inorganisée de la classe. Ils l'ont appelé "militantisme". 

Nous n'avons fait que dire que l'activité prolé­tarienne spontanée, même si elle s'exprime encore bien timidement, est DEJA communiste et que, au contraire le militantisme ne l'est pas. C'est du délire que de prétendre contre nous, avoir le monopole de l'action et donc de se substituer totalement à la classe. Se poser la question « que faire? », courir après l'action, c'est montrer que l'on est séparé du mouvement communiste. Le communiste, même s'il a une stratégie consciente ou s'il s'occupe de théorie; ne sépare pas son activité des motivations, de la situation qui le pousse à agir. Le militantisme, du point de vue du commu­nisme, c'est à dire aussi du point de vue des besoins du militant ce n'est pas l'action, c'est s'agiter pour ne pas changer. Autant que les militants proprement dit, la brochure a dérangé cette couche de sympathisants qui baigne dans l'idéologie militante sans vouloir en payer le prix. On s'enrage d'autant plus de voir le militantisme mis en cause que l'on se sent coupable de ne pas militer."





EN TELECHARGEMENT


Nous tenons à remercier notre camarade John sans qui la mise à disposition de certains documents ne serait pas possible.

dimanche 18 mai 2014

Lettre sur l'auto-gestion

Lettre sur l'auto-gestion.
Extrait de correspondance sur un vieux débat.


Je te fais une réponse la plus courte possible. Tu vas la trouver très réactive et pas vraiment argumentée d'un point de vue historique mais j'en ai marre des citations pompeuses et érudites, mais aussi de cette rhétorique mielleuse «des gens sympas» qui veulent que les choses viennent «vraiment d'en bas», parce que c'est vraiment trop mieux et «démocratique».

Que tu te pointes à «l'autogestion de la foire» c'est ton problème. Mais ce qui m'embarrasse c'est que les anarchistes et autres libertaires s'y pointent et se prosternent ou dissertent devant ces formes d'organisations, de gestions, et qu'ils en fassent la préfiguration de ce que pourrait-être une société communiste. Cela me gène profondément. Une forme ne dit rien de ce que peut-être une société débarrassée du fétichisme de la marchandise. D'un point de vue épistémologique c'est même un non-sens. Car les paramètres de réflexions ne sont, à mon avis, pas les bons.

Que tu mettes un autre contenu à l'autogestion n'y change rien. C'est la manière dont est posée l'autogestion par ce milieu. Ils pensent vraiment que la forme préfigure le possible. Alors que si tu changes ce «possible» c'est le tout qui est à revoir ou qui sera revu. Je n'y vois pour ma part que des présupposés a-historique de forme fétichisées.

Dans cette histoire la bonne volonté, les énergies «positives» sont censées faire le reste. C'est une forme empirique et idéaliste de la pratique politique. Et de s'étonner après que cela «fonctionne» (faut voir comment et combien de temps) ou pas, alors qu'il y a plein de données sur le fonctionnement du process capitaliste sur lequel ils ne réfléchissent pas. 

L'interrogation sur la forme, se fait uniquement au niveau du pouvoir et de la domination au sens large du terme, et absolument pas au niveau de la logique d'accumulation/valorisation qui dicte sa forme. Ce que je ne comprends pas plus, c'est que toutes les expériences présentées qui s'inscrivent dans le capitalisme (et comment pourrait-il en être autrement), sont censées faire du profit ou viser l'équilibre de la rotation de flux d'argent et que même si elles sont toutes anti-hiérarchiques ou à égalité de revenus sur le papier ou dans le cerveau des militants, ils appellent cela «auto-gestion» mais ils pourraient nommer cela coopératives, mutuellisme, ou simplement «notre trip entre copains». Mais pourquoi n'accorderions-nous pas sémantiquement parlant à ces différentes formes d'alternatives à l'administration du capital ce qu'elles sont littéralement et étymologiquement c'est à dire : « Qu'ils gèrent eux mêmes ». Mais que gèrent-ils ?

Je concède tout à fait à l'autogestionnaire de base de vouloir s'aménager son labeur pour qu'il soit le moins pénible possible, mais j'aime aussi qu'il ne me prenne pas au passage pour un imbécile. 

Quand on se penche en toute sincérité sur toutes ces initiatives, il y a toujours des patrons et des employés bien souvent cachés grâce à la science juridique, ou des chefferies informelles liés à l'ancienneté ou à la spécialisation technique. Et puis il y a cette double contrainte de bouffer et de rendre grâce à la sainte autogestion comme militant, jusqu'au point d'avaler de grosses couleuvres autoritaires et arbitraires pour rester debout et de pas perdre la face. Parce qu'il faut voir le temps que ces "militants" apôtres de la bonne parole y passent ! Il est systématiquement le double du temps de travail dit normal. Après le boulot, le militantisme et ainsi de suite. Ne cachons pas que certains sont souvent payés au lance-pierre avec des contrats aussi merdiques et précaires que les autres boites. Certains militants «y trouvent leur compte» pour un temps, ils se rétribuent symboliquement, et arrivent à le monnayer dans les cénacles activistes du «tu fais quoi toi ?». Puis il y a le retour du refoulé...faut bien de la tune pour croûter. Le chantage affectif d'un milieu groupusculaire se charge de faire le reste. Quitter un boulot dans ces sphères c'est rompre avec des ami(es) et ses solidarités tribales qui n'ont rien à voir avec l'épanouissement personnel mais avec une tyrannie du collectif, recroquevillé sur une idéologie en décomposition.

Pour faire bouillir les marmites du futur il y a des champions qui arrivent à remplir des livres entiers. A ce compte là je préfère encore la douce rêverie. Non que je sois pour un au-delà ou que j'attende le Grand Soir qui ne viendra peut-être jamais. Mais je refuse aussi bien l'injonction morale de l'ici et maintenant illuministe, que la religion sacrificielle du demain on rase gratis. Ma problématique c'est plutôt la lucidité quant à l'ampleur de la tache historique qui nous attends. La dénonciation des simplismes, des mensonges déconcertants, des tartuferies qui se déguisent sous le masque de la générosité niaise ou simplement sadique. Non que le soupçon soit une de mes méthodes d'analyse systématique. 
Mais parce que quand une pratique sociale gagne en poids spectaculaire en période de reflux il faut toujours savoir qui en sont les promoteurs et pourquoi. Qu'elles sont les classes représenter dans la promotion de ces pratiques, leurs liens avec les structures étatiques ou décisionnaires du capitalisme à dominante étatique ou privé. 

Ne nous cachons pas le fait que la plupart des initiatives dites auto-gestionnaires relèvent du secteur non concurrentiel ou local, associatif et que la fluctuation des matières premières ou la concurrence, se chargent à chaque instant de remettre à sa place toute les postures entrepreneuriales qui s'alimentent de cette rhétorique marketing pour gauchiste naïf.

Je te concède un truc, c'est que la notion d'auto-gestion est moins entachée que celle de communisme. Mais si le dénigrement vient de la réaction et des parasites capitalistes c'est presque de bonne guerre. Et je ne m'attend pas à moins de la bourgeoisie et de ses représentants. Mais je considère qu'il est presque plus important de combattre la petite bourgeoisie radicale (parce que là aussi il y a de la lutte des classes) qui se sert des étiquettes racoleuses pour faire passer la pilule d'une entreprise relookée aux couleurs du « soi-même », où le néo-management de l'empowerment fait des ravages.

Ces entreprises «autogérées» sont souvent des laboratoires avancés de pratiques sociales les plus dégueulasses où l’impunité et le consensus règnent par la terreur du mythe.

Tu me parleras alors «d'auto-gestion généralisée» chère à Ratgeb. Mais cela sonne à mes oreilles comme une forme de truisme démocrate pour cour de recrée. Un truc qui résonne comme un «3 pour 2 achetés», c 'est à dire comme un slogan publicitaire. Ceci est encore plus vrai avec ce qu'est devenu ce pauvre Vaneigem et sa prose politique de brave pépé hédoniste. C'est à dire que l'on touche aux formes paroxystiques du subjectivisme tout à fait à même de produire un concept valise pour politicien bourgeois comme pour des supermarchés...

Je reviens quand même au contenu de l’auto-gestion dont tu me parles avant de conclure. Toutes les expériences «autogestionnaires» historiques se sont passées dans des moments particuliers d'affrontement avec le capital comme solution de «gestion» de l'urgence et du lendemain. Qu'il faille manger demain matin c’est bien vrai, mais il faut que l'on cesse de parler de communisme à ce sujet.

De gestion de la pénurie sous des formes anti-bureaucratiques me paraît plus honnête. Et encore ! Il faut voir ce qu'il y avait là-dessous le plus souvent. Une lutte pour la production et la militarisation du travail en vu de l'effort de guerre ou du sauvetage de l’économie « nationale ». 

Tu ne me feras pas avaler que «l'autogestion» de l'hôtellerie de luxe ou des usines de fabrications  de téléphones à Shenzhen par exemple soit un pas vers le communisme. Je pense que le communisme sera une société d'abondance plus que de la misère ou de la frugalité, même joyeuse, contrairement à ce que n'arrêtent pas de nous seriner les décroissants alter-gestionnaire. Les besoins et les désirs seront redéfinis. Non pas par l’État, tu t'en doutes comme beaucoup auto-gestionnaires chavezo-compatibles le pensent, et qui ne sont que le faux nez de nationalistes «nationalisateurs», ceci pour des raisons d’intérêts de classe évident et de domination politique. 

Tu me parleras alors peut-être de redéfinir plus «justement» le caractère plus «généralisé» ou « total » de cette fameuse «auto-gestion».

Mais il sera très difficile de redéfinir un terme dont toute la gauche du capital se sert et qui croit être du coté de la générosité et de la vérité, alors que ses seuls souhaits et perspectives c'est d'administrer la saloperie marchande d'une manière plus «généreuse». La seule perspective que je pense valable pour le moment c'est d'au moins définir négativement ce que n'est pas le communisme

Ce n'est pas un hégelo-marxisme mal dégrossi que mon positionnement, mais je n'ai pas envie de céder à l'esprit du moment qui nous incline à être positif ou constructif. Je crois que la période nous invite plus à nous battre sur une perspective globale et totale que de nous accrocher à des formes obsolètes, ou certains mots dévitalisés par l'histoire et les bourgeoisies. Ceci parce que c'est aussi le mouvement social et ses luttes qui dictent ses formes. Peut-être ne seront-elles pas aussi démocratiques que les bureaucrates de l'autogestion l'exigent, mais elles seront, ceci je n'en doute pas, si violentes et si féroces que les gentils humanistes de la gestion n'y comprendront plus rien, ceci parce qu' il n’y aura rien à contrôler ni à gérer, personne face à qui récla­mer l’au­to­no­mie.