Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

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lundi 22 juillet 2013

Point de vue image de classe (7)

Je ne venais pas dans ce coin depuis au moins deux décennies. Ces années où nous venions le dimanche matin, acheter des fringues bon marché, de la morue épaisse et des lupins toujours trop salés. Cette arrivée au métro Quatre Chemins sentait bon la barbaque et les épices.  Je savais qu'il fallait que j'aille tout droit en sortant, direction le cimetière. Après avoir stationné quelques instants devant les pompes funèbres et contemplé de macabres souvenirs, je comprends alors qu'il me faut rebrousser chemin…

John m'ouvrit la porte de son HLM, à ses pieds un petit chat. Ca ne collait pas avec une forme de virilisme toute théoricienne dans laquelle je me trouvais et me trouve peut-être encore. Un truc qui relève de la "pénétration" du réel par la théorie sans doute. Autour d'un café et d'une voix grave, John déballe ses archives. Les brochures sortent des armoires, des livres et des revues des bibliothèques. Le chat s'amuse autour de nous.

Dans de nombreuses pochettes John consigne des articles depuis de longues années. En m'expliquant son parcours, je tente de coller les morceaux de ce puzzle, de Marx aux marxiens. Nous étions encore à l'époque de la disquette trois pouces et demi et n'étions pas interrompus par quelques sonneries vibrantes et intempestives.

Du trotskisme surréalisant ou l'inverse, jusqu'aux situationnistes, J'ai appris grâce à John à m’intéresser aux biographies, aux parcours tordus et romanesques. A prêter attention au cinéma populaire dans ce qu'il peut avoir de subversif.

Nous discutions de Patrick Mcgoohan (1) ou de Jerry Cornelius.(2). John me tendait alors généreusement cette brochure quasi-ésotérique d'un éphémère groupe ultra-gauche, qui me permettrait de décoder peut-être ceci jusqu'à la prochaine, la matrice capitaliste.

- Tu peux la garder je l'ai en double.

Mon sac plastique se remplissait de vieux papiers et de photocopies, ceci n'a pas été sans stimuler un certain fétichisme et mon rapport aux livres. Je m’apprêtais alors à partir pour compulser jusqu’à pas d'heure des fragments d'histoires impossibles, quand John chargea la mule avec de vieux numéros de RI (3).


Nous nous sommes rencontrés régulièrement, nous nous rencontrons toujours autour d'une bière, d'un café, d'un repas.  John n'arrive jamais les mains vides. La rencontre est transmission, loin de cet accès froid et solitaire au puits sans fond du web.

Toujours à l'écoute, mais pas forcément d'accord, il a accompagné mon appétit de comprendre. Ses interrogations devenaient aussi les miennes. Mes options d'un moment, il les comprenait certainement comme une étape nécessaire d'un dépassement probable. Ceci jusqu'à m'inviter  à rencontrer des individus étrangers à sa démarche.

Subjugué un temps par le communisme théorique, j'en oubliais les fondamentaux, la praxis multiforme d'individus objectivés par des catégories arbitraires d'un marxisme séparé de ce que nous vivons pourtant au quotidien. L'exploitation, la perte de sens, la difficulté de joindre les deux bouts. L'impossibilité de sortir radicalement du monde de la marchandise et du calcul. Le rappel à "l'ordre" est pourtant quotidien.

Quelques fois mutique John ne se met jamais en avant. Plutôt discret, il fait partie de ces passeurs de la pensée. Il ne garde aucun temple théorique. Sans sombrer aux modes il interroge les luttes actuelles sans beaucoup d'illusions, mais pointe toujours l'auto-activité d'un prolétariat réel dont il ne s'exclut pas. Il ne fait pas publicité de son "éthique" mais me confira discrètement avoir toujours évité de diriger, de commander qui que ce soit. L'éthique ça gratte ...la tête, pouvais-je bien rétorquer lors d'une matinée toute militante et péremptoirement "scientifique". John a refusé de parvenir.

A cette époque il photocopiait les thèses sur Feuerbach qu'il déposait de temps en temps dans une librairie ou une autre. Elles venaient se noyer dans le fatras de multiples publications obsolètes et cornées, aux agrafes rouillées.

Si, ce qui importe c'est de transformer le monde, déclare l'une des thèses de Marx, peut-être importe-t-il d'y associer un peu de cohérence, même si nous ne sommes pas exempts de contradictions. La part la plus généreuse a été faite à la contradiction comme justification de la schizophrène sociale et politique, mais aussi pour légitimer ce nous pourrions caractériser par un tas de belles saloperies.

Ainsi n'est-il même plus insupportable de trouver dans les sphères politiques radicales  des individus qui dans leur être social sont en complète opposition (4) avec les idées/praxis communistes et de leurs articulations ou rapports à des fins. Qu'on le veuille ou non certains ont plus le choix que d'autres, même si l'aliénation et les déterminismes permettent d'expliquer beaucoup de choses. Il s'agit d'interroger le réel non pas de manière névrotique, mais pour délimiter et pointer l'affabulation et les mythes, pour comprendre pourquoi tout est possible théoriquement pour certains, alors que cela relève d'une injonction paradoxale pour d'autres.

Nous sommes bien loin de ce temps du refus de parvenir (4). Peut-être que le projet d'émancipation avait plus d'avenir, il n'en conserve pas moins son actualité. Il imposait ses "sacrifices" ses "choix" et subordonnait les existences individuelles à un projet de transformation total et collectif. Étonnamment il est presque indécent de nos jours de parler d'une "éthique" pratique du/vers le communisme. A la fois parce que ce qui celle-ci, s’énonce de positions assez confortables (au niveau social), et parce ces déclamations quasi-morale ne sont renvoyées à rien, tant la sociologie des milieux micro-politique est homogène.

On ne trouvera pas une ligne de John dans une librairie. Peut-être que son énergie à plus été bouffée par le fait d'incarner modestement et quotidiennement ce qu'il est, que de paraître de manière spectaculaire ce qu'il n'est pas.



Notes


(1) Voir la série dystopique Le prisonnier.

(2) Personnage de l'écrivain anglais Michael Moorcock,  dans les quatre volumes de Les Aventures de Jerry Cornelius   

(3) Révolution internationale. Revue du CCI (Courant Communiste Internationale)

(4) Je viens d'apprendre il y a quelques semaines qu'un individu "historique" très proche d'une petite structure d'édition militante a pour fonctions : Conseiller du Commerce extérieur de la France. Associé-conseiller du Groupe GTI (Gestion et Titrisation Internationale: Précurseur de la titrisation en France, gestion de plus de 2 milliards d'euros). Président de Carto Funding (Milan). Administrateur la BLOM Bank (Beyrouth Paris), de la Mejprombank (International Industrial Bank en Russe: Международный Промышленный Банкbanque) du milliardaire Sergueï Pougatchev, (Moscou) et de l’Asiatique Européenne de Commerce (Paris Beijing): conseil stratégique d'investissements, sourcing, lobbying. Ancien Directeur international et Directeur général de la Banque de l’Union européenne et du Groupe CIC. Ancien Délégué général du Comité national des CCE, Membre du comité de patronage de l'association Paris Berlin-Moscou dont l'objet est d'être une plateforme de débats consacrés à la coopération euro-russe, à la relance de la coopération franco-allemande et aux questions de sécurité et de défense européennes avec quelques anciens ministres et militaires ... édifiant ! Il faudra bien sûr nous expliquer un jour comment et pourquoi ce genre d'individu ce balade tranquillement dans le milieu libertaire ou communiste depuis plus de 40 ans sans que cela ne pose de problèmes. C'est peut-être la "faute" à Engels ?
Pour en savoir plus il est possible d'écouter l'émission du 29 juin 2013 - Qu'est-ce que la gauche du capital. 

(5) La référence de John reste Henry Chazé (de son vrai nom Gaston Davoust) voir son autobiographie http://www.mondialisme.org/spip.php?article1031 / H. Chazé, Militantisme et responsabilité, Echanges et mouvement, Paris 2004 /  consulter aussi Le refus de parvenir une logique collective de la soustraction ? Vincent Chambarlhac http://www.pelloutier.net/dossiers/dossiers.php?id_dossier=211