Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

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dimanche 2 juin 2013

Point de vue image de classe (6)

Le gobelet dans les mains, je tente d'uriner le café serré d'il y a quelques heures. C'est bien assez.

J'ai presque oublié le bruit de fonds qui accompagne ma visite. De la musique 

nostalgique d'onomatopée française, qui occupe mon attente, avant que la porte ne s'entre-ouvre. Il s'agit certainement du signal qui m'indique que je peux rentrer dans la pièce, ou un médecin de la "santé au travail"  m'attends tranquillement. Le type est grand, pas de blouse blanche, vêtu d'un tee-shirt aussi bleu que son jeans.

C'est la routine. Torse nu je m'assieds devant lui, il esquisse alors un sourire de vague complicité, c'est la troisième ou quatrième fois que nous nous rencontrons pour cette formalité.

Il lance une interrogation sur l'ambiance au boulot dont-il connait déjà la réponse. Avec ironie, je lui indique que je suis entre le marteau et l'enclume, je feins une sorte de détachement.

Je me retiens d'en dire plus. Je ne tente absolument pas d'expliquer ou de justifier quoique ce soit sur ma situation: mes envies de me barrer, mes haines, mais aussi que je n'ai aucune prédisposition pour le boulot en général ou pour ce job de larbin en particulier. Mes charges fixes me collent au train. A quoi bon raisonner ici.

Après quelques palpations imposées et autres interrogations sur d’éventuels problèmes respiratoires, il se décide de me questionner un peu plus profondément sur mes conditions de travail.

- Et avec vos collègues ? j'esquive la question avec un ça va.


Je lui explique finalement que j'ai peu de rapports avec eux à cause de la centaine d'appels par jour, et d'autres tâches annexes, j'ai de quoi faire.

- Vous faites d'autres choses ?
 
- Oui des photocopies... entre les appels, un peu plus de cent par jour, et je retire aussi des tas et des tas d'agrafes de ces mêmes photocopies, pour finalement les ré-agrafer.

- Et comment vous faites avec le téléphone ?

- Quelques fois je le garde entre l'épaule et la joue, le menton, ou je le pose sur le bureau le temps de terminer ce que j'ai commencé. Mais pour aller pisser, je le laisse sonner. Tant pis ! Pour me faire un café c'est pareil, quelques fois des collègues passent, histoire de faire cesser la sonnerie ou pour ouvrir la porte du cabinet sur injonction stridente de l'interphone.

Le doc ne voyant de plainte particulière, le voila alors qui vient avec son idée.

- Ça vous dirait d'avoir un casque ? pour répondre ? comme ça vous n'avez pas à pencher la tête ?!

- Oui c'est une bonne idée un truc comme le Bluetooth ? mais non, je ne préfère pas, cela ne me dérange pas, quand c'est trop long je pose le combiné sur la table c'est tout. Je lui balance alors le truc des troubles musculo-squelettiques ou TMS.


Il acquiesce en me disant que cela pouvait affecter mon bras ou provoquer des migraines.

- Si vous voulez je peux faire une lettre pour qu'on vous change de téléphone et qu'on mette un casque ?

- Non je ne préfère pas cela ne me dérange pas....je lui débite  alors une connerie sur les ondes...

Je n'ai bien sûr pas donné mon explication à ce brave médecin néanmoins suspect. Il se trouve que quelques semaines avant, ce "très bon plan" m'avait aussi été suggéré par mon patron. Même s'il s'agit d'une simple coïncidence je ne peux m'empêcher de penser à toutes les conséquences sur mon boulot, et ce que cela libérerait comme mobilité et posibilités de me faire faire d'autres tâches.
 
Sortir les poubelles, nettoyer les chiottes à la place de Rosalina ? Ou  bien d'autres larbinages que je fais déjà, mais en laissant la sonnerie du téléphone retentir pendant que je vaque à la dernière demande poliment imposée. Il faut croire que mon employeur pense que l'Ibère est soit née avec un tournevis dans les mains, un balais ou une truelle.
 
Cette conception de la répartition des « rôles sociaux » m'était d'ailleurs confirmée et théorisée la veille par ce petit entrepreneur du nettoyage, par un  : « Ils  se sont embourgeoisés, ils prennent plus cher »

Pas de dilemme ici entre les TMS et là, une augmentation probable de la productivité et un peu moins de "liberté"...je choisis les TMS
comme résistance, mais je ne vais pas absorber les chocs très longtemps.