Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

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jeudi 12 mai 2016

Point de vue image de classe (15) : 23h16

23h16


Faut rentrer. Cette bière brune, légère et allemande n’en termine pas de soulever des questions dionysiaques. Au bout de trois le propos semble pourtant clair et joyeux, il est temps d’attraper le RER.

Pour une fois je trouve une place ça tombe bien j’ai mal au dos. Un type à la barbe hirsute et au regard congelé rentre précipitamment avec son journal gratuit du matin, qu’il ouvre et referme machinalement au même rythme que sa bouche molle, incontrôlable.

Lee Perry dans les oreilles je retire mes écouteurs. Une nana en traite une autre de "sale pute". Pas très très "tranquille" ce dialogue. Le type au regard de poisson me dévisage... du moins j’en ai l’impression.

Vient s'assoir un jeune gars 25 ? 30 ans ? Il commence à parler dans l’oreillette. Son propos est calme, posé. Je prête attention à un accent que je n'arrive pas à identifier. Peu importe. D'habitude rien de plus horrible que d'entendre les gens déblatérer sur leur putain de life à 23h16 dans le RER avec un mal de dos. Le mec n'est pas looké costard ou bobo-street même pas rap.

- Là ? Je suis dans le RER … Je suis parti à 21h15 du boulot…
 - ...
- Demain matin je me lève à 6h, et en plus je bosse samedi
- …
- Ouai, heureusement encore que j’ai trouvé un truc plus prêt du boulot... c’était pire avant
- …
- Quand j’arrive je me couche direct....

Encore un qui n'ira pas au colloque pour les 50 ans du livre Ouvriers et capital de Mario Tronti !! Que je me dis comme ça dans l' intérieur de mon cerveau de 23h25.

J'ai envie de lui demander dans quoi il bosse. Je me tâte, j'hésite. Je crois esquisser un signe approbateur de la tête mais celui-ci est resté coincé dans mon cerveau houblonné.

Il se lève à la cool, je re-balance le son dans mes oreilles. Il fait face à la porte du RER. Le son strident découpe le dub.

Je percute dans l'escalator… frère de misère.

La colère ne nous manque pas. Mais je suis anesthésié comme toi... de plus en plus. La fatigue me fatigue de plus en plus. Les interminables missels de la révolution circulent alors que je peux bien écrire mon dégout en une page. Elle serait beckettienne.

Estragon : Je ne peux plus continuer comme ça.
Vladimir : On dit ça.