Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

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samedi 10 septembre 2016

Point de vue image de classe (16) - De la fluidité carcérale

 Point de vue image de classe (16)
De la fluidité carcérale


I. a quitté sa loge trop étroite de concierge du 20eme arrondissement. Le double digicode et l'entreprise de nettoyage ont accéléré sa motivation.

C'est sans diplôme qu'elle arrive au "pays" des parents, ce pays dont on part si massivement depuis quelques années et c'est là le plus grand des paradoxes.

Elle n'ouvrira pas la prochaine boutique de lunettes ou une pasteleria (1) qui fleurissent dans la ville, c'est donc un petit magasin de chaussures qui trouvera grâce à ses yeux avec l'argent qu'elle a accumulé en sortant les poubelles des quartiers bobo-isés.

Il parait qu'on fabrique des chaussures pas trop chères depuis quelques années. Mais le bazar "chinois" qui vient d'ouvrir dans la zone industrielle aura raison des ses velléités commerçantes.

Le retour "en force" de la fameuse chaussure portugaise c'est pour la grande ville ou pour autre part. On n’en finit pas de s’interroger: mais qui peut bien se les payer ces foutues chaussures ?

L'officine cède sa place à un "restaurant" hard-discount, à la signalétique agressive genre le restau pour les nuls.

La nouvelle tourne, la municipalité vient de signer un protocole d'accord et de collaboration avec Randstad, entreprise de travail temporaire pour un “centre de traitement”.

Call center. Son directeur national qui invite à "développer les compétences de tous ceux qui sont intéressés à rejoindre son équipe", a obtenu de la ville la création d'une forme triangulaire de béton et de verre, entourée d'un tapis de pelouse arrosé à heure fixe.

Cela tombe bien, le pré-requis pour le boulot ; avoir un français "fluide" qui coule. Et I. l'a.

Une petite épicerie/café a bien compris "l'affaire". Elle fait déjà face au bâtiment qui remplace l'ancienne gare ou les pavés de la ville s'accumulaient. On imagine déjà le lieu dans quelques années, comme ce vieux collège au bout de la ville, que le temps a déjà rendu aussi triste que carcéral.

On passe d'un côté à l'autre de la rue selon les heures. On attend sur les marches. On clope en s'interpellant en français.

- A demain !

I. sirote son café. La tronche du croissant c'est encore pas ça...

Il est 22h. Vu du dehors, l'immense et unique salle sans cloison se dévoile sous les puissants néons bleutés et les écrans allumés. Les bureaux collés les uns à côté des autres semblent ne former qu'une seule et même ligne.

Les interminables parallèles de sièges et de claviers laissent deviner de vastes allées moquettées de gris.



Sur le trottoir qui jouxte le blocos se sont accumulés depuis quelques jours les décors des prochaines festivités de la ville. On fignole les chars et autres carrioles colorées avec une attention particulière ceci jusqu'au moindre grossier détails.

Qu'importe la lourde chaleur de l'été. Les marionnettes géantes comptent bien défiler ce soir même si la peinture paraît luire et couler.

L'attente s'éternise. Un match de foot tire en longueur et fixe des grappes humaines et familiales aux écrans du contrôle. Les religieux à bougies semblent être concurrencés par les religieux à drapeaux.

Des groupes folkloriques rivalisent de couches stridentes et répétitives, pendant que des vendeurs de circonstance en profitent pour placer des petits tabourets en plastique à une foule de spectateurs retraités.
 
Entre les cris qui marquent une "victoire" que certains déclarent comme "historique" et les tambours des fanfares, on devine au loin un grand écran qui éclaire le grand parc de la ville. Les drapeaux s'agitent avec moins de frénésie, il est tard.

Les chars commencent à sillonner la ville. Les sonos crachent les nouveaux vieux tubes populaires que l'on pense avoir déjà entendu dix milles fois. Des jeunes femmes déguisés en fruits exotiques frétillent nonchalamment sous les yeux de quelques mâles entonnant un hymne aux relents d’alcool et de sueur.

De part et d'autre de la rue les foules ne savent plus pourquoi elles piétinent le téléphone à la main.

C'est la fin d'on ne sait quoi, et ça n'en finit pas de finir.

6h30. I. est déjà là, assise à côté des confettis de la veille. E. et I. se regardent. Elles manquent de se faire arroser en rythme. Il est temps de reprendre le micro casque, pour répéter les consignes en français dans le texte.

(1) pâtisserie