Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

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mercredi 17 juin 2015

Les “formes” Autonomes (3)

Les “formes” Autonomes
Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ? (1985)


Les individus n’agissent pas dans le vide, mais à l’intérieur de formes qu’ils créent au cours de la lutte. Cela signifie que quand la classe des prolétaires lutte directement contre sa situation d’exploité/domination en se séparant de la logique capitaliste, elle crée par ses actes de nouvelles structures sociales qui sont les conditions de la transformation sociale.

Ces structures que j’ai nommé conseils ouvriers ou commissions d’usine, privilégient la lutte dans l'entreprise, dépassent les appareils syndicaux et les partis, développent de nouvelles pratiques, où elles affirment l’importance des bases de classe face au dirigeant, et la satisfaction des besoins dans la vie quotidienne face au capital.

Sorties directement de la dynamique de la lutte, ces “structures” unissent les travailleurs en fonction de leurs luttes réelles et non d'objectifs abstraits plus ou moins limités.

Pour pérenniser concrètement les formes naissantes de contrôle et de gestion de la production par les travailleurs, les commissions d’usine / entreprise structurent la forme embryonnaire des nouvelles relations sociales de production.

Au même moment, apparaissent des formes auto-instituées qui font disparaître progressivement le pouvoir politique, parce que ce sont des formes qui encadrent les représentants élus par les travailleurs, plus particulièrement quand la lutte s'étend et passe des commissions d’usine / entreprise vers d’autres formes plus avancées, constituées par des structures qui s'articulent avec d’autres commissions.

Il est important de souligner que la commission d'usine n'est pas une structure politique dans le sens traditionnel du terme. Elle n'a pas d'autonomie concernant sa relation à l'ensemble des producteurs, comme cela se produit avec l’Etat par exemple.

Plus se développent les commissions d’usine/entreprise comme structure de contrôle et de gestion de la production par exemple, plus diminuent les intermédiaires / la méditation dans le contrôle

Si nous créons des structures grâce auxquelles nous pouvons décider collectivement de tous les aspects de la vie sociale, nous éliminons ceux qui ont toujours décidé à notre place ; les politiciens professionnels qui contrôlent nos décisions. En créant les formes qui réalisent la démocratie directe nous détruisons l'État, pour décider pour nous et sur nous-mêmes.

Ce que je veux dire c’est que la dynamique du communisme est donnée par l'ensemble de la classe ouvrière au moyen de la création de ses propres structures de pouvoir, où les représentants sont contrôlés dans leurs attributions, par tous, et en pouvant être révoqués à tout moment. Il est nécessaire de différencier la représentation dans ces organisations, et la représentation dans les structures politiques capitalistes, où personne ne contrôle l'action de “nos représentants”.

Les individus élus par les travailleurs n'ont pas de possibilité de décider par eux-mêmes. Ils exécutent simplement. Seule l'ensemble des représentés peut décider.

Les représentants élus ne font qu’exécuter des tâches, ils ne déterminent pas les lignes d'action dont les limites sont fixées à l'avance, donc ils ne peuvent pas dépasser leurs fonctions.

Ils restent des représentants jusqu’à l'exécution de tâches précises et ne peuvent se reproduire comme une nouvelle classe dominante. 

Les représentants restent dans la production et leurs actes peuvent être contrôlés à chaque moment. La qualité et les fonctions de représentants des travailleurs ne leur confèrent aucun type de privilège.

La discipline dans l'entreprise 
implique  la soumission 
et l'obéissance totale 
du prolétaire.
On peut souligner que le type d'organisation sociale que les ouvriers créent dans leur lutte directe et autonome est complètement différent et opposé au système de représentation existant dans le capitalisme. Dans le système dominant quelles possibilités de contrôle avons-nous sur les individus que nous élisons ? Aucun. Quelles informations avons-nous sur leurs actions au parlement ou à la tête d’un État ou d’une structure s’en approchant ? Il y règne le secret car c’est le propre de toute structure bureaucratique où l’information est pouvoir.

Il ne s'agit pas de mystifier ou d’idéaliser les commissions d'usine/entreprise. L'existence de ces structures valide le discrédit où sont tombées les syndicats et les partis politiques dans le monde contemporain. En même temps, elles expriment le degré d'autonomie de la classe ouvrière vis-à-vis des institutions capitalistes.

Mais pas toujours, cela veut dire qu’il existe une démocratie absolue dans la conduite des luttes et que c’est aux bases ouvrières / prolétaires d’avoir entre les mains l’initiative et le pouvoir dans le combat contre l'exploitation.

Il est nécessaire de voir les problèmes auxquels les commissions d’usine / entreprise sont confrontées ainsi que leur fonctionnement. En réalité, le caractère complexe du processus de transformation sociale rend impossible toute tentative d'imposer une forme de lutte préétablie.

L'étude de l'histoire du mouvement ouvrier et des nouvelles formes de luttes que nous observons, peuvent nous indiquer les tendances et les possibilités futures du mouvement, jamais leurs formes concrètes de réalisation. Elles dépendent de l’articulation complexe entre toutes les variantes et spécificités historiques de chaque moment considéré.

Revenons au problème posé. Il peut arriver qu’une commission se limite à jouer les intermédiaires entre le syndicat et les travailleurs. Si ceci démontre l'extériorité du syndicat par rapport à la classe, cela signifie aussi que le syndicat qui conduit toutes les luttes maintient les travailleurs dans une situation d'apathie. La commission se limite à dire au syndicat ce que les travailleurs aimeraient qu'il soit fait et elle dira aux travailleurs ce que le syndicat a décidé de faire. Nous voyons qu’en réalité cette commission exerce la fonction de section syndicale, subordonnée au syndicat.

Il y a aussi des commissions qui, malgré après avoir informé tous les travailleurs et les avoir consulté avant toute initiative, finissent par se couper de la base. Ceci arrive non parce qu’ils sont devenues des « pelegas » (1), mais parce que les travailleurs retombent dans une certaine apathie. A quoi doit-on cette apathie ?

C’est une question centrale, aucune organisation ne peut faire seule ce qui incombe à l'ensemble des travailleurs de faire. Avant de poursuivre sur cette question, il nous faut analyser à quel moment s’opère l'isolement de la base.

L'apparition d'une commission d’usine / entreprise, autonome, démontre le degré élevé d’activité pratique des prolétaires, et cette pratique / activité va se refléter dans le contrôle dont sera l’objet la commission élue par l'ensemble des ouvriers/prolétaires. Au début tous décident réellement ce que la commission souhaite faire. Mais ensuite il commence à y avoir une distinction entre l'ensemble des ouvriers et ceux qui appliquent les décisions. Ce sont toujours les mêmes - les membres de la commission - qui exécutent et qui décident.

Les travailleurs s'éloignent alors de toute activité pratique et la commission s'empare de toutes les initiatives.

C’est à partir de ce moment que s’opère l'isolement de la commission et que se développe le terrain idéal pour sa bureaucratisation, pour la défense d'intérêts particuliers (partisans ou non) qui finissent en prévalant sur les intérêts de l'ensemble. C’est le moment idéal pour la répression patronale, qui en termine en renvoyant les travailleurs le plus combatifs.

Ceci parce que les travailleurs ont été exclus du travail pratique et sont devenus passifs. Ce que je veux dire, c’est que les formes autonomes ne peuvent seulement exister qu’aux moments de luttes directes avec l’ensemble des tous les intéressés.

Il ne sert à rien de critiquer les luttes des travailleurs parce qu’elles finiraient par être intégrées dans le capitalisme, ou de dire que les formes de luttes autonomes ne survivent que très peu de temps, parce qu’elles sont détruites par la répression ou subordonnées aux hiérarchies syndicales ou partisanes.

La question fondamentale relève plutôt de la recherche de nouvelles possibilités de faire vivre ces formes, en les généralisant et en les unifiant. 

La circulation de l’information, l'échange d'expériences entre travailleurs présents dans des luttes différenciées, sont indispensables pour le développement de la solidarité et la cohésion des travailleurs.

Dans les sociétés contemporaines, le poids des pratiques sociales qui tendent à intégrer les individus et les groupes sociaux appartenant à des classes sociales opposées sont puissantes. Ces pratiques se font dans les modes de consommation, par les loisirs, à l'école, dans les partis politiques, les institutions religieuses, etc.

Au moment du processus révolutionnaire, elles sont niées par la pratique, par la création de nouvelles formes sociales - les commissions autonomes, les comités d’habitants, etc. Mais pour qu'elles se développent et se généralisent, il est fondamental que les luttes se développent et dépassent le localisme. L'existence « d'îles » autonomes n’est pas possible dans un monde capitaliste.

Une commission autonome a beaucoup de pouvoir parce qu'elle exprime ce qu'il y a de plus d'important dans l'usine/entreprise : la force de travail, sans laquelle le capital n’existerait pas.

C’est pour cette raison qu’elle est toujours l’objet de “convoitises”.

Ce sont les patrons qui tentent de l’accaparer pour qu’elle fonctionne comme un amortisseur des conflits internes à l’entreprise.

Ce sont les partis politiques qui essayent à chaque instant de l’utiliser pour se renforcer.

Ce sont les hiérarchies syndicales qui tentent d'étendre leur champ de contrôle à l’intérieur des entreprises. 

C'est contre tout cela que les travailleurs doivent se battre, ceci en vue de maintenir la commission sous son contrôle direct. Pour qu'elle fonctionne comme un instrument de lutte et un lieu de développement des relations égalitaires, l'autonomie des commissions est fondamentale. Il ne sert à rien d'élire des commissions de travailleurs si celles-ci ne les contrôlent pas directement. Les travailleurs ne combattent pas par procuration, ils combattent eux-mêmes ou alors il n'y a pas de lutte révolutionnaire.

Une commission qui n'est pas l'expression de la lutte auto-organisée et autodirigée par les ouvriers n’est pas autonome. Encore moins que celle créée par le patronat ou encore fomentées du dehors par des militants qui prétendent les utiliser comme des cellules de leurs partis.

Le caractère subversif des organisations ouvrières réside dans le contrôle qu’a l'ensemble des intéressés sur l'action des individus élus comme leurs porte-paroles.

Penser que le capitalisme intègre ces structures, ce n’est considérer les choses que d’une manière superficielle. Il n'existe pas la moindre possibilité de concilier des d'organisations antinomiques.

Les commissions d’usine / entreprise, comme expression des relations égalitaires et collectives, n’ont rien à voir avec les commissions créées par le patronat, les partis politiques ou les hiérarchies syndicales.

Par ce type de structures, centralisées et bureaucratisées, il ne peut que de se développer des relations de type militaristes, de la soumission et du contrôle qui n’annoncent qu’une société d’exploitation.

L’intégration des commissions d’usine / entreprise comme les pratiques autogestionnaires se font par la destruction des formes et des pratiques. Bien des fois on conserve le même nom pour masquer des pratiques absolument autres.

C’est pour cela que nous ne devons pas prêter attention à la manière dont se nomment les organisations, mais à leur fonctionnement interne et à leurs pratiques concrètes. Ceci pas seulement à un instant T. Il est nécessaire de voir les choses en mouvement, sur le long, dans le flux des luttes, pour constater comment évoluent les organisations. 


Note

(1) Vient de “Pelego” : Le terme a été popularisé dans les années 1930 au Brésil . Dirigeant syndical - corporatiste proche du gouvernement Getúlio Vargas - est passé dans le langage courant comme traître et allié du gouvernement et des patrons .




Les "formesAutonomes
Autonomie et socialisme

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Vosstanie propose une traduction "maison" et adaptée d'un ouvrage de Lúcia Barreto Bruno édité en 1985 au Brésil. Elle sera le support d'une émission de la Web Radio Vosstanie et d'un débat sur la question posée. Il va de soi que nous ne sommes pas en accord avec certains propos, approches du livre (ambiguës sur la question de la "gestion" et "d'auto-gestion" ou de qui a à "gérer") qui a donc 30 ans. Ils posent néanmoins en creux de nombreuses questions, critiques (à faire), de manière très stimulante, dans un débat complexe. Il s'agit donc d'un écrit qui nous permettra de dégager pas mal de perspectives.

O que é Autonomia Operária - Lúcia Bruno. Editora Brasiliense - 1986 . 91p.


A suivre une émission de la Web Radio Vosstanie pour un :
Débat critique / réflexions sur le texte.
et la publication de la brochure.