Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

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mercredi 22 juillet 2015

Autogestion et technologie (8)

Autogestion et technologie
  Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)


La technologie, ce n’est pas seulement des machines ou des théories sur la rationalisation du processus de travail. C‘est avant tout la cristallisation de relations sociales de production très précises.

Chaque mode de production crée sa propre technologie. Le capitalisme en a développé une qui est venue répondre à ses nécessités d’augmentation de la productivité. L’augmentation de la productivité dans le capitalisme veut dire augmentation de la plus-value relative qui s’obtient grâce à l’augmentation de la quantité de marchandises produites dans un même laps de temps.

En répondant aux nécessités du capital, la technologie capitaliste cristallise et reproduit de manière chaque fois plus profonde la division entre travail manuel et intellectuel, aspects indissociables du travail humain qui le différencie du travail animal.

Cette scission entre le moment de la conception et le moment de l’exécution du travail, détermine la séparation entre ceux qui planifient, organisent et décident, et ceux qui ne font qu'exécuter. Toute société fondée sur l'exploitation reproduit cette division.

La concentration du capital et l’extraordinaire masse de capitaux que la technologie contemporaine exige pour chaque entreprise ont aboutis au développement des sociétés par actions et ainsi à diversifier les niveaux de propriété et de manière générale, à séparer la propriété de la gestion.

Aujourd'hui, le capitaliste traditionnel et particulier devient de plus en plus un simple usufruitier avec un droit sur une partie des profits, mais il est complètement éloigné de la gestion.

Ce sont les technocrates, le plus souvent séparés de la propriété formelle de la société, qui déterminent le montant de la plus-value dont pourra disposer le capitaliste particulier. Cela donne un pouvoir insoupçonné aux détenteurs des connaissances technico-administratives, qui déterminent des changements très importants dans la classe dominante.

Aujourd'hui la classe ouvrière ne lutte pas seulement contre la bourgeoisie privée. Elle se bat aussi contre la technocratie.

J’entends par technocratie l'ensemble des individus qui organisent les conditions générales de la production (moyens de transport, médias, systèmes énergétiques, appareils répressifs, écoles qui forment la main-d’œuvre pour le capital, etc.).

Ce sont encore des individus qui maîtrisent les connaissances techniques des moyens de production et du processus de travail dont le producteur est absent. Ils détiennent le savoir technique de la gestion du processus de production, dont s’écarte le propriétaire privé en proportion de la concentration des forces productives.

Au moment de l’apparition du mode de production capitaliste, la technocratie avait principalement pour fonction l'organisation des conditions techniques générales du capitalisme.

La deuxième révolution industrielle - l'automation - a marqué une nouvelle forme de capitalisme, caractérisée dans les formes de production par les concentrations monopolistes. Dans le rythme de la production, par la soumission du calcul de production au calcul de la distribution (Le Plan) et, dans la base matérielle de production, par la séparation totale du producteur d’avec le processus de travail.

Technologiquement a commencé le développement accéléré des conditions matérielles générales de production. L'unité de production particulière est de moins en moins une unité technologique, elle s’insère dans le processus technique qui englobe et intègre toute l’industrie capitaliste.

Cette séparation des producteurs d’avec le processus de travail a créé un vide comblé par la technocratie qui a permis un saut très important, du champ des conditions générales de la production vers le champ des unités de production individuelles.

Elle a vu de cette manière augmenter le champ de son développement social par le renforcement de l'importance des conditions technologiques générales.

On a vu dans le même mouvement se développer sa fonction sociale qui a comblée la séparation entre le producteur et le processus de travail. Elle avait jusque-là contournée les unités de production particulières, uniquement par les conditions générales de la production, elle pénètre maintenant à l'intérieur même des unités particulières, et achève son développement.

Il s’est créé dans cette première phase, une solidarité d'intérêts entre les représentants sociaux de la nouvelle forme de production (monopoliste) et les représentants sociaux des conditions générales de production et de la nouvelle base matérielle de production fondée sur la séparation du producteur du processus de travail - la technocratie.

Au niveau des formes économiques, l'expression des intérêts communs des deux groupes sociaux sera le plan, à savoir la soumission du calcul de la production au calcul de distribution.

Au début, le rôle de la technocratie était encore réduit. En raison de la manière dont s’est passée l’évolution de la base matérielle du processus de production, la technocratie a d'abord existé dans l'administration et non dans la gestion directe du processus de travail.

Il s’agissait d’une forme encore peu développée de technocratie, très différente de ce que nous connaissons aujourd'hui. Parce qu'ils étaient relativement loin du processus de travail, les technocrates restaient subordonnés à la direction des grands monopoles.

C’est seulement dans les étapes suivantes que la base économique a déterminé le développement de la contradiction entre les technocrates et les propriétaires privés, donnant finalement aux premiers la direction du processus social capitaliste.

Au début, le technocrate était un salarié du propriétaire privé et lui était subordonné, tant en termes de rétribution que dans sa manière de penser et dans sa pratique politique et sociale.

Aujourd’hui elle est une classe tendanciellement dominante, parce qu’ils sont les agents sociaux du passage du capitalisme privé au capitalisme d’État, où est assimilée la bourgeoisie, se reproduisant en bourgeoisie d’État.

Tous ces facteurs mettent en lumière la question technologique. Lorsque la classe ouvrière développe des relations de travail sous une forme autogestionnaire elle se révèle antagonistes au système technologique existant et une solution s’impose :

-  Ou la création d’une nouvelle technologie qui réintègre le travailleur dans le processus de travail, et lui permet de contrôler la gestion de la production et, à partir de ce moment-là, toute la vie sociale

- Ou l'utilisation de la technologie capitaliste qui finira par reproduire d’une manière encore plus profonde/extrême l'exploitation et l'aliénation qui caractérisent l’emploi salarié.

Il n’est pas question de mettre de côté tous les acquis obtenus jusqu'à aujourd’hui et accumulés par l'homme. Il est question de les réadapter, de les transformer pour qu’ils se cristallisent en des rapports sociaux de production communiste.

Nous savons qu’une technologie révolutionnaire déterminée par de nouveaux rapports de production ne peut résulter que d'un processus collectif et relativement fastidieux. À ce jour, le rythme de la lutte de classe n'a pas permis que cela arrive.

Tant que la gestion de la production sera entre les mains d'une partie de la société - des compétents - l'utilisation et l'appropriation de la richesse produite sera un privilège de ce groupe. Tant que les fonctions de gestion et d'exécution seront séparées institutionnellement, l'exploitation perdurera.

Penser une société autogérée où le collectif social des producteurs domine la production implique de penser une technologie qui intègre le travailleur dans le processus de travail, tant au niveau de la propriété et au niveau matériel du processus, que sa gestion et son intégration dans le système de connaissances.

Enfin, je tiens à dire qu'il n'y a aucune possibilité de concilier l'autogestion avec le capitalisme, qu'il soit privé ou d’État. Le fait que le gouvernement Mitterrand, en France, l’ai placé dans son programme électoral reflète la tentative de la réduire à une simple technique de gestion de la force de travail, en masquant ses potentialités révolutionnaires.

Dans le même temps, cela montre qu’à l'heure actuelle les luttes qui s’occupent directement ou indirectement des questions de gestion du processus de production sont un fait. Même la classe capitaliste et les gouvernants sont obligés de reconnaître son existence.

Cependant l'autogestion n’est seulement possible que comme désagrégation permanente de l'État et de toutes les institutions capitalistes.


Note Vosstanie. 
Nous reviendrons sur la question technologique dans l'introduction / présentation de la brochure.



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Vosstanie propose une traduction "maison" et adaptée d'un ouvrage de Lúcia Barreto Bruno édité en 1985 au Brésil. Elle sera le support d'une émission de la Web Radio Vosstanie et d'un débat sur la question posée. Il va de soi que nous ne sommes pas en accord avec certains propos, approches du livre (ambiguës sur la question de la "gestion" et "d'auto-gestion" ou de qui a à "gérer") qui a donc 30 ans. Ils posent néanmoins en creux de nombreuses questions, critiques (à faire), de manière très stimulante, dans un débat complexe. Il s'agit donc d'un écrit qui nous permettra de dégager pas mal de perspectives.


O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


A suivre une émission de la Web Radio Vosstanie pour un :
Débat critique / réflexions sur le texte.
et la publication de la brochure.