Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

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dimanche 20 septembre 2015

Autonomie ouvrière et partis politiques (9)

AUTONOMIE OUVRIÈRE 
ET PARTIS POLITIQUES
  Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)



A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, le prolétariat a commencé à s’organiser autour de ces institutions unifiées qu’étaient les syndicats de l'époque. L'Association Internationale des travailleurs, fondée en 1864, dont le siège était à Londres, exprimait cette nouvelle réalité. Elle proposait l'unification mondiale de ces organisations créées dans la lutte d'usine.

Ces syndicats n’avaient rien à voir avec ce que nous nommons aujourd’hui par ce terme. Il s'agissait d’organisations anticapitalistes et non de structures bureaucratiques d’intégration des luttes au capitalisme.

L'écrasement de la Commune de Paris en 1871, et la répression massive déclenchée sur le prolétariat, coïncide avec l'apparition des premiers monopoles et du développement d'une classe de gestionnaires technocrates, ont été des facteurs qui ont rendu possible l'émergence des partis ouvriers.

Ils s’appelaient ouvriers parce qu’il s’y trouvaient dans leurs rangs des masses ouvrières. Mais uniquement au niveau littéral du sens, parce que dans leurs fonctions ils étaient identiques aux partis bourgeois. Ils proposaient le contrôle et la gestion de l'appareil d’État séparé de la masse des producteurs qui en restaient toujours éloignés.

Ces partis se sont développés dans toute l'Europe et aussi dans des pays comme les États-Unis et en Australie, par exemple.

À partir de 1899, ils ont commencé à se regrouper dans ce qu'on a appelé la IIème Internationale. Elle a existé jusqu'au début de la Première Guerre mondiale en 1914. Ce fut l’époque glorieuse du réformisme social.

Le parti le plus important de cette organisation internationale était le Parti social-démocrate allemand qui avait le plus grand nombre d’adhérents et comptait sur le fait d’avoir eu le soutien de Marx et d’Engels au moment où il fut fondé. Il avait comme grand idéologue Karl Kautsky, l’un des premiers à faire connaître l'œuvre de Marx en Allemagne. L'influence de ses idées était considérable.

D’une manière générale, nous pouvons dire que les partis que nous connaissons comme étant de gauche aujourd’hui sont tous nés à ce moment là. Tous, d'une manière ou d'une autre restent prisonniers de l'axe idéologique de la IIème internationale, comme ligne dominante.

C’est-à-dire celle de la classique séparation entre le politique et l'économique, où la non-gestion économique par les producteurs s’articule avec la non-gestion du social, du politique.


Cette séparation rend impossible l'extinction du politique qui découle précisément de la fusion de ces deux niveaux. Le communisme ne peut être compris que comme disparition du politique, qui se réalise par la gestion chaque fois plus directe des producteurs sur l'économie et toute la vie sociale en général.

Ceci se produit grâce à la disparition des intermédiaires au niveau économique (les technocrates et les capitalistes privés) et aussi les intermédiaires dans la gestion sociale (les politiciens professionnels).

Il est utopique de penser que le prolétariat pourra prendre le pouvoir politique d’une manière à chaque fois plus directe, sans prendre par la-même la gestion directe du pouvoir économique.

Maintenir la scission entre les niveaux politiques et économiques c’est empêcher que les nouvelles formes par lesquelles se réalisent l'extinction du politique ne se constituent en de nouveaux rapports de production.

Empêcher la mise en œuvre de ces nouvelles relations, empêche le développement d’un nouveau mode de production. En reproduisant encore les catégories du capitalisme , elles reproduisent ce mode de production.

L'axe idéologique de la IIème Internationale, qui est à la base des partis politiques de gauche, se définit dans cette symétrie entre la non-gestion de l’ économique et la non-gestion du politique par l'ensemble organisé de la classe travailleuse.

Ce système réalise idéologiquement les ínterêts de la technocratie qui se pense donc, non pas seulement comme une classe économique, mais comme un groupe politique indépendant aspirant à la direction du processus social. A partir de ce moment-là ces partis se sont considérés comme uniques.
En pratique, la reproduction de la scission économico-politique fonde institutionnellement le Parti et le pouvoir politique. Dans ce processus, il se crée le terrain où les technocrates vont se reproduire en oppresseurs dans le domaine politique, comme classe capitaliste d’État, dans la mesure ou elle possède les moyens de production par le biais de l'appareil d’État.

Ils privilégient un élément sur le tout social, les forces productives (la technologie au sens large), comme l'élément clé de la transition du capitalisme au socialisme. Renforçant ainsi le rôle social des technocrates, dont la raison d'être découle précisément du développement technologique. Simultanément ils défendent la représentation par délégation de pouvoir dans le Parti, en perpétuant ainsi les politiciens professionnels. C’est quand s’élimine toute possibilité d'action directe contre le capitalisme.

D'autre part, la conception de l’avant-garde développée par Kautsky et reprise par Lénine dans son fameux livre “Que faire?” Se fonde sur la négation d'une pratique prolétarienne anticapitaliste.

En d'autres termes, le prolétariat n’est perçu que comme un "agent de production" dont la pratique est réduite à la création de profit, ce qui implique la reproduction sans fin du capitalisme comme un tout.

Mais, si la classe ouvrière par elle seule n’est pas capable de lutter contre le capitalisme, elle n’est pas non plus en mesure de penser ce combat. Selon Lénine, la conscience révolutionnaire dépend de la connaissance des lois de l'histoire, de l'économie et de la philosophie; la connaissance à laquelle la classe ouvrière n'a pas accès.

En partant de ce schéma logique, il est légitime de formuler une vision globale critique extérieure à la pratique du prolétariat - la théorie, le socialisme scientifique - fruit de l’effort des intellectuels appartenant à la petite bourgeoisie. On justifie alors la nécessité d'introduire de l’extérieur la théorie du mouvement ouvrier, en attribuant au parti un rôle prépondérant dans ce processus.

Le parti apparaît comme le gardien de la vérité ouvrière. Celui qui doit la diriger et l’organiser à pour but de faire comprendre au prolétaire sa «mission historique» - la construction du socialisme.

C’est de là que vient la prétention des avant-gardistes à diriger les masses, selon les principes doctrinaux du parti. Mais aussi de vouloir subordonner la pratique prolétarienne à ce que le parti définit comme étant le “bon” chemin.

Comme cela est très difficile, ces partis sont toujours minoritaires. Ceux qui ont encore une certaine audience ouvrière fonctionnent plus comme des partis inter-classistes que comme spécifiquement ouvriers. Tel est le cas des partis socialistes et communistes européens, qui ont éliminé de leurs programmes la révolution sociale.

Par ailleurs, dans la mesure ou ces organisations exigent une homogénéisation de la pensée parmi ses militants, les constantes auto-critiques et purges caractérisent tous les partis qui se revendiquent du léninisme.

Privilégier l'action d’une avant-garde au détriment de l'action de classe c’est nier le potentiel révolutionnaire du prolétariat. C’est renforcer l'idée que la société doit nécessairement être divisée entre dirigeants et dirigés. Que la classe ouvrière sans une tutelle ne peut rien faire.

Si l’on considère l'histoire, on constate que ces idées ont toujours été utilisées pour justifier toutes les formes d'exploitation / domination, de l'esclavage jusqu’à l'oppression des femmes.

Quand on met en doute la capacité de la classe ouvrière à s’émanciper par elle-même, on met alors immédiatement en doute sa capacité à gérer l'économie dans la société que l’on prétend construire. Dans cette perspective, le socialisme devient très difficile, voire impossible.

Souvent, on identifie l'autonomie ouvrière avec le spontanéisme, ceci compris comme ligne politique et non comme action de classe.

Parler de spontanéisme c’est reconnaître que le prolétariat lutte indépendamment des partis politiques et des avant-gardes. Il lutte parce qu'il est impossible de ne pas se battre. Il sait que s’il ne le fait pas il peut être rongé par la pauvreté. Nous avons eu la tragédie de Vila Socó à Cubatão pour le confirmer, où des centaines de personnes sont mortes en raison de la précarité des installations d’Oléoducs de la Petrobras.


En fait, spontanéisme ou organisation est un débat inutile et déjà dépassé. Il n'y a pas de lutte sans organisation.

La question fondamentale c’est de ne pas confondre organisation et bureaucratie, mais aussi l’unité de la pratique avec le centralisme démocratique.

Les critiques développées ici ne sont pas limitées aux partis léninistes. Elle s’étendent à tous et à n’importe quel parti politique. Même ceux qui se disent être démocratiques et dont la fonction ne serait pas de diriger les masses, mais d'unifier les différents mouvements sociaux. Ou même ceux qui ne prétendent pas prendre le pouvoir d’État d’assaut, mais conquérir des espaces dans les institutions capitalistes, en particulier le parlement.

Du point de vue de l'autonomie des mouvements, il ne s’agit pas de conquérir des espaces sur le terrain des classes dominantes, mais de les détruire, tout en créant simultanément de nouvelles formes fondées sur la démocratie directe.

Celui qui, au lieu de lutter contre l’État, y participe, renforce et légitime l'existence des conditions du capitalisme.

Toute pratique partidaire se base sur la représentation par délégation de pouvoir.

Mais qu’est-ce que le pouvoir? Le pouvoir on l’a ou on ne l’a pas. Et quand on le délègue, on cesse de l'avoir.

Cette idée de la délégation du pouvoir n'a pas de sens. C’est la bourgeoisie qui s'accommode des structures du pouvoir dans cette idéologie, et particulièrement la bourgeoisie parlementariste.

Quel contrôle avons nous sur les actions de ceux qui ont été élus pour participer au gouvernement et qui prétendent nous représenter? Aucun.

Ceux qui ont été élus pour participer au gouvernement - et qui prétendent nous représenter -, quels comptes nous rendent-ils de leurs actions ? Aucun.

Parler de représentation n’a de sens que quand les représentés ont un contrôle effectif de l'action de ces représentants.

Les représentants des travailleurs sont les comités d'usine, les comités d’habitants créés par la base et contrôlés par eux.

C’est seulement dans les organisations résultant de l'action directe et fondées sur la révocabilité permanente de ceux qui ont été élus, qu’il est possible d'assurer la participation et l'exercice de la décision par tous et non par une minorité qui tend à se perpétuer comme telle.

Il est possible d’utiliser les partis, sans nécessairement y adhérer, et se soumettre à des programmes élaborés par des «intellectuels organiques» de la classe ouvrière.

En période de reflux des mouvements sociaux, les travailleurs ont tendance à faire appel aux partis pour obtenir certaines améliorations immédiates.

Mais l'histoire est chargée d'exemples; quand les luttes se développent, les partis sont rapidement dépassés, parce que la classe ne lutte déjà plus dans le camp capitaliste. Elle développe ses propres organisations.

L'idée que c’est uniquement via le Parti que la classe ouvrière est capable de participer politiquement, et que de nier la pratique partidaire mène à l'immobilisme c’est-à-dire que seuls ses représentants - les compétents - sont en mesure de la mettre sur la scène politique. C’est considérer la classe ouvrière comme "mineure" et incapable de se représenter, et d'avoir à se faire représenter.

Il ne s’agit pas de réformer les partis, pas plus d’en construire un "comme il devrait-être" car c’est par définition, une structure qui est destinée à remplacer la pratique de la classe ouvrière. Celle qui tend à se substituer à elle tant au niveau de la direction de la lutte que dans la gestion de la nouvelle société.

À mon avis, la question qui se pose est la suivante: qui va gérer la production une fois les classes capitalistes vaincues ? Les gestionnaires technocrates et les politiciens se transformant en une unique et nouvelle classe dirigeante? Ou l’ensemble des travailleurs auto-organisés ?

Si nous pensons que ce sont les producteurs auto- organisés, nous devons admettre que cela ne sera possible que s’il existe les conditions de formes basiques: les organisations de gestion et de contrôle de la production. De plus, si les travailleurs dans le cours de la lutte, ont déjà expérimenté l'auto-organisation, l'auto-gestion économique et sociale est la seule voie à suivre.

D'autre part, dire que le Parti unifie les luttes c’est entretenir une grande confusion. Le parti ne peut unifier des individus qu’ à travers la pratique qu’il développe. Il ne pourra jamais unifier des mouvements extérieurs a lui.

Les défenseurs du Parti considèrent les travailleurs les plus combatifs comme des éléments à préserver pour le Parti dans une «boîte de conserve», comme si l'avant-garde n’était que des individus et non une situation sociale (les prolétaires).

Les individus ne sont pas révolutionnaires par les idées qu’ils affichent, mais par la pratique qu’ils développent. Le prolétaire est révolutionnaire parce qu'il intègre les luttes collectives et commence à penser sa pratique à ce niveau.

Mais faire une critique des partis ne suffit pas. Il est nécessaire de comprendre la grande importance qu'ils ont eu dans l'histoire du mouvement ouvrier. Comprendre le point par lequel s’est effectué une convergence d'intérêts entre des secteurs du prolétariat et les défenseurs de l'action partidaire.

Il s’agit de questions très complexes que je vais seulement effleurer.

Tout d'abord, les partis politiques de gauche, en utilisant un discours ambigu où la socialisation des moyens de production apparaît comme synonyme d’étatisation et la fin du capitalisme comme élimination de la propriété privée, visent à intégrer d’une façon détournée les exploités dans le camp idéologique des nouveaux exploiteurs - les gestionnaires technocrates du capital étatisé.

Identifier la structure du mode de production capitaliste avec les lois du marché concurrentiel. Établir que la disparition de ce marché signifie la disparition du mode de production comme un tout c’est produire un champ de convergence idéologique entre ceux qui veulent mettre fin à toute exploitation et ceux qui pensent seulement la réaliser sous une nouvelle forme - le capitalisme de l’État.

Un des points par lesquels cette ambiguïté se structure c’est la question du plan. Le plan est un calcul élaboré par un collectif et antérieurement à la réalisation de résultats.

Mais ce qu’il importe de définir, c’est qui élabore le plan, qui le détermine.

Nous devons savoir si c’est une planification préparée par l’ensemble des travailleurs auto-organisés et dont la réalisation a lieu sous son contrôle direct. Ou si nous parlons d'une planification résultant de l’action de technocrates et de politiciens qui, séparés des travailleurs, définissent de manière anticipée les intérêts de tous?

Beaucoup de ceux qui se proclament marxistes-léninistes, dans ses plus diverses versions, confondent l'aspect juridique des rapports de propriété (propriété collective d’État, propriété capitaliste privé) avec l'aspect infra-structurel des rapports de production (socialistes, capitalistes).

Ils en déduisent que de la propriété d’État il en découle des rapports de production communistes, et qu’il est possible d’affirmer que s'il y a propriété d’État et planification, il y a socialisme.

Cependant, c’est la logique même du développement capitaliste qui détermine la concentration de la propriété et du capital par l'appareil d’État.

Par ailleurs, la planification de l’économie fut l’exigence même du capitalisme quand ont surgit les premières concentrations monopolistiques.

C’est le développement technologique capitaliste qui, en accélérant chaque fois plus l'intégration des d'unités de production particulières aux conditions générales de production, permet l’antériorité du calcul de la production par rapport au calcul de distribution.

De nombreux courants marxistes-léninistes et sociaux-démocrates présentent le plan comme une forme de contrôle social sur la production. Ils voudraient faire croire que la classe ouvrière aurait le contrôle de la structure économique en éliminant ainsi l'anarchie de la production capitaliste et en réalisant une production dirigée vers la satisfaction des besoins sociaux.

Mais ici nous nous heurtons de nouveau à la question technologique.

La technologie développée sous le capitalisme est basée sur la lois de la valeur. Le développement technico-scientifique découle de la nécessité d'un temps de travail toujours plus réduit. En conséquence, le développement des forces productives c’est le développement de la mécanisation qui, par son propre principe fondamental, éloigne les producteurs d’une quelconque forme de connaissance de son environnement de travail et du processus de production.

Il est inutile de dire que, sans la connaissance du processus de production, il ne pourra y avoir aucun contrôle, ni ré-appropriation de ce qui est produit par le producteur.

A partir de la technologie capitaliste la société ne peut jamais s’auto-contrôIer. Le contrôle social ne peut exister que dans une société non divisée par des antagonismes. Dans le cas contraire, la forme du contrôle sera toujours celle d’une partie de la société sur une autre.

Tant que le contrôle de la production sera dans les mains d'une partie de la société - des compétents - l'utilisation de la plus- value sera le privilège de ce groupe.

D'autre part, si le développement de la technologie capitaliste accroît la collaboration entre les travailleurs parce qu’il soumet un grand nombre de travailleurs par unités de production toujours plus grandes et intégrées entre elles, ce travail n’est social que dans le sens ou l’était celui des esclaves qui construisaient les pyramides d’Égypte, ou encore le travail des prisonniers condamnés aux travaux forcés.

Ce n’est pas un travail social socialiste parce que la séparation entre l'homme et la technique n'a pas été abolie, pas plus que les rapports d'exploitation.

Tant que les fonctions de gestion et d'exécution seront séparées dans des structures distinctes, l'exploitation perdurera. Que le gestionnaire technocrate reçoive une partie de la plus-value qui lui revient du capitaliste traditionnel ou qu’il l’obtienne à travers le contrôle de l'appareil d’État propriétaire des moyens de production, cela ne modifie que la forme juridique par laquelle se réalise l'exploitation.

Penser le plan à partir de la technologie capitaliste et vouloir étendre le contrôle des gestionnaires à toute la vie sociale qui sont le produit du développement accéléré des forces productives, c’est le brillant futur de son existence de classe.

Penser la société socialiste comme domination collective des producteurs sur l'économie, c’est penser le plan comme découlant de relations sociales égalitaires qu’établissent les travailleurs dans leur pratique de lutte.

C’est penser une production déterminée par ces relations à une technologie qui soit l'expression matérielle de cette domination du social sur l'économique.

Nous ne pouvons parler de domination du social sur la production que lorsque le critère de celle-ci ne sera plus le temps de travail qui cesse alors de fonctionner comme un élément de comptabilité de base.

Lorsque la valeur d’usage social, ou sa valeur, non pour des individus particuliers mais quand son institutionnalisation sociale, sera le critère fondamental et dominant.

Nous traitons ici de ce qu’un auteur de l’Autonomie João Bernardo, a appelé dans son livre Pour une théorie du mode de production communiste, la Loi de l'institutionnel. Ce serait la loi nucléaire du mode de production communiste, autour duquel se développera la nouvelle société.

Dans ce texte j’utilise le mot socialisme, et non celui de communisme, en raison de l'association quasi immédiate qui est faite entre ce dernier et le système en cours en Union soviétique.

Mais ce qui est important de souligner c’est que s’il persiste une scission entre les producteurs et les re-producteurs de richesses, d'une part, et ceux qui se l'approprient et décident de son utilisation, l'exploitation est alors évidente. Que cela se fasse d’une façon planifiée ne change rien.

Plan est un mot vague peu éclairant. Il peut englober sous la même terminologie des intérêts de classes antagonistes et des projets contradictoires de société. Un autre problème qui est à la source de cette ambiguïté c’est la question de la propriété sociale. Quelle est la signification de ce social?

Une chose est d'éliminer la propriété des moyens de production par une minorité en étendant cette propriété collective (collective de cette classe, soyons clair) sans que les mêmes ne soient socialisées avec l’ensemble des travailleurs.

Sous cette forme, la fin de la propriété privée bourgeoise n’est pas la fin du capitalisme, mais la réalisation du capitalisme d’État.

C’est la reproduction de la séparation des producteurs d’avec les moyens de production et du produit du travail.

Aucun Parti ne peut gouverner par les travailleurs, mais seulement sur eux et contre eux. Si aucun pouvoir n’est exercé par nous il est exercé sur nous, il ne suffit pas de remplacer les patrons privés par l'État-Patron

C’est cette ambiguïté du mouvement ouvrier qui a permis des points de convergences entre le prolétariat et les défenseurs du capitalisme d’État, et pas le résultat de la naïveté des masses travailleuses.

En fait, les mots ne se distinguent pas de ce que la pratique sociale n'a pas réussit a différencier en premier. Par exemple : il a fallu de nombreuses années d'expérience pour que nous puissions comprendre la différence fondamentale entre la socialisation des moyens de production et l’étatisation, entre la propriété sociale et la propriété d’État .

L'existence de groupes de résistance et de lutte en Union soviétique, la lutte des travailleurs polonais organisés dans Solidarnosc, a augmenté l'intervention de l'État dans l'économie ces-dits pays.

Aujourd'hui la société socialiste ne peut être pensée que comme extinction de l'État qui se réalise par la gestion chaque fois plus directe par l’ensemble des producteurs de l'économie et la totalité de la vie sociale.

Par l'élimination des intermédiaires au niveau économique (managers technocrates et les capitalistes privés) et les intermédiaires de la gestion sociale (les politiciens professionnels).

La construction du socialisme implique la destruction du Parti, parce que cela signifie la fin de la séparation entre le politique et l'économique.

L'alternative me semble claire: soit les travailleurs gèrent directement l'économie et le niveau politique desquels disparaissent les intermédiaires. En créant dans ce processus des nouvelles formes sociales qui constituent les conditions du développement du socialisme. Ou bien la séparation perdure en se développant dans un processus qui reconstitue le mode de production capitaliste sur de nouveaux modes, le capitalisme d’État.

Défendre la théorie de l'avant-garde, aujourd'hui, c’est défendre la subordination du mouvement ouvrier au contrôle idéologique et organisationnel de la technocratie et des spécialistes de la politique qui aspirent à la nouvelle et unique classe dominante.

Lorsque tous les travailleurs d'une entreprise ou tous les habitants d'un quartier luttent et décident collectivement de leurs problèmes, ils gardent en main le pouvoir de décision, en développant leur cohésion et leur conscience révolutionnaire.

Ils développent dans cet acte leurs organisations: les commissions autonomes, en rotation, avec révocabilité des charges, qui tiennent des assemblées générales avec des axes de décision. Il est nécessaire de préciser que l'assemblée générale n'a de sens que si elle est précédée par de vastes discussions sectorielles, régionales, etc . On ne peut pas décider de quelque chose que l’on ne connait pas. La circulation de l'information est la garantie de la démocratie ouvrière.

Décider dans une assemblée générale est bien plus que lever ou baisser le bras. C’est prendre des résolutions, définir des lignes d'action, en pleine connaissance des difficultés, des alternatives possibles, et des objectifs à atteindre.

C’est dans ce processus que le prolétariat, pôle exploité de la contradiction sociale, se constitue en sujet de la transformation, en se redéfinisant d’exploité en non- exploité.

C’est ainsi que l’expression «dictature du prolétariat», perd tout son sens, parce que dans le processus de développement de l'autonomie ouvrière, le prolétariat s’élimine en tant que classe. Il élimine le niveau politique parce qu’il détruit le représentativité de la délégation de pouvoir.

La fin de la classe ouvrière n’est pas un objectif à atteindre dans le nouveau mode de production. Au contraire, le processus a lieu dès le début de la lutte.

C’est ainsi que la problématique de la transition perd son sens.

Conçue comme une sorte de pont qui permettrait le passage vers le communisme, elle a servi à légitimer la reproduction des inégalités typiques des sociétés d'exploitation.

Les relations socialistes qui prennent effet immédiatement sur le terrain découlent de la résolution de la contradiction capital / travail. La forme de réalisation de ces nouveaux rapports de production est l'ensemble organisé des comités d'usine, dont la défense ne peut résulter que de l'armement général des travailleurs sur leur lieux de travail et d’habitation.

C’est seulement dans les mains des intéressés que les armes peuvent défendre la démocratie.

La résolution de la contradiction du capital / travail signifie la fin de l'appropriation du travail par le capital, il en résulte l'abolition de la loi de cette appropriation - la loi de la valeur.



Note Vosstanie. 

Nous reviendrons sur la question technologique et de la gestion dans l'introduction / présentation de la brochure.


Autonomie ouvrière et partis politiques

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Vosstanie propose une traduction "maison" et adaptée d'un ouvrage de Lúcia Barreto Bruno édité en 1985 au Brésil. Elle sera le support d'une émission de la Web Radio Vosstanie et d'un débat sur la question posée. Il va de soi que nous ne sommes pas en accord avec certains propos, approches du livre (ambiguës sur la question de la "gestion" et "d'auto-gestion" ou de qui a à "gérer") qui a donc 30 ans. Ils posent néanmoins en creux de nombreuses questions, critiques (à faire), de manière très stimulante, dans un débat complexe. Il s'agit donc d'un écrit qui nous permettra de dégager pas mal de perspectives.


O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


A suivre une émission de la Web Radio Vosstanie pour un :
Débat critique / réflexions sur le texte.
et la publication de la brochure.