Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

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mercredi 15 octobre 2014

Point de vue image de classe (9)

Plus de batterie. La conversation s'arrête nette. Je n'ai pas pu dire l'essentiel de mon propos à F. qui, pendant qu'il prenait des nouvelles de tous, me disait que mes arguments politiques étaient très durs, implacables. Il me balance enfin ce mot lourd qu'il rumine depuis quelques minutes, un terme qui chargerait mon propos d'une forme d'intolérance: "radical".

Je lui rétorque alors ce qu'est la "radicalité" au sens étymologique, ceci pour dévitaliser la supposée violence du mot qu'il emploie à mon encontre, en insistant bien sur le fait que l'on peut être violemment réformiste mais aussi mollement révolutionnaire.

J'insiste pour qu'il comprenne que la phraséologie n'est rien, qu'elle est finalement à portée de tous. Mimétique. Que l'on frôle presque toujours le prêt à penser avec ses codes de reconnaissance.
Qu'il ne faut pas être impressionné par des effets rhétoriques qui trop souvent ne relèvent que de fantasmes ou d'histoires oniriques que se racontent les "révolutionnaires" qui ont le goût du romanesque. Pour convaincre définitivement F. de mon propos je lui brosse rapidement et de manière empirique une sociologie des individus que je croise dans les milieux "militants".

Il en vient alors à s'interroger.
Lui dans sa petite maison (achetée à crédit) à son poste de cadre confortablement payé, il n'a pas oublié ses origines sociales, le labeur de ses parents, le clapier ou il vivait ce qu'il a pu voir et subir du mépris social et de la désinvolture d'une classe sûre d'elle-même, de ses représentations et de son bon droit à dominer les pauvres, les subalternes, dont sa famille faisait partie. Cette morgue ou suffisance structurée et appuyée par le rapport social qu'est le capitalisme.

F. apprécie le "message", cette “perspective”, mais considère tous cela comme inaudible par tous ceux qui, comme lui, partagent ce petit confort aussi précaire que doux tant que rien ne vient le bousculer. La gestion urgente des affaires quotidiennes et "normales" devient presque rassurante et hypnotique. L'aide journalière assurée par le benzodiazépine télévisuel, distillé en doses massives et à heures fixes, assure la continuité d'une vie qu'un simple sms peut bouleverser...tant il ne s'y passe rien entre deux épisodes du journal télévisés ou d'un feuilleton suréel. Le macabre s'épuise et nous épuise.

Je sais F. incapable de se comporter comme un souteneur du capital.

Après mon écoute attentive de F. de ses paroles presque coupables, je lui réponds alors comme une évidence que:

- Je m'en fou de la réception, de la compréhension par toute cette couche de cadres et contremaîtres, celle des corporate, de ceux qui y croient ou encore des petits patrons qui veulent réussir, du petit loup plein d'illusions, du prolo "qui veux se faire lui même". Je lui objecte que le ressentiment, la frustration et l’envie générés par le monde enchanté des marchandises, ceci comme carburant d’une promotion illusoire, ne mènent qu'a des hauteurs plutôt irrespirables ou l'air n'exhale que de potentiels cadavres.


Quelques fois ça craque, ça pète, ça fissure, mais est-il possible de transformer les blessures, les traumas en quelque chose de combatif et généreux, de solidaire, quand le seul horizon c’est la néantisation ?

Pour illustrer mon propos je lui raconte le genre de préoccupations propre à la petite-bourgeoise, aux cadres et autres larbins de la machinerie capitaliste que je côtoie quotidiennement comme subordonné, c'est à dire tout en bas de l'échelle hiérarchique.

Alors que je change les cartouches d’un copieur, les mains pleines de toner une de mes collègues cadre (et promise à de haute fonction) vient alors pour faire des photocopies. Elle ôte les agrafes dont elle laisse traîner les cadavres sur un coin de table, supposant certainement dans un élan humaniste que cela donnera du boulot à la femme de ménage. Les quelques autres agrafes qui jaillissent et traînent à ses pieds ne suscitent pas plus de réactions mais l’interpellent sur son "trop petit" salaire, et son intention de gagner bien plus à l'avenir. Pris à partie quant à ses velléités professionnelles, j'interviens alors amusé et sarcastique (presque socratique) mes uniques armes face à la bêtise satisfaite.

Je lui demande:

- Tu ferais quoi avec un meilleur salaire ? 
- Et bien j'achèterai un appartement pour le louer.
- Ah d'accord et après ?
- J'en achèterai un autre !
- Pourquoi faire ?
- Et bien pour en avoir un en plus !
- D'accord mais à ce petit jeu là c'est quoi ton "but" être la plus riche du cimetière ? c'est interminable !

Interloquée la voila stoppée dans son raisonnement chrématistique par réccurence. Son regard se vide. Mais la voilà qui reprend sa tache. Elle était venue faire des photocopies. Elle repart alors avec un vague - Ah Ouais ! au coin de la bouche en forme de moue méprisante.

J’aurai pu terminer mon échange avec F. en face à face ou je lui aurai affirmé bien des choses mais surtout celles-ci: 

Il ne suffit pas d’avoir les mains calleuses et d’être courbé toute la journée pour avoir une légitimité particulière quant à la contestation de ce monde merdique. Il est vrai que cela te donne un rapport au réel qui est tout autre, un point de vue épistémologique ou de classe * dans la compréhension de ce qu’il faut détruire, combattre et dépasser ou simplement ne plus tolérer. Peut-être une acuité sur les besoins. 
Les points d'entrés pour le “rejet” et le combat sont multiples et imprévus. Ils s’affirment avec le temps, l’âge et les expériences, les limites qui se dégagent. Il y a aussi les rencontres et la rupture d’avec l’isolement. C’est aussi une question de philosophie politique et de dépassement de son point de vue parcellaire et étriqué; c’est à dire d’abolition de sa propre condition (1). Il est difficile de ne pas entretenir une forme de schizophrénie politique et/ou éthique. Mais tenir le “manche” (2), se complaire et alimenter un double discours c’est bien le comble du terrorisme politique, surtout quand il se déguise en moralisme, en une forme d’aristocratisme qui pointe systématiquement un prolétariat jamais à la hauteur de ses “taches” tout cela en se drapant d’un révolutionnarisme verbal qui s’exprime à profusion sur les papiers à forts grammage. L’imposture politique ne se révèle jamais aussi intenable que dans des moments de reflux.

Je préfère encore ta cohérente, sincère, interrogative. Je sais qu’en cas d’assaut général tu seras là.

Qu’une partie de la population (les “classes moyennes”, cette classe de la reproduction, la petite bourgeoisie et les larbins du capitalisme) n’entendent pas la pratique critique posée par les prolétaires en luttes ou qui tentent de réfléchir collectivement à la transformation du monde, à sa perpétuelle remise en question n’est pas une chose étonnante. A un certain niveau il faut même s’en moquer car la révolution ne se revendique pas plus de la “démocratie” du plus grand nombre que de la dictature d’une minorité. En revanche il faut aussi activement la combattre au niveau de ses représentations et de sa capacité à faire de son mode de vie, de ses “valeurs” un faux universel au service de la marchandise. L’acte le plus radical pour cela c’est d’attaquer le coeur, c’est à dire les rapports de production. (3) 

Notes.

* Objet d'une grande émission de Radio Vosstanie dans les mois qui viennent ou Qu'est-ce que la conscience de classe ?

(1) Le communisme n’est possible que grâce au déblayage effectué par le capitalisme. Il est non pas la défense des prolétaires, mais l’abolition de la condition prolétarienne. Il ne porte pas les ouvriers au pouvoir et ne nivelle pas l’ensemble de la population au même revenu. Il en finit avec l’esclavage salarié, le productivisme, l’opposition travail/loisirs. Il permet la réunification de l’activité humaine sur la base de tous les acquits techniques et humains. L’ouvrier n’est plus enchaîné à l’usine, le cadre n’est plus rivé à son attaché-case. Le besoin d’agir n’est plus soumis au besoin d’argent.

(2) C’est à dire assumer des fonctions de répression, de pouvoir (et de sa représentation) dans la production idéologique de la domination ou de l'exploitation n’est pas une chose acceptable.

(3) Ce qui n'empêche pas d’être sur les différents fronts de la guerre de classe. Sans perdre de vu le coeur de la cible.