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Prochaine émission: Entretiens avec João Bernardo - Prochain son de Radio Vosstanie le 25 Avril 2018 à 14h.

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jeudi 15 mars 2018

Le problème avec les “sujets de la marchandise” - Point de vue image de classe (22)

 Le problème avec 
les “sujets de la marchandise” 
Point de vue image de classe (22)


Il y a des gens qui font profession d’écrire, d'autres qui écrivent pour écrire.

Je crois écrire essentiellement pour ne pas me décomposer ou pour me recomposer.

Il n'est pas rare de sortir du travail légumisé par la fragmentation des tâches qui fusent dans cet espace imposé, et qui ne me laisse même pas l'opportunité de me curer le nez quand je le souhaite.

Je n'en finis pas de répéter le même geste, de dire les mêmes inepties, et si j'ai accès à un clavier je dois bien constater que les réponses automatiques des messageries électroniques paramétrées par défaut se trouvent être bien plus créatives que mes propositions.

Par moment il m'arrive de souhaiter être un robot. Pour ne plus rien ressentir, ressasser. Pour ne plus être touché par l'agressivité imposée par le rythme du travail et qui rends encore plus cons les abrutis.

Je crois poser une distance en alignant des mots alors qu'il ne s'agit simplement que me défragmenter pour => Démarrer comme un => Programme et être un => Accessoire au service de la “rationalité” marchande.

On me demande implicitement de "lisser" au boulot, c'est à dire et de me comporter comme un robot humain ou alors un humain robotisé je ne sais plus vraiment ou peut-être que je sois aussi "fluide" qu'une tablette sous Android ?

J’utilise d’ailleurs les deux options pour me défendre contre les attaques liées à la “productivité”. Ça frotte "donc je suis" pourrais-je encore m’émerveiller me consoler et me faire dire que le cluster humain que je suis pense encore !

Mais ne m'utilise-t-on pas parce que “je pense” ou que je crois que je pense et pour ce que je ressens, c’est à dire pour ma plasticité psychique autrement dit ma manière de construire, en fonction des situations une réponse non de robot mais personnelle, idoine, faisant intervenir mon histoire, mon affectivité ceci pour la mettre au service de situations relativement cadrées et reproductibles mais donnant l’illusion d’une humanité ou d’une attention spécifique ?

Et si le grand tour de force du capitalisme et de son processus n’était pas tant de faire de nous des “objets” mais de nous faire croire que nous sommes des “sujets” ?

Un “objet” ne désire pas, ne souhaite pas, ne croit pas, ne s’imagine pas qu’il comprend, même si nous lui prêtons un tas de caractéristiques dites humaines.

Le problème avec les “sujets de la marchandise” c’est qu’ils sont tyrannisés par l’injonction à vivre comme des êtres dits “libres” avec ce fameux souhait contemporain et creux d’être “autonome” dans un monde capitaliste, tout en étant contraints de se vendre comme des “choses” ceci parce que nous sommes séparés, et dans l’impossibilité de vivre pratiquement hors de la logique de l’accumulation d’argent et donc d’être exploités.

On ne s’étonnera donc pas de la recherche de “solutions” dans les “communautés de la marchandise” au travers des médiations, représentations de celles-ci.

On parle souvent de réification c’est à dire d’être considéré comme une chose, un objet que l’on pose ici et là, que l'on utilise comme un moyen pour arriver à une fin. Cela peut être assez juste par moment. Mais si je souffre, si j’y pense et si ma chair est touchée n’est-ce pas aussi parce que j’ai de plus en plus conscience de cela ? Sans qu’une “autorité” autre que moi-même ne puisse prendre en considération ce qui m’arrive et même ne me décharge de ce que cela m’impose ?

Cette individuation ou subjectivation c’est à dire l’histoire qui nous porte et nous à séparé/arraché des communautés originaires et trop souvent idéalisés (archaïques, paysannes, familiales etc.…) a aussi brisé un cosmos, des arrière-mondes, des espaces, et modifié notre perception du temps jusqu'à casser un rapport au Tout, aux récits et peut-être aussi à l’engagement collectif pour la défense de certains idéaux de perfectibilité humaine.

Les lettres s'agglutinent et se collent pour finalement faire sens et donner lieu à une composition, à une forme de prise de recul. C’est peut-être le sens de ces mots qui me permettent de refaire aussi bien mon unité que de pouvoir me projeter avec d’autres et d'appréhender le réel d’une manière non parcellaire. Mais peut-être est-ce aussi le dernier refuge du prisonnier que celui d'écrire...?

Il s’agit encore et toujours de pouvoir transformer totalement notre monde, sans pleurer sur ce qui disparaît ou nous transverse pour réfléchir sur les potentialités et les perspectives qui s’ouvrent dans la contradiction (1) et briser définitivement toutes les taules.


Note.

(1) Il n'y a pas de "matrice", d’au-delà du monde ou de dualité. Il n'y a que la tension de la contradiction.