Diffusion: LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (1ere partie 1789)

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jeudi 23 février 2012

Le peuple appartient au footbal par Fabien Ollier

Pour faire suite à notre dernier post nous publions la contribution de Fabien Ollier.

Le dogme le plus répandu ces vingt dernières années consiste à prétendre que le football est un « sport populaire par excellence ». Appartenant au peuple », il en exprimerait sa culture, ses modes de vie, ses valeurs. À l’instar de Jean-Claude Michéa, philosophe des joies et beautés universelles du ballon rond et professionnel de l’éloge de la passe, Stéphane Beaud, sociologue amateur du foot de quartiers, Christian Bromberger, ethnologue fanatique du folklore supportériste, ou Pascal Boniface, géostratège shooté à la mondialisation footballistique heureuse, toute la gauche plurielle, gauchistes et anarchistes compris, veut croire à cette ontologie populaire du foot. Pour ces thuriféraires extasiés du « vivre ensemble » sportif, des « passions vibratoires » et de la « culture des tribunes », peuple et football ne feraient donc qu’un.


Les « dérives » financières ou les « dénaturations » capitalistes dont le « football-expression-du-peuple » est victime ne sauraient, selon Olivier Besancenot, Jean-Luc Mélenchon ou Martine Aubry, en supprimer « l’essence émancipatoire ». D’ailleurs, tous les partenaires économiques du foot-business qui redistribuent, nul n’en doute, les richesses aux salariés, le confirment dans leurs stratégies de communication : « Vivez football, vibrez football, buvez Coca-Cola, ouvrez du bonheur » ! Les clubs se transformeraient-ils tous en multinationales, du plus bas au plus haut niveau, que l’« âme ludique du football », selon Daniel Cohn-Bendit ou Marie-George Buffet, soufflerait toujours sur les olas du peuple. C’est en effet ce qu’entendent prouver les oligarques du monde entier qui, en bons samaritains des masses laborieuses, veulent « faire rêver » ou « mettre des étoiles dans les yeux » en investissant leur fortune, gagnée à grands coups de licenciements et de spéculation boursière, dans les clubs de football. Vincent Labrune, le président marseillais qui souhaite bien concurrencer l’émir du Qatar dans la course aux profits, l’affirme : « L’OM, ce n’est pas un club de village, ce n’est pas une PME ; au niveau du foot, c’est une multinationale ! Il y a moins de 10 % de recettes qui viennent de la région Paca » (Le Parisien, 26 décembre 2011). C’est la raison pour laquelle les collectivités territoriales de gauche, toujours du côté du peuple qui aime « culturellement » les stars et les champions « people », n’hésitent jamais à grever les budgets alloués aux hôpitaux, crèches, écoles, universités ou transports en commun, pour subventionner massivement des clubs possédés par des multimillionnaires. Bertrand Delanoë et les élus municipaux de la mairie de Paris attribuent cette année au PSG une subvention de 1,25 millions d’euros, offrant ainsi quelques mois de salaire à Carlo Ancelotti grâce à l’argent du contribuable ! Le conseil régional du Nord-Pas de calais a voté quant à lui, sous la pression du PC et du PS, une subvention de 45 millions d’euros pour financer le grand stade du LOSC, propriété d’Isidore Partouche (casinos, poker en ligne, etc.). La communauté urbaine de Lille y injectera une redevance annuelle de 10 millions d’euros pendant trente et un ans. Mais le football, comme le prétendent les comités sportifs du Front de gauche en plein déni de réalité, « n’est pas une marchandise », c’est un rêve. Florentino Pérez, président du Real Madrid et idéologue affairiste du foot-business en a d’ailleurs fait son slogan préféré : « El futbol es ilusion »…


Quel sport ? Football. Une aliénation planétaire
N° 12/13 mai 2010

Le football est donc avant tout une gigantesque machinerie commerciale où des marchandises mortes (marques, produits dérivés, stades, images) sont animées par des marchandises vivantes (joueurs, entraîneurs, coachs) au cœur d’un système spectaculaire de masse totalement unifié. Le haut niveau ne manque pas de diffuser son modèle de rentabilité économique aux niveaux inférieurs et il n’est pas de clubs de football « amateur » qui ne soit aujourd’hui à la recherche de sponsors, de partenaires économiques, de subventions municipales, de dispositifs marketing et de vedettes locales qui pourront augmenter les chances du club à se hisser en division supérieure en élargissant ses bases financières. Aussi est-il impossible de comprendre le football contemporain en martelant, comme le font les belles âmes, qu’il n’est pas une marchandise ou qu’il est « plus » qu’un ensemble de rapports déterminés par la logique des profits. Le football en tant que capital sous sa forme musculaire ne reflète pas le monde marchand comme un miroir passif, il en produit les nouvelles structures, les nouveaux symboles et les futurs modèles d’expansion. La forme maffieuse qu’il revêt de plus en plus – matchs truqués, trafics de joueurs et de produits dopants, corruptions multiples, criminalité organisée autour des paris, blanchiment d’argent, évasion fiscale, etc. – et les nombreuses escalades de violences qu’il génère quotidiennement – propos et actes racistes, sexistes, xénophobes, affrontements entre supporters, scènes de lynchage, mini-guerillas urbaines contre les forces de l’ordre, etc. – résultent directement des enjeux financiers colossaux et des guerres économiques qui lui sont propres.


L’avenir du football, n’en déplaise aux « bénévoles » de la pensée désirante qui le croient lié aux « vertus citoyennes » ou, plus risible encore, « aux pratiques autogestionnaires », se profile en liaison immédiate avec l’évolution du capitalisme financier mondialisé. La fausse conscience sportive consiste précisément à occulter ou à minimiser cette détermination directe de l’institution sportive réelle par les forces du capital transnational – fonds de pension, oligarques, rois du pétrole, magnats de l’industrie, groupes financiers, cartels, investisseurs – qui contrôlent, orientent et exploitent l’engouement sportif. Les transferts de plus en plus « choquants », le train de vie pharaonique des mercenaires en crampons, les rachats de clubs, les conflits entre chaînes de télévision pour acquérir les droits de retransmission des matchs, les coûts exorbitants de construction des stades, les matchs truqués à grande échelle, tout prouve que le football, bien loin d’appartenir au peuple, est un système institutionnalisé d’entreprises commerciales capitalistes qui cherchent à dégager des profits maximum à partir de la spectacularisation massive des compétitions. L’effectivité réelle du football comme « sport le plus populaire du monde » est donc indissociable des techniques d’asservissement idéologique et du processus de valorisation capitaliste qui permettent de « créer du temps de cerveau disponible » ou encore, selon Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, de « rapprocher les peuples de l’état des batraciens ». Le principe d’expansion de ce mode de production consiste à privatiser les profits en comptant sur la bonne volonté politique pour socialiser les pertes. De cette manière, le peuple appartient corps et biens à la world company du football, et non l’inverse.


En temps de crise et de déprime généralisée et de défaite de la pensée, « qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le sport et, à l’intérieur du sport, qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le football ? », demandait Nicolas Sarkozy « heureux et honoré » de « mobiliser tout un pays » pour l’Euro 2016. En effet, le football propose un dispositif total de propagande dont le contenu est le bonheur de gagner par procuration, les bouffées délirantes de victoire et l’occultation des difficultés quotidiennes. Pour le football, l’argent public coule à flot et vient ainsi parrainer l’industrie des extases populaires illusoires. Il disparaît aussitôt pour loger, nourrir, vêtir, soigner et éduquer les populations les plus démunies… Marchandise qui n’a pas de prix, l’écran de rêves médiatisés qu’est devenu le football fait donc l’objet de toutes les convoitises pour cette raison évidente qu’il permet de massifier et manipuler les émotions et les consciences. Les milliardaires se battent pour aligner la « dream team » composée à la fois des meilleurs joueurs et des plus « glamour », « people », « sexy », « bankable ». Les politiques s’empressent de figurer aux côtés des « champions » pour capter une partie de leur aura compétitive sensée guider le pays vers les sommets. Les entreprises vendent leurs produits en s’adjoignant les services des mercenaires en crampons transformés par les agences de publicité en héros des temps modernes ou en icônes de la mode, de la beauté, de la réussite individuelle. Les intellectuels se complaisent dans leurs souvenirs de jeunesse en culottes courtes pour sauver un football que leurs imaginations asséchées par les beuglements des tribunes sont incapables de voir tel qu’il est. Une véritable course à l’armement onirique qui redouble la course aux capitaux se déroule actuellement sous les yeux ébaudis des fans de David Beckham ou Lionel Messi. Le football réellement existant, défendu par les « forces de gauche » du « bouclier social » ou par les débris sectaires de l’anarchisme bêlant qui invoquent aujourd’hui un pathétique « alter-foot » pour mieux faire l’éloge des stades, des matchs, des entraîneurs et des supporters tels qu’ils sont, en est le carburant essentiel. Il provoque l’addiction pandémique au spectacle de la rage imbécile de vaincre.


Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel Sport ?